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    Dossier: Charlemagne

    Eginhard: Vie de Charlemagne - II

    Eginhard
    ÉGINHARD: Vie de Charlemagne
    1° Première partie: les guerres menées par Charlemagne
    2° Deuxième partie: portrait de l'empereur, la vie à la cour, son testament

    [Les notes entre crochets sont de l'édition de 1824 par l'historien François Guizot. Les sous-titres ont été ajoutés pour faciliter la lecture]


    2° partie

    Tel se montra Charles dans tout ce qui intéressait la défense, l'agrandissement et l'éclat de son royaume. Je vais dire maintenant quelles qualités distinguaient sa grande âme, raconter combien il déploya de constance dans tous les événements, soit heureux, soit funestes, et donner le détail de sa vie intérieure et domestique.

    [Les femmes de Charlemagne]
    Quand, après la mort de son père, il eut partagé le royaume avec son frère, il supporta la jalousie et l'inimitié cachée de celui-ci avec une telle patience que c'était pour tous un sujet d'étonnement qu'il ne laissât paraître aucun ressentiment. Après avoir ensuite, à la sollicitation de sa mère, épousé la fille de Didier, roi des Lombards [Désirée, aussi nommée par les historiens Désidérate ou Hermengarde], il la répudia, on ne sait pour quel motif, au bout d'un an, et s'unit à Hildegarde, femme d'une des plus nobles familles de la nation des Suèves. Elle lui donna trois fils, Charles, Pepin et Louis, et autant de filles, Rotrude, Berthe et Gisèle [Charles naquit en 772, Rotrude en 773, Berthe en 775, Carloman, qui prit ensuite le nom de Pepin, en 776, Louis en 778 et Gisèle en 781. La reine Hildegarde avait donné à Charlemagne trois autres enfants dont deux, Lothaire et Adélaïde, moururent avant leur mère, et la troisième, nommée aussi Hildegarde, ne lui survécut que quarante jours]; il eut encore trois autres filles, Thédrade, Hildrude et Rothaïde, deux de Fastrade, sa troisième femme, qui appartenait à la nation des Francs orientaux, c'est-àdire des Germains; et l'autre, la troisième, d'une concubine dont le nom m'échappe pour le moment [Himiltrude, selon quelques auteurs]. Avant perdu Fastrade, il épousa Luitgarde, Allemande de naissance, dont il n'eut pas d'enfants. Après la mort de cette dernière, il eut quatre concubines: Mathaldarde, qui lui donna une fille nommée Rothilde; Gersuinthe, saxonne, de qui lui naquit une autre fille, Adelrude; Regina, qui mit au jour Drogon et Hugues; Adalinde, dont lui vint Théodoric. Sa mère Bertrade vieilli auprès de lui comblée d'honneurs; il lui témoignait en effet le plus grand respect, et jamais il ne s'éleva entre eux le moindre nuage, si ce n'est une seule fois à l'occasion du divorce de Charles avec la fille de Didier que Bertrade lui avait fait épouser. Cette princesse suivit de près Hildegarde au tombeau, après avoir vu trois petits-fils et autant de petites filles dans la maison de son fils. Celui-ci la fit enterrer avec les plus grands honneurs dans la basilique de Saint-Denis, où reposait déjà Pepin, son père. Charles n'avait qu'une soeur nommée Gisèle, vouée dès sa plus tendre enfance à la vie monastique, et qu'il aima et vénéra toujours autant que sa mère. Elle mourut quelques années avant lui dans le monastère où elle avait pris l'habit religieux.

