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Augustin

13 novembre 354-28 août 430


Saint Augustin et le récit mythique de la création
«Le mythe apporte la réponse aux grandes questions que se pose un groupement humain, et il lui permet de prendre les distances nécessaires face à ses peurs et ses angoisses. À cet égard, aucun texte n'a pénétré la conscience de l'homme et de la femme d'Occident de manière aussi profonde, aussi universelle et aussi durable, que celui qui consigne, aux premières pages de la Bible, le récit mythique de l'origine de l'homme. Aucun texte n'a fait, de très loin, l'objet de tant de réflexions, de méditations et de commentaires de tous genres, scientifiques autant que philosophiques ou théologiques. Saint Augustin, par exemple, a entrepris au cours de sa vie quatre importants commentaires du récit de la Genèse, sans jamais réussir à pousser son analyse au-delà des premières lignes de ce texte fondateur. Même dans ses Confessions, premier exemple connu d'un examen portant résolument sur l'être subjectif de l'homme, et que rien ne devrait apparenter à un écrit d'exégèse biblique, Augustin s'engage encore une fois dans un commentaire du récit de la création, qui occupe les trois derniers Livres d'un ouvrage qui en compte treize. Ce n'est pas là un hors-d'oeuvre. La méditation sur les origines de l'homme s'impose à Augustin en vertu des exigences mêmes du récit très personnel de sa vie. L'exploration de sa subjectivité conduit nécessairement le chrétien Augustin à la rencontre du Dieu créateur. Entrant en lui-même, il y trouve l'Autre. Parlant de lui-même, il parle de Dieu: tu es «plus intime à moi-même que moi-même», avoue-t-il dans l'une des formules les plus étonnantes qui soient, où palpite encore cette fascination redoutable que l'homme éprouve, nous dit-il, devant le mystère de Dieu. "Je me suis demandé ce que je suis et qui je suis. Qui je suis, toi seul peux me le dire, Seigneur, parce que tu m'as créé".

La chose se passait au début du Ve siècle. Mais avant Augustin, depuis les premiers témoins du récit biblique, tout au long de la tradition judaïque et judéo-chrétienne, et après Augustin, jusqu'au croyant contemporain, la même conviction et la même démarche se retrouvent, celles qui conduisent de l'immanence de la vie subjective la plus intime à l'exigence d'une absolue transcendance. Le fait est remarquable et hautement significatif pour notre propos. Le Dieu dont la modernité occidentale a entrepris de faire le deuil n'était pas que le principe explicatif, la raison ultime du monde qui nous entoure. Il était la source même de la subjectivité. L'Occident chrétien verra en lui une Personne et le fondement de notre être personnel, si la personne, selon la vision profonde de la théologie médiévale, que retrouve à sa manière certaine psychologie contemporaine, consiste essentiellement en une relation à l'autre. L'homme occidental actuel, si éloigné qu'il se prétende de ses origines, ne peut pas porter allègrement la mort de ce Dieu.

L'un des esprits les plus pénétrants et les plus vastes de notre histoire, qu'il a marquée de manière décisive, Augustin d'Hippone, avait trouvé au fond de lui-même un Dieu dont la modernité dit qu'il est introuvable, ou qu'il n'existe pas. Le constater, c'est sans doute prendre une première mesure de la difficulté pour l'homme occidental actuel d'assurer sa cohérence et de se réconcilier avec son passé et avec lui-même.»

GAÉTAN DAOUST,"Entre la mort de Dieu et le triomphe de la science: un homme
en quête d'identité"
, L'Agora, vol 1, no 3, décembre 1993.


Article de la Grande Encyclopédie (extraits)

«Pour la science théologique, Augustin doit être placé au-dessous de plusieurs pères de l'Église, mais il occupe le premier rang comme penseur subtil, pénétrant et logique. Son talent à exposer les choses et les idées, d'une manière claire et élégante, et les documents humains que contient son œuvre expliquent l'énorme influence qu'il exerça pendant sa vie et qu'il a continué à exercer après sa mort, par ses écrits. Il combattit avec supériorité et avec succès tous les hérétiques de son temps, et il traita d'une manière remarquable: presque toutes les matières dogmatiques, fortifiant l'enseignement de l'Église par des explications, des définitions et des preuves nouvelles et l'enrichissant par des expressions techniques et des notions inédites. Il est par excellence le docteur de l'Église d'Occident, défiante des spéculations théologiques et tenacement attachée à la tradition: elle admit toutes ses œuvres comme les oracles de l'orthodoxie. Comme Augustin a écrit sur tous les points de la doctrine religieuse, on s'en rapporta à lui dans toutes les difficultés dogmatiques, et une citation de lui devint un suprême argument. On en vint même à considérer comme article de foi ce qu'il n'avait donné que comme hypothèse. Quand, par hasard, on s'écartait de sa doctrine, on n'osait pas avouer cette témérité, et l'on cherchait à la dissimuler par une interprétation forcée de ses paroles. On vénérait toutes les opinions émises dans ses livres, mais souvent, en revanche, on condamna certaines d'entre elles, lorsqu'elles furent professées par des théologiens moins inviolables. Cette soumission n'est point le fait du catholicisme seulement: après avoir été cité en faveur de la mysticité et de l'inquisition, Augustin a été réclamé par beaucoup d'hérétiques: après Gottschalk, par Luther et par Calvin; après la scolastique, par le protestantisme et le jansénisme.

(...) On a nommé Augustin le docteur de la grâce; on pourrait également, et à tout aussi juste titre, l'appeler le docteur de la persécution. Dans sa lutte ou plutôt dans sa guerre avec les donatistes, non seulement il provoqua et dirigea contre eux l'emploi de la violence, mais il professa la doctrine et, en quelque sorte, définit le dogme de la contrainte et des supplices en matière religieuse; il assimilait les hérétiques aux plus dangereux criminels et s'indignait de l'impunité réclamée pour eux: Puniuntur homicidia, puniuntur adultera, puniuntur cætera quantaliber sceleris vel libidinis facinora; sola sacrilegia volam a regnantium legibusi mpunita! (CONTRA GAUDENTIUM.) Cette thèse est passionnément développée en d'autres endroits. Ainsi Augustin, par son exemple et par ses leçons, a fourni aux apologistes de la persécution et de l'inquisition leurs plus funestes arguments. — Les ressouvenirs des égarements de sa sensualité combinés avec des réminiscences manichéennes semblent avoir ineffaçablement produit en lui une impression qui a influé sur sa théologie. L'acte de la génération lui apparaît comme essentiellement impur; il appelle, chez tous les hommes indistinctement, concupiscence l'attraction qui l'amène, et il fait de la concupiscence le mode d'infection de l'humanité tout entière, le principe fatal de la propagation du péché originel, qu'elle transmet à toute la postérité d'Adam. »

ÉMILE-HENRY AUGUSTE, article "saint Augustin", La Grande Encyclopédie, tome 4, Paris, 1885-1902

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