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    Dossier: Louis XIV

    Biographie de Louis XIV

    Hippolyte Monin
    LOUIS XIV, roi de France, surnommé le Grand, baptisé sous les noms de Louis-Dieudonné, né à Saint-Germain-en-Laye le 5 sept. 1638, mort à Versailles le 1er sept. 1715, fils aîné de Louis XIII et d'Anne d'Autriche. Il n'avait pas cinq ans lorsque la mort de son père l'appela au trône (14 mai 1643). En dépit du testament du feu roi, Anne d'Autriche se fit déclarer par le parlement «régente pour en avoir la pleine autorité», c.-à-d. sans être obligée de régler ses actes de gouvernement sur les décisions d'un conseil que la prudente méfiance de Louis XIII avait prétendu lui imposer. Elle s'empressa d'ailleurs d'échapper à la cabale de ses anciens amis, les Importants, pour accorder tout pouvoir sur l'État comme sur son cœur au cardinal Mazarin, désigné par Richelieu comme le plus capable de conduire à bien les affaires extérieures. Bien que le jeune roi ait été déclaré majeur aussitôt entré dans sa quatorzième année (1651), la première partie de son règne, jusqu'en 1661, se confond avec le ministère de Mazarin, qui termina la guerre de Trente ans, conclut le traité de Westphalie, vint à bout de la Fronde, et obligea l'Espagne à signer le traité des Pyrénées. Il n'est pas exact de prétendre que le cardinal ait négligé l'éducation du roi, qui le considérait «comme un père» (Voltaire). Mais cette éducation ne fut point «livresque». Le roi fut progressivement initié à la connaissance des hommes, au maniement des affaires. Il sut à qui il pouvait se fier, quels intrigants et quels ambitieux il devait écarter. Son mariage avec l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse, par les droits ou prétentions qui devaient en découler (1659), avait comme fixé à l'avance l'orientation de sa politique extérieure. Mazarin avait d'ailleurs reconnu dans son royal élève «l'étoffe de deux rois et d'un honnête homme». Il avait contribué à lui inspirer la plus haute idée de ses droits et de ses devoirs de souverain. Cependant le goût excessif qu'il témoignait pour la chasse et pour la danse, pour les fêtes et pour les plaisirs, comme l'emportement de ses premières amours (V. Mancini) portaient à croire que Mazarin aurait un successeur, et la reine mère elle-même se livrait à cette illusion, même après que le roi eut annoncé au chancelier P. Séguier et à ses principaux conseillers sa résolution de gouverner par lui-même: «Monsieur, je vous ai fait assembler avec mes ministres et mes secrétaires d'État, pour vous dire que jusqu'à présent j'ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par M. le cardinal. Je serai à l'avenir mon premier ministre. Vous m'aiderez de vos conseils lorsque je vous les demanderai. Je vous prie, Monsieur le chancelier, de ne rien sceller que par mes ordres, et vous, mes secrétaires d'État, de ne rien faire que par mon commandement.» Ce ne furent point de vaines paroles: la disgrâce et le procès criminel du surintendant Fouquet prouvèrent bientôt à tous que le nouveau maître ne le céderait à personne ni en vigueur de caractère, ni en lucidité d'esprit, ni en force de dissimulation. Mais il ne se contenta point de gouverner par intermittence: «Je m'imposai pour loi, écrit-il lui-même, de travailler régulièrement deux fois par jour, et deux ou trois heures chaque fois, avec diverses personnes, sans compter les heures que je passais seul en particulier, ni le temps que je pourrais donner extraordinairement aux affaires extraordinaires s'il en survenait, n'y ayant pas un moment où il ne fût permis de m'en parler, pour peu qu'elles fussent pressées.» Ce gouvernement personnel, l'évolution de notre histoire depuis deux siècles environ en fit un gouvernement absolu et de droit divin. Louis XIV en expose ainsi les principes à son petit-fils: «La France est un État monarchique dans toute l'étendue de l'expression. Le roi y représente la nation entière, et chaque particulier ne représente qu'un seul individu envers le roi. Par conséquent, toute puissance, toute autorité résident dans les mains du roi, et il ne peut y en avoir d'autres dans le royaume que celles qu'il établit... La nation ne fait pas corps en France; elle réside tout entière dans la personne du roi.» La propriété des biens fonciers ou même mobiliers ne dérive que d'une concession gracieuse du roi à ses sujets. «Tout ce qui est dans le royaume vous appartient au même titre — dit-il à son héritier présomptif — et l'argent de votre cassette, et celui que vous voulez bien laisser dans le commerce de vos sujets.» La puissance royale vient de Dieu, et ne dépend que de Dieu seul, sans nul intermédiaire, pas même le pape. «Celui qui a donné des rois aux hommes a voulu qu'on les respectât comme ses lieutenants, se réservant à lui seul d'examiner leur conduite. La volonté de Dieu est que quiconque est né sujet obéisse sans discernement.» Le for intérieur de la conscience religieuse n'est pas à l'abri des atteintes de cet universel despotisme qui valut à Louis XIV, de la part des Anglais et des Hollandais, le surnom de «Grand Turc très chrétien». En théorie, et telle que Bossuet l'à doctrinalement décrite dans la Politique tirée de l'Écriture sainte, la monarchie de Louis XIV rappelle la monarchie de l'ancienne Perse, le Bas-Empire, les tsars, les sultans, mais avec beaucoup plus de raisonnements, d'argumentation politique et religieuse pour l'imposer, pour la faire valoir aux yeux d'une nation que son caractère et son histoire ne destinaient pas à la subir bien longtemps: surtout si la gloire, commune au roi et à la nation, venait à lui faire défaut. Aussi, en fait, l'absolutisme et la foi en l'absolutisme ont-ils, sous le règne de Louis XIV, suivi l'apogée ou le déclin de la force des armes, «qui sont journalières» (Mme de Sévigné). Mais l'orgueil du roi ne l'a jamais abandonné. Il était tel, dit Saint-Simon, que «sans la crainte du diable que Dieu lui laissa jusque dans ses plus grands désordres, il se serait fait adorer et aurait trouvé des adorateurs».

