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Pasteur Louis

27 / 12 / 1822-28 / 09 / 1895

Pasteur n'était pas médecin, ni même biologiste. Il avait reçu une formation de chimiste et de physicien. Sa carrière en zigzag, qui le conduit de la cristallographie à la fermentation de la bière, puis de là à la maladie du charbon et au vaccin contre la rage suscite encore aujourd'hui des débats passionnés, les uns voyant dans cette trajectoire un signe d'opportunisme, les autres la marque d'un génie qui se portait d'instinct sur les fronts où se livraient les batailles décisives.

Quand en préparant son doctorat en 1847, Pasteur avait travaillé sur les cristaux en tant que chimiste, il avait remarqué que les substances vivantes avaient des propriétés optiques bien déterminées. Appelé en 1854 à étudier la fermentation pour venir en aide aux fabricants d'alcool de son pays, il retrouva ces propriétés dans certaines substances présentes dans les produits en fermentation. À partir de ce mince indice, il fit alors l'hypothèse que ces substances étaient des êtres vivants minuscules, ébranlant ainsi la science officielle de l'époque pour laquelle il allait de soi que la fermentation était un phénomène purement et exclusivement chimique.

En 1865, Pasteur fut invité à se pencher sur la maladie du ver à soie qui menaçait une industrie encore très importante dans le sud de la France et le nord de l'Italie. Il retrouvait ses micro-organismes, mais en tant qu'agents infectieux cette fois.

Il était déjà célèbre à ce moment. La découverte du vaccin contre la rage allait bientôt l'élever au rang des demi-dieux. Du moins inspira-t-il une reconnaissance héroïque à certains de ses patients. Le paysan alsacien Joseph Meister, qu'il guérit en 1885, devint par la suite le portier de l'Institut Pasteur à Paris. En 1940, il se suicida plutôt que d'ouvrir aux envahisseurs allemands la porte de la crypte où reposait la dépouille de Pasteur.

L'idée de recourir à un vaccin après la transmission d'une bactérie ou d'un virus soulevait des problèmes complexes. On ne sut jamais vraiment si le petit paysan alsacien ne s'en serait pas sorti aussi bien sans le traitement de Pasteur.

Dans la lutte contre la maladie du charbon, le succès de Pasteur en matière de vaccination paraît plus fondé. La vaccination contre la variole, qu'on pratiquait en Chine depuis le IIe siècle apr. J.-C., avait été redécouverte par le médecin anglais Édouard Jenner en 1796. Jenner avait reçu cette réponse d'une paysanne chez qui il avait diagnostiqué une variole: "Impossible, docteur, puisque j'ai déjà eu la cowpox". La cowpox était une légère infection cutanée apparentée à la variole à ses débuts. Jenner voulut aller jusqu'aux fondements de cette connaissance empirique. Pour prévenir la variole, il eut l'idée de provoquer artificiellement une cowpox infinitésimale. A cette fin, il injectait dans la peau de ses patients volontaires une substance venue des lésions cutanées de vaches atteintes de cowpox. D'où notre mot vaccin, qui vient de vacca, vache en latin.

Le vaccin de Jenner, comme celui pratiqué par les Chinois, n'était qu'un cas particulier. Pasteur eut l'intuition de la règle générale, du principe même du vaccin en étudiant le choléra des poules. Il avait injecté à des poules saines une solution contenant des bactéries du choléra. La virulence des bactéries en question s'étant atténuée par accident, les poules n'eurent aucun symptôme de la maladie. Mais quand, quelques jours plus tard, Pasteur injecta des bactéries, vraiment virulentes cette fois, aux mêmes poules, elles résistèrent à l'infection. D'autres poules qui n'avaient pas reçu la première injection devaient mourir peu après du choléra. Pasteur fit tout de suite l'hypothèse qu'au contact de doses atténuées de substances infectieuses, l'organisme apprend à se défendre contre une éventuelle attaque violente. La vaccination venait ainsi de passer du stade de l'empirisme à celui de la science. Pasteur eut ensuite l'idée d'étendre le même principe aux virus, ce qui le conduisit au vaccin contre la rage.

Pasteur a-t-il été influencé par les travaux de Semmelweis? La continuité entre les découvertes de l'un et de l'autre montre tout au moins que le triomphe contre l'infection fut plus l'affaire d'un siècle que celle d'un homme, Pasteur.

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