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    Dossier: Trump Donald

    Le Trump des médias revu et corrigé par ses électeurs

    Andrée Mathieu

     

     Populisme, les demeurés de l'histoire. Dans ce livre, paru au moment où Donald Trump entrait sur la scène politique, Chantal Delsol pose cette question: «Le peuple veut-il son propre bien. Le connaît-il ? Et des lors faut-il l'écouter? » Andrée Mathieu explique ici pourquoi les élites des côtes Est et Ouest des États-Unis  auraient eu intérêt à écouter le peuple du milieu. Si ce peuple du milieu était rouge de colère, les élites du pourtour n'étaient-elles pas bleues d'une autre passion: la froide assurance de posséder toute la vérité ?

     « The press takes him literally, but not seriously; his supporters take him seriously, but not literally. »

                           Salena Zito, The Atlantic[1]

     Dire que la campagne présidentielle américaine et les élections qui ont suivi ont été polarisantes est un euphémisme. « Le ciel est bleu, l’enfer est rouge », on se serait cru à l’époque de Duplessis ! Même ici, la forte majorité des Québécois (70%) auraient voté pour Hillary Clinton tant le portrait de Donald Trump dressé par les médias était détestable. À tel point que je me suis demandée si une telle caricature pouvait être réelle. La réalité est toujours tellement plus complexe.

    D’entrée de jeu, je souhaite préciser que je suis une fervente sympathisante du sénateur Bernie Sanders. Il ne s’agit donc pas ici de défendre Donald Trump, ou de tenter de redorer son image. Il y a bien sûr des extrémistes religieux, des suprémacistes blancs, des racistes, des misogynes et des homophobes qui ont voté pour lui. Il faut admettre que ces gens-là ne sont pas spontanément attirés par le parti démocrate… Mais la majorité des partisans du président élu méritent qu’on essaie de les comprendre.

    La défaite a fait mal, très mal au parti démocrate. Le post mortem est déjà commencé. On se demande qui prendra le leadership du parti. À l’épouse du sénateur Bernie Sanders qui était interviewée à CNN, la chef d’antenne avait demandé si son mari comptait représenter sa candidature à la présidence dans quatre ans. Madame O’Meara a éclaté de rire et lui a répondu : « Vous voyez, c’est ça votre problème. Vous êtes incapables de vous élever au-dessus des considérations partisanes et les gens en ont assez. Le président élu n’est même pas encore entré en fonction ! Il va s’en passer des choses d’ici quatre ans. »

    On cherche un coupable. Les analystes s’en donnent à cœur joie. L’élection de Donald Trump, c’est la faute des élites, de la pauvreté, du manque d’éducation, du populisme, du protectionnisme, du racisme, de la misogynie, etc. Et s’il y avait un petit peu de tout ça, et bien d’autres choses moins évidentes ? C’est ici que la pensée complexe peut nous éclairer.               

    Complexité de la personne : Le prendre « au sérieux » ou le prendre « à la lettre » ?

    Voyons d’abord si le personnage Trump est aussi unidimensionnel qu’on nous l’a décrit.

     Avec ses 58 étages, la tour Trump est à la fois l’emblème et le siège social de l’organisation du magnat de l’immobilier devenu président élu. Et à qui en a-t-il confié la construction ? À l’ingénieure et avocate Barbara A. Res, l’une des premières femmes à superviser un chantier de cette envergure à New York, les coûts de construction étant évalués à 100 millions de dollars. Elle avait d’abord été engagée par la compagnie pour terminer la construction de l’hôtel Hyatt, puis elle a occupé le poste de vice-présidente à la direction en charge du développement, et finalement elle a travaillé pour l’organisation à titre de consultante. Dans son livre intitulé All Alone on the 68th Floor : How One Woman Changed the Face of Construction (2013), elle dit de Donald Trump qu’il est « le patron le moins sexiste qu’elle ait connu[2] ». Elle s’est ensuite retournée contre lui en 2016 parce qu’il a refusé de lui redonner du travail.

    Louise Mintz Sunshine a travaillé pour Donald Trump pendant 16 ans, occupant elle aussi un poste de vice-présidente à la direction avant de quitter l’organisation pour fonder sa propre firme de courtage immobilier, le Groupe Sunshine, dont le chiffre d’affaires a atteint $8 milliards en 2000. Dans une entrevue accordée à CNN[3], elle affirme que Donald Trump n’a jamais été un patron, mais un leader, un mentor. « Parfois, dans la vie, arrive une personne qui nous ouvre des horizons. Donald m’a montré le chemin », dit-elle. À la question « Quand lui avez-vous parlé pour la dernière fois ? », la septuagénaire a répondu « Hier. Il m’a simplement dit que je lui manquais, mais qu’il n’avait plus beaucoup de temps à lui dernièrement ».