    Aucun souverain n'a réussi à faire passer aussi aisément, devant ses contemporains et devant certaine histoire, les scandales de sa vie privée et les excès de sa politique. Sa pleine et tranquille assurance pénétrait d'une majesté singulière ses actes et ses discours les plus insignifiants ou les plus ordinaires. «Il n'avait ni la grâce chevaleresque de François Ier, ni la séduisante familiarité de Henri IV.» Mais il était toujours roi, à toute heure et dans les moindres choses: «jetant sa canne par la fenêtre pour n'en point frapper un gentilhomme, supportant avec une égale dignité la joie, la colère, la douleur physique même, échappant par cette inaltérable majesté aux faiblesses de la nature humaine, il fut parfois odieux sans jamais être ridicule» (Prévost-Paradol). «Au milieu de tous les hommes — dit Saint-Simon qui tremblait au moment de lui parler — sa taille, son port, les grâces, la beauté et la grande mine qui succéda à la beauté, jusqu'au ton de la voix et à l'adresse et à la grâce naturelle et majestueuse de sa personne, le faisaient distinguer jusqu'à la mort comme le roi des abeilles.» — «Il paraissait avec ce même air de grandeur et de majesté en robe de chambre jusqu'à n'en pouvoir soutenir les regards, comme dans la parure des fêtes et des cérémonies ou à cheval à la tête de ses troupes.» Le développement de la cour, les minuties de l'étiquette, enfin la création de Versailles, ce temple de l'absolutisme, furent les conséquences naturelles de l'idée en quelque sorte religieuse que Louis XIV se fit de son pouvoir et de sa personne. Ce qui le met à part de la foule des despotes, c'est que, malgré son orgueil, il conserva le bon sens, la faculté «d'emprunter à autrui sans imitation et sans gêne», le tact et l'urbanité dans le choix et le maniement des hommes: toutefois c'est aux recommandations suprêmes de Mazarin qu'il dut en partie, ne l'oublions pas, la collaboration des ministres éminents qui formèrent son premier conseil, entre autres le diplomate Hugues de Lionne et le financier, ou plutôt le ministre universel Jean-Baptiste Colbert. [...]

    I. — La France, qui paraissait ruinée et épuisée par les troubles de la Fronde et par la guerre contre l'Espagne, se releva beaucoup plus vite que les antres États de l'Europe continentale. Tout en conservant d'abord la paix avec ses voisins, Louis XIV se plut à leur faire sentir sa suprématie. Il humilia le roi d'Espagne Philippe IV et le pape Alexandre VII qui avaient voulu contester à ses ambassadeurs des privilèges de préséance (1661). Il affecta de se déclarer le protecteur de la chrétienté en envoyant une armée au secours de l'empereur Léopold, un des ennemis naturels de la France, alors gravement menacé par les Turcs. On ne manqua point d'exagérer beaucoup à la cour la part sans doute fort brillante que prirent 6,000 Français à la victoire de Saint-Gothard, qui sauva Vienne. Dans le même temps, le roi rachetait Dunkerque aux Anglais (1662) et, sur-le-champ, employait toute une armée d'ouvriers aux travaux des fortifications et du port. Richelieu, en temps de paix, n’entretenait guère qu'une dizaine de mille hommes sous les armes. Louis XIV en eut 60,000. Aucune puissance ne pouvait faire un tel effort. Aussi toutes attendaient avec inquiétude le moment où le jeune roi mettrait en œuvre ses ressources en hommes et en argent. La Suède et les princes allemands de la ligue du Rhin restaient à la solde du gouvernement français plutôt comme mercenaires que comme alliés. La Hollande, malgré une guerre de tarifs, et l'Espagne s'épuisaient en protestations d'amitié, l'une parce que son gouvernement était essentiellement pacifique, l'autre par conscience de sa faiblesse. Louis XIV avait déjà résolu de démembrer la monarchie espagnole lorsque la guerre de la Hollande et de l'Angleterre ([1665]-1667) vint à la fois retarder ses projets et favoriser sa politique générale. Allié des Pays-Bas, il s'excusa sur le dépérissement de sa marine pour ne les défendre que sur terre contre l'évêque de Munster. Quant à sa flotte, déjà en partie reconstituée, il l'avait envoyée, dans la Méditerranée, châtier les pirates barbaresques. Pendant que la marine anglaise et la marine hollandaise se ruinaient réciproquement, il faisait construire à la fois soixante grands bâtiments, s'apprêtant à recueillir ce double héritage. Toutefois, il mit tous ses soins à maintenir la guerre anglo hollandaise dans ses premières limites, afin de ne pas diviser de nouveau l'Europe en deux ligues générales, ce qui l'eût gêné dans ses revendications particulières. Arrivé à son but grâce à l'habileté de Lionne, dès que fut mort son beau-père Philippe IV (1665), il invoqua contre son beau-frère Charles II, roi d'Espagne, la coutume civile des Pays-Bas méridionaux qui dans une succession donnait la préférence à la sœur née d'un premier mariage du père (c'était le cas de Marie-Thérèse, sa femme) sur le frère issu d'un second mariage (c'était le cas de Charles II). Ce droit de dévolution ne pouvait évidemment s'appliquer à une souveraineté politique, à un domaine d'État, et Louis XIV a reconnu lui-même plus tard qu'il fut poussé à la guerre par le désir de s'agrandir, par l'impatience belliqueuse de sa noblesse, plutôt que par la nécessité de revendiquer les «droits de la reine». Il avait la meilleure armée et les plus grands généraux de l'Europe. Il marcha en personne à la tête de 35,000 hommes contre les Pays-Bas espagnols qui n'avaient qu'une garnison totale de 8,000 hommes, non soldés. Lille ne soutint le siège que pendant neuf jours. Les autres villes de Flandre ou de Hainaut ne se défendirent même pas (mai-sept. 1667). Ce fut une prise de possession plutôt qu'une conquête. Bientôt, on apprit que le roi faisait de nouveaux préparatifs plus considérables que pour la première campagne, pendant la saison même où l'usage constant était de faire entrer les troupes dans leurs quartiers d'hiver. L'orage allait-il tomber sur l'Allemagne? Sur l'Italie? Plus prudent, le roi ne songeait qu'à la Franche-Comté alors espagnole, complément naturel de la Bourgogne, dont le grand Condé, rentré en grâce, avait le gouvernement. Philippe IV avait abandonné la Franche-Comté à ses propres forces, non seulement par impuissance, mais surtout parce que cette province, très attachée à ses coutumes et privilèges et horriblement traitée par les Suédois alliés à la France sous Louis XIII, avait plusieurs fois arrêté d'elle-même l'invasion française. Mais, devant l'immense supériorité de Louis XIV, toute idée de résistance devait s'évanouir. Des conquêtes aussi importantes, faites aussi rapidement, stupéfièrent l'Europe. La Hollande s'empressa de signer avec l'Angleterre la paix de Bréda; l'Angleterre s'interposa entre l'Espagne et le Portugal, en guerre depuis vingt-huit ans, et le traité fut conclu malgré Louis XIV, envers qui le Portugal s'était engagé à ne point faire de paix séparée. Plusieurs princes allemands pensionnaires de la France, entre autres le grand électeur de Brandebourg, envoyèrent offrir leurs secours à Léopold. La Suède elle-même se sépara de Louis XIV, espérant obtenir de la Hollande des subsides plus considérables. Bref, trois États protestants, Hollande, Angleterre et Suède, s'armèrent et se concertèrent (Triple Alliance) pour défendre le roi très catholique contre le roi très chrétien: curieux événement, qui montre la distance parcourue depuis le XVIe siècle et même depuis la guerre de Trente ans. Mais Louis XIV s'était subordonné secrètement Charles II d'Angleterre, en lui promettant l'argent que son Parlement lui refusait, et dont il comptait se servir pour corrompre ce Parlement même et rétablir, malgré l'opinion anglaise, le pouvoir absolu. Quant à Léopold, il fut apaisé par un traité éventuel de partage de toute la monarchie espagnole que Louis XIV lui faisait proposer et qui était tout à son avantage. Aussi abandonna-t-il l'intérêt de l'équilibre européen pour le sien propre. La Triple Alliance se rompit comme d'elle-même par suite de la rapidité des négociations de la France avec l'Espagne, et de la modération relative du vainqueur: au traité d’Aix-la-Chapelle (1668), il restitua la Franche-Comté et garda dans les Pays-Bas la Flandre dite française: Lille, Douai (que nous avons conservées), Charleroi, Ath, Tournai, Audenarde, Courtrai, Furnes (actuellement en Belgique).

