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    Dossier: Rectitude politique

    L'affaire Jordan Peterson, ou le combat courageux d'un professeur contre la rectitude politique

    Stéphane Stapinsky

    Il y a quelque chose de pourri au royaume des universités occidentales. Depuis deux ou trois ans, on y constate en effet, surtout dans le monde anglo-saxon, une nouvelle bouffée délirante de rectitude politique. Si, à une certaine époque, les institutions universitaires ont pu être des lieux de discussion et de critique ouverts à tous les débats, aujourd’hui, elles tendent de plus en plus  à être des garderies pour adultes (des crèches, diraient nos amis Français), où il est plus important de protéger les jeunes étudiants contre les traumatismes éventuels résultant de la confrontation avec la pensée d’autrui, que de leur ouvrir l’esprit…

    Dans cet univers qui mélange de plus en plus Kafka et Orwell, les nouveaux mots en usage sont désormais espace protégé (safe space), avertissement préventif (trigger warning), microagressions (microagressions) et appropriation culturelle (cultural appropriation). Aujourd’hui, des choses aussi banales en apparence qu’une fête costumée ou un cours de yoga peuvent poser problème aux activistes de tout poil. Régulièrement, on interdit à des conférenciers non orthodoxes de prendre la parole sur les campus. Appuyant leurs revendications sur des grilles d’analyse tirées des études post-coloniales, du féminisme queer et de la « théorie » du genre, les nouveaux gardes aux couleurs arc-en-ciel font régner la terreur idéologique sur les campus.

    L’affaire Peterson

    Si cette vague de rectitude politique a surtout touché les universités américaines et britanniques, elle a maintenant atteint les rives du lac Ontario. Un cas fait la manchette des médias de la Ville-Reine et du Canada anglais depuis la dernière rentrée universitaire. C’est celui du professeur Jordan Peterson, qui enseigne la psychologie (ses spécialités sont l’étude de la personnalité et la psychologie de la religion) à l’Université de Toronto depuis 1998. Avant d’y être embauché, il avait été professeur à Harvard. Ce qui est en jeu pour lui, c'est d'abord son emploi et son permis d'exercer la psychologie. Il s'expose également à d'éventuelles poursuites judiciaires.


    Ce qu’on lui reproche (et par « on », j’entends des militants LGBTQ+ et sa propre université), c’est de refuser d’utiliser publiquement des pronoms personnels neutres en présence de, ou lorsqu’il entre en relation avec des personnes transgenres.

    De quoi parle-t-on au juste ici ? Il s’agit d’une revendication des activistes LGBTQ+, à savoir que toute référence au genre devrait disparaître lorsqu'on s'adresse aux transgenres. Ces militants zélés tentent d’imposer l’usage d’une langue tout à fait artificielle. On est ici dans le constructivisme langagier le plus pur. Quelques exemples de ces constructions bâtardes vous éclaireront. En anglais, en plus des pronoms courants «he» ou «she», il faudrait dorénavant utiliser les formes suivantes : «ze», «e» ou «they», parmi bien d’autres. Pour ce qui est du français, des militants trans proposent les pronoms «iel», «yel» ou «ille». La justification de ces constructions langagières : on ne la connaît pas trop. « Les accords des adjectifs et des participes passés varient également. Ainsi, on peut lire ce type de phrases : « Ile est heureuxe (il/elle est heureux/heureuse) » ou « Ille est créatifve, mais est fâché.e » (1).

    Selon les réglements de l'Université de Toronto, l'étudiant a le droit de choisir lui-même le pronom qu'il souhaite qu'on utilise dans ses communications avec lui. Le professeur Peterson refuse, au nom de la liberté d'expression et de la liberté de l'enseignement, d’utiliser ces pronoms artificiels. « Je ne reconnais pas le droit à quiconque de choisir les mots que j’emploierai, d’autant que, d’une part, les mots qu’on veut que j’emploie sont des éléments non réguliers de la langue anglaise et que, d’autre part, ces constructions sont la création d'une petite coterie d’idéologues. » (1b)

    Pour lui, ce serait céder à la rectitude politique que de se soumettre aux desiderata d’une poignée d’activistes, qui ne représentent d’ailleurs qu’une infime partie de la population :  « J’estime que les mots artificiellement construits comme les pronoms prétendument ‘’neutres’’ du point de vue du genre, sont la manifestation d'une vague de rectitude politique dont les racines historiques me troublent (marxisme) et dont les motivations psychologiques m’apparaissent douteuses (car elles reposent sur la volonté d’infantiliser et sur un ressentiment intense à l’égard de la réussite, quelle qu’en soit l’origine). » (2) Rappelons que seuls les États totalitaires ont essayé de régimenter de la sorte la langue et le savoir.

