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Les « radicalités convergentes » à la rescousse de la pensée critique (2e partie)

Stéphane Stapinsky

 


Suite de la première partie


Les « radicalités convergentes » – un appel d’air frais dans un paysage intellectuel suffocant

Sur ce paysage constitué de décombres, que nous laissent tant la droite que la gauche, sur cette terre aride de la pensée critique, les « radicalités convergente », telles que les présente Jacques Dufresne dans l’article principal de ce dossier, permettent à mon sens de faire souffler un vent de fraîcheur.

Au début des années 2000, j’avais découvert par hasard sur internet la revue française Immédiatement, dont la liberté de ton m’avait tout de suite frappé. Cette publication, critiquée par les bien-pensants de l’époque, avait attiré mon attention parce qu’elle entendait réunir les bonnes volontés et les bons esprits au-delà de ce clivage droite-gauche si mutilant pour la pensée. On me permettra de citer ici un extrait du manifeste de la revue, « Féerie pour une autre fois », qui est très clair à cet égard : « Qu’étions nous ? Socialistes, anarchistes, réactionnaires ? Quelques-uns d’entre nous se proclamaient royalistes, au grand scandale des imbéciles qui ne voyaient pas que c’était d’abord un moyen de s’approprier l’Histoire qu’on nous avait confisquée. Bientôt, ces royalistes firent la jonction avec des républicains et des gaullistes révolutionnaires et on n’en parla plus. Bleus, blancs ou rouges, il était convenu que ce que nous voulions tous, c’était défendre la France, une tradition de la liberté, un goût ancien pour la dissidence et les barricades, le génie artistique et intellectuel de notre civilisation. Ravages de l’urbanisme, scandales alimentaires, désastres écologiques : la crise était trop avancée pour que nous perdions notre temps à discuter. Contre la marchandisation intégrale du monde et de la vie, il fallait frapper vite et fort. »

Ce combat, ils le fondaient sur la fréquentation des grands auteurs. « Il nous fallut, presque seuls, nous ouvrir un chemin dans la forêt forte, farouche et âpre des années quatre-vingt dix. Nous avions été privés de professeurs, gavés de gadgets technologiques, arrachés à notre histoire par des aînés qui, vingt ans auparavant, promettaient de changer la vie. Nous nous efforçâmes de réhabiliter la culture de l’âme, le goût de la conversation et l’amour des classiques. Nous sûmes rétablir les voies de communication qui avaient été coupées en lisant les penseurs, les poètes du passé : Platon, Aristote, Salluste, César, Li Po, Rabelais, Cervantès, Bodin, Pascal, Retz, La Rochefoucault, Bossuet, Balzac, Marx, Bloy, Péguy, Apollinaire, Suarès, Bernanos, Malraux, De Gaulle, Gramsci, Orwell, Jünger, Mishima, Debord, De Roux, Weil, Arendt, Vailland, Blondin. »

Le plus fascinant aujourd’hui, avec le recul, dans cette démarche des promoteurs d’Immédiatement, qui était une entreprise de nature générationnelle, c’est de découvrir que les jeunes auteurs qui y ont fait leurs premières armes (Christian Authier, Sébastien Lapaque et Elizabeth Levy, pour n’en nommer que quelques-uns) participent toujours au débat intellectuel et politique en France.

Cette entreprise intellectuelle fut malheuseusement de courte durée, la revue ayant cessé de paraître au milieu des années 2000. C’est, à mon sens, le même souffle de liberté qu’apporte aujourd’hui l’ouverture du chantier des « radicalités convergentes ».

Jacques Dufresne évoque, dans son article liminaire, deux ouvrages collectifs récents, l’un français, l’autre québécois, qui s’inscrivent dans cette mouvance. Trois choses me frappent d’emblée dans ces entreprises ainsi que dans celle que lance aujourd’hui L’Agora. Primo. Le dialogue avec de grandes figures de la vie intellectuelle du passé, qui ont résisté au passage du temps (Simone Weil, Illich, Pasolini, etc.). C’est le socle sur lequel s’édifie le travail de la pensée des « radicalités convergentes ». Secundo. La présence active d’intellectuels plus jeunes qui sont arrivés à maturité ces dernières années (par exemple, Jean-Claude Michéa ou Philip Blond) et qui ont renouvelé notre regard sur plusieurs enjeux. Tertio. D’autres intellectuels, les éditeurs de ces ouvrages et les auteurs qui y sont publiés, appartenant souvent (mais pas toujours) à la jeune génération, ou l’équipe de L’Agora, qui perçoivent et mettent en évidence un lien entre ces grandes figures du passé et ces intellectuels arrivés à leur maturité. 