     Donald Trump a confié des responsabilités importantes à plusieurs femmes dans son organisation, dont sa première épouse Ivana et sa fille Ivanka. Selon Louise Sunshine, il recherche des employés fiables, intelligents et proactifs, et il croit qu’une femme qui possède ces qualités et qui connaît du succès vaut dix hommes[4]Comportement étrange pour un misogyne !

    Laure Mandeville, grand reporter au Figaro, a publié un livre au titre évocateur, Qui est vraiment Donald Trump? (Équateurs - Le Figaro). Dans une excellente entrevue publiée un mois avant l’élection américaine[5], la journaliste, qui a suivi le candidat républicain tout au long de sa campagne, affirme que « Derrière l'image télévisuelle simplificatrice, se cache un homme intelligent, rusé et avisé ». Donald Trump a grandi en compagnie de son père sur les chantiers de construction, il est donc au contact des classes populaires depuis qu’il est tout petit. « Il parle exactement comme eux ! Quand je me promenais à travers l'Amérique à la rencontre de ses électeurs, c'est toujours ce dont ils s'étonnaient. Ils disaient : « Donald parle comme nous, pense comme nous, est comme nous », ajoute Laure Mandeville.

    Salena Zito de la prestigieuse revue The Atlantic, une autre journaliste qui a suivi le candidat républicain pendant la campagne, abonde dans le même sens.[6] Lors des rassemblements, « il prenait son temps pour passer des coulisses à la scène. Il s’arrêtait pour parler aux serveurs, aux employés de services, aux officiers de police et autres travailleurs collaborant à l’organisation de l’événement. Il n’y avait pas d’autoportraits, pas de beaux discours pour s’attirer des votes, par de caméras de télévision. À l’abri des regards de la presse, Donald Trump saluait chaleureusement tous ceux qu’il rencontrait, leur demandait comment ils allaient et, quand il pouvait, il leur demandait leur nom et ce qu’ils faisaient ». Un travailleur afro-américain a confié à la journaliste « Je suis estomaqué !  L’homme que je viens de voir échanger avec les gens n’a rien en commun avec celui qui est présenté quotidiennement dans les médias ». Juste avant de monter sur scène, le candidat a murmuré à l’oreille de Salena Zito : « Vous savez, je pense être une personne aimable. Mais je ne suis pas sûr qu’ils (les médias) soient intéressés à le dire ».

    Selon Laure Mandeville, « Donald Trump joue en réalité à merveille de son côté caricatural, il simplifie les choses, provoque, indigne, et cela marche parce que notre monde du 21e siècle se gargarise de ces simplifications outrancières, à l'heure de l'information immédiate et fragmentée ». De plus, en bon pince-sans-rire, il pratique l’ironie tout en restant parfaitement impassible. Par exemple, quand il a dit, en constatant la ferveur du mouvement qui se formait devant lui, « je pourrais tirer du monde dans les rues et ça ne freinerait pas ces mes partisans », ses supporteurs ont compris ce qu’il voulait dire. « La presse l’a pris à la lettre, mais pas au sérieux ; ses supporteurs l’ont pris au sérieux, mais pas à la lettre » comme on peut lire dans la citation de Salena Zito placée en introduction. Alors, « ne voir que la caricature qu'il projette serait rater le phénomène Trump et l'histoire stupéfiante de son succès électoral » comme le fait si justement remarquer la journaliste du Figaro.

     Complexité de la société américaine : Farm Lives Matter 

     Glenn Greenwald, célèbre journaliste politique qui a publié les révélations d’Edward Snowden et fondé le magazine en ligne The Intercept, déplore : « Les Démocrates essaient déjà de trouver des excuses et de blâmer tout un chacun, sauf eux-mêmes, pour la défaite de leur parti »[7]. On devine la liste prévisible de leurs boucs émissaires : les Russes, WikiLeaks, James Comey (président du FBI), Jill Stein, les supporteurs de Bernie Sanders, les médias qui ont publié des commentaires négatifs sur Hillary Clinton, etc. Mais quiconque veut justifier ainsi le résultat de l’élection s’enfonce profondément dans ce que Greenwald appelle « l’ignorance auto-protectrice ». La réalité sociale de l’Amérique est beaucoup plus complexe.

    Or, presque tout ce qu’on a lu et entendu dans les médias pendant la campagne portait non pas sur le programme politique des candidats, mais sur leur personnalité, ou plus exactement sur une parodie de leur personnalité qui a eu pour effet de les diaboliser. En alimentant la rhétorique manichéenne de chacun des deux camps, cette fixation sur les personnalités a fortement contribué à mener les Américains à la division et à l’impasse politique sur les enjeux importants.