    Le professeur Peterson est d’avis que le fait qu’exiger que tout le monde se conforme à une telle obligation est une attente parfaitement irréaliste. Lorsqu’on a commencé à vouloir l’imposer dans les universités, rappelle Peterson, « ils n'avaient aucune idée que, de deux genres, on passerait bientôt à plus de 30, si je me réfère à ceux qui font l’objet d’une protection juridique dans la ville de New York. (...) Peut-être serions-nous capables, à la rigueur, d’utiliser « ils » pour désigner les personnes qui le demandent, parce qu'elles ne correspondent pas parfaitement aux catégories traditionnelles. Mais 30, c’est évidemment impossible - et il y a maintenant des listes qui en incluent bien plus que 30. » (3)

    Un point de vue qui est partagée par le linguiste de Radio-Canada, Guy Bertrand (et auquel, je pense, souscrirait la grande majorité de la population) : « Ça n’a aucun bon sens [de créer artificiellement un pronom neutre] parce que c’est complètement artificiel. Il n’y a pas de logique. Ce n’est pas possible. Ça ne verra jamais le jour. Il n’y a personne qui va s’astreindre à un exercice mental aussi difficile pour ménager la susceptibilité d’une minorité. Ce n’est tellement pas nécessaire. On exagère dans la rectitude politique.» (4) Les étudiants, on ne le sait que trop, n’arrivent pas à apprendre correctement à lire et à écrire. Il suffit d’imaginer quel Capharnaüm créerait l’imposition de telles règles arbitraires dans les institutions d'enseignement…

    Pour Peterson, l’argument du respect dû à la personne transgenre est un mauvais argument. Non qu’on ne doive pas la respecter; c’est plutôt que cela n’a rien à avoir avec la question des pronoms : « Le simple fait qu’(une personne transgenre) veuille être abordé au moyen d’un pronom particulier ne signifie pas que je sois tenu de m'adresser à elle par ce pronom. Cela ne veut pas dire que je nie son existence ou que je nie l'existence de personnes qui ne correspondent pas parfaitement aux catégories binaires de genre. » (5)

    Son de cloche similaire chez Guy Bertrand :  « Ce qui est important, c’est de se battre pour que les gens les respectent. Avoir du respect, ça ne veut pas dire changer la langue pour les accommoder. Avoir du respect, c’est être respectueux envers eux. À mon avis, ce n’est pas dans un changement en profondeur de la langue qu’on va être plus respectueux. C’est dans l’attitude et l’inclusion sociale que ça se fait. » (6)

    Un rejet de la « théorie » du genre (7)

    Peterson répète à l’envi, dans les entrevues qu’il accorde et les articles qu’il publie, qu’il n’est pas un ennemi des personnes transgenres. Il ne nie pas non plus, on l’a vu, qu’elles existent et qu’elles peuvent vivre des situations difficiles. Il est par contre opposé à l’idéologie qui sous-tend l’action des mouvements militants LGTBQ+. Il réfute la conception du genre exagérément extensive qu’elle met de l’avant et qu’on retrouve dans les textes de loi en Ontario et au niveau fédéral canadien :

    « Je ne crois pas, dit-il, qu’il soit raisonnable pour notre société de saboter dans sa totalité de le concept de polarité entre les genres, en guise d’accommodement avec une infime minorité de la population.» (8)

    Et : «Il n'y a pas assez de preuves permettant d’affirmer que l'identité de genre et la sexualité biologique soient des constructions indépendantes, n’ayant aucun rapport entre elles. En fait, tous les éléments de preuve suggèrent le contraire. Je peux vous dire que les personnes transgenres font le même raisonnement. Elles soutiennent qu'un homme peut être né dans le corps d'une femme ;  c'est donc un argument qui établit un lien biologique entre l'identité de genre et le sexe biologique. Je ne suis pas hostile aux personnes transgenres. Je m'oppose simplement à des lois mal rédigées et à la promulgation, pour des raisons idéologiques, d'une législation que la population n'est pas prête à accepter. » (9)