L’expression « radicalités convergentes », Jacques Dufresne le rappelle, ne doit pas masquer les différences essentielles existant entre toutes ces figures intellectuelles. Il s’agit d’une constellation de penseurs des plus variés, qui, même s’ils partagent un regard similaire, des inspirations communes, sur certaines questions, sont très souvent contradictoires entre eux sur d’autres thématiques. Si on les mettait dans une même salle, on en viendrait à l’empoignade, assurément. Les « radicalités convergentes » sont un mélange encore instable qui ne prendra sa forme définitive qu’avec le temps. Il serait donc prématuré d’établir un « idéal type » de ces « radicaux convergents ».

Soulignons toutefois, à nouveau, que la volonté de dépasser le clivage droite-gauche, la construction de passerelles entre une certaine droite et une certaine gauche, font assurément partie du tableau d’ensemble des « radicalités convergentes ». Ces passerelles, tout simplement inimaginables il y a seulement quelques années, commencent d’apparaître. J’en donnerai trois exemples.

Le premier, celui de la philosophe de droite Chantal Delsol, qui, dans un article paru l’an dernier dans Le Monde, faisait un accueil plutôt favorable à l’apparition de la mouvance des « orwelliens », ou conservateurs de gauche.

Autre exemple, plus significatif encore, découvert ces jours-ci sur certains sites américains, qui montre qu’une gauche éclairée peut se montrer sensible au discours émanant d'une droite conservatrice qui sait échapper au piège des enjeux moraux ou de la défense tous azimuts du capitalisme.

Bryan Keller, ancien résident de Saint-Louis, habitant présentement l’Irlande, publie un article dans The American Conservative sur les émeutes noires de Ferguson (10). Plutôt que d’adopter l’angle racial, son analyse réfère à la perte de confiance au sein de bien des communautés américaines.

La réception qui est faite de ce texte, par Jeff Spross, sur le site de gauche Think Progress est des plus intéressantes (11). Nous nous permettons d’en citer des extraits (le mot « liberal » réfère ici à la gauche américaine) :

« Pour la gauche, les événements de Ferguson sont assez simples à expliquer. Il s’agit de mettre en rapport les excès du pouvoir policier, les privilèges que possèdent toujours les Blancs dans ce pays et l’héritage de la ségrégation et de l'esclavage. Mais, dans le magazine The American Conservative de cette semaine, Brian Kaller adopte une approche différente. Ce qui est particulièrement intéressant, dans son cas, c'est qu’il a vécu longtemps en Irlande, et qu’il est à même de comparer la situation de ce pays – plus pauvre en terme de PIB par habitant, mais avec des communautés tissées serrées, ayant des buts communs, moins d'armes en circulation et où la peur est moins présente – avec la société américaine moderne.

Sans nier l’explication raciale, il apporte au débat un autre son de cloche, à savoir la prise en compte de l’atomisation croissante des communautés américaines au cours des dernières décennies et de la perte de confiance qui s’est répandue en leur sein, et il cherche à comprendre comment ce contexte a pu poser les bases de la violence survenue à Ferguson (…).

 Les habitants de quartiers populaires comme Ferguson regardent avec effroi la violence et le dysfonctionnement social de villes comme East St. Louis (Illinois), et ils craignent par-dessus tout que ceux-ci atteignent leur ville. Les commenteurs de gauche rejettent souvent ces craintes sous prétexte qu’elle révèlerait des préjugés racistes, et il est vrai que c’est parfois le cas. Cependant, je connais bien des gens – noirs comme blancs – qui ne sont pas du racistes mais qui continuent à craindre la violence des gangs. 

(...)

L’ultime conclusion de Kaller est que les problèmes sociaux qui affligent Ferguson sont en réalité bien plus largement répandus que les gens ne le supposent, et que beaucoup d’autres communautés aux États-Unis risquent de s'effondrer de la même façon que Ferguson. « Ne faites pas l’erreur de croire que ce qui est arrivé à Ferguson ne vous concerne pas», nous dit Kaller. 

(...)