    II. Les Hollandais avaient espéré que Louis XIV préférerait la Franche-Comté. Ils se crurent avec raison menacée par l'établissement si voisin de la puissance française. Beaucoup plus que leur orgueil national — dont on a fort exagéré les démonstrations — leur suprématie commerciale et leur esprit républicain et protestant ne pouvaient qu'irriter au vif le roi de France: chose presque unique, contre la Hollande, Colbert et Louvois étaient d'accord. Mais Louvois était le plus zélé: «Le véritable moyen de parvenir à la conquête des Pays-Bas espagnols est d'abaisser les Hollandais, de les anéantir s'il est possible.» Le grand pensionnaire de Hollande, Jean de Witt, avait répondu à nos tarifs protecteurs de 1667 par les tarifs presque prohibitifs de 1670. Tout en essayant de maintenir la subordination de l'armée et du stathoudérat au pouvoir civil, il fit tous ses efforts auprès des sept États pour fortifier l'armée de terre, trop longtemps négligée, depuis 1650, pendant la longue minorité du stathouder Guillaume d'Orange. De son côté, Louis XIV, par ses promesses et par ses subsides, achète, contre la Hollande, le roi d'Angleterre et le roi de Suède; il prend à sa solde quelques princes allemands, entre autres l'évêque de Munster, l'ennemi implacable des Hollandais. L'empereur, occupé par les Hongrois, promet la neutralité. Ces succès diplomatiques terminèrent, en 1671, la carrière de Lionne, auquel succéda pour des affaires «du dehors», Simon Arnauld, marquis de Pomponne. Henriette d'Angleterre, sœur de Charles II et belle-sœur de Louis XIV, comme duchesse d'Orléans, avait servi d'intermédiaire pour le honteux et très secret traité de Douvres, par lequel on peut dire, sans exagération, que le roi d'Angleterre se vendait au roi de France. Quand toutes les trames furent terminées, une armée de 122,000 hommes, dont 80,000 de marche, se jeta tout à coup sur la Hollande à travers l'évêché de Liège. Ce fut «un coup de foudre dans un ciel serein». Louis XIV commandait en personne avec Louvois pour administrer, Condé et Turenne pour commander les opérations militaires, Vauban pour diriger les sièges. La flotte anglo-française vint bloquer les côtes de la Hollande. Ses 25,000 soldats, peu exercés, ses forteresses mal entretenues, en un mot, son état militaire trop longtemps sacrifié à la crainte d'un despotisme possible et à de fausses idées d'économie, n'étaient pas capables d'une longue résistance. Le peuple furieux contre le parti républicain, excité d'ailleurs par les agents du prince d'Orange, massacra Jean et Cornelius de Witt, et, malgré l'édit perpétuel de 1672, Guillaume d’Orange reçut comme stathouder un pouvoir dictatorial. Il avait vingt-deux ans. Ce fut l'ennemi le plus acharné, le plus perspicace de la politique de Louis XIV, le chef de toutes les coalitions qui se formèrent contre lui. Cependant l'armée du grand roi, laissant derrière elle Maastricht, occupait la Gueldre, l'Utrecht, l'OverYssel, et campait à quatre lieues d'Amsterdam. Les riches songeaient à s'embarquer pour Batavia avec leur or, lorsqu'on apprit tout à coup que la guerre se ralentissait. Sur le conseil de Louvois, au lieu de surprendre Amsterdam, l'armée française était dispersée en une foule de petites garnisons. Les Etats-Généraux prescrivirent la rupture des digues qui préservent le sol de la Hollande contre le flux marin. Ce moyen désespéré avait autrefois réussi contre le duc d'Albe. Il fit aussi reculer le grand roi. Bientôt l'amiral Ruyter, vainqueur sur mer des Anglo-Français, vint ranger sa flotte triomphante dans les plaines inondées d'Amsterdam. L'Europe, d'abord déconcertée, reprit courage en apprenant que les Hollandais ne s'abandonnaient pas eux-mêmes. Léopold, sur les instances des princes allemands, surtout du grand-électeur, le Danemark, la Lorraine, l'archevêque de Cologne et l'évêque de Munster lui-même, se déclarèrent pour la Hollande, ou promirent la neutralité (1672 à 1674). En févr. 1674, Charles II fut contraint par son Parlement de signer la paix avec les Hollandais, mais non à se tourner contre celui dont il avait fait son maître. Cependant, Louis XIV avait été forcé de faire revenir son armée de la Hollande dans les Pays-Bas espagnols pour conserver ses communications avec la France. L'Espagne épuisa ses dernières ressources pour lever une armée. Ce fut encore elle qui supporta tout le poids de la guerre: non seulement, le pays belge fut occupé, mais Louis XIV s'empara une seconde fois de la Franche-Comté (mai-juin 1674). Enfin, par une faveur inattendue de la fortune, c'est le moment que choisirent Messine et presque toute la Sicile pour secouer le joug de l'Espagne et proclamer roi Louis XIV. Pendant cette guerre continentale et maritime, les armées françaises furent presque constamment victorieuses. Aux Pays-Bas, Condé, plus faible de 20,000 hommes, livra au stathouder cette furieuse bataille de Senef (11 août 1674) qui rappela trop celle de Fribourg: il l'emporta, mais ne put retirer aucun fruit de cette sanglante victoire. Sur le Rhin, Turenne «croissait d'audace en vieillissant» (Bonaparte), avec une petite armée, il tenait en échec tout l'Empire. Deux fois il chassa les impériaux de l'Alsace; deux fois, il pénétra dans la région de la Forêt-Noire. L'électeur palatin s'étant ligué secrètement avec l'empereur, Louvois fit procéder à l'incendie et à la dévastation du Palatinat, avec l'intention avouée de donner à la France un désert pour frontière. Turenne fut tué l'année suivante à Salzbach (27 juil. 1675) au moment de livrer à Montecuculli une bataille décisive; Condé, perclus de la goutte, sortit de son domaine de Chantilly pour chasser de nouveau les Impériaux de