    Un universitaire lâché par ses pairs et par son université

    On aurait pu s’attendre à ce que Peterson soit défendu sur la place publique par ses collègues. Qui d’autre, en effet, que les universitaires sont mieux placés pour comprendre l’importance du débat d’idées et de la liberté d’expression? C’est tout le contraire qui s’est produit. Près de 250 d’entre eux l’ont dénoncé, estimant qu’il faisait preuve de discrimination envers une minorité vulnérable.  Un professeur de l’université de Toronto, A.W. Peet, rattaché au département de physique, qui est lui-même transgenre, l’a traité de « bigot » et a porté plainte contre lui auprès des autorités universitaires. « Peet a déclaré que, bien qu’il soit d’avis que Peterson ait le droit d’exprimer ses idées, il doit assumer, en tant que professeur, certaines responsabilités, notamment celle de prendre soin de l'ensemble du corps étudiant (a professional duty of care for the entire student body) : ‘’Je refuse de passer mon chemin et de le laisser blesser des membres « genderqueer » vulnérables de la communauté universitaire (…). La liberté académique n'a jamais été conçue comme un bouclier universel contre la responsabilité des professeurs. » (10)

    S’il n’est pas appuyé publiquement par ses collègues universitaires, il ne l’est pas davantage par l’administration de l’institution pour laquelle il oeuvre. Il faut hélas le constater : il est de plus en plus fréquent aujourd’hui que les institutions s’en prennent elles-mêmes aux membre de leur personnel, lors de polémiques de ce genre. En fait, les dirigeants universitaires sont devenus bien souvent les alliés (réels ou objectifs) des groupes militants antiracistes et LGTBQ+.

    Dans un article publié dans la presse, Peterson rappelle que l’université lui a adressé une lettre le 3 octobre, afin de l’avertir « au sujet du caractère possiblement illégal de ses actions et de lui rappeler ses obligations envers les étudiants telles qu’elles apparaissent dans les politiques de l’institutions en matière d’équité » (11). Une autre lettre, datée du 18 octobre, lui demandait de cesser de traiter de la question sur la place publique.

    Le professeur Peterson a publié sur internet (YouTube) des vidéo dans lesquelles il exprime ses idées, notamment sur le projet de loi fédéral C-16. L’Université de Toronto affirme n’avoir reçu aucun commentaire négatif au sujet de ces interventions de son professeur. Toutefois, « si nous recevons des plaintes, nous les examinerons dans le cadre de nos politiques, qui sont conformes à la législation provinciale »(12), rappelle le porte-parole de l’institution, Althea Blackburn-Evans. Sage retenue, de la part de l’institution, ou invitation à la délation ? Ça reste à voir.

    Le 19 novembre dernier a été organisé, sous les auspices de l’université de Toronto, un débat public en présence du professeur Peterson et de collègues universitaires.  A la lecture du compte rendu qu’en a donné Christiane Blatchford, dans le National Post (13), on se demande si le terme « débat » est bien approprié. C’est plutôt à une tentative d’exécution publique, à un séance de lynchage qu’ont eu droit les spectateurs de l’événement.

    La formule retenue pour l’événement par l’université est hautement révélatrice. Peterson était seul face à deux opposantes, qui partageaient des points de vue similaires et tout aussi tranchés l’une que l’autre : l’avocate Brenda Cossman, directrice des « sexual diversity studies » à l’Université de Toronto, et Mary Bryson, professeur de « language and literacy » et à l’Institute for Gender, Race, Sexuality and Social Justice de l’Université de la Colombie-britannique (cette dernière se définit comme une personne transgenre).

    Ainsi que le révèle le compte rendu cité plus haut, les deux universitaires ont insulté Peterson, l’on traité d’ignorant, l’ont accusé de tenir des propos indignes d’un universitaire, d’être dépourvu de tout sens de l’éthique. On lui a surtout reproché de manquer de respect envers les personnes transgenres. Cet argument du respect, de la compassion, le professeur de psychologie l’a retourné comme une crêpe. S’adressant à l’auditoire étudiant, il a lancé : « Je suis d’avis que toutes ces personnes qui n’ont que le mot compassion à la bouche ne sont peut-être pas celles qui défendent le mieux vos intérêts.  (…) Vous ne voulez pas avoir pitié de vos enfants, vous voulez les encourager à se développer d'une manière forte et exaltante, afin qu'ils puissent s’épanouir et partir à la conquête du monde. Faites preuve, à leur égard, de trop de compassion, et vous verrez qu’à 40 ans, ils seront encore dans votre sous-sol, broyant du noir, ruminant de sombres desseins, parce que leur capacité à se réaliser en tant qu'être humain aura été entièrement sabotée... » (14)