    [Ses enfants]
    Le roi voulut que ses enfants, tant fils que filles, fussent initiés aux études libérales que lui-même cultivait. Dès que l'âge des garçons le permit, il les fit exercer, suivant l'usage des Francs, à l'équitation, au maniement des armes et à la chasse. Quant aux filles, pour qu'elles ne croupissent pas dans l'oisiveté, il ordonna qu'on les habituât au fuseau, à la quenouille et aux ouvrages de laine, et qu'on les formât à tout ce qu'il y a d'honnête. De tous ses enfants, il ne perdit avant sa mort que deux fils et une fille, Charles, l'aîné des garçons, Pepin, roi d'Italie, et Rotrude, la plus âgée des filles, promise en mariage à Constantin, empereur des Grecs. Pepin laissa un fils nommé Bernard, et cinq filles, Adélaïde, Atula, Gondrade, Berthe et Théodora. Le roi leur donna une preuve éclatante de sa tendresse en permettant que son petit-fils succédât au royaume de son père, et que ses petites-filles fussent élevées avec ses propres filles. Ce prince supporta la perte de ses fils et de sa fille avec moins de courage qu'on ne devait l'attendre de la fermeté d'âme qui le distinguait; et sa tendresse de coeur qui n'était pas moins grande, lui fit verser des torrents de larmes. À la nouvelle de la mort du pape Adrien, son ami le plus dévoué, on le vit pleurer aussi, comme s'il eût perdu un frère ou le plus cher de ses enfants. Tout fait pour les liens de l'amitié, il les formait avec facilité, les conservait avec constance, et soignait religieusement tous les gens auxquels l'unissaient des liens de cette nature. Il apportait une telle surveillance à l'éducation de ses fils et de ses filles, que quand il n'était pas hors de son royaume, jamais il ne mangeait ou ne voyageait sans les avoir avec lui; les garçons l'accompagnaient à cheval, les filles suivaient par derrière, et une troupe nombreuse de soldats choisis, destinés à ce service, veillaient à leur sûreté. Elles étaient fort belles, et il les aimait avec passion; aussi s'étonne-t-on qu'il n'ait jamais voulu en marier une seule, soit à quelqu'un des siens, soit à quelque étranger; il les garda toutes chez lui et avec lui jusqu'à sa mort, disant qu'il ne pouvait se priver de leur société. Quoique heureux en toute autre chose, il éprouva dans ses filles la malignité de la mauvaise fortune; mais il dissimula ce chagrin, et se conduisit comme si jamais elles n'eussent fait naître de soupçons injurieux, et qu'aucun bruit ne s'en fût répandu.

    [Trahison de Pepin]
    Il avait eu d'une de ses concubines un fils nommé Pepin, beau de visage, mais bossu, dont je n'ai pas fait mention en parlant de ses autres enfans. Dans le temps de la guerre contre les Huns, et pendant un hiver que le roi passait en Bavière, ce jeune homme feignit une maladie, s'unit à quelques grands d'entre les Francs qui l'avaient séduit du vain espoir de le mettre sur le trône, et conspira contre son père [en 793].

    Après la découverte du crime et la condamnation des coupables, Pepin fut rasé, sollicita et obtint la permission d'embrasser la vie monastique dans le couvent de Pruim [dans le diocèse de Prium]. Une autre et plus violente conjuration se forma contre Charles en Germanie; quelques-uns de ceux qui la tramèrent eurent les yeux crevés; les autres conservèrent leurs membres, et tous furent exilés et déportés; mais aucun ne perdit la vie, à l'exception de trois qui, pour n'être pas arrêtés, tirèrent l'épée, se défendirent, massacrèrent quelques soldats, et se firent tuer plutôt que de se rendre. Au surplus, la cruauté de la reine Fastrade est regardée comme la seule cause qui donna naissance à ces deux complots; et si, dans ces deux circonstances, on en voulut à la vie du roi, c'est parce que, se prêtant à la méchanceté de sa femme, il avait paru inhumainement oublier sa douceur accoutumée et la bonté de sa nature.

    Du reste, pendant toute sa vie, il sut si bien se concilier l'amour et la bienveillance de tous, tant au dedans qu'au dehors, que nul ne put jamais lui reprocher le plus petit acte d'une injuste rigueur. Il aimait les étrangers et mettait tous ses soins à les bien accueillir; aussi accoururent-ils en si grand nombre qu'on les regardait avec raison comme une charge trop dispendieuse et pour le palais et pour le royaume même. Quant au roi, l'élévation de son âme lui faisait regarder ce fardeau comme léger; la gêne fâcheuse qu'il en éprouvait, il la trouvait plus que payée par les louanges prodiguées à sa magnificence et l'éclat répandu sur son nom.

