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    Dossier: Michel-Ange

    de la Chapelle Sixtine à la Chapelle des Médicis (1508-1520)

    Anatole Montaiglon
    XXVII. Peintures de la voûte de la Sixtine. — XXVIII. Second marché pour le monument sépulcral de Jules II. — XXIX. Christ de la Minerve. — XXX. Suite des travaux du tombeau de Jules II. — XXXI. Travaux pour la façade de Saint-Laurent. — XXXII. Projet de tombeau pour le Dante. — XXXIII. Chapelle funéraire des Médicis.
    XXVI. PEINTURES DE LA VOUTE DE LA SIXTINE. — Avant d'indiquer les dates de cet ensemble de compositions et de figures incomparables qui se déroulent sur le plafond de la Sixtine, il faut rappeler un fait de la vie de Michel-Ange qui n'était pas connu. Le 13 mars 1508, son père l'émancipe par acte passé chez un notaire de Florence, enregistré le 28 dans le registre des Émancipations 259,1. C'est que dans les pays de droit écrit comme l'Italie et le midi de la France 259,2, il n'y avait pas de majorité légale tant que le père existait. Il conservait sa vie entière tous ses droits sur son fils dont le travail et les gains lui appartenaient en droit, et en l'émancipant il perdait son recours contre lui pour réclamer d'en être au besoin assisté dans sa vieillesse. L'émancipation, qui seule enlevait le fils à l'état de mineur, était toujours pour le père un acte grave qui devait être volontaire ou librement consenti. Il n'est donc pas sans intérêt de montrer Michel-Ange, qui a déjà fait tant de choses, émancipé par son père à l'âge de trente-trois ans.

    Il était, comme on voit, revenu à Florence; mais Jules II ne l'y laissa pas longtemps et l'appela à Rome. Ne s'occupant plus de son monument sépulcral, il demanda au sculpteur de peindre le plafond de la chapelle qui portait le nom de son oncle Sixte IV et dont la voûte avait été construite par le Florentin Baccio Pontelli, l'architecte ordinaire de ce dernier. Soit que l'idée vint de Bramante, qui, en mettant Michel-Ange en compétition avec Raphaël, pouvait bien avoir la pensée que MichelAnge ne s'en tirerait pas à son honneur 259,3, ou de Giuliano de San Gallo, ami de Michel-Ange 259,4, le pape ne se rendit pas aux répugnances de Michel-Ange, et l'artiste dut s'exécuter.

    Il ne fut pas question d'abord d'un travail aussi important. Nous savons par une lettre de Michel-Ange que le dessin premier fut de représenter les douze Apôtres dans les lunettes, en remplissant le reste de la voûte d'une ordonnance d'ornements, et le prix fait était de 3,000 ducats. Les Apôtres furent même commencés 295,5, d'où il suit que l'échafaudage, construit par Michel-Ange à la place de celui de Bramante qu'il fallait détruire 259,6, dut être construit pour les Apôtres. Probablement aussi les peintres que Michel-Ange avait fait venir de Florence pour lui apprendre les procédés de la fresque et travailler avec lui 259,7, n'ont-ils été occupés qu'à ce premier dessein, et ce que Michel-Ange fit jeter à terre peut bien n'être que leur travail pour les Apôtres et nullement un commencement véritable de l'exécution du second projet. Il est peut-être aussi juste de remarquer que, dans le premier, Michel-Ange peut avoir employé les études faites par lui pour les douze Apôtres de Sainte-Marie-des-Fleurs. Comme il ne devait plus les exécuter en sculpture, leurs inventions modifiées ont peut-être été celles qu'il se proposait de peindre sur la voûte de la Sixtine.