l'Alsace, mais ce fut sa dernière campagne. Créqui, vainqueur de Charles V de Lorraine, garda victorieusement le Rhin. Dans les Pays-Bas espagnols, Condé, Bouchain, Valenciennes, Cambrai, Gand, Ypres, succombèrent. Sur mer, l'amiral Duquesne envoyé au secours de Messine, après une rencontre indécise près des îles Stromboli, tint tête à la flotte hispano-hollandaise en vue de l'Etna; les alliés perdirent 12 vaisseaux, 6 galères, 7,000 hommes, 700 canons et, perte irréparable, un chef comme Ruyter (1676). Une seconde victoire, en vue de Palerme, nous donna la Sicile (juin 1676); mais cette île fut vite reperdue par l'incapacité et les vexations du vice-roi français et de son entourage. Dans les Antilles, le comte d'Estrées prenait aux Hollandais Tabago et le territoire de Cayenne. Cependant la France s'épuisait en hommes et en argent. L'équilibre financier rétabli par Colbert périclitait. La Hollande, d'autre part, sûre de son indépendance, redoutait de voir la conquête française s'étendre à tous les Pays-Bas espagnols. Les Hongrois menaçaient l'Autriche. Enfin, l'Angleterre, malgré Charles II se préparait à passer de la neutralité à l'hostilité ouverte. Ces circonstances facilitèrent la paix signée à Nimègue (1678) entre Louis XIV et les États-Généraux de Hollande, paix à laquelle accédèrent successivement les autres coalisés, le Brandebourg en dernier lieu (à Saint Germain, 1679). La Hollande ne perdit rien de son territoire, et obtint l'abolition du tarif de 1667. L'Espagne céda à la France la Franche-Comté, Aire et Saint-Omer, Valenciennes, Bouchain, Condé, Cambrai, Ypres, Popeninghe, Bailleul, Cassel, Bavay, Maubeuge. L'empereur, en échange de Philippsbourg, céda Vieux-Brisach et Fribourg (en Brisgau). L'électeur de Brandebourg et son allié le Danemark durent restituer à la Suède, notre fidèle alliée, tout ce qu'ils lui avaient pris. La France, sortie plus puissante d'une lutte inégale (nec pluribus impar), paraissait récompensée de ses fautes.

    III. — Un roi sage eût senti que l'Europe ne pouvait rester malgré elle soumise à une telle fortune; pour la lui faire supporter, la modération la plus scrupuleuse était nécessaire. Tout au contraire, Louis XIV enivré de sa gloire, surnommé le Grand par l'Hôtel de Ville de Paris, adoré en effigie sur la place des Victoires, par le duc de La Feuillade comme l'avaient été autrefois les empereurs romains, «sembla rechercher les moyens de se précipiter, avec la France, du haut de cette grandeur, en contraignant l'Europe de se délivrer de lui. La France devait à son unité et à la toute puissance de son gouvernement cette force militaire qui avait triomphé de tous les obstacles. Mais elle allait bientôt payer cher cette domination absolue d'un homme qui ne la sauvait dans la guerre que pour la ruiner dans la paix... Une gloire éclatante et alors sans rivale, les flatteries les plus ingénieuses et les plus séduisantes qui eussent jamais entouré un souverain, l'ivresse même du plaisir facile et continuel ébranlèrent par degrés cette raison sur laquelle reposait, sans autre appui, la destinée de la France.» (Prévost-Paradol.) En 1681, les revenus n'atteignent que 90 millions, et le roi en dépense 134, principalement pour les «folies» de Versailles et de Marly. Colbert meurt désespéré (1683): Louvois partage sa succession ministérielle avec le contrôleur général Claude Le Peletier, «honnête homme court de génie» (Saint-Simon). La même année, Louis XIV perdit Marie-Thérèse: «C'est le seul chagrin qu'elle m'ait jamais causé», déclara froidement le grand roi. Les deux premières favorites en titre, Louise de La Vallière et Mme de Montespan (V. ces noms) n'avaient eu d'action que sur ses sens; Mme de Maintenon, qui avait mieux su «se ménager» par une «conduite irréprochable», réussit à se faire épouser secrètement, un an après la mort de la reine, dans la chapelle de Versailles. La conduite privée du roi, dans la dernière moitié de son règne, devint du moins régulière et décente. Au dehors, Louis XIV considéra sa supériorité comme tellement incontestée qu'il n'hésita pas à donner un exemple, jusqu'alors inconnu, de conquêtes à main armée en pleine paix, contrairement à tous les principes du droit des gens. Il s'attribua le droit de faire interpréter les traités qu'il avait signés par des tribunaux français d'exception, nommés chambres de réunion, puis il réunit par la force les villes ou territoires qui lui étaient adjugés, Luxembourg, Strasbourg, etc. En même temps (et quoiqu'il traitât en secret avec la Turquie contre l'Autriche pour se venger de l'essai de ligue tenté à La Haye), le roi de France envoyait Duquesne contre Tripoli (1681), contre Alger (1682-83) et le comte d'Estrées contre Tunis (1684). C'est devant Alger que le marin Petit-Renaud essaya pour la première fois, avec succès, les galiotes à bombes. Les Barbaresques qui avaient eu coutume jusqu alors de vendre la paix à tous les États, même à la France, se virent contraints de l'acheter, de restituer leurs prises et leurs esclaves chrétiens. Gênes avait ouvertement préféré le protectorat de l'Espagne à celui de la France. On accusait quelques-uns de ses marchands d'avoir vendu de la poudre aux Algériens. Louis XIV l'aurait écrasée dans ses palais de marbre si le doge lui-même ne fût venu demander grâce à Versailles. Il acheta Casal, la porte de l'Italie; il bâtit Huningue, celle du Rhin supérieur. Il intervint dans l'Empire et prétendit faire, de son autorité supérieure, un archevêque de Cologne. Depuis 1685, il réclame au nom de sa belle-sœur, duchesse d'Orléans, une partie du Palatinat, en invoquant dans cette affaire, comme dans celle de Flandre, le droit civil contre le droit public.