    [Portrait de Charlemagne]
    Charles était gros, robuste et d'une taille élevée, mais bien proportionnée, et qui n'excédait pas en hauteur sept fois la longueur de son pied. Il avait le sommet de la tête rond, les yeux grands et vifs, le nez un peu long, les cheveux beaux, la physionomie ouverte et gaie; qu'il fût assis ou debout, toute sa personne commandait le respect et respirait la dignité; bien qu'il eût le cou gros et court et le ventre proéminent, la juste proportion du reste de ses membres cachait ces défauts; il marchait d'un pas ferme; tous les mouvements de son corps présentaient quelque chose de mâle; sa voix, quoique perçante, paraissait trop grêle pour son corps. Il jouit d'une santé constamment bonne jusqu'aux quatre dernières années qui précédèrent sa mort; il fut alors fréquemment tourmenté de la fièvre, et finit même par boiter d'un pied. Dans ce temps de souffrance il se conduisait plutôt d'après ses idées que par le conseil des médecins, qui lui étaient devenus presque odieux pour lui avoir interdit les viandes rôties dont il se nourrissait d'ordinaire, et prescrit des aliments bouillis. Il s'adonnait assidûment aux exercices du chevalet de la chasse; c'était chez lui une passion de famille, car à peine trouverait-on dans toute la terre une nation qui pût y égaler les Francs. Il aimait beaucoup encore les bains d'eaux naturellement chaudes, et s'exerçait fréquemment à nager, en quoi il était si habile que nul ne l'y surpassait. Par suite de ce goût il bâtit à Aix-la-Chapelle un palais qu'il habita constamment les dernières années de sa vie et jusqu'à sa mort; ce n'était pas au reste seulement ses fils, mais souvent aussi les grands de sa cour, ses amis et les soldats chargés de sa garde personnelle qu'il invitait à partager avec lui le divertissement du bain; aussi vit-on quelquefois jusqu'à cent personnes et plus le prendre tous ensemble.

    [Ses moeurs, son habillement]
    Le costume ordinaire du roi était celui de ses pères, l'habit des Francs; il avait sur la peau une chemise et des haut-de-chausses de toile de lin; par-dessus étaient une tunique serrée avec une ceinture de soie et des chaussettes; des bandelettes entouraient ses jambes, des sandales renfermaient ses pieds, et l'hiver un justaucorps de peau de loutre lui garantissait la poitrine et les épaules contre le froid. Toujours il était couvert de la saye des Wénètes et portait une épée dont la poignée et le baudrier étaient d'or ou d'argent; quelquefois il en portait une enrichie de pierreries, mais ce n'était jamais que les jours de très grandes fêtes, ou quand il donnait audience aux ambassadeurs des autres nations. Les habits étrangers, quelque riches qu'ils fussent, il les méprisait et ne souffrait pas qu'on l'en revêtit. Deux fois seulement, dans les séjours qu'il fit à Rome, d'abord à la prière du pape Adrien, ensuite sur les instances de Léon, successeur de ce pontife, il consentit à prendre la longue tunique, la chlamyde et la chaussure romaine.

    Dans les grandes solennités, il se montrait avec un justaucorps brodé d'or, des sandales ornées de pierres précieuses, une saye retenue par une agrafe d'or, et un diadème tout brillant d'or et de pierreries; mais le reste du temps ses vêtements différaient peu de ceux des gens du commun.

    Sobre dans le boire et le manger, il l'était plus encore dans le boire; haïssant l'ivrognerie dans quelque homme que ce fût, il l'avait surtout en horreur pour lui et les siens. Quant à la nourriture, il ne pouvait s'en abstenir autant, et se plaignait souvent que le jeûne l'incommodait. Très rarement donnait-il de grands repas; s'il le faisait, ce n'était qu'aux principales fêtes; mais alors il réunissait un grand nombre de personnes. À son repas de tous les jours on ne servait jamais que quatre plats outre le rôti que les chasseurs apportaient sur la broche, et dont il mangeait plus volontiers que de tout autre mets. Pendant ce repas il se faisait réciter ou lire, et de préférence, les histoires et les chroniques des temps passés. Les ouvrages de saint Augustin, et particulièrement celui qui a pour titre de la Cité de Dieu, lui plaisaient aussi beaucoup. Il était tellement réservé dans l'usage du vin et de toute espèce de boisson qu'il ne buvait guère que trois fois dans tout son repas; en été, après le repas du milieu du jour, il prenait quelques fruits, buvait un coup, quittait ses vêtements et sa chaussure comme il le faisait le soir pour se coucher, et reposait deux ou trois heures. Le sommeil de la nuit, il l'interrompait quatre ou cinq fois, non seulement en se réveillant, mais en se levant tout-à-fait. Quand il se chaussait et s'habillait, non seulement il recevait ses amis, mais si le comte du palais lui rendait compte de quelque procès sur lequel on ne pouvait prononcer sans son ordre, il faisait entrer aussitôt les parties, prenait connaissance de l'affaire, et rendait sa sentence comme s'il eût siégé sur un tribunal; et ce n'était pas les procès seulement, mais tout ce qu'il avait à faire dans le jour, et les ordres à donner à ses ministres que ce prince expédiait ainsi dans ce moment.