    C'est aussi à ce premier commencement qu'il faut rapporter le ricordo de Michel-Ange, par lequel il note avoir reçu, le 10 mai 1508, 50 ducats pour les travaux de la voûte de la chapelle du pape Sixte qu'il commence le même jour 260,1 et la demande d'argent qu'il fait à Florence trois jours après 260,2. En tout cas, lorsque la première moitié fut faite, de la porte jusqu'au milieu de la voûte 260,3, elle fut découverte à l'admiration générale 260,4 et c'est à cette première moitié que se rapportent les vingt mois qu'on attribue en général à tout ce travail. Le journal d'un camérier de Jules II dit qu'en 1512 les échafauds étaient encore dressés et que la chapelle fut ouverte au public avant la mort de Jules II arrivée en 1513 260,5. Il est donc probable que, s'il faut mettre le commencement du travail en 1508, il en faut mettre la fin de 1512 à 1513. Ce ne seront plus vingt ou vingt et un mois, mais quatre ans, ce qui n'a rien que de très simple, quand on pense que Michel-Ange a tenu à peindre de ses propres mains ce gigantesque ensemble de la voûte, moins populaire et moins célèbre que le Jugement dernier et cependant très supérieur.

    Il resta quelque temps à Michel-Ange, à la suite de ce travail, une incommodité bien grande. Si ingénieux et si inventif qu'il fût, il n'avait pas pensé au Fauteuil renversé que Jouvenot imagina plus tard pour peindre les plafonds du Parlement de Rennes, et sur lequel il s'est représenté dans son portrait. Michel-Ange, à force de tenir la tête renversée pour peindre en l'air, ne put reprendre facilement l'habitude de regarder de haut en bas, et lorsqu'il avait à lire une lettre ou à regarder de petits objets, il fut d'abord obligé de les tenir au-dessus de sa tête pour les bien voir. 260,6

    XXVIII. SECOND MARCHÉ POUR LE MONUMENT SÉPULCRAL DE JULES II. —Jules II était mort le 21 février 1513. Presque immédiatement et avant ,la nomination de son successeur, Lorenzo Pucci, notaire apostolique, qui, dans le courant de l'année, était fait cardinal des Santi-Quattro 260,7, et Leonardo Grossi de la Rovère, fils d'une sœur de Sixte IV et cardinal d'Agen, chargés ensemble par le pape de veiller à l'exécution de sa sépulture, firent avec Michel-Ange, le 6 mai 1513, un nouveau marché 261,1.

    Michel-Ange s'engageait à ne pas entreprendre d'autre travail et à terminer celui-ci avant sept années.

    Le prix devait en être de 16,500 ducats, sur lesquels Michel-Ange reconnaît en avoir reçu 1,500 de Jules II et 2,000 d'un banquier florentin. Si la sépulture n'était pas terminée à l'époque dite, Michel-Ange n'en devait pas moins la continuer.

    Il n'est pas question de modifier le premier projet qui devait, à ce moment, conserver toute son étendue et sa richesse, et Michel-Ange, qui, malgré ses querelles avec le pontife, était incontestablement plus attaché à Jules II qu'il ne l'a été depuis à aucun pape, s'occupa certainement, avec activité, de cette sépulture, dont les retards et l'inachèvement ont été l'une des préoccupations les plus constantes et l'un des regrets les plus sensibles de sa vie.

    XXIX. CHRIST DE LA MINERVE. — C'est à Rome, le 15 juin 1516, que Michel-Ange fit marché avec Bernardo Cencio, chanoine de Saint-Pierre, maître Mario Scappucci et Metello Vari pour une statue de marbre destinée à l'église de la Minerve. Le Christ ressuscité, nu, debout et tenant une croix, devait être grand comme nature. Il devait être fait avant quatre ans et payé 300 ducats d'or. Deux cents ducats furent payés immédiatement. Vari et un certain Pietro Paolo Castellano, pour Scappucci, s'engagèrent à lui payer, chacun pour moitié, les 50 derniers ducats à l'achèvement de l'ouvrage 262,1.