    En résumé, selon Blatchford, Peterson, au lieu d’un vrai dialogue public, «a eu droit à un pâle simulacre de débat, hyper-contrôlé (il n'y avait pas de questions provenant directement de l’auditoire, sauf celles qui étaient lues par le modérateur) et complaisant ».  (15)

    La menace que pose le projet de loi C-16

    Une des motivations de la croisade de Peterson est d’alerter l’opinion publique sur les dangers potentiels du projet de loi C-16 pour la liberté d’expression au Canada.  Rappelons que ce projet, qui est maintenant devant le Sénat après avoir été approuvé presque sans débat public par la Chambre des Communes,  vise à faire de l’« identité de genre » et de l’« expression de genre» des catégories protégées en vertu de la charte canadiennes des droits et du code criminel.

    Disons qu’il est quand même incroyable de penser que des constructions théoriques, des constructions idéologiques, comme celles qui ont trait au genre, des conceptions très discutées et très discutables, puissent servir de base à des textes juridiques aussi  importants qu’une charte des droits ou un code criminel, sans qu'un débat public approfondi ait lieu. Il faut vraiment que nos gouvernements aient perdu tout esprit critique et qu’il aient totalement abdiqué devant les revendications de groupes de pression très militants pour qu’un telle chose soit possible.

    Pour Peterson, avec un projet de loi comme le C-16, « le gouvernement, sous l’influence des guerriers de la justice sociale de la gauche radicale, a décidé de ce que devons dire, au lieu de nous indiquer ce que nous n’avons pas le droit de dire. Cela me paraît une erreur grave. Je crois que c’est une limite injustifiée à la liberté d'expression. » (17) La loi, lorsqu’elle entrera en vigueur, pourrait, en raison de la possibilité bien réelle de poursuites judiciaires, empêcher des débats publics légitimes sur les questions de genre et la sexualité et compliquer le travail des chercheurs sur ces sujets. Le professeur de Toronto compare les réformes apportées par le projet de loi C-16 aux restrictions à la liberté d’expression qui existent dans « les pays autoritaires et totalitaires » (18)

    Concernant sa propre situation, sa crainte est que ses propos dans le débat sur les pronoms neutres, ainsi que les vidéos qu’il a réalisées, « soient considérés dès l’entrée en vigueur de la loi comme des discours haineux » (19) Ceux qui connaissent l’extrémisme de mouvements militants, comme ceux des LGTBQ+, savent que le risque est réel. A New York, où une trentaine d’identités de genre jouissent d’une protection juridique, « mégenrer » (« misgender ») une personne est un crime, punissable d’une amende allant jusqu’à 250 000 $ !

    Devant nous se dresse l’image des gardes rouges, sous la Révolution culturelle chinoise, qui entraient dans les écoles afin de dénoncer le déviationnisme de leurs professeurs.  Et Peterson n'a pas peur de les affronter. C'est un combattant.

    Pour conclure…

    Ce que cet épisode navrant nous rappelle d’abord, c’est que la liberté d’expression, au Canada, est extrêmement encadrée. Nous n’avons pas, comme aux États-Unis, de Premier amendement qui protège la diffusion des idées, même contestables (et encore, on le voit aujourd’hui, les politiques particulières des universités limitent souvent sa portée). À mesure que sont ajoutées, à la charte des droits et au code criminel, des catégories de personnes susceptibles d’être discriminées, cette liberté d’expression risque de diminuer. Parce que tout devient sujet à interprétation de la part des tribunaux, et l’on ne sais jamais si tel ou tel propos, même énoncé dans un contexte académique, sera qualifié de haineux.

    Pour l’instant, le Québec paraît encore épargné, dans une large mesure. Mais il serait illusoire de croire que nous serons à jamais immunisés. Heureusement, les leaders responsables existent encore de par le monde. Il faut saluer, à l’instar de Jordan Peterson, ces individus courageux. Par exemple, le doyen des étudiants de l’Université de Chicago, qui, dans une lettre publique, a annoncé récemment à la communauté universitaire :  « Notre engagement à l’égard de la liberté académique signifie que nous ne supportons pas les soit-disant avertissements préventifs (trigger warnings), que nous n’annulons pas les invitations aux conférenciers dont les points de vue pourraient susciter des controverses et que nous ne tolérons pas la création d’espaces intellectuels sécuritaires (safe zones) où des individus pourraient se mettre à l’écart des idées ou des perspectives qui diffèrent des leurs. (…) La diversité des opinions et des formations est une force fondamentale dans notre communauté. Les membres de notre communauté doivent avoir la liberté d’exposer et d’explorer un vaste éventail d’idées. » (20)

    Cette lettre a été accueillie, on ne s’en suprendra pas, par l’hostilité d’une partie importante du corps professoral de l’université (une lettre publique signée par 150 enseignants a d'ailleurs qualifié l’intervention du doyen d’« affront aux principes de base d’une éducation libérale et d’une démocratie participative ») (21).