    [Son amour des lettres]
    Doué d'une éloquence abondante et forte, il s'exprimait avec une grande netteté sur toute espèce de sujets. Ne se bornant pas à sa langue paternelle, il donna beaucoup de soins à l'étude des langues étrangères, et apprit si bien le latin qu'il s'en servait comme de sa propre langue; quant au grec, il le comprenait mieux qu'il ne le parlait. La fécondité de sa conversation était telle au surplus qu'il paraissait aimer trop à causer. Passionné pour les arts libéraux, il respectait les hommes qui s'y distinguaient et les comblait d'honneurs. Le diacre Pierre, vieillard, natif de Pise, lui apprit la grammaire; dans les autres sciences il eut pour maître Albin, surnommé Alcuin, diacre breton, Saxon d'origine, l'homme le plus savant de son temps; ce fut sous sa direction que Charles consacra beaucoup de temps et de travail à l'étude de la rhétorique, de la dialectique et surtout de l'astronomie, apprenant l'art de calculer la marche des astres et suivent leur cours avec une attention scrupuleuse et une étonnante sagacité; il essaya même d'écrire, et avait habituellement sous le chevet de son lit des tablettes et des exemples pour s'exercer à former des lettres quand il se trouvait quelques instants libres; mais il réussit peu dans cette étude commencée trop tard et à un âge peu convenable.

    [Sa piété]
    Élevé dès sa plus tendre enfance dans la religion chrétienne, ce monarque l'honora toujours avec une exemplaire et sainte piété. Poussé par sa dévotion il bâtit à Aix-la-Chapelle une basilique d'une grande beauté, l'enrichit d'or, d'argent, et de magnifiques candélabres, l'orna de portes et de grilles de bronze massif, et fit venir pour sa construction, de Ravenne et de Rome, les colonnes et les marbres qu'il ne pouvait tirer d'autrui autre endroit. Il s'y rendait exactement, pour les prières publiques, le matin et le soir, et y allait même aux offices de la nuit et à l'heure du saint sacrifice, tant que sa santé le lui permettait; veillant avec attention à ce que les cérémonies s'y fissent avec une grande décence, il recommandait sans cesse aux gardiens de ne pas souffrir qu'on y apportât ou qu'on y laissât rien de malpropre ou d'indigne de la sainteté du lieu. Les vases sacrés d'or et d'argent et les orneniens sacerdotaux dont il fit don à cette église étaient en si grande abondance que lorsqu'on célébrait les saints mystères, les portiers, qui sont les clercs du dernier rang, n'avaient pas besoin de se servir de leurs propres habits. Ce prince mit le plus grand soin à réformer la manière de réciter et de chanter les psaumes; lui-méme était fort habile à l'un et à l'autre, quoiqu'il ne récitât jamais en public et ne chantât qu'à voix basse et avec le gros des fidèles.

    Toujours porté à soutenir les pauvres, et prodigue de ces dons gratuits que les Grecs appellent Ýëå÷ìóôßíç [aumône], il ne bornait pas ses charités à son pays et à ses seuls États; mais au-delà des mers, en Syrie, en Égypte, en Afrique, à Jérusalem, à Alexandrie, à Carthage, partout où il savait des Chrétiens dans la misère, il compatissait à leur détresse, et leur envoyait sans cesse de l'argent. S'il recherchait l'amitié des princes d'outre-mer, c'était surtout pour procurer des secours et du soulagement aux Chrétiens qui vivaient sous leur domination. Entre tous les lieux saints et respectables, il vénérait spécialement l'église de l'apôtre saint Pierre à Rome; aussi lui fit-il des dons en or, en argent, et même en pierreries, pour de grandes sommes d'argent, et envoya-t-il aux papes des présents d'une immense valeur. Aussi encore, dans tout son règne, ne se glorifiait-il de rien tant que d'avoir rendu, par ses travaux et ses soins, à la ville de Rome son antique pouvoir, d'avoir protégé, défendu et comblé même de plus de richesses et de dons précieux qu'aucune autre église la basilique de Saint-Pierre; et cependant, malgré toute la dévotion qu'il professait pour elle, il ne put y aller faire ses prières et acquitter ses vœux que quatre fois dans tout le cours des quarante-sept ans qu'il occupa le trône.