Bien que les propos de Kaller n’invalident en rien l’interprétation que donne la gauche des événements de Ferguson, ils les complètent d’une certaine façon. Et cet autre éclairage peut à mon sens être instructif et utile pour la gauche. Il est certain que les inégalités sociales moindres et la plus grande justice distributive existant dans un pays européen comme l'Irlande, ont un rapport avec les vertus que Kaller identifie dans son texte, et que ces inégalités sociales moindres et cette plus grande justice distributive peuvent expliquer que ce pays, dont le PIB est plus petit que celui des États-Unis, paraisse plus sain et plus heureux, et fasse plus de place, dans la vie sociale, à la confiance, que ces derniers. » (11)


Voilà donc un exemple intéressant de la convergence entre les bons esprits, de quelque bord qu'ils soient. Et il est loin d’être unique. Ce type de rapprochement aurait été inimaginable il y a quelques années encore.

Troisième exemple, tiré d’une entrevue accordée par le politologue anglais David Marquand, proche du Labour, dans lequel il revendique, pour une certaine gauche écologique, l’héritage du penseur fétiche du conservatisme, Edmund Burke :

« Ce que Burke a fait, c’est de contester ce que appelons la liberté individuelle en mettant de l’avant une conception de la communauté comme étant composée des morts, des vivants et de ceux qui nous suivront. Cela me semble être un vue qui se rapproche davantage de celle du mouvement écologique que de tout autre parti politique. J'en tire une éthique de la gestion responsable (stewardship) -- nous ne sommes pas des propriétaires ayant tous les droits sur la communauté politique à laquelle nous appartenons, nous en sommes plutôt les simples locataires. Et nous avons le devoir de la transmettre à nos descendants, comme nos prédécesseurs nous l’ont transmise. Et cela s’applique, bien sûr, à la question de l'environnement qui est aujourd’hui si cruciale. Nous devons agir en pensant non seulement à nos petits-enfants, mais aussi aux générations à venir. La pensée de Burke nous fournit une base solide pour agir en ce sens. » (12)


Voilà qui montre bien, encore une fois, comment on peut dépasser les catégorisations simplistes.

A mon sens, une des conséquences de l’existence de ces passerelles, c’est de faire en sorte que la définition platement idéologique, étriquée du conservatisme, ne tient plus la route. Celle qui tient le conservateur pour rétrograde, moralisateur à l’extrême, réactionnaire socialement, politiquement et intellectuellement. Aujourd’hui, il est clair qu’être conservateur ne signifie plus nécessairement être « de droite ». Il existe également, tout aussi légitime, un conservatisme de gauche. Ce peut être, par exemple, celui d’un Jean-Claude Michéa :

« Je suis né dans une famille communiste. Parents communistes, grands-parents communistes. (…) En sorte que je fais partie de ces gens qui sont révolutionnaires, si le mot a un sens, « par tradition », par tradition familiale, et non pas par révolte oedipienne, contre le père et la mère. Alors, ça peut expliquer la sensibilité que j’ai à certaines formes de l’esprit conservateur, tout en restant par ailleurs un radical. Parce que quand on est né dans une famille communiste – le communisme des années 1950, des années 1960, ce n’est pas simplement le stalinisme des dirigeants, c’est une contre-société populaire absolument extraordinaire. Ma vision de l’homme, elle vient en grande partie des trésors de générosité que j’ai vus autour de moi parmi les ouvriers communistes, avec lesquels je vivais. » (transcription verbatim d'un extrait d'entrevue) (13)

Etre conservateur, c’est tout simplement refuser de consentir à la destruction de ce qui est la base de toute vie civilisée et de toute communauté humaine digne de ce nom. Il faut entendre ce mot dans le sens que lui donnent les écologistes. Tous s’accordent pour dire qu'il y a dans la nature des choses qu'il faut conserver. La diversité biologique, par exemple. Il y a aussi des choses, me semble-t-il, qu'il faut conserver dans les sociétés : la diversité culturelle, la mixité sociale, la solidarité, la communauté, la coopération et d’abord la vie.


Conclusion

Que peut nous inspirer comme réflexion l’apparition (ou l’identification), dans le paysage intellectuel, de ces « radicalités convergentes »?

Je l’ai écrit plus haut. Il m’apparaît prématuré de tenter de cerner avec trop de précisions ce que serait un représentant, en général, de cette tendance. S’il est une position qui réunit la plupart d’entre eux, c’est sans doute la critique du libéralisme, tant de droite que de gauche. Je pourrais aussi employer, pour parler de plusieurs de ces intellectuels, le qualificatif de conservateurs de droite et de gauche (même si certains intellectuels de gauche le refuseraient). Il s’agit, pour les uns et les autres, de retrouver un sens de la limite, que ce soit en matière d’économie, d’environnement ou de réformes sociétales.