     Dans son post mortem[8], le sénateur Bernie Sanders a répété : « Les familles de travailleurs ont vu les politiciens recueillir un support financier des milliardaires et des grandes entreprises, puis ignorer les besoins des citoyens « ordinaires ». Au cours des trente dernières années, trop d’Américains ont été « vendus » par leurs patrons. Ils travaillent de plus longues heures pour des salaires plus faibles et voient leurs emplois à revenu décent s’envoler pour la Chine, le Mexique ou d’autres pays à bas salaires. Ils en ont assez de voir leurs dirigeants gagner 300 fois leur salaire, tandis que 52% de tous les nouveaux revenus profitent au 1% du sommet. Plusieurs de leurs communautés rurales jadis magnifiques sont dépeuplées, leurs magasins locaux sont abandonnés et leurs enfants quittent la maison parce qu’ils ne trouvent plus de travail. Pendant ce temps, les grandes entreprises siphonnent les richesses de leurs communautés et les accumulent dans des comptes à l’étranger ».

     L’éditorialiste du Figaro, Alexis Brézet, exprime un point de vue semblable : « Cette Amérique des « ghettos blancs », satisfaite autrefois de sa modeste prospérité, (est) ulcérée aujourd'hui par les « privilèges » accordés aux minorités, les intrusions moralisatrices de l’« establishment » de Washington et par la condescendance de la majorité des grands médias. Pour comprendre ce qui advient, il fallait entendre cette Amérique-là »[9]. L’Amérique rurale aussi s’est sentie non seulement ignorée et oubliée, mais rejetée et méprisée par l’élite politique américaine. Alors, tout candidat qui pouvait heurter cette élite méritait son vote.

     Nulle part cette Amérique rurale ne s’est faite entendre de façon plus touchante que dans le retentissant cri du cœur de l’auteur de science-fiction et blogueur David Wong[10] sur son site Cracked. Quand on regarde la carte des États-Unis au lendemain des élections, on voit quelques îlots de bleu dans une mer rouge, ce sont les villes. Les villes occupent moins de 4% du territoire, mais 62% de la population et 99% de la culture populaire. Les films, les spectacles et les nouvelles proviennent tous de ces îles bleues. Les séries télévisées parlent de Los Angeles ou de New York, avec parfois quelques allusions à Chicago ou Baltimore. Et quand ils parlent des habitants des régions rurales, ils les dépeignent comme des bouffons (hillbillies) ou des mutants assassins. « On peut sentir l’arrogance à des centaines de milles à la ronde ! », s’indigne Wong qui vient de l’Illinois.

     « Vous vous rappelez quand l’ouragan Katrina a frappé la Nouvelle Orléans ? C’est quand même bizarre qu’un énorme ouragan de quelques centaines de milles de diamètre ait réussi à viser une ville en particulier et éviter tout le reste… » ironise Wong. Les médias n’en ont presque pas parlé et pourtant Katrina a rasé le Mississipi rural, tuant 238 personnes et causant des dommages évalués à $125 milliards !

     « Si vous n’habitez pas dans une de ces petites villes, vous ne pouvez pas comprendre le désespoir ambiant ». La majorité des possibilités de carrière exigent de déménager en ville, et autour de chacune d’elles se dresse maintenant un mur infranchissable appelé « coût de la vie ». Et si vous osez vous plaindre, il y aura toujours un bon libéral pour dénoncer votre racisme de blanc privilégié. C’est le pire des deux mondes : tous les ravages de la pauvreté, mais aucune sympathie. « Pendant ce temps, nos taux de suicides et d’overdoses explosent. Nous disons que notre mode de vie est en train de mourir et on nous répond que ce qu’on veut vraiment dire c’est que les gens de couleur et les gais sont en train d’obtenir l’égalité des droits et que ça nous dérange » ... Pas étonnant que les communautés rurales aient été séduites par celui qui leur a dit : « I am with you, I will fight for you and I will win for you ».

     Les habitants des zones rurales descendent d’une longue lignée de travailleurs qui trouvaient leur fierté dans leur autosuffisance. « Là d’où je viens, dit Wong, tu n’étais pas un vrai homme si tu ne pouvais pas rapiécer une auto, réparer un toit, chasser pour nourrir ta famille et défendre ta maison contre les intrus. C’était une honte de dépendre de quelqu’un d’autre, et surtout du gouvernement ». Pour bien marquer leurs différences culturelles, l’auteur compare ces ruraux avec les bourgeois des villes dans leurs appartements miniatures, ou les résidents des logements sociaux qui appellent le concierge ou le propriétaire dès qu’il y a quelque chose de brisé. « Quand tu ne possèdes rien, tout est le problème des autres », écrit David Wong.