    Par une lettre à laquelle l'édition donne la date du 21 décembre 1518 262,2, on voit que la statue était à Pise, déjà embarquée et prête à partir, mais Michel-Ange ne paraît l'avoir envoyée à Rome que vers le mois d'août 1521 en la faisant accompagner par Pietro Urbano, qui avait été si souvent chargé de le représenter à Carrare. Urbano devait la terminer, mais il s'en acquitta maladroitement. Sur la recommandation de Sébastien del Piombo, l'artiste s'en rapporta aux bons soins de Federigo Frizzi, sculpteur florentin alors à Rome, qui eut à réparer les sottises d'Urbano dans la main droite, les pieds et la barbe 262,3. Le travail fut fini dès le 19 octobre. Une lettre de Frizzi, qui se plaint du peu de lumière de la place où on l'a mise, insistant sur ce point qu'il a fait très-peu de chose, trouve que cela ne mérite pas d'être payé et qu'avec 4 ducats, il le serait bien au-delà du travail; dans les Ricordi (p. 583), nous trouvons, à la date du 26 octobre 1521, le payement des 4 ducats.

    Nous savons même par des lettres de Vari que Michel-Ange lui offrit de refaire la statue, ce qui ne fut pas accepté, et qu'à Rome il avait commencé et abandonné un premier marbre parce qu'il s'était trouvé un fil noir dans le visage. De plus Michel-Ange avait de l'amitié pour Vari puisque, sur la demande de celui-ci d'avoir une figure de lui pour la galerie ouverte de sa maison, l'artiste voulait le forcer à l'accepter en cadeau; il ne parait pas, d'ailleurs, qu'elle ait été faite. Michel-Ange eut plus tard une raison de mettre en règle l'affaire du Christ, car la décharge de Metello Vari n'est donnée que longtemps après, à la date du 1er, juin 1532 263,1.

    XXX. SUITE DES TRAVAUX DU TOMBEAU DE JULES II. — Dans une lettre au capitaine de Pérouse Michel-Ange raconte qu'à Rome, dans la première année de Léon X, par conséquent en 1513, il donna, en deux fois, 80 jules au vieux Luca Signorelli pour retourner à Cortone et que celui-ci ne les lui avait pas rendus. Mais le plus intéressant pour nous, c'est qu'il dit que Signorelli l'était venu voir dans son atelier de la Boucherie des Corvi et l'avait trouvé travaillant à une statue de marbre, haute de quatre brasses, debout et ayant les mains derrière le dos. C'est certainement un des quatre prisonniers ébauchés qui sont maintenant à Boboli. Trois ans après, le 16 juin 1515, Michel-Ange écrit de Rome à son frère Buonarroto pour lui demander de lui faire payer 1,400 ducats sur ce qu'il a chez le trésorier de Santa-Maria-Novella parce qu'il veut terminer la sépulture de Jules II, qu'il pense avoir à travailler pour Léon X et que pour cela il a acheté à peu près 20,000 livres de cuivre pour fondre certaines figures 263,3 c'est-à-dire des bas-reliefs. Le 11 août 263,4, il insiste pour avoir son argent afin de travailler.

    Ce n'est pourtant que l'année suivante, le 8 juillet 1516, que les cardinaux d'Agen et des Santi-Quattro font un nouveau marché 263,5 avec Michel-Ange. Il devait, cette fois, terminer le Tombeau de Jules II en neuf années à partir du 6 mai 1516, c'est-à-dire en 1524; le prix était de 16,000 écus d'or, dont Michel-Ange avait déjà reçu 3,500 et dont le reste devait être payé par mois, au taux de 200 ducats pendant deux ans et de 130 pendant les sept autres. Michel-Ange jouira, à Rome, dans le quartier de Trevi, d'une maison, auprès de Santa-Maria-di-Loreto où il a déjà travaillé au tombeau de Jules, où il a des marbres, et dont le cardinal d'Agen s'oblige à payer le loyer. Michel-Ange est en même temps libre de travailler où il voudra, aussi bien à Florence, à Pise, à Carrare qu'à Rome même. Cette fois, il se trouve une sorte de description, d'où il résulte qu'en dehors de l'architecture et des sculptures en bas-relief il ne devait pas y avoir moins de trente statues, en y comprenant une statue du pape et une de la Vierge.