    [Couronnement par le pape Léon]
    Le désir de remplir ce pieux devoir ne fut pas le seul motif du dernier voyage que Charles fit à Rome. Le pape Léon, que les Romains accablèrent de mauvais traitements, et auquel ils arrachèrent les yeux et coupèrent la langue, se vit contraint de recourir à la protection du roi. Ce prince vint donc pour faire cesser le trouble, et remettre l'ordre dans l'État de l'Église [en 800]. Dans ce but, il passa l'hiver à Rome, et y reçut à cette époque le nom d'Empereur et d'Auguste. ll était d'abord si loin de desirer cette dignité, qu'il assurait que, quoique le jour où on la lui conféra fût une des principales fêtes de l'année, il ne serait pas entré dans l'église, s'il eût pu soupçonner le projet du souverain pontife. Les empereurs grecs virent avec indignation que Charles eût accepté un tel titre; lui n'opposa qu une admirable patience à leur mécontentement, leur envoya de fréquentes ambassades, les appela ses frères dans ses lettres, et triompha de leur humeur par cette grandeur d'ame qui l'élevait sans contredit de beaucoup au-dessus d'eux.

    [Harmonisation des lois et du langage]
    Les Francs sont régis, dans une foule de lieux, par deux lois très-différentes [Eginhard veut parler sans doute des lois saliques et ripuaires]. Charles s'était aperçu de ce qui y manquait. Après donc que le titre d'empereur lui eut été donné, il s'occupa d'ajouter à ces lois, de les faire accorder dans les points où elles différaient, de corriger leurs vices et leurs funestes extensions. Il ne fit cependant, à cet égard, qu'augmenter ces lois d'un petit nombre de capitulaires qui demeurèrent imparfaits. Mais toutes les nations soumises à son pouvoir n'avaient point eu jusqu'alors de lois écrites: il ordonna d'écrire leurs coutumes, et de les consigner sur des registres; il en fit de même pour les poèmes barbares et très anciens qui chantaient les actions et les guerres des anciens rois, et de cette manière les conserva à la postérité. Une grammaire de la langue nationale fut aussi commencée par ses soins. Les mois avaient eu jusqu'à lui, chez les Francs, des noms moitié latins et moitié barbares; Charles leur en donna de nationaux. Précédemment encore à peine pouvait-on désigner quatre vents par des mots différents; il en distingua douze qui avaient chacun son nom propre. C'est ainsi qu'il appela janvier wintermanoht, février hormunc, mars lenzinmanoht, avril ostermanoht, mai winnemanoht, juin prahmanoht, juillet hewimanoht, août aranmanoht, septembre zvintumanoht, octobre winduntmemanoht, novembre herbistmanoht, décembre helmanoht. Quant aux vents, il nomma celui d'est ostroniwint, l'eurus ostsundroni, le vent de sud-est sundostroni, celui du midi sundroni, l'auster africain sundwestroni, l'africain westsundroni, le zéphire westroni, le vent de nord-ouest westnordroni, la bise nordwestroni, le vent de nord nordroni, l'aquilon nordostroni, et le Vulturne ostnordroni.

    [Couronnement de Louis, roi d'Aquitaine]
    Vers la fin de sa vie, et quand déjà la vieillesse et la maladie l'accablaient [en 813], Charles appela près de lui son fils Louis, roi d'Aquitaine, le seul des enfants mâles qu'il avait eus d'Hildegarde qui fût encore vivant. Ayant en même temps réuni, de toutes les parties du royaume des Francs, les hommes les plus considérables dans une assemblée solennelle, il s'associa, du consentement de tous, ce jeune prince, l'établit héritier de tout le royaume et du titre impérial, et, lui mettant le diadême sur la tête, il ordonna qu'on eût à le nommer empereur et auguste. Ce parti fut applaudi de tous ceux qui étaient présents, parut inspiré d'en haut pour l'avantage de l'État, rehaussa la majesté de Charles, et frappa de terreur les nations étrangères. Ayant ensuite envoyé son fils en Aquitaine, le roi, suivant sa coutume, et quoique épuisé de vieillesse, alla chasser, dans les environs de son palais d'Aix. Après avoir employé la fin de l'automne à cet exercice, il revint à Aix-la-Chapelle au commencement de novembre pour y passer l'hiver. Au mois de janvier [en 815], une fièvre violente le saisit, et il s'alita. Dès ce moment, comme il le faisait toujours quand il avait la fièvre, il s'abstint de toute nourriture, persuadé que la diète triompherait de la maladie, ou tout au moins l'adoucirait; mais à la fièvre se joignit une douleur de coté que les Grecs appellent pleurésie. Le roi, continuant toujours de ne rien manger, et ne se soutenant qu'à l'aide d'une boisson prise encore en petite quantité, mourut, après avoir reçu la communion, le septième jour depuis qu'il gardait le lit, le 28 janvier, à la troisième heure du jour, dans la soixante-douzième année de sa vie et la quarante-septième de son règne.