     Edward Speed, PDG de banque à la retraite, est photographe et coordonnateur d’un organisme à but non lucratif, The Texas Farm and Ranch Photography Project, qui s’occupe à photographier des scènes de la vie rurale quotidienne. Pendant la campagne électorale, alors qu’il se rendait visiter chez sa fille en Ohio, il a parcouru plus de 450 kilomètres sur des routes rurales. C’est à ce moment qu’il dit avoir compris ce qui se préparait. Les régions agricoles étaient couvertes de pancartes invitant à voter pour Donald Trump, certaines faites à la main. Le témoignage[11] de Speed est aussi très éclairant sur le fossé qui se creuse entre les villes et les régions.

     Il raconte sa conversation avec un grand-père qui lui exprimait son indignation en voyant, au bulletin de nouvelles national, l’élite étudiante des campus réclamer des zones sécuritaires « only me » où elle pourrait se mettre à l’abri de tout ce qui, même de loin, risque de l’offenser. Il compare « ces geignards et ces pleurnichards » aux enfants des fermiers qui se lèvent aux petites heures du matin pour remplir leurs tâches et travailler sur des projets, se rendent ensuite à l’école pour une journée normale et reviennent ensuite à la ferme où les attend encore plus de travail, tout ça en participant à la vie de leur famille, de leur communauté et de leur pays. Le vieil homme décrit ces jeunes aux foires agricoles qui transportent la nourriture, nettoient les enclos, lavent et brossent les animaux, pellettent le fumier, chargent et déchargent les camions et les remorques et tentent de dormir sur des chaises inconfortables.

    Dans la vision de ce grand-père, ce n’est pas blancs versus noirs, riches versus pauvres, féministes versus phallocrates, illégaux versus citoyens, c’est plutôt ceux qui ne produisent rien et qui croient, sans gratitude, que tout leur est dû versus les producteurs des biens dont ils profitent. Dans l’ouest du Texas, où il photographiait des scènes de la vie sur un ranch, une mère et éleveuse de bétail a dit à Edward Speed, en faisant allusion au mouvement Black Lives Matter : « À moins que l’Amérique ne finisse par reconnaître que la vie des fermiers compte aussi (Farm Lives Matter), aucune vie ne comptera plus ».

     L’Amérique rurale et agricole s’est révoltée contre ce qu’elle perçoit comme un régime féodal. Elle a voté comme elle l’a fait, motivée non seulement par un sentiment de rejet et d’abandon, mais aussi parce qu’on l’a prise pour acquise. Elle s’est élevée contre les élites urbaines dont elle ne perçoit que dédain et mépris pour ceux qui endurent un travail épuisant et des revers financiers pour nourrir leur pays. Elle a rappelé à tous que la nourriture ne pousse pas magiquement dans les supermarchés.

     C’est facile de rejeter les gens, de s’en moquer, de les traiter de « déplorables » mais, dit David Wong, « on est mieux d’essayer de les comprendre parce qu’ils seront parmi nous longtemps après que Trump sera parti ». 

    La complexité de la gouvernance américaine : fédération ou république ?

    John Michael Greer est un prolifique auteur et blogueur américain. C’est un original, il est druide. Mais si on va au-delà des apparences, il est un des esprits les plus brillants de sa génération. Sa pensée historique est unique. Voici son analyse de la situation américaine intitulée Réflexion sur une démocratie en crise[12].

     Les États-Unis avaient un système fédéral, on y parle encore de « gouvernement fédéral américain ». D’après la Constitution américaine telle qu’elle fut rédigée et interprétée à l’origine, les citoyens de chaque état avaient le droit de gérer leurs affaires à peu près comme ils le jugeaient approprié, à l’intérieur de certaines limites assez larges. Le gouvernement fédéral possédait certains pouvoirs définis avec précision et tous les autres pouvoirs étaient, dans le langage du Dixième amendement, réservés aux états et au peuple.

     Au cours du premier siècle et demi de l’histoire américaine, certains autres pouvoirs ont été assignés au gouvernement fédéral par amendements constitutionnels, parfois avec d’heureux résultats, par exemple la garantie d’une protection légale pour tous les citoyens dans le Quatorzième amendement, et l’extension du droit de vote aux Afro-Américains et aux femmes dans les Quinzième et Seizième amendements respectivement. La structure fédérale de base est demeurée intacte jusqu’au lendemain de la Grande dépression et de la Seconde guerre mondiale. Alors, la croissance métastatique du gouvernement central a commencé en même temps que la volonté d’imposer par force de loi à l’ensemble du pays un quelconque ensemble de valeurs morales.

