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Sport

Définitions du sport
> Le sport et le jeu
Le sport appartient à la sphère du jeu dont Johann Huizinga et Roger Caillois ont déterminé les premiers la nature et fixé les catégories. En complète opposition avec la conception traditionnelle du jeu dans lequel les auteurs anciens ne voyaient qu'une forme dégradée de pratiques rituelles ou sacrées, ou d'activités imposées par les nécessités de la vie, Huizingua soutenait, qu'au contraire, la culture est issue du jeu, que le jeu stimule l'ingéniosité et la capacité des êtres humains à concevoir des règles pour encadrer leur existence, à délimiter un territoire où l'avidité primaire et la volonté de domination trouvent à s'exprimer sans détruire un ordre social précaire. Il définit le jeu comme une «une action fictive, sentie comme fictive et située en dehors de la vie courante, capable néanmoins d'absorber totalement le joueur; une action dénuée de tout intérêt matériel et de toute utilité... », définition qu'il complète en ajoutant que cette action s'accomplit dans le respect librement consenti de règles impérieuses et indiscutables, qu'elle est «pourvue d'une fin en soi ».

Dans Les Jeux et les hommes, Caillois reprend en l'approfondissant la définition de Huizinga. Selon Caillois, le jeu est une activité: 1° libre, c'est-à-dire qu'elle cesse d'être un divertissement dès lors qu'elle est exercée sous la contrainte; 2° séparée, elle est exécutée dans un espace-temps circonscrit et distinct de la vie courante; 3° incertaine, dont le déroulement ne saurait être déterminé ni le résultat acquis par avance; 4° improductive, ne créant ni biens, ni richesse; 5° réglée, soumise à des conventions qui suspendent les lois ordinaires; 6° fictive, c'est-à-dire accompagnée d'un sentiment très net d'irréalité par rapport à la vie courante. Caillois se distingue de son prédécesseur par sa classification des jeux qu'il répartit en quatre catégories selon la prédominance de l'agôn (la compétition), l'alea (l'effet du hasard), la mimicry (le simulacre ou l'imitation) ou l'ilinx (la recherche du vertige). À ce premier découpage qu'il juge insuffisant, il propose une distribution verticale des jeux entre deux extrémités dont la première est la paidia, correspondant à l'exubérance primesautière et la turbulence des jeux de l'enfance, et le ludus, où transparaît la volonté de plier le tumulte de la paideia à des conventions arbitraires, à hausser volontairement le degré d'efforts et de complexité du jeu.

Sport et jeux de hasard obéissent à une loi commune: «la création artificielle entre les joueurs des conditions d'égalité pure que la réalité refuse aux hommes ». Seul le mérite personnel dans un cas, le hasard dans l'autre, déterminent l'issue du jeu. Non seulement, le sport en tant que jeu, se déroule dans un espace-temps distinct de celui du travail ou de la vie quotidienne, mais il comporte des règles qui substituent à l'inégalité des conditions de la vie courante des «situations parfaites ». Ces règles pro-pres au sport appellent invariablement des infractions ; par la corruption, les joueurs s'évertuent à infléchir les règles en leur faveur. Le joueur qui refuse cette égalité pure du jeu, celle de la ligne de départ dans la course, transgresse la loi fondamentale du jeu.

> Du tribal dans l'industriel
Dans Analyse du sport, Bernard Jeu s'est livré à une «analyse plurielle» du sport. Le regard de l'anthropologue croise celui du sociologue, les vers de Pindare répondent aux propos de Xénophane et de Platon, le concept occidental du sport créateur de valeurs trouve son contraire dans la «non-valeur » des arts martiaux en Orient. Pour l'anthropologue, le sport est une «parenthèse tribale en plein cœur de l'industriel», survivance de rites anciens, représentation intériorisée et inconsciente d'une vaste «ordalie cosmogonique». La compétition sportive s'apparente aux rites de passages: la victoire est un triomphe sur la mort, la défaite est une « mort à soi-même», la ligne de symétrie du terrain de jeu rejoint la «ligne de partage entre monde des vivants et monde des morts». Elle est un «axe cosmique de sociabilité » où l'émotion est encore quasi religieuse. Historiquement, le sport est pris dans cette contradiction qui oppose Pindare à Platon : il est à la fois, ce «besoin héroïque du beau risque à courir» que chante le poète dans ses Olympiques, et, selon la vision utilitariste développée par le philosophe dans la République, un moyen dont dispose l'État pour éduquer et former les citoyens en vue de la guerre.