Je pense qu’un autre élément qui peut relier certains éléments de la droite éclairée et la partie la plus clairvoyante de la gauche, c’est la reconnaissance de l’ennemi, si j’ose dire, à savoir le techno-capitalisme mondialisé. Il me semble que c’est là une des lignes de partage principales, sur le plan de la critique socio-politique. Banaliser ou même légitimer l’emprise totalitaire croissante du système technicien et les prédations incessantes du capitalisme actuel ne fait assurément pas partie de la panoplie d’idées des « radicaux convergents », de quelque bord qu’ils proviennent.

Tant la gauche que la droite devraient, à mon sens, abandonner les combats secondaires et se centrer sur les luttes essentielles. Des convergences apparaîtraient alors d’elles-mêmes. Certains intellectuels, des deux côtés de la barricade, en sont d'ailleurs conscients. Par exemple, l’économiste Robert Kuttner, du American Prospect Magazine, publication progressiste américaine, qui prenait position contre l’accord commercial entre l’Union européennet et les États-Unis, dans un article dont le titre dit tout : « Rise of Corporate Right Greater Menace than Rise of Far Right ». Pour lui, en effet, le véritable ennemi n’est pas tant le politicien religieux conservateur de l’Amérique profonde que les entreprises multinationales et la finance internationale. À droite, je citerai l’exemple du journaliste catholique français Patrice de Plunkett, qui tient depuis des années un blogue réputé à saveur spirituelle et politique, dans lequel il défend notamment l’idée d’une écologie humaine et se veut un critique féroce de l’ultralibéralisme et du pouvoir techno-scientifique. Plunkett, qui était au début de sa carrière au Figaro Magazine et qui collabore toujours au magazine de droite Spectacle du monde, est un esprit libre qui n’a aucune réticence à appuyer son argumentation, si besoin est, sur les positions d’une gauche éclairée.

Plutôt que de s’acharner à rapetisser sinon à déconstruire l’État, prenons conscience qu’il s’agit, malgré ses défauts, d’un des ultimes remparts contre le pouvoir sans limite des entreprises multinationales et du complexe techno-industriel. Pour une petite nation comme le Québec, la question se pose avec encore plus d’acuité.

Divers indices nous montrent que l'esprit que portent les « radicalités convergentes » est dans l’air du temps. Sans qu’on puisse parler de ralliement à des positions de droite, ni d’une nouvelle vision qui dépasserait la droite et la gauche, des figures de la gauche se retrouvent de plus en plus souvent, sur des enjeux importants, du même côté que celles de la droite. Ce fut le cas en France, en juillet dernier, alors qu’une série de personnalités de gauche (Jacques Delors, Lionel Jospin, Marie-George Buffet, Catherine Tasca, José Bové, etc.) ont fait paraître dans Libération une lettre ouverte à François Hollande dans laquelle ils voient dans la gestation pour autrui (GPA) le «triomphe de l’industrie de l’enfantement sur commande». Ils demandent au président de la République de «s’opposer publiquement à l’admission par le droit des contrats de mère porteuse».(14)

Les peuples, s’ils le veulent, ont encore entre leurs mains un réel pouvoir de changer les choses. C’est ce que nous rappelle le référendum écossais de la semaine prochaine. Ou les protestations de citoyens américains, qui ont empêché le président américain de faire usage de la procédure du « fast track » dans le cas de la négociation du Partenariat Trans-Pacifique. Combien de temps encore les peuples auront-ils ce pouvoir? Sur bien des enjeux cruciaux, comme le contenu des accords commerciaux internationaux, les populations n’ont déjà plus qu’un rôle consultatif.

Jacques Dufresne soulignait, dans un autre texte de ce dossier, l’importance de renouer avec le passé. Une des tâches à laquelle nous sommes conviés consistera à mettre au jour les traditions porteuses de solidarité, créatrices de lien social et d’espoirs démocratiques, tant de la droite que de la gauche, qui ont disparu avec le développement du capitalisme et le déploiement du rouleau compresseur du système technicien. L’exemple de Maurice Glasman, fondateur du Blue Labour en Angleterre, nous permet de rappeler que ses idées sont fortement inspirées du mouvement ouvrier juif du début du 20e siècle, le Bund, aujourd’hui disparu. Au Québec, qui connaît encore le nom d’Esdras Minville ? Ce grand économiste a fondé, en 1938, une colonie agroforestière à Grande-Vallée, qui était un modèle d’organisation coopérative et d’exploitation intégrée des ressources, centrée sur la communauté locale. Et ce projet n’est sans doute pas le seul dans la riche histoire du mouvement coopératif au Québec.

