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L'hyperactivité et le manque d’empathie peuvent conduire à la délinquance

Daniel Baril
Les conditions socioéconomiques viennent aggraver ces facteurs de risque.
Le phénomène des gangs de rue est devenu un problème fort préoccupant dans nos villes modernes. Psychologues et sociologues ne s’entendent pas toujours sur les causes qui conduisent les jeunes à constituer des groupes délinquants et ils invoquent respectivement les traits de personnalité et les conditions sociales.

Formé au Département de psychologie et professeur au Département de sociologie, Éric Lacourse est en bonne position, à la jonction de ces disciplines, pour observer l’interaction des deux types de facteurs. Il vient de publier, avec d’autres chercheurs du Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant (GRIP), les résultats d’une étude longitudinale réalisée auprès de 1037 garçons de milieux socioéconomiques défavorisés qui ont été suivis depuis l’âge de 5 ans jusqu’à 18 ans.

«Jusqu’ici, les études portaient soit sur les facteurs familiaux, soit sur les facteurs psychologiques de la délinquance. Notre recherche montre que c’est la combinaison des deux qui est déterminante», souligne le chercheur.

Trois traits comportementaux

L’étude a révélé trois traits psychologiques qui, combinés, représentent un risque élevé d’adhésion à un groupe de jeunes délinquants: l’hyperactivité, une faible anxiété et le peu de comportements prosociaux.

«Les garçons qui selon les dires de leurs enseignants présentaient ces trois caractéristiques se sont avérés six fois plus susceptibles de se joindre à un groupe d’amis délinquants au début de l’adolescence que les autres garçons du même milieu», explique le professeur Lacourse.

Treize pour cent des garçons de l’échantillon avaient ce profil comportemental. Le professeur précise que les caractéristiques en question ne sont pas de l’ordre du dysfonctionnement: l’hyperactivité désigne l’agitation ou l’incapacité de rester en place; la faible anxiété est la marque de ceux qui ne sont pas craintifs à l’égard de la nouveauté et qui ne pleurent pas facilement; et les comportements prosociaux déficitaires sont l’entraide, l’entregent et l’empathie.

Parmi ceux qui affichaient ce profil, 30% faisaient partie d’un groupe de jeunes délinquants dès l’âge de 11 ou 12 ans. La majorité d’entre eux suivent la trajectoire considérée comme précoce, soit l’adhésion à un tel groupe à 11 ans. Les critères retenus pour définir la délinquance sont les agressions physiques, le vandalisme et la vente ou la consommation de drogues.

«Les trois traits de caractère constituent les trois dimensions centrales du concept de la psychopathie chez les adultes, mentionne le professeur. L’impulsivité, la témérité et le manque d’empathie pourraient prédisposer les garçons à devenir des contrevenants plus violents au sein de leur groupe d’amis.»

Conditions socioéconomiques

Les conditions socioéconomiques défavorables viennent amplifier ce risque. L’étude montre en effet que les enfants au profil prédisposant et dont les parents sont divorcés, peu scolarisés et assez jeunes sont quatre fois plus à risque de se joindre à un groupe délinquant que les autres enfants ayant le même profil mais dont le contexte familial est plus favorable. La combinaison des facteurs comportementaux et sociaux fait grimper le risque d’adhérer à un groupe délinquant à 55%.

«La bonne nouvelle, c’est que les familles de milieux défavorisés n’ont pas à craindre systématiquement que leurs garçons s’associent à une bande de jeunes délinquants, signale Éric Lacourse. En fait, 75% d’entre eux ne suivront pas cette trajectoire.»

Pour le chercheur, les facteurs qui prédisposent initialement à la délinquance selon cette étude sont principalement ceux de nature psychologique. «Le contexte familial aggrave le risque chez les enfants qui ont un profil prédisposant, mais il n’est pas le déclencheur», affirme-t-il.

De plus, certains des jeunes de cette cohorte ont pu bénéficier d’un programme de prévention pour contrer la délinquance. Un projet de recherche devrait en évaluer les répercussions prochainement.

Par ailleurs, aucun des facteurs de risque, qu’ils soient psychologiques ou sociaux, ne peut à lui seul permettre de prévoir l’adhésion tardive à un gang. Les données montrent que les risques d’adhérer à un groupe délinquant chez les jeunes au profil prédisposant diminuent à partir de 14 ou 15 ans. Cette diminution est plus forte et plus rapide chez les adolescents qui sont entrés précocement dans un gang.

D’autres facteurs que ceux désignés dans cette étude sont donc à l’œuvre chez les adolescents qui maintiennent leur adhésion à un groupe d’amis délinquants ou qui y adhèrent après 17 ans et les travaux doivent se poursuivre de ce côté.

Les résultats de cette recherche ont été publiés dans le numéro du 1er mai d’Archives of General Psychiatry, la plus importante publication en psychiatrie. Outre Éric Lacourse, trois autres signataires de l’article sont de l’UdeM, soit Frank Vitaro et Sylvana Côté, de l’École de psychoéducation, ainsi que Richard Tremblay, directeur du GRIP. Sont également au nombre des signataires Daniel S. Nagin, de l’Université Carnegie Mellon, de Pittsburgh, et Louise Arsenault, du King’s College, de Londres.

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