    Son corps lavé et paré solennellement, suivant l'usage, fut porté et inhumé dans l'église, au milieu des pleurs et du deuil de tout le peuple. On balança d'abord sur le choix du lieu où on déposerait les restes de ce prince qui, de son vivant, n'avait rien prescrit à cet égard; mais enfin on pensa généralement qu'on ne pouvait l'enterrer plus honorablement que dans la basilique que lui-même avait construite dans la ville, et à ses propres frais, en l'honneur de la sainte et immortelle Vierge, mère de Dieu, comme un gage de son amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ses obsèques eurent lieu le jour même qu'il mourut. Sur son tombeau, on éleva une arcade dorée, sur laquelle on mit son image et son épitaphe. Celle-ci porte Sous cette pierre, gît le corps de Charles, grand et orthodoxe empereur, qui agrandit noblement le royaume des Francs, régna heureusement, quarante-sept ans, et mourut septuagénaire le 5 des calendes de février, la huit cent quato«zième année de l'incarnation du Seigneur, à la septième indiction.
    [Des prodiges annoncent la fin de son règne]
    Plusieurs prodiges se firent remarquer aux approches de la fin du roi, et parurent non seulement aux autres, mais à lui-même, le menacer personnellement. Pendant les trois dernières années de sa vie il y eut de fréquentes éclipses de soleil et de lune; on vit durant sept jours une tache noire dans le soleil; la galerie que Charles avait bâtie à grands frais pour joindre la basilique au palais s'écroula tout à coup jusque dans ses fondements le jour de l'ascension de Notre-Seigneur. Le pont de bois que ce prince avait jeté sur le Rhin à Mayence, ouvrage admirable, fruit de dix ans d'un immense travail, et qui semblait devoir durer éternellement, fut de même consumé soudainement et en trois heures de temps par les flammes, et, à l'exception de ce que couvraient les eaux, il rien resta pas un seul soliveau. Lors de sa dernière expédition dans la Saxe contre Godefroi, roi des Danois [en 810], Charles étant un jour sorti de son camp avant le lever du soleil et commencant à se mettre en marche, il vit lui-même une immense lumière tomber tout à coup du ciel, et, par un temps serein, fendre l'air de droite à gauche; pendant que tout le monde admirait ce prodige et cherchait ce qu'il présageait, le cheval que montait l'empereur tomba la tête en avant et le jeta si violemment à terre qu'il eut l'agrafe de sa saye arrachée ainsi que le ceinturon de son épée rompu, et que, débarrassé de ses armes par les gens de sa suite qui s'empressèrent d'accourir, il ne put se relever sans appui; le javelot qu'il tenait alors par hasard à la main fut emporté si loin qu'on le trouva tombé à plus de vingt pieds. Le palais d'Aix éprouva de plus de fréquentes secousses de tremblement de terre, et dans les bâtimens qu'occupait le roi on entendit craquer les plafonds. Le feu du ciel tomba sur la basilique, où dans la suite ce prince fut enterré, et la boule dorée qui décorait le faîte du toit, frappée de la foudre, fût brisée et jetée sur la maison de l'évêque contiguë à l'église. Dans cette même basilique, sur le bord de la corniche qui régnait autour de la partie inférieure de l'édifice entre les arcades du haut et celles du bas, était une inscription de couleur rougeâtre indiquant l'auteur de ce monument; dans la dernière ligne se lisaient les mots Charles Prince; quelques personnes remarquèrent que l'année où mourut ce monarque et peu de mois avant son décès, les lettres qui formaient le mot Prince étaient tellement effacées qu'à peine pouvait-on les distinguer. Quant à lui il ne témoigna nulle crainte de ces avertissemens d'en haut, ou les méprisa comme s'ils ne regardaient en aucune manière sa destinée.