    L'absolutisme de Louis XIV s'était dès le début étendu au domaine de la conscience: là encore, il semble vouloir justifier la célèbre devise nec pluribus impar. Car ses attaques sont tour à tour dirigées contre le jansénisme, contre le saint-siège et contre le protestantisme. De 1664 à 1667, une première persécution ferma les écoles des jansénistes et dispersa les religieuses de Port-Royal, Clément IX eut le mérite d'y mettre un terme en modifiant, de façon à la leur rendre acceptable, la déclaration imposée aux jansénistes. Contre Innocent XI, Louis XIV soutint par les armes les funestes abus du droit d'asile dont jouissaient les hôtels des ambassadeurs à Rome, et auxquels toutes les autres puissances avaient aisément consenti à renoncer. Deux déclarations royales (1673-75) étendirent le droit de régale à tous les diocèses du royaume, malgré l'usage contraire des provinces de Guyenne, Languedoc et Dauphiné, et malgré les protestations des évêques d'Aleth et de Pamiers. L assemblée du clergé de 1680, l'assemblée extraordinaire de 1681 se prononcèrent pour le roi, tout en lui demandant d'apporter quelque modération à l'exercice de son droit, et en le suppliant, par la voix de Bossuet, de «tout supporter plutôt que de rompre avec l'Église romaine». L'édit royal du 14 janv. 1682, qui réglementait la régale, n'en fut pas moins repoussé par Innocent XI qui cassa les décisions de l'Assemblée. C'est alors que fut signée la célèbre Déclaration du clergé gallican, sur lu puissance ecclésiastique (1682) qui dans ses quatre articles proclamait l'indépendance temporelle et politique du roi à l'égard du saint-siège et de l'Église, se référait aux décisions du concile de Constance, affirmait les «règles, mœurs et constitutions» (et non les libertés) de l'Église de France et proclamait la supériorité des conciles universels en matière de foi. Un vague compromis, sous Innocent XII, termina la lutte; mais aucun acte ne vint abroger la déclaration de 1682, qui n'avait soustrait le clergé de France à l'omnipotence pontificale que pour le livrer à l'omnipotence royale. Trois ans après, Louis XIV révoquait l'édit de Nantes.

    Cette faute et cette injustice énorme qui d'ailleurs avait été préparée et annoncée de longue date et se trouvait parfaitement dans la logique du règne, combla la mesure et tira l'Europe de sa torpeur. Une première et courte ligue, sur laquelle l'Espagne avait trop compté, avait été dissoute par la trêve de Ratisbonne (1684). Guillaume d'Orange n'eut pas de difficulté à former cette fois, à Augsbourg, une coalition formidable avec l'Espagne, la Suède, l'empereur, l'Empire, la Savoie, les princes italiens et le pape lui-même (1686). Trahie par Jacques II, l'Angleterre seule manquait à l'Europe. Guillaume d'Orange chassa Jacques II en 1688 et devint roi d'Angleterre sous le nom de Guillaume III; l'Europe fut au complet contre le roi de France.

    Toujours préoccupé de l’effet, Louis XIV voulut ôter aux coalisés d'Augsbourg l'honneur de lui déclarer la guerre: il prit les devants. Il fit tous ses efforts pour rétablir son allié Jacques II. Il lui donna une flotte et une armée pour soulever l'Irlande, qui était demeurée très catholique. L'expédition réussit, mais les protestants restèrent maîtres de quelques places, et Jacques, au lieu de répondre à l'appel de l'Écosse, vraie patrie des Stuarts, s'opiniâtra au siège de Londonderry. Guillaume eut le temps d'accourir avec toutes ses forces, au premier rang desquelles il faut compter les protestants français qui avaient trouvé en Angleterre un refuge pour leur foi et pour leurs personnes. Jacques revint en France, après s'être fait battre complètement près de la rivière de la Boyne (1691). Sans se rebuter, Louis XIV lui fournit les moyens d'équiper 30,000 hommes et tenta d'en envoyer 20,000; Tourville et d'Estrées devaient les escorter avec 75 vaisseaux. Le vent arrêta d'Estrées: Tourville se trouva avec 44 vaisseaux contre l'amiral Russel, qui en avait plus du double, entre le Cotentin et l’île de Wight. Tourville tint bon toute une journée (il en avait reçu l'ordre formel); le lendemain, il dut se résigner à la retraite, qui fut désordonnée faute d'un grand port de guerre en Normandie et qui nous coûta 17 vaisseaux, dont 7 capturés dans la rade de la Hougue-Saint-Wast (1692). Mais la bataille «de la Hogue» ne ruina que les espérances de Jacques II, et non point la marine française, qui ne dépérit que plus tard, faute d'argent. — La guerre continentale fut moins malheureuse. Dans les Pays-Bas, le maréchal de Luxembourg battit le prince de Waldeck à Fleurus (30 juin 1690), ce qui facilita la prise de Mons et de Luxembourg par Louis XIV (1691). L'année suivante, le maréchal se laissa surprendre à Steinkerque par Guillaume III, mais le repoussa victorieusement (1692), nouvelle victoire, beaucoup plus sanglante, en 1693, à Neerwinden, ou l'attaque eut lieu à la baïonnette, arme nouvelle inventée par Vauban. Mais après la mort de Luxembourg, l'incapacité de Villeroi, qui laissa Guillaume reprendre Namur, nous ferma les Pays-Bas. Dans l'Allemagne occidentale, le second et plus affreux incendie du Palatinat (1689) fit éprouver à toute l'Europe un juste sentiment d'horreur et de pitié. En Italie, le «plébéien» Catinat dut le bâton de maréchal à ses victoires de Staffarde (1690) et de La Marsaille (1693) sur Victor-Amédée II: le duc de Savoie se sépara de ses alliés et consentit à signer la paix de Turin (1696); il donna sa fille Mlarie-Adélaïde au duc de Bourgogne, fils ainé du dauphin, mais recouvra tous ses États, y compris Casale et Pignerol. La paix générale fut signée en 1697 à Ryswick. Le roi de France reconnut Guillaume III comme roi d'Angleterre. La Hollande obtint le droit de tenir garnison en territoire espagnol, dans les villes frontières surnommées places de la barrière. Courtrai, Charleroi, Mons et Luxembourg furent rendues à l'Espagne, Kehl, Vieux-Brisach et Fribourg à l'Empire. Le duc de Lorraine rentra dans son duché, occupé par les garnisons françaises depuis la guerre de Trente ans.