     Selon Greer, il est temps de renouveler les traditions du fédéralisme américain ; une dévolution systématique des pouvoirs, du gouvernement fédéral surdimensionné aux états, et des états au peuple. Il est temps que les citoyens du Massachussetts acceptent qu’ils ne seront jamais capables de forcer les habitants de l’Oklahoma à se conformer à leurs valeurs morales, et que les citoyens de l’Oklahoma acceptent la même chose à l’égard des gens du Massachusetts. De plus, il est temps pour tous les niveaux de gouvernement d’abandonner l’idée d’imposer l’uniformité culturelle à toutes les nations qui composent la riche diversité de la république américaine, qu’ils reviennent à leur rôle de garant d’une protection des lois égale pour tous, et qu’ils se concentrent sur les autres bénéfices qu’ils sont par nature les mieux adaptés à fournir à leurs citoyens. À ce point de leur histoire, les États-Unis constituent une république unique, mais pas une nation unique. Les distinctions faciles entre états rouges et états bleus effleurent à peine la complexité, et encore moins la profondeur, des différences qui séparent les grands centres urbains du reste du pays, et les différentes régions les unes des autres. Comparez les politiques économiques et sociales qui ont l’approbation des citoyens du Massachusetts à celles qui ont l’approbation en Oklahoma et vous ne verrez presque pas de chevauchements. Ces deux groupes de citoyens appartiennent à deux cultures différentes, avec leurs propres valeurs, attitudes et intérêts, comme nous l’avons vu plus haut. Les tentatives pour imposer les mœurs d’une communauté à une autre sèment l’hostilité et l’incompréhension, et elles ont été trop nombreuses récemment.  

     Les États-Unis sont un pays très diversifié. Il y a des implications, c’est évident, mais ce n’est pas souvent pris en considération. Un pays avec une grande uniformité culturelle, un grand nombre de valeurs, d’attitudes et d’intérêts partagés, peut se permettre de légiférer à l’échelle nationale. Mais un pays qui n’a pas cette uniformité se retrouve rapidement dans le trouble s’il tente d’agir au niveau national. Parlez-en à Justin Trudeau dans le dossier des pipelines… Si les divergences sont suffisamment sérieuses, la seule façon pour les différentes nations de fonctionner comme un état unique est de remettre les décisions dans les mains des communautés, i. e. de plus en plus près des citoyens.

     Pour l’éditorialiste du Figaro, l’élection de Donald Trump est la défaite du multiculturalisme, « cette «nouvelle religion politique» (Mathieu Bock-Côté) qui inverse le devoir d'intégration (puisque c'est celui qui accueille qui doit s'accommoder aux diversités). Trump jouait sur du velours : les admonestations « morales », professées par une classe politique incapable de résoudre les problèmes des peuples, ne font plus recette. Sur fond de chômage galopant et d'islam conquérant, l'injonction multiculturaliste, en Amérique comme en Europe - vertigineux parallèle -, est vécue comme une provocation ».

     Le soir de l’élection, le discours du nouveau président élu s’est achevé sur une chanson de Mick Jagger, You can't always get what you want. « Certains internautes n'ont pas manqué de relever un possible "message subliminal" adressé à son ex-rivale démocrate, voire à l'ensemble de cet « establishment » si souvent honni par le camp Trump »[13]. Un autre internaute a écrit : « You can't always get what you want, especially when you don't even vote » (Vous ne pouvez pas toujours obtenir ce que vous voulez, surtout si vous n’allez pas voter). Mais il y a un peu de mauvaise foi ici, car la phrase complète est « You can't always get what you want, but if you try sometime, you get what you need ». L’Amérique rurale et les « ghettos blancs » ont pris une chance et voté dans l’espoir que quelqu’un les aidera enfin à satisfaire leurs besoins.

    Complexité du monde : de la Révolution industrielle au transhumanisme, la machine ou la vie ?

    « En vérité, alors que les Bourses s’affolent, ce sont toutes les valeurs d’une certaine « postmodernité » qui plongent » pouvait-on lire dans l’éditorial du Figaro[14] au lendemain de l’élection de Donald Trump. Ce qui nous amène à un autre niveau de complexité, celui de l’économie mondiale. D’une certaine façon, on peut dire que les élections américaines 2016 offraient un choix entre la Révolution industrielle et la voie du transhumanisme.  Ce choix entre la vie et la machine n’est sans doute pas conscient, mais il sous-tend toutes les polarisations que nous observons dans le monde aujourd’hui. Par Révolution industrielle, nous entendons une économie basée sur le secteur manufacturier et les hydrocarbures, et par voie du transhumanisme, nous entendons une économie basée sur les machines, ordinateurs, robots, intelligence artificielle et toutes leurs applications. Or, Donald Trump représente le premier choix par sa volonté de rapatrier les emplois manufacturiers et d’exploiter les combustibles fossiles, et Hillary Clinton représente l’autre choix, voyons pourquoi.  