    Le 30 septembre dernier, lors d’une entrevue radiophonique, le professeur Peterson faisait la mise en garde suivante :  « Je dois vous faire part d’une chose qui m’effraie terriblement et à laquelle vous pouvez réfléchir. Je pense que la poussée continuelle et insouciante du peuple par les radicaux des mouvements de gauche a pour effet de réveiller les mouvements de la droite. Vous pouvez considérer cela comme une prophétie de ma part si vous le voulez bien. Une bête se trouve à l’intérieur de nos collectivités et cette bête utilise ses griffes. Si vous réveillez la bête, la violence alors éclate. Je redoute que cette poussée constante par les radicaux des mouvements de gauche ait pour effet de réveiller la bête. » (22) Le 8 novembre, la bête s’est réveillée au sud de la frontière canadienne. Espérons qu’elle dorme encore longtemps au Canada et au Québec…

    Notes

    (1) http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/752820/identites-sexuelles-trans-genres-francais-difficultes#!
    (1b) Traduction libre de :  « I don't recognize another person's right to decide what words I'm going to use, especially when the words they want me to use, first of all, are non-standard elements of the English language and they are constructs of a small coterie of ideologically motivated people. » -- http://www.cbc.ca/radio/asithappens/as-it-happens-friday-edition-1.3786140/i-m-not-a-bigot-meet-the-u-of-t-prof-who-refuses-to-use-genderless-pronouns-1.3786144
    (2) Traduction libre de : « I regard artificially formulated words such as the so-called “gender neutral” pronouns as part of the vanguard of a wave of political correctness which has historical roots that disturb me (the association with Marxism) and psychological motivations that I do not trust (based as they are on an excess of care best devoted to infants and grounded in an intense resentment of anyone who has become successful for any reason whatsoever). » -- http://www.torontosun.com/2016/11/03/why-i-wont-use-preferred-pronouns--and-why-you-shouldnt-either
    (3) Traduction libre de : “they had no idea that two genders would immediately mutate into, say, the more than 30 that now have legal protection in New York City. (...) Perhaps we could even learn to use “they” to refer to persons who request it, because they do not fit well into the traditional categories. But 30 is clearly impossible — and there are now lists that include many more so-called gender identities than 30. » -- http://www.torontosun.com/2016/11/03/why-i-wont-use-preferred-pronouns--and-why-you-shouldnt-either
    (4) http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/752820/identites-sexuelles-trans-genres-francais-difficultes#!
    (5) Traduction libre de : «The mere fact that (une personne transgenre) would like to be addressed by a particular pronoun does not mean that I am required to address (her) by that pronoun. That doesn't mean that I deny (her) existence or the existence of people who don't fit neatly in binary gender categories. » --  http://www.cbc.ca/radio/asithappens/as-it-happens-friday-edition-1.3786140/i-m-not-a-bigot-meet-the-u-of-t-prof-who-refuses-to-use-genderless-pronouns-1.3786144
    (6) http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/752820/identites-sexuelles-trans-genres-francais-difficultes#!
    (7) Bien sûr, la « théorie du genre » n’existe pas... Voir cette page : http://agora.qc.ca/documents/il_ny_a_pas_de_theorie_du_genre_
    (8) Traduction libre de : « I don't believe that it's reasonable for our society to undermine the entire concept of binary gender in order to hypothetically accommodate a tiny minority of people.-- http://www.cbc.ca/radio/asithappens/as-it-happens-friday-edition-1.3786140/i-m-not-a-bigot-meet-the-u-of-t-prof-who-refuses-to-use-genderless-pronouns-1.3786144
    (9) Traduction libre de :  « There's not enough evidence to make the case that gender identity and biological sexuality are independently varying constructs. In fact, all the evidence suggests that they're not independently varying constructs. I can tell you that transgender people make the same argument. They make the argument that a man can be born in a woman's body and that's actually an argument that specifies a biological linkage between gender identity and biological sex. I'm also not objecting to transgender people. I'm objecting to poorly written legislation and the foisting of ideological motivated legislation on a population that's not ready for it.”