    Le 1er novembre 1516, Michel-Ange, logé à Carrare dans une maison du haut de la place publique, faisait un premier payement de 100 ducats d'or pour un marché de dégrossissement, à 18 ducats l'une, de quatre figures de li brasses 1/2 et de quinze de ii brasses 1/4, à la charge de délivrer tous les deux mois, au pied de la carrière, une des grandes figures et trois de la dimension inférieure; mais rien ne fut fait, puisque le 7 avril 1517 le marché fut annulé et les 100 ducats rendus à l'artiste 264,1.

    XXXI. TRAVAUX POUR LA FAÇADE DE SAINT-LAURENT. — L'église Saint-Laurent de Florence avait été construite par les Médicis et, comme tant d'églises d'Italie, n'avait pas encore de façade; Léon X, qui avait succédé à Jules II, étant un Médicis et le premier pape de sa famille comme de sa ville natale, eut l'idée de faire terminer par Michel-Ange l'église de sa Maison. Il lui fut proposé bien des projets par Giuliano de San Gallo, Andrea etJacopo Sansovino, même par Raphaël qui fut conduit auprès du pape, lors de la venue de celui-ci à Florence à la fin de 1515 264,2. On possède et l'on a publié 264,3 les nombreux marchés et les actes qui témoignent de la violence du désir du pape par les séjours multipliés de Michel-Ange à Carrare pour faire extraire les marbres nécessaires à une telle entreprise, pour laquelle furent mises à contribution, aussi bien que celles de Carrare, les carrières de Serravezza et de Pietra-Santa.

    Le 5 décembre 1516, il quitte Carrare pour aller à Rome s'entendre avec le pape, et revient le 31 du même mois 264,4. En mars 1517 il trouve le modèle en bois qu'il avait fait faire à Baccio d'Agnolo «une chose d'enfant» et il en fait à Carrare un de terre 264,5. Dans une lettre du 2 mai 264,6 il dit que la dépense montera à 3,500 ducats d'or et que les travaux dureront six ans. Il fait ensuite refaire un petit modèle en bois pour l'envoyer à Rome 264,7 et l'envoie, en effet, après lui avoir ajouté les figures en cire, en août 1517 264,8. Le mois précédent le Fiésolan Ferruci, qui devait suivre la construction, était venu à Carrare le rejoindre pour s'entendre avec lui sur les fondations 264,9. Quant au contrat définitif il intervint le 19 janvier 1518 et il est particulièrement précieux parce qu'il entre dans une sorte de description 264,10.

    La façade doit être terminée en huit ans au prix de 10,000 ducats d'or, par crédits annuels de 500 ducats. L'ordre inférieur comprend huit, colonnes cannelées de onze brasses de haut, trois portes, quatre statues de ronde bosse de cinq brasses et des bas-reliefs. En retraite, sur chaque face latérale, il doit y avoir deux colonnes et entre elles une figure de ronde bosse. L'ordre supérieur doit être composé de huit pilastres de six brasses; sur la façade, de quatre statues assises sur chaque flanc, de deux pilastres aux côtés d'une figure. Les statues de ce premier étage doivent être, de bronze.

    La corniche supérieure devait porter un entablement avec huit pilastres par devant, deux sur les côtés. Quatre niches antérieures et une niche sur chaque côté devaient recevoir six statues de marbre de cinq brasses et demie. Sur chacune de ses niches est un bas-relief carré où sera une figure assise, de marbre, grande comme nature et plus, qu'en demi-bosse. Sur la façade et certainement à l'étage inférieur, il y a de plus sept bas-reliefs de marbre avec des sujets de fort demi-relief et de grandeur de nature. Cinq sont carrés; l'un, qui paraît devoir être la porte centrale, mesure neuf brasses, quatre carrés coupés en ont huit et doivent être entre les entre- colonnements. Enfin les deux derniers sont ronds avec un diamètre de six à sept brasses; ils paraissent avoir été destinés à surmonter les portes latérales.