    [Le testament de Charlemagne]
    Il avait résolu de faire un testament pour régler ce qu'il voulait laisser à ses filles et aux enfants nés de ses concubines; mais il ne put achever cet acte commencé trop tard. Trois ans avant sa mort, il régla le partage de ses trésors, de son argent, de sa garde-robe et du reste de son mobilier en présence de ses familiers et de ses ministres, et requit leur témoignage, afin qu'après sa mort la répartition de tous les objets, faite par lui et revêtue de leur approbation, fût maintenue. Il consigna ses dernières volontés sur les choses qu'il entendait partager ainsi dans un écrit sommaire dont voici l'esprit et le texte littéral; Au nom de Dieu tout-puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ici commencent la description et la distribution réglées par le très glorieux et très pieux seigneur Charles, empereur auguste, des trésors et de l'argent trouvés ce jour dans sa chambre, l'année, huit cent onzième depuis l'incarnation de notre seigneur Jésus-Christ, la quarante-troisième du règne de ce prince sur la France, la trente-sixième de son règne sur l'Italie, la onzième de l'Empire, indiction quatrième. Les voici telles qu'après une sage et mûre délibération il les arrêta et les fit avec l'approbation du Seigneur. En ceci, il a voulu principalement pourvoir d'abord à ce que la répartition des aumônes que les Chrétiens ont l'habitude de faire solennellement sur leurs biens, eût lieu pour lui, et de son argent, avec ordre et justice; ensuite à ce que ses héritiers pussent connaître clairement et sans aucune ambiguité ce qui doit appartenir à chacun d'eux, et se mettre en possession de leurs parts respectives sans discussion ni procès. Dans cette intention et ce but, il a divisé d'abord en trois parts tous les meubles et objets, soit or, argent, pierres précieuses et ornements royaux, qui, comme il a été dit, se trouveront ce jour dans sa chambre. Subdivisant ensuite ces parts, il en a séparé deux en vingt-et-un lots, et a réservé la troisième dans son intégrité. Des deux premières parts, il a composé vingt-et-un lots, afin que chacune des vingt-et-une villes qui, dans son royaume, sont reconnues comme métropoles, reçoive à titre d'aumône, par les mains de ses héritiers et amis, un de ces lots. L'archeveque qui régira alors une église métropolitaine, devra, quand il aura touché le lot appartenant à son église, le partager avec ses suffragants de telle manière que le tiers demeure à son église, et que les deux autres tiers se divisent entre ses suffragants. De ces lots formés des deux premières parts, et qui sont au nombre de vingt-et-un, comme les villes reconnues métropoles, chacun est séparé des autres, et renfermé à part dans une armoire, avec le nom de la ville à laquelle il doit être porté. Les noms des métropoles auxquelles ces aumônes ou largesses doivent être faites, sont Rome, Ravenne, Milan, Fréjus, Gratz, Cologne, Mayence, Juvavum, aujourd'hui Salzbourg, Trèves, Sens, Besançon, Lyon, Rouen, Rheims, Arles, Vienne, Moustier dans la Tarentaise, Embrun, Bordeaux, Tours et Bourges. Quant à la part qu'il a décidé de conserver dans son intégrité, son intention est que, les deux autres étant divisées en lots, ainsi qu'il a été dit, et enfermées sous scellé, cette troisième serve aux besoins journaliers, et demeure comme une chose que les liens d'aucun voeu n'ont soustraite à la possession du propriétaire, et cela tant que celui-ci restera en vie, ou jugera l'usage de cette part nécessaire pour lui; mais après sa mort ou son renoncement volontaire aux biens du siècle, cette part sera subdivisée en quatre portions: la première se joindra aux vingt-et-un lots dont il a été parlé ci-dessus; la seconde appartiendra aux fils et filles du testateur et aux fils et filles de ses fils, pour être partagée entre eux raisonnablement et avec équité: la troisième se distribuera aux pauvres, suivant l'usage des Chrétiens; la quatrième se répartira de la même manière, et à titre d'aumône, entre les serviteurs et les servantes du palais, pour servir à assurer leur existence. À la troisième part du total entier, qui, comme les deux autres, consiste en or et argent, on joindra tous les objets d'airain, de fer et d'autres métaux, les vases, ustensiles, armes, vêtemens, tous les meubles, soit précieux, soit de vil prix, servant à divers usages, comme rideaux, couvertures, tapis, draps grossiers, cuirs, selles, et tout ce qui, au jour de la mort du testateur, se trouvera dans son appartement et son vestiaire, et cela pour que les subdivisions de cette part soient plus considérables, et qu'un plus grand nombre de personnes puisse participer aux aumônes. Quant à sa chapelle, c'est-à-dire tout ce qui sert aux cérémonies ecclésiastiques, il a réglé que, tant ce qu'il a fait fabriquer ou amassé lui-même que ce qui lui est revenu de l'héritage paternel, demeure dans son entier, et ne soit pas partagé. S'il se trouvait cependant des vases, livres, ou autres ornements qui bien évidemment n'eussent point été donnés par lui à cette chapelle, celui qui les voudra pourra les acheter et les garder en en payant le prix d'une juste estimation. Il en sera de même des livres dont il a réuni un grand nombre dans sa bibliothèque: ceux qui les désireront pourront les acquérir à un prix équitable, et le produit se distribuera aux pauvres. Parmi ses trésors et son argent, il y a trois tables de ce dernier métal et une d'or fort grande et d'un poids considérable. L'une des premières, qui est carrée, et sur laquelle est figurée la description de la ville de Constantinople, on la portera, comme l'a voulu et prescrit le testateur, à la basilique du bienheureux apôtre Pierre à Rome, avec les autres présents qui lui sont assignés; l'autre, de forme ronde, et représentant la ville de Rome, sera remise à l'évêque de l'église de Ravenne; la troisième, bien supérieure aux autres par la beauté du travail et la grandeur du poids, entourée de trois cercles, et où le monde entier est figuré en petit et avec soin, viendra, ainsi que la table d'or qu'on a dit être la quatrième, en augmentation de la troisième part à répartir tant entre ses héritiers qu'en aumônes.
    Cet acte et ces dispositions, l'empereur les fit et les régla en présence des évêques, abbés et comtes qu'il put réunir alors autour de lui, et dont les noms suivent: Évêques: Hildebald, Richulf, Arne, Wolfer, Bernoin, Laidrade, Jean, Théodulf, Jessé, Hetton, Waldgand. Abbés: Friedgis, Audoin, Angilbert, Irmine. Comtes: Wala, Meginhaire, Othulf, Etienne, Unroch, Burchard, Méginhard, Hatton, Richwin, Eddon, Erchangaire, Gérold, Béra, Hildigern, Roculf. Toutes ces volontés, Louis, fils de Charles, qui lui succéda par l'ordre de la divine Providence, et vit cet écrit, apporta le soin le plus religieux à les exécuter, aussi promptement qu'il fut possible, après la mort de son père.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Informations
    L'auteur

