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    Dossier: Coopérative

    Desjardins : la nécessaire inspiration

    Jacques Dufresne

    Du vol à main armée au vol à main sur clavier.

    En marge de la fraude de l’été 2019 touchant les données personnelles de 2,700,000 membres.

    Membre de Desjardins, plus que jamais en ce moment, partisan de la coopération, j’écris cet article dans un esprit de solidarité

    .Lors d’une crise comme celle que traverse en ce moment le Mouvement Desjardins, on se prend à souhaiter que la résilience fasse son œuvre, en d’autres termes qu’un élan vital, venu des origines de l’organisme rattache les uns aux autres des organes qui, secoués par le choc, risquent de se séparer et d’entraîner la mort

    Une question préalable se pose toutefois : Le Mouvement Desjardins est-il encore un organisme ? S’il n’est plus qu’une machine, il faut renoncer à la résilience et miser exclusivement sur des solutions techniques. Si on persiste à croire qu’il est un organisme, il faut soit lui reconnaître une âme, soit dans une perspective matérialiste, lui attribuer une tendance naturelle à l’empathie et à la coopération.

    Quel que soit le discrédit dans lequel le mot soit tombé, c’est l’hypothèse de l’âme qu’il faut retenir ici, car elle correspond au caractère religieux de l’origine du Mouvement et plus particulièrement de l’engagement de ses fondateurs : Alphonse Desjardins et dans son sillage une armée de prêtres et de citoyens qui étaient aussi des paroissiens. C’est le mot âme en tout cas qu’emploie Claude Béland, un ancien général de cette armée, pour dénoncer une dérive qui semble s’être accélérée sous la présidence de Mme Leroux. Voici un extrait d’une interview qu’il accordait en 2013 à Daniel Rolland, de Metropole.com. Au même moment le gouvernement Harper mettait

    «Et quand il évoque le nom de l’actuelle présidente, il hausse un peu les épaules de dépit. Car il lui fait porter le fardeau d’une certaine trahison des idéaux du fondateur. '' On n’a que le mot rentabilité en tête, mais ce n’est pas que ça. Moi, si on me dit que la rentabilité passe par le retrait de guichets automatiques et des fermetures de succursales, est-ce que c’est un progrès ? J’ai déjà appelé Mme Leroux pour lui faire part de ce qu’Il pouvait y avoir de si différent entre un 1,3 G$ et 1,2 G$ de profits. Et elle m’a dit que ce n’était pas possible de se satisfaire de moins. Qu’elle craignait une décote sur les marchés. C’est le marché financier qui s’est emparé de Desjardins. En France, le Crédit Mutuel, l’équivalent de nos Caisses, ne veut pas que ce soit le capital qui mène. '' […] Et dans sa démonstration éloquente de la dérive de Desjardins, Claude Béland cite les modifications à la Loi sur les coopératives financières au Canada qui permettent à un individu ou à un groupe en moyen de contrôler 20% du conseil d’administration d’une caisse. Il pourra ainsi imposer le taux de rendement sur le capital qu’il espère. Le marché va pouvoir ''bargainer" de la sorte les taux qui ne seront pas les mêmes que ceux que recevra le petit épargnant. ''C’est contraire à la mission première d’une Caisse, qui doit voir à l’égalité pour tous. On est dans le péché.'' »(1)

    Voici deux images qui illustrent bien les données du problème.Je me souviens de ma stupéfaction le jour, en 1997, si les archives d’Internet ont bonne mémoire, où j’ai vu apparaître sur mon écran cette page web où l’on est accueilli chez Desjardins par un robot entouré d’ordinateurs et d’écrans. On entrevoit à peine, derrière le monstre froid, un tableau du fondateur, et un autre représentant des membres faisant la ronde. À la même époque, on était heureusement accueilli par une image plus fidèle à l’esprit des origines. Hélas! la première image a laissé des traces ascendantes

    Loin de moi l’idée d’opposer une vaine nostalgie à une histoire qui suit son cours et continuera de le suivre. Proche de moi par contre l’idée de faire des deux images le point de départ d’une réflexion sur l‘inspiration dont citoyens, coopérateurs ou non, et gouvernements auront besoin pour stimuler la résilience.

    À l’origine du mouvement coopératif dans la seconde moitié du XIXe siècle en Europe, à partir de 1900 ici, les poignées de main, les odeurs de cuisine, les rapports conviviaux, avec parfois leur part de dureté et de collusion entre proches, ne laissaient guère présager les transactions en ligne, plus froides, à l’abri des passions de proximité, mais aussi plus propices à ce qu’on pourrait appeler les passions algorithmiques. Dans les efforts initiaux pour limiter les dérives, il y eut aussi autant d’art que de technique, autant d’esprit de finesse que d’esprit de géométrie, autant d’inspiration que de planification…

    Témoin dans son entourage de la pauvreté et de ses méfaits, indigné par les injustices qui en résultaient, blessé dans sa charité de bon chrétien, pressentant que les remèdes à de tels maux sont complexes, Desjardins a cherché en Europe la formule la mieux adaptée à la société québécoise de son temps.