    Enfin, au centre de la façade devait être un fronton avec a «des armes», celles des Médicis, et des ornements. Les détails des corniches et de l'ornementation architecturale manquaient au petit modèle, mais Michel-Ange s'engagea à les faire de la façon et à l'endroit qui convient, en ayant le soin de raccorder les faces latérales nouvelles avec le bâtiment de l'ancienne église.

    On devait en même temps lui faire un premier payement de 4,000 ducats à défalquer plus tard sur la somme et lui fournir gratuitement un atelier où il pourrait travailler.

    C'est certainement l'atelier sur la place d'Ogni-Santi, de la construction duquel il parle dans deux lettres de septembre et de décembre 1518, et qui était assez grand pour pouvoir contenir vingt statues. On a vu qu'il devait y en avoir quatorze et onze grands bas-reliefs, sur le sujet desquels le marché, si précieux d'ailleurs, est malheureusement muet.

    Dès mars 1518 il se disposait à faire venir les marbres à Florence 265,2. Le 29 octobre il passe le marché spécial pour les pieds-droits, les architraves et les colonnes 265,3. Dans ses Ricordi comme dans ses lettres 265,4, il parle de l'accident arrivé à une colonne qui se brisa en cent morceaux à cause de la rupture d'un anneau de la louve de fer avec laquelle on la descendait. Ces colonnes avaient au bas du fût un bras deux tiers, en haut un bras et demi 266,1 et coûtaient 20 écus d'or 266,2 ou 30 florins d'or à extraire 266,3. Elles étaient certainement monolithiques, et Michel-Ange, qui reprochait à juste titre à Bramante de ne pas avoir sauvé et d'avoir laissé détruire les belles colonnes du vieux Saint-Pierre 266,4, a dû sentir bien vivement la perte de celle qui s'était brisée à Serravezza, et, d'après un chroniqueur, ce ne fut pas le seul accident de ce genre.

    La première colonne, — il devait y en avoir douze —, arriva à Florence en avril 1521. On en avait extrait six; quatre se brisèrent en route. Giovanni Cambi, qui nous a conservé ces détails 266,5, ajoute: «Et celui qui faisait cette façade était Michelagnolo Buonarroti, sculpteur florentin, le premier maître que l'on connût chez les chrétiens. Il était aussi grand maître en peinture , et parce qu'il travaillait le ciseau avec la main droite, c'était de la main gauche qu'il peignait.»

    Le fait est bon à noter, mais il faut probablement le réduire; car, s'il est possible de croire que Michel-Ange pût se servir de sa main gauche pour peindre, il ne le serait pas de penser que jamais il n'ait pu peindre de la droite. D'ailleurs un passage bien curieux de l'autographie de Raffaello de Montelupo 266,6 remet les choses dans la vérité. Il raconte que, un jour qu'il dessinait auprès du Colysée et qu'il dessinait de la main gauche, Michel-Ange et Sébastien del Piombo, tous deux gauchers, vinrent à passer et s'étonnèrent de son habileté «parce qu'ils ne faisaient rien de la main gauche, sinon les choses qui demandaient de la force».

    Pour en revenir à la seule colonne qui soit parvenue à Florence, Vasari, dans son introduction, dit, en parlant des marbres 266,7, qu'elle se voyait de son temps, et seulement ébauchée, à côté de la porte de SaintLaurent; elle n'y est plus et l'on croit qu'elle a été enfouie sous le pavé de la place.