    (10) Traduction libre de : « Peet said that, while Peterson has a right to free speech, he is held to a higher standard as a professor, which includes a professional duty of care for the entire student body: “I refuse to stand by and just let him hurt vulnerable genderqueer members of the university community… Academic freedom was never intended to be used as a general-purpose shield against professorial accountability. -- http://news.nationalpost.com/news/canada/u-of-t-professor-attacks-political-correctness-in-video-refuses-to-use-genderless-pronouns
    (11) Traduction libre de : « about the potential illegality of my actions, and reminding me of my obligations to students as detailed in its own recent equity-based policies ».
    (12) Traduction libre de : “If we do receive any (complaints) we will consider them through our policies, which are consistent with provincial legislation,” said spokesperson Althea Blackburn-Evans.” -- http://news.nationalpost.com/news/canada/u-of-t-professor-attacks-political-correctness-in-video-refuses-to-use-genderless-pronouns
    (13) http://news.nationalpost.com/full-comment/christie-blatchford-if-gender-identity-debate-at-u-of-t-was-about-free-speech-then-the-battle-is-truly-lost
    (14) Traduction libre de : Traduction libre de : « I would suggest very strongly that all these people who continually talk about compassion do not in the least have your best interests in mind. There are far more virtues and values than an excess of pity for people. You don’t want to pity your children, you want to encourage them to develop in a strong and forthright manner so they can go out and take on the world. An excess of compassion just ensures when they’re 40, they’re going to be living in your basement, plotting evil routines about the world because their ability to realize themselves as successful human beings has been absolutely compromised…»  -- http://news.nationalpost.com/full-comment/christie-blatchford-if-gender-identity-debate-at-u-of-t-was-about-free-speech-then-the-battle-is-truly-lost
    (15) Traduction libre de : « got that hyper-controlled (there were no live questions from the crowd, except as read by the moderator), self-congratulatory and utterly pale imitation of one. » --  http://news.nationalpost.com/full-comment/christie-blatchford-if-gender-identity-debate-at-u-of-t-was-about-free-speech-then-the-battle-is-truly-lost
    (16) http://news.nationalpost.com/full-comment/christie-blatchford-if-gender-identity-debate-at-u-of-t-was-about-free-speech-then-the-battle-is-truly-lost
    (17) Traduction libre de : “the government, advised by radical leftist social justice warriors, has decided what we must say, instead of what we can’t say. I believe this is extremely ill-advised. I believe it constitutes a serious restriction of free speech.”  -- http://www.torontosun.com/2016/11/03/why-i-wont-use-preferred-pronouns--and-why-you-shouldnt-either
    (18) http://news.nationalpost.com/news/canada/u-of-t-professor-attacks-political-correctness-in-video-refuses-to-use-genderless-pronouns
    (19) http://www.torontosun.com/2016/11/03/why-i-wont-use-preferred-pronouns--and-why-you-shouldnt-either
    (20) Traduction libre de : « Our commitment to academic freedom means that we do not support so-called ‘trigger warnings,’ we do not cancel invited speakers because their topics might prove controversial and we do not condone the creation of intellectual ‘safe spaces’ where individuals can retreat from ideas and perspectives at odds with their own. (...) Diversity of opinion and background is a fundamental strength of our community. The members of our community must have the freedom to espouse and explore a wide range of ideas. » -- http://news.nationalpost.com/full-comment/kelly-mcparland-trigger-warning-campus-politics-is-back
    (21) http://news.nationalpost.com/full-comment/kelly-mcparland-trigger-warning-campus-politics-is-back
    (22) Traduction libre de : « I can tell you one thing that I'm very terrified of, and you can think about this. I think that the continual careless pushing of people by left wing radicals is dangerously waking up the right wing. So you can consider this a prophecy from me if you want. Inside the collective is a beast and the beast uses its fists. If you wake up the beast then violence emerges. I'm afraid that this continual pushing by radical left wingers is going to wake up the beast. » -- http://www.cbc.ca/radio/asithappens/as-it-happens-friday-edition-1.3786140/i-m-not-a-bigot-meet-the-u-of-t-prof-who-refuses-to-use-genderless-pronouns-1.3786144

    Date de création : 2016-12-04 | Date de modification : 2016-12-08
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