    Darwin et la survivance du plus fort d’un côté, Marx et l’abolition de la propriété privée de l’autre ! En Europe, les coopératives durent emprunter entre ces deux murs un passage étroit et difficile, ce qu'elles firent en s'appuyant sur les églises chrétiennes et en trouvant en elles leur inspiration. Desjardins avait le choix entre plusieurs modèles de coopératives financières. Il choisit le modèle italien et l'adapta ensuite à la société québécoise. Celui qui a imaginé et implanté ce modèle, Luigi Luzzatti, fut un homme admirable. Après s'être éloigné de la religion juive ritualiste de son enfance, il prit le parti de la tolérance, une tolérance qui s'accompagnait d'un attachement croissant à certaines religions, ce qui l'amena à écrire de longues pages inspirées sur saint François et sur Bouddha.

    On serait proche de la vérité en comparant Luzzatti à Victor Hugo, lequel écrivait Les misérables à la même époque. « Seule la loi morale, écrivit Luzzatti, pourra restaurer l'équilibre brisé dans le système économique. » « C’est seulement du ciel que les déshérités recevront l'inexhaustible réconfort. » En Allemagne, Raiffeisen et en France, Frédéric le Play, deux autres maîtres à penser de Desjardins, étaient de la même inspiration. Sur le plan politique, ces hommes furent plutôt de droite. Ils eurent la tête à droite et le cœur à gauche, ce qui explique leur succès…et celui de Desjardins.

    De l'Italie à Lévis

    La culture universelle de Luzzatti – il défendait les sciences et les religions avec la même ardeur intelligente – lui permit de repérer dans le contexte intellectuel de son temps ce qui deviendrait le principal obstacle à une entreprise comme la sienne : le double désenchantement de la vie et de l'histoire. Il se montrait par-là prophète; il soulevait une question qui se pose avec encore plus d'acuité aujourd'hui :

    « Nature et histoire, matière et esprit, ne restent point isolés; ils se pénètrent, ils se cherchent tour à tour, poignant de douleurs nouvelles la curiosité humaine. [...]

    Kant, philosophant à la suprême hauteur, faisait cette remarque. “À quoi sert-il de vanter la magnificence et la sagesse de la création dans le royaume de la nature physique, si l'histoire de la race humaine devait rester une objection éternelle contre la Providence? Si Dieu n'est pas dans l'histoire, il n'est pas non plus dans la nature. Et moi, je dis, à mon tour, humblement mais quelle surprise, si Dieu est chassé de la nature comme un facteur superflu et parasite, qu'on doive aussi l'éliminer de l'histoire? [...] En un si triste jour, la science et la foi se dissoudraient ensemble, et notre monde froid, nébuleux, apparaîtrait comme une planète éteinte. ” » (2)

    Puisqu’il s’agit de l’un des textes fondateurs du mouvement coopératif, essayons de le comprendre même si, par rapport à l’esprit de notre temps, il semble appartenir à la préhistoire.: s’il n’existe pas de soleil invisible pour assurer de l’intérieur le sens et la beauté de l’univers, il n’en n’existe pas non plus pour assurer de l’intérieur la croissance des personnes et des communautés vers la justice, la sagesse, la sainteté. Illusions, me diront les subtils connaisseurs de la machine humaine. Illusions qui, dans le cas qui nous intéresse se sont avérées plus fécondes que ne l’eût été la soumission à la vérité scientifique du moment selon laquelle, tout dans l’univers, y compris dans les sociétés humaines est soumis à la force. La même science nous apprend aujourd’hui que la coopération a autant sinon plus d’importance que la compétition dans l’évolution.Jacques Ferron, l’un des écrivains québécois les plus proches de l’inspiration initiale de Desjardins, a soulevé la même question sous la forme d’une mise en garde contre la subordination du culturel à l’économique. Formulée au cours des années 1960, dans le cadre d’une réflexion sur l’indépendance du Québec, cette mise en garde s’applique, à plus forte raison, au Mouvement Desjardins.

     


    « La souveraineté politique, avec tout ce que cela entraîne de réformes dans l'ordre social, doit être précédée d'une souveraineté de l'esprit qui habite le pays. D'où la grande importance que Jacques Ferron attache au facteur culturel. Malgré les sérieuses démonstrations de Monsieur Marx, il n'arrive pas à croire que c'est l'économique qui a toujours le dernier mot, ou encore moins que c'est l'économique qui façonne le culturel; il soutient plutôt que la culture, définie comme une reconnaissance de l'environnement, comme une façon de vivre et une façon de mourir, finit toujours par imposer aux difficiles rapports économiques entre les hommes, ses formes et son esprit.