    Eginhard
    Ministre et historiographe de Charlemagne (v. 775-840). La Vie de Charlemagne, dont il est l'auteur, demeure un des plus précieux documents contemporains sur l'empereur et la vie à la cour du roi des Francs. Homme de lettres, architecte, conseiller admis dans l'intimité du roi, Eginhard est une des figures typiques de cette renaissance culturelle à laquelle donna lieu le long règne de Charlemagne.
    Mots-clés
    Récit de la vie de l'empereur Charlemagne composé par un de ses ministres. Sa famille et ses rapports avec ses enfants, portrait physique de Charlemagne, ses moeurs, sa piété, la passation du pouvoir à Louis, le testament de Charlemagne
    Extrait
    «Charles était gros, robuste et d'une taille élevée, mais bien proportionnée, et qui n'excédait pas en hauteur sept fois la longueur de son pied. Il avait le sommet de la tête rond, les yeux grands et vifs, le nez un peu long, les cheveux beaux, la physionomie ouverte et gaie; qu'il fût assis ou debout, toute sa personne commandait le respect et respirait la dignité; bien qu'il eût le cou gros et court et le ventre proéminent, la juste proportion du reste de ses membres cachait ces défauts; il marchait d'un pas ferme; tous les mouvements de son corps présentaient quelque chose de mâle; sa voix, quoique perçante, paraissait trop grêle pour son corps. Il jouit d'une santé constamment bonne jusqu'aux quatre dernières années qui précédèrent sa mort...»
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