    Du reste, la façade elle-même ne se commença même pas. Dans une lettre à Sébastien del Piombo 266,8 qui doit être de 1520, Michel-Ange, exposant toute l'histoire de la façade depuis 1516, après avoir énuméré ses peines, ses pertes de temps, ses déboursés personnels et le non-payement des sommes qui lui auraient déjà dû être payées, arrive à cette conclusion qu'il faut en finir et laisser là le projet, ce qui paraît déjà être convenu avec Léon X. Celui-ci mourut d'ailleurs le ler décembre 1521, et depuis il ne fut plus question de la façade de Saint-Laurent. MichelAnge allait avoir à se remettre au Tombeau de Jules II que le projet de Léon X avait interrompu; il allait surtout avoir à s'occuper des tombeaux des Médicis à Saint-Laurent; mais, avant d'en venir à eux; nous avons à parler d'un fait curieux qui s'était passé en 1519.

    XXXII. PROJET DE TOMBEAU POUR LE DANTE. — Dante avait été chassé de sa patrie; mais, après sa mort, sa gloire devint l'honneur de Florence. Déjà en 1392 et en 1429 la Seigneurie s'était préoccupée de faire revenir de Ravenne les os du grand exilé et de lui élever un tombeau 267,1. En octobre 1519 les Académiciens de Florence adressèrent, dans le même but, à Léon X une supplique qui devait rester inutile, mais il est touchant de la voir signée par Michel-Ange 267,2. La pièce et toutes les autres signatures sont en latin; la souscription de Michel-Ange, la plus longue de toutes, est seule en italien:
    Moi, Michel-Ange, sculpteur, je m'offre à Votre Sainteté pour, dans un lieu honorable de cette ville, élever d'une façon digne un tombeau au divin poète.
    Et ce n'était pas sous la plume de Michel-Ange une phrase banale. Le grand artiste, qui savait Dante par cœur, qui lui a consacré un de ses plus beaux sonnets 267,3, qui avait même illustré comme on dirait aujourd'hui, la Divine Comédie, qui même s'en est visiblement inspiré dans la fresque terrible du Jugement dernier, était à la fois des fils et des égaux de, l'Alighieri. Sa tête est aussi haute comme son laurier aussi vert, et il s'est honoré lui-même autant qu'il voulait honorer son grand concitoyen, en s'étant ainsi pieusement offert pour mettre son génie au service d'un autre génie.

    XXXIII. CHAPELLE FUNÉRAIRE DES MÉDICIS. — Nous savons par la chronique de Giovanni Cambi que, sur les ordres de Léon X, — qui remplaçait ainsi l'œuvre abandonnée de la façade de Saint-Laurent par un travail à l'honneur de la même église, — on commença, à la fin de mars 1520, à travailler à la sacristie nouvelle de Saint-Laurent de Florence pour y faire la sépulture de Julien, frère de Léon X, et du duc Laurent, son neveu. L'on disait que Messire Julio, archevêque de Florence et cardinal, la faisait faire aussi pour lui 268,1; c'est lui qui devint ensuite Clément VII.

    Le 22 avril 1521 Michel-Ange, qui était à Carrare, dans la maison où il demeurait habituellement, rue del Bozzo 268,2, fait marché pour deux cents charretées de marbre, dont les mesures sont données et qui sont destinées à faire au moins trois figures et le revêtement ornemental des murailles pour la sacristie de Saint-Laurent. Elles devront être fournies en dix-huit mois à partir de juillet. Les marbriers s'engagent à reprendre les marbres que Michel-Ange ou ses ayants droit refuseraient, et, dans le cas où, soit le cardinal de Médicis, soit Michel-Ange ne continueraient pas le travail, ce dernier serait tenu de prendre et de payer les marbres qui seraient livrables à ce moment 268,3.

    En 1524, Michel-Ange écrit au pape Clément VII 268,4 que la lanterne de la Chapelle de Saint-Laurent a été élevée par Stefano de Tomaso et que pour la boule, haute d'une brasse, qui doit la couronner, il ne la fait pas faire ronde mais à pans coupés, à soixante-douze faces, comme le dit Vasari (page 205), qui nous apprend que Michel-Ange en avait confié le soin à son ami l'orfèvre Piloto.