    Un article du magazine New Yorker[15] décrit le parcours du couple Clinton. Pendant la campagne présidentielle de 1972, Bill Clinton et Gary Hart incarnaient la transition que le parti démocrate venait d’amorcer en transformant son identité de parti de travailleurs à parti où les professionnels éduqués composeraient la majorité des membres. Parmi eux, il y avait les pionniers des technologies de l’information, qu’on surnommera les « Démocrates-Atari » des années 1980.  

     En avril 2000, le président Bill Clinton accueillait un événement appelé « Conférence de la Maison Blanche sur la nouvelle économie ». Le succès phénoménal de cette nouvelle économie reposait sur les produits et services offerts par la classe des nouveaux professionnels, ingénieurs en informatique, banquiers, analystes financiers, avocats, designers, consultants en gestion. Bill Gates faisait partie d’une table ronde et Alan Greenspan était conférencier. Le président Clinton était euphorique en présentant cette assemblée : « Je crois que l’ordinateur et l’Internet nous permettront de sortir plus de gens de la pauvreté et plus rapidement qu’à n’importe quel moment dans l’histoire de l’humanité ». Le zeitgeist était un envoûtant mélange d’objectifs nobles et d’autocongratulations. La méritocratie s’inscrivait en credo du parti démocrate.

     Selon le magazine Wired[16], pendant les années Obama, Silicon Valley est devenue très amie avec Washington, le président introduisant plusieurs des outils technologiques à la Maison Blanche. Silicon Valley en est venue à se considérer comme le moteur économique et social du nouveau siècle digital. Les téléphones cellulaires et les réseaux sociaux ont pris autant d’importance pour l’économie mondiale que le pétrole et l’automobile, tandis qu’Amazon, Apple, Facebook, Google et Microsoft sont devenues les compagnies les plus prospères de la planète. Il s’est alors installé un système de portes tournantes entre Washington et Silicon Valley : les entreprises technologiques ont dépensé des millions pour faire du lobbying au Congrès, alors que d’anciens stratèges politiques quittaient la Maison Blanche pour occuper un emploi technologique sur la côte du Pacifique. À la fin de son terme, la rumeur veut que le président Obama restera en lien avec le haut-lieu de la technologie numérique en liant sa fondation à l’innovation dans Silicon Valley.

     Pour l’électorat, Hillary Clinton et le parti démocrate étaient donc étroitement associés au secteur des TICs. D’ailleurs, la très grande majorité des leaders de l’économie numérique ont contribué à la campagne de Madame Clinton, à hauteur de $8 millions contre $300 000 pour Donald Trump si on en croit le site Recode[17]. Peter Thiel[18], co-créateur du système de paiement électronique PayPal, premier investisseur de Facebook et promoteur du transhumanisme, est le seul magnat de la technologie à avoir soutenu financièrement la campagne de Donald Trump, soulevant l’ire de ses collègues. Alors, l’élection de Donald Trump a semé l’inquiétude à Silicon Valley, car la plateforme du président élu menace de perturber un certain nombre de politiques qui y sont chères. Ainsi, pendant la campagne, il a promis de forcer Apple à fabriquer ses ordinateurs aux États-Unis. Il a promis de lancer un procès antitrust contre Amazon. Il a aussi proposé d’imposer une taxe à l’importation sur les produits chinois (45%) et mexicains (35%) si ces deux pays ne consentaient pas à réformer leurs politiques affectant le commerce avec les États-Unis. Enfin, le nouveau président est susceptible de freiner la recherche en intelligence artificielle et en automation, car sa base d’électeurs est constituée par les travailleurs dont les emplois sont les plus à risque.

    Les leaders des géants de la technologie ont toujours eu tendance à s’exprimer en termes de projets ambitieux et de formules sentimentalistes à propos d’un avenir progressiste. Ils prétendent que leurs buts ne sont pas exclusivement lucratifs, mais également philosophiques et démocratiques. Ils veulent bien sûr faire de l’argent, mais ils veulent aussi rendre le monde meilleur, offrir « une justice sociale par les codes » et une connectivité génératrice de paix mondiale et de prospérité. Leur « futur » repose sur des logiciels plutôt que sur des usines, et c’est là que le bât blesse. Les entreprises technologiques craignent aujourd’hui d’être déphasées par rapport à l’humeur nationale et même mondiale, car elles n’ont pas su reconnaître les anxiétés économiques et sociales, souvent alimentées par leurs propres produits (New York Times)[19].  