 Un autre chantier consistera à identifier, au sein de ce qu’on appelle encore la gauche et la droite, d’hier et d’aujourd’hui, les figures qui peuvent toujours nous inspirer. Les « radicaux convergents » sont pour ainsi dire par définition des figures s’inscrivant en marge des discours dominants. Ils ont souvent maille à partie avec l’orthodoxie des mouvements ou des parties dont ils se réclament. L’exemple de George Orwell est bien connu, mais celui d’un José Bové critiquant, par exemple, la GPA, en allant à l’encontre de la position du parti écologiste, en est un autre.

Pour ma part, mes ambitions sont plutôt modestes. Je n’ai pas l’illusion de croire que la pensée de ces « radicaux convergents » bouleversera le monde du jour au lendemain. Nous sommes face à un système hégémonique qui ne rendra pas les armes facilement, s’il les rend jamais.

Trente années de destructions néolibérales, ont fini par faire de nous des clients, des consommateurs, donc des êtres passifs. Il importe, pour moi, que recréions du lien social, que nous refondions nos communautés humaines disloquées ou fragilisées. Je rêve du jour où les gens d’un même village, d’un même quartier, redécouvriront l’habitude de se parler et finiront par travailler ensemble. Pour nombre de ces « radicaux », la notion de communauté est cruciale par rapport aux ravages de l’individualisme libéral, et c’est en cela qu’ils peuvent aussi nous être utiles.

Parfois, un seul visage peut nous sauver du désespoir. Lorsqu’ils sont assez nombreux, comme le sont les « radicaux convergents », ils nous incitent à ne pas refuser le combat.

Notes

(10) Brian Kaller, “Ferguson Falls Apart”, The American Conservative, 25 août 2014 -- http://www.theamericanconservative.com/articles/ferguson-falls-apart/

(11) Jeff Spross, “Three Things Conservatives Wrote This Week That Everyone Should Read”, Think Progress, 30 août 2014 -- http://thinkprogress.org/politics/2014/08/30/3475575/conservatives-post-23/

"For liberals, the story out of Ferguson is a relatively straightforward one, dealing with the intersection of runaway police power, white privilege, and the legacy of segregation and slavery. But in the American Conservative this week, Brian Kaller took a different tack. What’s especially interesting is that Kaller has lived for a long time in Ireland, and compares the Irish situation — poorer in GDP-per-capita, but with tighter communities, more purposes, fewer guns, and less fear — to modern American society.

Without contradicting the legacy of race, he brings in an alternative story of an ongoing atomization and loss of trust in American communities over the last few decades, and how that laid the groundwork for the violence in Ferguson:

(...) In working class neighborhoods like Ferguson, neighbors look with dread at the violence and social breakdown of places like East St. Louis, and fear it coming to where they live. Liberal commentators often dismiss such fears as simple racism, and sometimes that plays a role. I know many people, however — black and white — who reach across color lines and who still fear violent gangs.

(...)

Kaller’s ultimate conclusion is that the social problems that plague Ferguson are actually much more widely spread than people assume, and that many other American communities could collapse in the way Ferguson has if given the right push. “Don’t make the mistake of pitying Ferguson from a distance,” as Kaller puts it.

Though this doesn’t refute the story liberals have seen in Ferguson, it does modify it. But it modifies it in ways liberals could find instructive and useful: it stands to reason that the lower inequality and greater distributive justice of a European country like Ireland has ecological relevance to the virtues Kaller sees, and is bound up with the ways the country is poorer in technical terms of GDP, but remains healthier, happier, and more trusting in many ways than the comparatively wealthier United States.”

(12) "What Burke was doing challenging what we’d recognise as the notion of individual freedom by putting forward a notion of the community as composed of the dead, the living and the yet-to-be-born. That seems to me to be much closer to the green movement, today, than to any conventional political party. I draw from it an ethic of stewardship — we’re not freeholders of the political community we belong to, we’re tenants. And we have a duty to pass it on to our successors as it was passed on to us by our predecessors. And that of course applies to the environmental question that is now so central. We have to think in terms not just of our grandchildren but of much more distant generations. I think Burke provides a basis for that."

(13) Transcription par Stéphane Stapinsky. Source : "La cause du peuple". Rencontre avec Jean-Claude Michéa. Animateur : Jean Cornil (Centre Laïque de l'Audiovisuel, 2013) – YouTube

(14) http://www.liberation.fr/societe/2014/07/13/gpa-monsieur-le-president-de-la-republique_1063256 

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