En dernière analyse, pour Bernard Jeu, le sport est affaire d'« émotion et de passion», et c'est rabaisser la fonction essentielle du sport au sein de notre société que de critiquer l'usage rationnel des techniques en vue d'accroître les performances sportives. Il croit fermement à un «humanisme sportif»: l'humanisme, sans technique, ne serait que pur verbiage, et la technique, sans humanisme, une absurdité. «L'homme se fixe des buts, crée des techniques pour les atteindre, les transcende.»

> Le sport et la violence
À la lecture d'Elias (Sport et civilisation, Elias et Dunning), il paraît tout naturel que le sport moderne soit apparu dans cette Angleterre du XVIIIe siècle au moment où le parlementarisme s'imposait : « Le sport moderne, dit-il, repose sur l'égalité des chances entre joueurs, dont l'identité sociale, le temps de la compétition, est gommée. Ainsi autonomisé, il a créé des espaces qui lui sont propres, comme les stades, les gymnases, les vélodromes… De même, il obéit à des règles fixes dont l'objectif est de définir une pratique universelle, règlements qui sont établis par des spécialistes et qui visent à réduire la violence tout en développant une éthique de la loyauté entre participants.» Le sport réglementé, phénomène propre à la société des loisirs, permet d'atteindre une sorte de « tension-équilibre », où les pulsions violentes trouvent un exutoire tout en prévenant les blessures corporelles. Alors qu'Elias nie toute fonction rituelle ou festive au sport, Bernard Jeu estime pour sa part que le sport traite, sous une forme ritualisée, un des problèmes les plus sérieux auxquels l'homme fait face, celui de la signification de la violence.

> Présence et actualité du corps
Michel Bouet, dans Signification du sport, s'est intéressé au sport comme « présence et actualité du corps ». Le sport ouvre au corps humain « une vie pour soi où il s'éprouve en ses valeurs propres, libéré d'une œuvre ou d'un ouvrage à faire comme dans le travail et n'étant pas médiateur d'une expression comme dans la danse ». Outre cette absence de fonction médiatrice, « le geste sportif transcende le langage et le libère du dualisme né de la structure médiatrice du langage ». Bouet distingue le sport, « qui implique que le corps ne soit pas le simple support de l'action, mais qu'il soit au cœur même de l'action», des jeux d'adresse tels que le billard ou les échecs, qui ne requièrent pas cette « plénitude motrice » propre au sport.

BERNARD LEBLEU, «Définitions du sport», L'Agora, vol 10 no 4, automne 2004




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Le sport dans l'ancienne France

«Le mot sport lui-même n'est pas un emprunt fait à nos voisins, mais une reprise exercée sur eux. Il leur venait de France, comme la plupart des jeux qu'il désigne; c'est notre ancien mot desport, desporter. On disait chez nous, dès le treizième siècle:
Pour déduire, pour desporter
Et pour son corps reconforter,
Porter faisait faucons.
Les Anglais se servirent d'abord de notre mot tel qu'il était; leur grand poète du quatorzième siècle, Chaucer, parle d'un jeune homme qui allait, «pour son desport, jouer aux champs.» Au seizième siècle, Rabelais employait de même notre vieux mot dans son sens sportif: «Se desportaient... ès prés et jouaient à la balle, à la paume.» Mais le terme s'appliquait, dans les deux pays, à tout amusement quelconque: jeux de paroles comme jeux d'exercice, et l'identité était si complète qu'il avait, au figuré aussi, le même sens au nord et au midi de la Manche. On disait en français «prendre en desport», comme on disait et comme on dit, encore aujourd'hui, en anglais «take in sport», prendre en plaisanterie.

A la Renaissance, les exercices physiques étaient pratiqués en France avec un tel éclat et notre réputation séculaire si bien établie, que sir Thomas Elyot ne croyait pouvoir mieux faire, dans son traité anglais, dédié à Henri VIII, que de les désigner par un mot français: non pas desport, qui avait, à son gré, un sens trop général, mais ébattements. Cette expression, en effet, s'appliquait plus spécialement, en son sens propre, aux exercices physiques, comme on peut voir dans Des Champs, Froissart et bien d'autres. Froissart appelle les joutes «des ébattements grands et raides». En adoptant à notre tour le mot sport, nous rendons à Elyot sa politesse; mais le mot, comme on voit, ne fait que revenir dans son pays natal, un peu changé seulement par les voyages et par l'absence.