    IV. De telles concessions de la part de la France étaient nécessitées et par l'état des finances, et surtout par l'éventualité prochaine de l'ouverture de la succession d'Espagne, si souvent et si violemment escomptée depuis 1667. Louis XIV n'avait jamais cessé d'en faire le point principal de sa politique et de ses négociations. Le testament de Charles II, mort en 1700, détruisit tout l'échafaudage des combinaisons antérieures et parut dépasser en même temps toutes les espérances du grand roi. D'après le droit monarchique qui, selon le mot le Fénelon, dispose des nations par héritage «comme d'un pré ou d'une vigne» sans que leur consentement soit nécessaire; l'Espagne devait appartenir après la mort de Charles II sans enfants, soit au dauphin de France, soit à l'empereur d'Allemagne ou à son fils l'archiduc Charles, soit enfin au prince électoral de Bavière. Charles II, pour éviter à ses nombreux États un démembrement trop probable et pour éloigner les chances de la réunion des couronnes d'Espagne et de France sur la même tête, désigna comme son unique héritier le duc d'Anjou, deuxième fils du dauphin de France, sous le nom de Philippe V. Le 6 nov. 1700, après une assez longue hésitation, Louis XIV dit à son petit-fils devant l'ambassadeur d'Espagne: «Monsieur, le roi d'Espagne vous a fait roi. Les grands vous demandent, les peuples vous souhaitent et moi j'y consens. Songez seulement que vous êtes prince de France.» La guerre avec les autres prétendants à la succession paraissant dès lors inévitable, et les intentions hostiles de l'Angleterre étant certaines, Louis XIV s'empressa de reconnaître le fils de Jacques II Cependant le royaume était loin d'avoir réparé l'épuisement ou il était tombé. L'incapacité de la plupart des généraux de cette génération et les ordres absolus de ministres ignorants conspirèrent souvent en faveur des ennemis: nos armées mal conduites et mal payées démentirent leur vieille réputation. En Italie, Catinat, battu à Carpi, cède le commandement au magnifique Villeroi, que le prince Eugène repousse à Chiari et prend dans son lit à Crémone; heureusement Vendôme, successeur de Villeroi, fit sa jonction avec Philippe V venu par le royaume de Naples, débloqua Mantoue et repoussa le prince Eugène à Luzzara (1702). Cette situation fut vite compromise par la défection du duc de Savoie: les Autrichiens ne tardèrent pas à s'établir dans le duché de Milan et dans le royaume de Naples. En Allemagne, Villars, vainqueur à Friedlingen (1702) et à Hochstedt (1703), songeait à faire sa jonction avec Vendôme quand survint la défection de la Savoie. Villars fut d'ailleurs, à son grand désespoir, envoyé contre les Camisards, calvinistes révoltés dans les Cévennes (V. ce mot).L'année suivante (1704), l'armée d'Allemagne, confiée à Tallard et Marsin, éprouva à Hochstedt même une des plus cruelles défaites de cette triste guerre. Les Français furent rejetés en deçà du Rhin; Villars fut rappelé pour couvrir la Lorraine. — En 1706, par la victoire de Turin, le prince Eugène nous chassa d'Italie; par celle de Ramillies, Marlborough nous exclut des Pays-Bas espagnols. En 1707, la Provence fut envahie: Tessé défendit Toulon, les populations soulevées firent le reste. En 1708, après la défaite d'Audenarde, ce fut le tour de la Flandre. Après l'hiver meurtrier de 1709, Louis XIV dut songer à demander la paix. Il offrit, à La Haye, d'abandonner la cause de son petit-fils, et même de fournir des subsides contre lui: les alliés, excités par les Hollandais, exigeaient qu'il lui déclarât la guerre. Pour la première fois de sa vie, Louis XIV fit un appel à la nation, par l'organe des gouverneurs, évêques, curés, magistrats des villes, etc.: «Je désirais vous faire jouir de la paix, mais je suis persuadé que vous vous opposerez vous-mêmes à la recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l'honneur du nom français.» La nation montra qu'en dépit des théories du roi, elle «faisait corps». Les recrues affluèrent. A Malplaquet, contre toute probabilité, Villars tint tête au prince Eugène et à Marlborough (1709). Vendôme affermit le trône de Philippe V par la victoire, de Villaviciosa (1710). Les Hollandais avaient fait échouer les conférences de Gertruydenberg; Marlborough, gagné par eux, faisait la guerre à leur profit. Cependant l'Angleterre se lassait de payer. La mort de l'empereur Joseph Ier et l'élévation de l'archiduc Charles à l'Empire sous le nom de Charles VI changeait complètement la question d'équilibre. Louis XIV était suffisamment abaissé: poursuivre la guerre, ne serait-ce pas reconstituer l'empire de Charles-Quint? La brillante victoire de Villars à Denain (1712) hâta la conclusion de la paix,d'Utrecht, dont les préliminaires avaient été signés avec l'Angleterre l'année précédente et qui fut complétée en 1714 et 1715 par les traités de Rastatt, de Bade en Argovie et d'Anvers. La France reconnut en Angleterre les résultats de la révolution de 1688 et les droits de la maison de Hanovre. Elle rendit un grand nombre de places fortes en Flandre, céda Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse à l'Angleterre, consentit à démolir les fortifications de Dunkerque. La succession d'Espagne fut démembrée au profit de la Savoie (qui eut la Sicile), de l'Autriche (qui eut les Pays-Bas méridionaux, la Sardaigne, Naples et le Milanais), et de l'Angleterre (qui garda Gibraltar prise en 1703, et Minorque). Mais Philippe V avait l'Espagne avec ses immenses colonies. Ainsi les maisons d'Autriche et de France furent placées en équilibre et en échec. «Louis XIV, en voulant tout avoir, avait failli tout perdre. Ses ennemis, en voulant tout lui ôter, lui avaient rendu ce que lui avait enlevé la fortune. Il gardait des provinces qu'il s'était résigné à céder et laissait son petit-fils affermi sur son trône disputé.» (Mignet.) — «Le succès de la famille royale ne causait en apparence aucun préjudice au royaume. A bien examiner cette paix, pourtant, dans ses origines et ses détails, elle achevait ce que la guerre avait commencé, le triomphe de l'Angleterre sur Louis XIV. L'extension du commerce, la ruine de nos colonies naissantes, les prétentions victorieuses de l'Angleterre à dominer sur toutes les mers et dans tous les pays nouveaux furent le pris de l'établissement d'un prince français en Espagne.» (E. Bourgeois.)