    Par une lettre du 24 octobre 1525 268,5, Michel-Ange, qui avait pensé mettre six tombeaux dans la chapelle, ceux des deux «magnifiques Laurent et Julien son frère, ceux des ducs Laurent d'Urbin et Julien de Nemours, ceux des papes Léon X et Clément VII, dit qu'il y a encore beaucoup à travailler aux quatre figures, évidemment les figures couchées que nous connaissons, mais qu'il n'a pas encore commencé les quatre Fleuves; en 1526 268,6 il dit n'avoir pas commencé ces quatre Fleuves, dont il ne voulait faire lui-même que les modèles en terre. Que devaient d'ailleurs être ces quatre Fleuves. Ce ne pouvaient pas être les quatre fleuves du Paradis, qu'on trouve, à Reims notamment, sur les portails des églises du Moyen Âge. Il aurait plutôt pensé au Tibre et à l'Arno, ces fleuves des Médicis et des papes; mais qu'eussent été les deux autres, le Métauro qui passe près d'Urbin, le Teverone qui passe à Tivoli et se jette dans le Tibre? On ne sait, et il n'importe puisqu'ils ne paraissent pas même avoir eu un commencement d'exécution.

    Lorsque Michel-Ange sur l'ordre de Clément VII s'occupa de continuer la sacristie nouvelle et la bibliothèque de Saint-Laurent, il fit faire à Raffaello de Montelupo, d'après son modèle, la statue en marbre de Saint Damien 270,1 qui est encore à la gauche de la Vierge.

    C'est le Frère Servite Giovan' Agnolo Montorsoli qui fit l'autre statue de Saint Côme, et Vasari 270,2 nous apprend que Michel-Ange en retoucha le modèle et que lui, Vasari, en possédait à Arezzo la tête et les bras en terre, modelés de la main de Michel-Ange. Montorsoli a même aidé Michel-Ange à terminer les figures de Julien et de Laurent.

    Une chose à remarquer, et nous la savons par Vasari 270,3, c'est que le Saint Damien, et par conséquent le Saint Côme et la Vierge ne se trouvent pas par hasard dans la chapelle sépulcrale des Médicis, puisqu'ils étaient destinés au tombeau non exécuté du «magnifique» Laurent, que Vasari appelle le Vieux pour le distinguer du Laurent, duc d'Urbin. C'était le nom du père de Laurent le Vieux qui avait fait choisir saint Côme, patron des médecins, et sa présence avait entraîné le choix de son compagnon. C'est avec la même allusion aux prénoms de la famille que le pape voulait faire peindre, à San-Lorenzo, le Martyre de saint Côme et saint Damien en face du Martyre de saint Laurent 270,4.

    Michel-Ange en confia deux plus importantes au Tribolo 270,5, Ce fut l'exécution des deux-figures nues qui devaient accompagner la statue de Julien; l'une, la Terre, «couronnée de cyprès, triste et la tête baissée, exprimant, par ses bras ouverts, ses regrets de la perte du duc»; l'autre, le Ciel, les bras élevés, «souriant et joyeux de l'ornement et de la splendeur que lui apportaient l'âme et l'esprit de ce seigneur». Malgré une maladie qui lui survint, le Tribolo avait fait le modèle de la statue de la Terre et commencé l'exécution du marbre par la partie postérieure, qui était déjà toute visible quand la mort de Clément VII (septembre 1534) vint encore une fois arrêter les travaux.

