Le discours d'Obama à Montréal

Jacques Dufresne

Le discours d’Obama à Montréal

Ce 6 juin 2017, le grand homme a été correct, ce qui a stimulé la verve incorrecte de Michel Hébert dans le Journal de Montréal du lendemain. Obama a dit ce qu’il fallait dire, en particulier en ce qui concerne la compatibilité entre la croissance et la protection de l’environnement, laquelle va de soi à ses yeux.  À l’heure actuelle, aucun chef d’État ne pourrait courir le risque de demander à sa population de renoncer à la croissance pour sauver la planète. Son discours était prévisible. Emmanuel Macron, Justin Trudeau ou Angela Merkel auraient dit exactement la même chose à quelques sourires près, en plus pour Justin, en moins pour Angela et Emmanuel.

Cette prévisibilité est à la fois rassurante et inquiétante. Rassurante : tant qu’il y aura unanimité sur la pertinence d’un progrès général ayant le progrès technique pour moteur, l’ordre mondial actuel (un désordre pour certains) pourra persister. « L’illusion est une nécessité dans la caverne, » disait Simone Weil. Inquiétante : parce que le projet d’une croissance illimitée, et c’est bien de ce projet que nous a entretenu monsieur Obama, est en effet une illusion, un rêve incompatible avec les plus solides enseignements de l’écologie, de même qu’avec les aspects les plus pragmatiques de ce qu’on appelle, à tort, le développement durable. Tout semble se mettre en place dans l’esprit de nos leaders, comme si la limite n’existait pas dans la nature, comme si les cultures pouvaient l’éviter et comme si les problèmes environnementaux se réduisaient à celui du réchauffement climatique et de l’énergie sale.  Comment en effet fabriquer des Telsa, des robots, des panneaux de verre, des éoliennes…et des toupies spinner en quantité illimitée sans faire un usage démesuré de matières premières déjà rares, dans bien des cas, sans achever de vider les océans et d’appauvrir les quelques terres arables qui auront échappé au bétonnage. La question n’est pas de savoir si cette vision du monde est viable, nous savons déjà qu’elle ne l’est pas, mais de se préparer à une catastrophe qui ne saurait tarder indéfiniment.

Le succès n’est même pas assuré sur le strict plan de l’énergie. L’équation est simple : plus la croissance sera forte et générale, plus le besoin d’énergie croîtra. L’énergie verte pourra-t-elle assurer seule sa propre croissance?

C’est là l’objet d’un grand débat que je ne peux pas refaire ici. Je me limiterai à recommander quelques lectures dont celle de l’Encyclique Laudato Si et celle de l’un des livres de chevet de Bill Gates, Making the modern World, Materials & Dematerialization, par Vaclav Smil. Plusieurs, de par le monde, sont d’avis que la dématérialisation par le virtuel réduira la demande de biens tangibles plus lourds en énergie. Ont-ils raison ? Le GPS réduit peut-être le nombre de détours inutiles, mais l’accroissement du parc automobile annule sans doute cette économie. Selon The Independent, la consommation d’énergie des centres de données va tripler au cours des dix prochaines années, or en 2016, ces centres consommaient déjà autant d’énergie que l’ensemble du Royaume Uni. Est-ce viable? Qu’en pensez-vous monsieur Gates?

Je vous invite aussi à lire quelques-uns des articles de la Lettre de l’Agora de juin 2017 (vol 9, no 8) dont notre commentaire sur un livre majeur intitulé Aux origines de la décroissance.

 

 

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