    V. — Depuis 1685, la décadence de la prospérité intérieure s'était accélérée de façon presque continue. C'est ce que démontrent: la correspondance des intendants avec les contrôleurs généraux des finances, Le Peletier (1683-89), le comte de Pontchartrain (1689-99), Chamillart (1699-1707), et l'habile mais impuissant Desmarets (1707-14); les lettres hardies et généreuses de Fénelon à Louis XIV, ou l'on trouve en 1693 ce mot terrible; «La France est un grand hôpital désolé et sans provisions»; les mémoires des intendants écrits en 1697 sur l'initiative du duc de Beauvilliers pour l'instruction du duc de Bourgogne, mémoires où les plaintes sont presque universelles sur la guerre, la mortalité, les logements et passages continuels de troupes, la milice, les exactions des fermiers généraux, la retraite des huguenots; le Détail de la' France, par Le Pesant de Boisguillebert (1697), et le Factum de la France, du même, qui fut supprimé par arrêt du conseil (1707); le Mémoire de Racine, qui le fit exclure de la cour en 1699; la Dîme royale de Vauban, ouvrage supprimé par arrêt du conseil (1707). Il est certain que la population de plusieurs villes, Lyon, Tours et Troyes entre autres, avait en vingt ans diminué de plus de moitié: la diminution totale pour le royaume peut être évaluée à 2 millions d'âmes. Dans les campagnes, «tout ce qui s'appelle bas peuple, écrit Vauban en 1696, ne vit que de pain d'orge et d'avoine mêlés, dont ils n'ôtent même pas le son, ce qui fait qu'il y a tel pain qu'on peut lever par les pailles d'avoine dont il est mêlé. Ils se nourrissent encore de mauvais fruits, la plupart sauvages, et de quelque peu d'herbes potagères de leurs jardins, cuites à l'eau, avec un peu d'huile de noix ou de navette, le plus souvent sans ou très peu de sel (à cause de la gabelle). Il n'y a que les plus aisés qui mangent du pain de seigle mêlé d'orge et de froment. Le commun du peuple boit rarement du vin, ne mange pas trois fois de la viande en un an, et use peu de sel. Les trois quarts ne sont vêtus, hiver et été, que de toile à moitié pourrie et desséchée, et chaussés de sabots dans lesquels ils ont le pied nu toute l'année; que si quelqu'un a des souliers, il ne les met que les jours de fêtes et dimanches. Ils ne possèdent pas un pouce de terre.» Cette description ne s'applique qu'à l'élection de Vézelay (Bourgogne). Dix ans après, Vauban, qui a pu multiplier ses observations de détail, conclut ainsi: «Par toutes les recherches que j'ai pu faire, j'ai fort bien remarqué que, dans ces derniers temps, près de la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité, et mendie effectivement; que, des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là, parce qu'eux-mêmes sont réduits, à très peu de chose près, à cette malheureuse condition; que des quatre autres parties qui restent, les trois sont fort maltraitées et embarrassées de dettes et de procès, et que, dans la dixième où je mets tous les gens d'épée, de robe, ecclésiastiques et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse distinguée, et les gens en charges militaires et civiles, les bons marchands, les bourgeois restés et les plus accommodés, on ne peut pas compter sur cent mille familles.»

    La détresse financière oblige les ministres des finances à recourir, non seulement à des impôts nouveaux dont le principe était meilleur que ne fut l'application (V. Capitation, Dixième), mais encore et surtout aux expédients les plus tristes: fonte de la vaisselle d'argent du roi, augmentation ou diminution des monnaies, affaires extraordinaires (c.-à-d. création et vente d'offices inutiles et onéreux au public), emprunts à des taux de plus en plus élevés (10 et 12 %). Pendant les deux dernières guerres, les revenus nets n'avaient guère dépassé 1,100 millions, pour des dépenses de près de 5 milliards. En 1715, la dette immédiatement exigible s'élevait à 1,200 millions de livres, soit treize fois les recettes nettes; la dette totale était de 2,382 millions de livres, soit environ 4 milliards de notre monnaie actuelle (valeur intrinsèque). Les billets de monnaie ou effets royaux n'étaient dans cette situation qu'un palliatif, ou plutôt l'annonce d'une banqueroute à bref délai.

    Les lamentables effets de l'édit du 22 oct. 1685 n'ont pas éclairé le roi. Son confesseur, le père Le Tellier, l'excite à poursuivre de plus en plus rigoureusement les calvinistes. En 1709, sous le prétexte de la bulle de mars 1708, le roi ordonne la dispersion de Port-Royal, puis, en 1710, la démolition des bâtiments, sauf l'église: «Le scandale fut grand jusque dans Rome.» (Aug. Thierry.) La promulgation de la bulle Unigenitus (1713) acheva le triomphe du jésuitisme et prépara la revanche du parti ultramontain sur le gallicanisme. Ce fut l'occasion de nouvelles persécutions dont furent victimes, entre autres, Rollin, Fontenelle, Daguesseau et jusqu'à l'archevêque de Paris, Noailles. Par de tels excès, Louis XIV employait la fin de sa vie «à rendre, après sa mort, un relâchement général plus nécessaire et plus certain... Et, d'ailleurs, ce souverain, qui défendait par tant de rigueurs l'orthodoxie catholique, conférait à ses deux fils illégitimes (doublement adultérins), le duc du Maine et le comte de Toulouse, le rang de princes du sang et d'héritiers éventuels de la couronne: dernière injure à l'opinion publique, dernier et inutile abus d'une volonté despotique qui espérait se survivre à elle-même et triompher de la mort.» (Prévost-Paradol.) La seule excuse du roi c'est, avec sa défiance à l'égard du duc d'Orléans, la suite inouïe de malheurs qui le frappèrent dans ce qu'il avait de plus cher. Le vieillard avait vu tomber autour de lui son unique fils légitime; le grand dauphin (1711); la seconde dauphine, duchesse de Bourgogne, et le second dauphin, duc de Bourgogne, emportés à six jours de distance (1712); le duc de Bretagne, fils aîné du duc de Bourgogne, un mois après (1712); le duc de Berry, frère du duc de Bourgogne (1714). Son unique rejeton légitime était Louis, duc d'Anjou, fils du duc de Bourgogne, né en 1710, enfant frêle et maladif. La douleur du grand roi se traduisit par une dévotion de plus en plus âpre, sombre et intolérante. Son caractère ne fut pas ébranlé: «Parmi des adversités si longues, si redoublées, intimement poignantes, sa fermeté, c'est trop peu dire, son immutabilité demeure tout entière... Il parlait comme à son ordinaire, ni plus ni moins, avec le même air, déclarait les mauvaises nouvelles sans détour ni déguisement, sans plainte, sans accuser personne, courtement et majestueusement, comme il avait accoutumé. Un courage mâle, sage, supérieur, lui faisait serrer entre ses mains le gouvernail parmi ces tempêtes, et dans les accidents les plus fâcheux