     L’Amérique agricole et manufacturière et l’Amérique technologique ne vivent pas au même rythme. Le premier est conditionné par la nature, le second par la nouveauté. Stewart Brand, fondateur du célèbre Whole Earth Catalog et coprésident de la fondation du Long Now, a proposé une hiérarchie de rythmes à respecter dans la structure d’une civilisation robuste et adaptable[20]. Ces rythmes différents peuvent créer des tensions dans la société.

     De plus, contrairement aux autres « miracles économiques », le boom technologique n’a pas répandu les emplois. Selon le New York Times, la plus grande partie de la richesse générée par les cinq plus grandes entreprises technologiques américaines profite aux jeunes libéraux de la Californie et du nord-ouest du Pacifique, justement le type d’« élites mondiales » que Donald Trump a vilipendé pendant la campagne présidentielle.

     Il n’est pas certain que tous les Américains partagent l’enthousiasme des jeunes loups de Silicon Valley. La technologie a pénétré si profondément dans leur vie, modifiant leurs façons de travailler, d’étudier, d’élever leurs enfants, qu’elle suscite souvent plus de peur que d’espoir. Selon Peggy Noonan, éditorialiste du Wall Street Journal, « En Amérique présentement, seuls les gens normaux peuvent voir l’évidence. Tous les autres sont perdus dans un brouillard plein de données »[21].

     Dans son dernier livre intitulé The Seventh Sense : Power, Fortune and Survival in the Age of Networks[22], Joshua Cooper Ramo se demande « Comment, dans un monde en profond changement, un individu peut-il développer un instinct pour l’essence de ce qui est en train de se produire ? » Nietzsche parlait d’un sixième sens pour percevoir les rythmes de l’Histoire (Par-delà le bien et le mal), Ramo en ajoute un septième, pour saisir le monde à l’âge des réseaux. Nous devons faire une pause, regarder froidement le monde changer devant nos yeux et développer un nouvel instinct pour comprendre les enjeux que génère l’omniprésente connectivité. Mais l’acquisition d’un nouvel instinct, d’une nouvelle façon de voir le monde, exige du calme. Mark Suster, investisseur de capital de risque chez Upfront Ventures, se fait l’écho de cette idée : « Le secteur technologique doit prendre une grande respiration, réfléchir à ce qui vient de se passer et proposer des politiques qui s’attaqueront de façon réaliste aux inégalités dans notre pays »[23].

    La pensée complexe, une lueur de lucidité dans un monde en tourmente

    Pour comprendre une situation, il est nécessaire d’examiner tous les niveaux de complexité en jeu. Le vivant est composé de systèmes emboîtés dans d’autres systèmes de plus en plus complexes. Ainsi, un individu appartient à une société inscrite dans un système politique ou économique au sein de la biosphère. Ces niveaux étant en interaction, il est impossible d’expliquer une situation complexe en se concentrant sur un seul niveau (personnel, social, politique ou économique). L’étude exhaustive de tous les facteurs interconnectés qui ont contribué à l’élection de Donald Trump aurait exigé beaucoup plus de temps et d’espace. Nous avons donc dû nous contenter de ne lever qu’un petit coin de voile sur la complexité de cet événement dérangeant.   

    Donald Trump a répété qu’il avait créé un mouvement et, pour Peggy Noonan, c’est vrai. Sa campagne a été chaotique, désorganisée, non professionnelle la plupart du temps et il n’y avait pas de pointage technologique, pas de stratégie pour faire sortir le vote, rien qui soit dans les règles de l’art d’une bonne campagne. Il ne doit pas sa victoire à une organisation de pointe, ce sont les citoyens qui la lui ont donnée. Ses supporteurs sont sortis d’eux-mêmes, ils se sont auto-organisés. Sa victoire est le résultat d’une émergence, d’un jaillissement soudain qui la rend encore plus remarquable.

    Donald Trump ne sait pas comment être président, et le système ne sait pas comment accueillir un homme d’affaires prospère à ce poste. On critique ses nominations, on dénonce ses conflits d’intérêts. Il a le réflexe de s’entourer de sa famille, sur laquelle il sait qu’il peut compter. N’est-ce pas naturel, bien que peu éthique ? Quant à Steve Bannon, je préférais l’avoir près de moi en garde à vue plutôt que de le voir me jeter des bâtons dans les roues dans les médias de droite, où il est puissant. Donald Trump, qui le connaît bien, a également nommé des gens plus modérés. Comment prétendre unifier le pays en écartant une partie de la population, même si cette dernière s’avère difficile à gérer ? Le président élu pense pouvoir le faire, nous verrons bien s’il y parviendra. Mais n’espérons pas qu’il adopte des politiques progressistes, ce n’est pas ce qui l’a porté au pouvoir. Est-ce que son élection sonne l’apocalypse ? Quand je pense à la lutte contre les changements climatiques, je le crains. Mais les électeurs avaient d’autres priorités. Ils ont essayé de nous faire comprendre qu’il est urgent de s’occuper des inégalités sociales car, sinon, rien d’autre ne pourra être accompli.   