    On a remarqué que Vasari appelle le Ciel et la Terre les statues qu'on désigne en général sous le nom du Jour et de la Nuit. Sans entrer dans la discussion des interprétations nombreuses qui ont été données de la pensée de Michel-Ange, il suffira de traduire le passage si important qu'a cité l'habile sculpteur, M. Dupré 270,6. Il est écrit de la main de Michel-Ange derrière un de ses dessins:
    Le CIEL et la TERRE parlent et disent: «Nous avons le jour et la nuit, par notre course rapide, conduit à la mort le duc Julien. Il est bien juste qu'il s'en venge comme il fait, et voici sa vengeance; comme nous l'avons fait mourir, lui, ainsi mort, nous a enlevé la lumière, et ses yeux clos ont fermé les nôtres, qui ne resplendissent plus sur la terre. Qu'aurait-il donc fait de nous pendant qu'il vivait?»
    Michel-Ange a parlé, et nous devons croire ce qu'il dit. Tous ses contemporains ont appelé la Nuit la figure de femme endormie du tombeau dit duc Julien, et Michel-Ange ne s'y est pas refusé; car il a consacré le nom en la faisant un jour parler elle-même.

    Rien n'est, en effet, plus célèbre que les deux quatrains écrits sur cette figure de la Nuit; ils sont tels qu'il sera toujours impossible de ne pas les répéter . Une main inconnue avait un jour affiché sur le sarcophage un premier quatrain; Michel-Ange répondit, au nom de la Nuit.

    Le premier, qui est de Giovanni-Ratista Strozzi, est charmant; l'éloge y est délicat; il est ingénieux, léger, élégant et digne de l'Anthologie, où se trouve déjà cette épigramme de Platon sur la figure d'un vase d'argent: «Ce Satyre, Diodore l'a endormi; il ne l'a pas ciselé. Si tu le piques, tu le réveilleras.» Mais quelle supériorité dans la réponse amère et profonde de Michel-Ange; jamais peut-être il n'a écrit en vers avec plus de clarté, de concision, de plénitude et de grandeur. On est dans un autre monde, et l'esprit de Dante a passé par là.

    Me permettra-t-on d'essayer à mon tour, non pas de rendre. ces belles épigrammes, mais d'en donner une idée. Pour une pièce courte, des vers, même affaiblis, ne se traînent pas comme une traduction en prose, et la seule force du rhythme peut les mettre à même de rester un peu moins loin du mouvement des originaux.
    Cette Nuit, que tu vois doucement sommeiller,
    Sort des flancs d'un rocher sous le ciseau d'un Ange;
    Elle dort, elle rit, et, s'il te semble étrange,
    Elle te parlera; tu n'as qu'à l'éveiller.

    Il m'est bon de dormir et meilleur d'être en pierre.
    Dans cet âge honteux, dont l'honnête homme est las,
    De ne voir ni sentir la grâce est singulière.
    Donc, ne m'éveille point; va, passe, et parle bas.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Informations
    L'auteur

    Anatole Montaiglon
    Homme de lettres français (1824-1895), bibliothécaire attaché au Musée du Louvre, puis professeur à l'École des chartes, il a publié un nombre considérable de travaux dont plusieurs volumes de poésies du Moyen Âge et de la Renaissance françaises. Il a également publié une série de mémoires sur l'Académie royale de peinture, ainsi que la Correspondance des directeurs de l'Académie de France à Rome.
    Mots-clés
    La vie de Michel-Ange à travers ses oeuvres. Les peintures de la voûte de la Chapelle Sixtine (Saint-Pierre de Rome), le tombeau de Jules II (San Pietro in Vincoli, Rome), la Chapelle funéraire des Médicis (San Lorenzo, Florence)
    Extrait
    «Cette Nuit, que tu vois doucement sommeiller, Sort des flancs d'un rocher sous le ciseau d'un Ange; Elle dort, elle rit, et, s'il te semble étrange, Elle te parlera; tu n'as qu'à l'éveiller. Il m'est bon de dormir et meilleur d'être en pierre. Dans cet âge honteux, dont l'honnête homme est las, De ne voir ni sentir la grâce est singulière. Donc, ne m'éveille point; va, passe, et parle bas.» (Sonnet de Michel-Ange)
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