    L'économique n'a pas toujours primé dans l'histoire de l'humanité; on dirait même que c'est depuis qu'on s'est mis à croire à sa suprématie, que l'économie a commencé à dominer toutes les autres activités humaines, et cela aussi bien en domaine communiste qu'en domaine capitaliste, lesquels se partagent aujourd'hui les profits de leur commune croyance. » (3)

    La voie étroite ne passe plus entre Darwin et Marx, mais entre la logique informatique et la poignée de mains. La coopérative Desjardins ne vient-elle pas d’apprendre qu’ayant en partie basculé dans le maelstrom du numérique, elle aurait intérêt à se rapprocher de l’autre rive, sinon dans le but avoué de prendre des risques financiers en faveur des rapports humains et des causes communautaires perdues, du moins dans celui de dissuader par un tel climat les fraudeurs du clavier à l’intérieur de l’organisation.

    Revue RND : leçon à tirer de sa disparition

    La revue Notre-Dame, fondée en 1903, devenue la revue RND en 1968, puis, dans un dernier sursaut, la revue Idées, a été pendant des décennies une excellente source d’inspiration aussi bien pour les membres que pour le personnel de Desjardins. Elle était offerte gratuitement à tous les comptoirs des Caisses. Par sa seule présence à côté des ordinateurs, elle donnait un sens aux transactions financières. Elle a disparu en 2014, au plus fort de la migration vers le virtuel. Voici l’explication officielle de son déclin. Dans son dernier numéro, une introduction signée par Danielle Hébert, directrice, Brigitte Trudel, rédactrice en chef, et Hervé Anctil, journaliste et président du conseil d’administration :

    « Quelles raisons expliquent la fin de cette revue après 112 ans de publication? En fait, il n’y en a qu’une: la double évolution technologique. D’abord, celle qui a transformé le service aux clients des caisses Desjardins (implantation des guichets automatiques, généralisation des transactions en ligne) et qui a entraîné une baisse de l’utilisation des services au comptoir. Ensuite, celle qui chamboule le secteur des médias en général depuis quelques années. Cela s’est traduit par une diminution graduelle, mais constante de notre tirage. Et comme la revue ne diffuse pas de publicité, les revenus ont baissé d’année en année, jusqu’à épuisement des réserves. Aujourd’hui, après que tout ait été tenté, il est impossible de poursuivre l’aventure. » (4)
    Arrêtons-nous à la première explication, la plus importante car elle met en relief le lien entre la disparition des rapports humains au comptoir et l’accès gratuit à une source d’inspiration qui avait su s’adapter aux temps nouveaux sans se renier, comme l’a bien montré Louis Cornellier dans un article paru en 2006. On aurait pu la remplacer par une revue en ligne qui aurait été offerte à tous les membres via un hyperlien bien en vue. L’heure n’est-elle pas venue de le faire? Le Mouvement y trouverait son intérêt, ne serait-ce qu’en ajoutant un supplément d’âme dans un organisme dont tous les organes vieillissent prématurément à force d’être réduits à la logique informatique.

     Notes

    1-http://archives.lametropole.com/article/affaires/affaires/le-mouvement-desjardins-est-il-en-train-de-perdre-son-%C3%A2me-claude-b%C3%A9land

    2-https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k68157c/f15.image

    3-Jean Marcel, Jacques Ferron malgré lui, Éditions du Jour, Montréal 1970, p.174

    4-http://ameco-medias.ca/revue-idees-30/

    ***

     

    Article de Louis Cornellier sur la revue RND, 8 juillet 2006, Le Devoir

    Distribuée gratuitement dans les caisses Desjardins, la petite et plus que centenaire Revue Notre-Dame présente, chaque mois, un intéressant dossier et une entrevue de fond sur un thème d'actualité, de même qu'un billet du chroniqueur Hervé Anctil. Elle contribue de belle façon, ce faisant, à l'éducation populaire de ceux et celles qui font l'effort — mais c'est surtout un plaisir — de la fréquenter.

    Dans son numéro de juillet-août 2006, la RND nous offre une charmante et collective exploration des « couleurs de nos étés ». Bernard Arcand y souligne les « dangers » des plaisirs estivaux pour notre société de performance: « Car imaginez le jour où les gens d'ici décideraient que ce délicieux mode de vie estival mérite d'être étendu à tous les autres mois de l'année! »

    François Gloutnay se souvient avec une délicate nostalgie du bonheur et du sens de la responsabilité découverts dans les camps de vacances. Danielle Stanton, pour sa part, évoque avec tendresse les grandeurs et misères du travail d'été pour les jeunes. Brigitte Trudel, quant à elle, nous incite à en profiter pour étudier les langues dans un climat de dolce vita, alors que Georges Langford nous invite à aller voir la mer... comme les Madelinots. Dans un petit conte réaliste, Mélanie Saint-Hilaire se livre à un bel éloge des relations, empreintes de gratuité, entre les grands-parents et leurs petits-enfants.

     

    N'y aurait-il que l'été pour être vraiment bien au Québec? Bien sûr que non, croit Hervé Anctil, mais quand même, ne boudons pas notre plaisir et, « allez hop! Un, deux, trois, soleil »!

     

    Tout cela, je vous le dis, est rafraîchissant, franchement sympathique et, en plus, gratuit... comme le bleu du ciel. Ne vous privez pas.

     

    Date de création : 2019-07-19 | Date de modification : 2019-07-20
    Informations
    L'auteur

    Jacques Dufresne
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    Jacques Dufresne
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