Identité et conscience de soi

Gustave Thibon

Prendre conscience de son identité , n'est-ce pas déjà la perdre ?

« Conversation avec Betty, fille de l’Arizona, au sujet des Noirs et des Indiens des U.S.A. « Ils ont pris conscience de leur identité », me dit-elle. Problème : ne l’ont-ils pas perdue en partie en en prenant conscience ? S’affirmer, par comparaison et opposition aux autres, n’est-ce pas s’éloigner de soi-même ? Et ne renie-t-on pas sa différence en revendiquant l’égalité ? Quoi qu’on fasse, on ne peut pas devenir l’autre, et on n’est déjà plus soi-même. La prise de conscience est comme l’effet d’un divorce entre l’essence et l’existence : c’est le fruit de l’arbre de la connaissance par qui pourrit le fruit de l’arbre de vie. — J’ai observé le même phénomène chez nos paysans : leurs aïeux étaient à l’aise dans leur identité vécue et non reconnue; ils n’aspiraient pas à être autre chose que ce qu’ils étaient ; leur existence s’accommodait sans problème dé leur essence. Aujourd’hui, aigris par comparaison illusoire, leur révolte contre la société est la traduction et l’alibi de leur révolte contre eux-mêmes. »

( Gustave Thibon, Le voile et le masque, Fayard, Paris, 1985, p.99)

À lire également du même auteur

Vie urbaine et surmenage affectif
Voici une belle analyse des menaces qui pèsent sur l'authenticité des êtres

Le mal socialisé
En ce début du XXIème siècle, l'adjectif systémique, souvent associ&

Invariant
Sculpter l'âme par la pensée et la pensée par l'âme

Victor Hugo, visionnaire
Extraits d'une conférence prononcée à un colloque organisé par L'

Résistance du monde et harmonie intérieure
Quand ce qui lie se confond avec ce qui délie




Nos suggestions