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Accepter l'inacceptable

Yvon Larose
Dans l'avenir, le recours au suicide fera peut-être partie des droits de la personne. Article publié dans le journal Au fil des événements de l'Université Laval, édition du 19 février 2004.
«Dans la logique de l'évolution de notre conception moderne des individus, il reste au moins une autre étape à franchir. La liste des droits de la personne, en évolution croissante et jamais interrompue depuis cinq siècles, devrait normalement inclure le droit à disposer de sa propre vie.» Cette affirmation provocante, à contre-courant des idées reçues, est celle de Bernard Arcand, professeur titulaire au Département d'anthropologie de l'Université Laval. «Déjà, l'euthanasie suicidaire est largement tolérée aux Pays-Bas et en Suisse à certaines conditions, ajoute-t-il. Il se peut que dans un siècle l'euthanasie paraisse tout aussi ordinaire que l'avortement.»

Le mercredi 11 février au Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack, Bernard Arcand a participé à une journée de conférences organisée par le Centre de prévention du suicide de Québec et le Comité de prévention du suicide à l'Université Laval. Sa présentation avait pour titre "Le suicide est une bonne idée de nos jours". L'activité s'est déroulée dans le cadre de la Semaine de prévention du suicide.

Un rapport à la mort modifié en profondeur
Émile Durkheim, que l'on considère comme le fondateur de la sociologie moderne, écrivait il y a plus d'un siècle que les contextes sociaux qui poussent au suicide sont soit trop contraignants, soit trop amorphes. «Les premiers, explique Bernard Arcand, ne laissent pas suffisamment d'espace à l'individu pour respirer et les autres lui donnent trop peu de guides.»

Le conférencier avance l'hypothèse que nos sociétés traversent présentement une phase de transition entre la mort à l'ancienne, où le suicide était vu comme une chose scandaleuse, et une société de l'avenir où ce geste absurde et largement incompréhensible risque de devenir ordinaire et raisonnable. Selon lui, la révolution sociale et culturelle en marche semble avoir modifié en profondeur notre rapport à la mort.

Une première transformation majeure en ce sens est l'avènement de la société industrielle, il y a environ deux siècles. Cette société a permis le rêve de la mobilité et de la réussite sociale en mettant fin au destin immuable de l'individu qui était jusque-là plus ou moins déterminé dès sa naissance. Vous naissiez pauvre et vous mouriez pauvre. «Désormais, souligne Bernard Arcand, c'est à l'individu de se prendre en charge, de faire de sa vie ce que bon lui semble.» Une autre transformation majeure est l'entrée dans l'ère du respect des droits de la personne. Peu à peu on a vu l'espace social se rétrécir alors que s'imposait la notion du «soi». «Le respect des droits de la personne, indique-t-il, impose une tolérance de plus en plus grande aux particularités individuelles.» Une troisième transformation majeure est la progression de la solitude, une conséquence du développement radical de l'urbanisation. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, entre cinq et six pour cent des Canadiens vivaient seuls. Aujourd'hui, le tiers de la population est dans cette situation.

Bernard Arcand rappelle que, loin d'être une notion nouvelle, le droit à la mise à mort de soi existait déjà dans l'Antiquité. «Dans la Marseille de la Grèce antique, dit-il, le suicidaire pouvait plaider son cas devant le conseil de ville. Si le conseil était convaincu par l'argument, il fournissait au plaideur le poison demandé.»

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