     Nous devrions surtout éviter de succomber à l’hystérie collective qui s’est emparée du monde. Sans quoi, nous pourrions attiser le feu que nous prétendons vouloir éteindre.

     



    [1] http://www.theatlantic.com/politics/archive/2016/09/trump-makes-his-case-in-pittsburgh/501335/

    [2] http://www.dailymail.co.uk/news/article-3607052/The-sexist-boss-Trump-critic-Barbara-Res-REALLY-thought-turned-Donald-got-rid-refused-hire-back.html

    [3] http://www.cnn.com/videos/politics/2016/05/17/louise-sunshine-donald-trump-nr-sot-whitfield-intv.cnn

    [4] http://www.nydailynews.com/opinion/barbara-res-donald-trump-boss-article-1.2525669

    [5] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/11/09/31002-20161109ARTFIG00029-trump-en-tete-l-interview-de-laure-mandeville-qui-annoncait-l-ouragan.php

    [6] http://www.theatlantic.com/politics/archive/2016/09/trump-makes-his-case-in-pittsburgh/501335/

    [7] https://theintercept.com/2016/11/09/democrats-trump-and-the-ongoing-dangerous-refusal-to-learn-the-lesson-of-brexit/

    [8] http://www.nytimes.com/2016/11/12/opinion/bernie-sanders-where-the-democrats-go-from-here.html

    [9] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/11/09/31002-20161109ARTFIG00422-editorial-la-colere-des-peuples.php

    [10] http://www.cracked.com/blog/6-reasons-trumps-rise-that-no-one-talks-about/

    [11] http://www.zerohedge.com/news/2016-11-11/visit-trumps-america

    [12] http://thearchdruidreport.blogspot.ca/2016/11/reflections-on-democracy-in-crisis.html

    [13] http://www.7sur7.be/7s7/fr/14716/Presidentielles-USA/article/detail/2970313/2016/11/09/Trump-termine-son-discours-sur-You-can-t-always-get-what-you-want-une-pique-a-Hillary.dhtml

    [14] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/11/09/31002-20161109ARTFIG00422-editorial-la-colere-des-peuples.php

    [15] http://www.newyorker.com/magazine/2016/10/31/hillary-clinton-and-the-populist-revolt

    [16] https://www.wired.com/2016/11/trumps-presidency-upend-way-silicon-valley-works/

    [17] http://www.recode.net/2016/10/16/13299156/peter-thiel-trump-donation

    [18] http://www.lemonde.fr/festival/article/2015/07/15/peter-thiel-fondateur-de-paypal-reve-d-un-monde-sans-politique_4683680_4415198.html

    [19] http://www.nytimes.com/2016/11/10/technology/trump-election-silicon-valley-reels.html

    [20] http://agora.qc.ca/documents/vitesse--chaque_chose_en_son_temps_par_andree_mathieu

    [21] http://www.zerohedge.com/news/2016-11-11/what-comes-after-uprising

    [22] Joshua Cooper Ramo, The Seventh Sense, Éditions Little, Brown and Company, mai 2016, 344 pages

    [23] http://www.nytimes.com/2016/11/10/technology/trump-election-silicon-valley-reels.html

    Date de création : 2016-11-21 | Date de modification : 2016-11-28
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    Informations
    L'auteur

    Andrée Mathieu
    Extrait
    Nulle part cette Amérique rurale ne s’est faite entendre de façon plus touchante que dans le retentissant cri du cœur de l’auteur de science-fiction et blogueur David Wong[10] sur son site Cracked. Quand on regarde la carte des États-Unis au lendemain des élections, on voit quelques îlots de bleu dans une mer rouge, ce sont les villes. Les villes occupent moins de 4% du territoire, mais 62% de la population et 99% de la culture populaire. Les films, les spectacles et les nouvelles proviennent tous de ces îles bleues. Les séries télévisées parlent de Los Angeles ou de New York, avec parfois quelques allusions à Chicago ou Baltimore. Et quand ils parlent des habitants des régions rurales, ils les dépeignent comme des bouffons (hillbillies) ou des mutants assassins. « On peut sentir l’arrogance à des centaines de milles à la ronde ! », s’indigne Wong qui vient de l’Illinois.

    33%
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