[...]

Un raisonnement fort juste nous a ramenés aujourd'hui à la pratique des exercices physiques. Pas n'était besoin de raisonnement jadis: la nécessité les imposait. Aujourd'hui, comme autrefois, l'enfant naît fragile et entouré de dangers; mais les conditions de la vie ont changé et les dangers ne sont plus les mêmes: c'était jadis le danger d'être tué, c'est maintenant le danger d'échouer aux examens.

En présence de ces périls, en notre pays, celui de tous où il existe, de pères à enfants, le plus de tendresse inquiète, les parents s'évertuent. Ils tâchent d'armer leur fils en l'amusant: d'où, jadis, les méthodes pour apprendre à l'enfant la guerre en l'amusant, et, aujourd'hui, les méthodes innombrables pour lui apprendre, en l'amusant, les rois de France, les départements et la grammaire.

Le grand point, au temps passé, n'était pas d'être savant, mais d'être fort. On était sûr d'avoir à défendre sa vie; on vivait, suivant les rangs, l'épée au côté ou le bâton au poing; ceux qu'entraînaient des goûts différents, amour de la méditation, de la prière ou de l'étude, se faisaient moines, et c'était encore un moyen de défendre sa vie. Il fallait vivre cuirassé: les nobles étaient cuirassés de fer, les villages étaient cuirassés de murailles, les pensifs s'abritaient derrière les murs de leur couvent, où parfois, du reste, le danger, l'aventure, la force brutale, venaient jeter le trouble, et rappeler aux habitants, qui n'avaient pas voulu être du monde, qu'ils vivaient dans un siècle de fer. La plupart des lettrés étaient au cloître, et ceux qui n'y étaient pas portaient l'épée comme tout le monde. Taillefer chantait la chanson de Roland en avant de l'armée qui conquit l'Angleterre; au quatorzième siècle, notre principal poète et le plus grand poète anglais, Eustache Des Champs et Geoffrey Chaucer, firent tous deux campagne sous la bannière de leur pays et furent tous deux prisonniers en camps opposés.

Il fallait être en mesure de défendre sa vie. L'inconnu, que nous allons maintenant chercher au centre de l'Afrique ou aux sources du Mékong, commençait à la porte de la maison paternelle; peu de renseignements, pas de cartes, d'innombrables frontières d'États, baronnies, comtés, marquisats ou républiques; on se risquait au hasard des bonnes ou des mauvaises rencontres, du bon ou mauvais vouloir du voisin, sans savoir d'avance si l'on trouverait la paix ou la guerre. Pétrarque partait de Padoue pour Avignon, le 10 janvier 1362, trouvait à mi-route le pays en guerre et était obligé de rentrer chez lui en mai, sans avoir pu réussir à passer les monts. Le moine quittant le cloître, l'évêque quittant son palais pour un voyage, étaient eux-mêmes autorisés à s'armer. Les chances de fâcheuse aventure étaient trop nombreuses. On ne pouvait vivre sans défense et, même pour un religieux, il était bon de savoir quelque peu manier l'épée. L'homme, quel qu'il fût, devait se mettre, comme les villages, à l'abri d'un coup de main.»

JEAN-JULES JUSSERAND, Le sport et les jeux d'exercices dans l'ancienne France, Plon, 1901

Article de l'encyclopédie Wikipedia (angl.)

Essentiel

Le sport est souvent synonyme de compétition. Il en a toujours été ainsi: à l'époque, les Grecs luttaient pour déterminer lequel d'entre eux était le meilleur. Ce qui a changé, peut-être, c'est la manière dont on considère cette identification du sport à une lutte pour la meilleure place. À notre époque démocratique, on voudrait que le sport signifie autre chose pour nos jeunes (et tous ceux qui s'y adonnent) que la performance ou un terrain où s'exercer à la bataille de la vie. On aimerait que la pratique régulière puisse contribuer à inculquer des principes, une éthique voire une discipline, une formation à l'action généreuse et altruiste, qui relèvent plutôt d'un art que du sport.

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Essai de définition du sport en compagnie de Huizinga, Caillois, Jeu, Elias et Bouet.

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Cette chronologie a paru dans le fascicule sur le sport durable du magazine L'Agora, automne 2004. Les auteurs se sont intéressés davantage au développement des idées et à l'évolution des mentalités face au sport qu'aux exploits sportifs.

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