et les temps les plus désespérés, toujours avec application, toujours avec une soumission parfaite à la volonté de Dieu et à ses châtiments.» Depuis longtemps les fêtes avaient cessé; il ne subsistait à la cour que l'étiquette. Autour de Mme de Maintenon se groupaient, avec les «légitimés», tous les fauteurs du despotisme agonisant et du fanatisme religieux. La mort du grand dauphin avait un moment dispersé les «libertins» qui se réunirent en partie, à Saint-Cloud, à la société frivole et licencieuse du duc d'Orléans, ce «fanfaron de vices», suivant le mot du roi. La mort du duc de Bourgogne avait enlevé ses espérances au parti aristocratique, décentralisateur, antibourgeois, mais en un certain sens libéral, dont Fénelon avait été le publiciste, et les ducs de Saint-Simon, de Beauvilliers et de Chevreuse les principaux appuis. Obsédé et circonvenu par les prêtres, par le duc du Maine et par Mme de Maintenon, le roi fit un testament qui excluait presque entièrement le duc d'Orléans, son neveu, de la régence. Le duc du Maine devait avoir la garde du futur Louis XV pendant sa minorité, avec le commandement de la maison militaire. Le maréchal de Villeroi était désigné comme gouverneur du roi. Au duc d'Orléans appartenait seulement la présidence du conseil de régence, à la majorité duquel il devait se soumettre et dont les membres étaient nommés par Louis XIV lui-même. Espérait-il vraiment se survivre en quelque sorte à lui-même? Quoi qu'il en soit, lorsque vint la dernière maladie (25 août 1715), il ne pensa plus qu'à Dieu et aux fautes de son règne: «Mon enfant, dit-il à son arrière-petit-fils, vous allez être bientôt roi d'un grand royaume. Ne m'imitez pas dans le goût que j'ai eu pour les bâtiments, ni dans celui que j'ai eu pour la guerre. Tâchez, au contraire, de conserver la paix avec vos voisins. Rendez à Dieu ce que vous lui devez; reconnaissez les obligations que vous lui avez; faites-le honorer par vos sujets. Suivez les bons conseils. Soulagez vos peuples le plus tôt que vous pourrez, ce que je suis assez malheureux pour n'avoir pu faire.» — Ce règne de soixante-douze ans a laissé des traces profondes dans notre histoire. Si, au point de vue extérieur, il est loin d'avoir produit ce qu'il promettait, les leçons, les exemples, les réformes des grands ministres du début n'ont pas été perdus pour la France. Le despotisme a contribué au nivellement des classes, à l'ascension de la bourgeoisie vers les fonctions publiques, à la centralisation et à l'unité de la patrie. Mais tout a été fait ou tenté contre les libertés les plus naturelles et les plus nécessaires à la vie d'un grand peuple. Par certains traits de son caractère et de sa politique, Louis XIV fait penser à Philippe II: la France eut heureusement plus de ressort que l'Espagne. Elle éprouva un véritable sentiment de délivrance à la mort du «grand roi»; ce n'est qu'à distance qu'elle a pu reconnaître des mérites et des qualités longtemps exagérés par la flatterie et par la servilité.

    VI. L'histoire a en somme confirmé l'expression de «siècle de Louis XIV» introduite par Voltaire. L'action personnelle de ce prince sur les lettres et les arts de son temps peut être diversement appréciée, mais elle n'est pas contestable. Il ne fit d'ailleurs que suivre ou plutôt reprendre la politique de patronage littéraire, artistique et scientifique inaugurée par Richelieu. Le clergé avait la feuille des bénéfices: les hommes de lettres, savants, artistes, etc., eurent la feuille des pensions. Elle fut établie en 1663, un peu trop d'après les préférences de Chapelain, qui se plaça en tête comme «le lus grand poète français qui ait jamais été et du plus solide jugement». Les grands noms de la littérature, Molière, Corneille, Racine, Mézeray, etc., y sont associés aux illustrations de second ordre, Quinault, Ch. Perrault, et même aux abbés Colin et de Pure. Boileau n'y sera inscrit que plus tard. Les étrangers y sont nombreux et généralement bien choisis: Heinsius, Cassini (de Bologne), Huyghens, etc. Louis XIV anoblit Lully, Le Nôtre, Lebrun, Mansard, Mignard; Racine et Boileau reçurent le titre d'historiographes du roi. La forme des Académies (V. ce mot) permit «d'embrigader les talents» (Rambaud) et de soumettre la république des lettres à une discipline toute monarchique. A partir de 1672, l'Académie française se réunit au Louvre: ses remerciements au roi sont significatifs: «Qu'un roi ait assez aimé les lettres pour loger une académie dans sa propre maison, c'est ce que la postérité n'apprendra guère que parmi les actions de Louis le Grand. Il ne se contente pas de nous accorder sa protection toute-puissante: il veut nous attacher à titre de domestiques. Il veut que la majesté royale et les belles-lettres n'aient qu'un même palais.» Lorsque l'Académie française se mit à décerner des prix d'éloquence et de poésie, elle donna comme invariable sujet l'éloquence du roi. On ne saurait imaginer quel amas d'inepties hyperboliques .cet usage a enfanté. Racine lui-même présente sous un jour inattendu l'œuvre du Dictionnaire: «Tous les mots de la langue, toutes les syllabes nous paraissent précieuses, parce que nous les regardons comme autant d'instruments qui doivent servir à la gloire de notre auguste protecteur.» On sait que le principal objet de l'Académie des inscriptions fut d'abord, non d'en déchiffrer, mais d'en composer à l'honneur du roi. Parmi les sciences, le roi ne protège avec quelque suite que l'astronomie. Aux peintres, il impose l'autorité tyrannique de Lebrun, auquel Mignard a seul assez de dignité et de force pour résister; l'Académie française de Rome fut menée à la façon d'un couvent ou d'une manufacture royale, surtout lorsqu'elle eut passé dans le département de Louvois. Pour le grand roi, les Teniers sont des «magots». Il ne conçoit et n'estime que le genre noble. Dans les lettres, La Fontaine est longtemps mis de côté, comme un irrégulier; lorsque Boileau affirme au roi que le bonhomme est le plus grand poète de son temps, le roi répond: «Je ne le pensais pas.» Molière ne fait jouer Tartufe qu'à grand' peine, grâce à l'éloge du «monarque ennemi de la gaude». Valet de chambre du roi, il sent tout ce que la protection officielle a de lourd et de dangereux: «Qui se donne à la cour se dérobe à son art.» L'historien Mézeray ayant témoigné, sans doute sans le vouloir, quelque indépendance dans l'appréciation du passé, se voit supprimer la moitié de sa pension, et pourtant il «portait ses feuilles à M. Perrault», chargé de les censurer. Un abbé Primi, Italien, est engagé à force de promesses à écrire une histoire de Louis XIV: le roi n'en est pas satisfait et met l'auteur à la Bastille: aussi l'Anglais Burnet, auquel la même besogne fut demandée moyennant une pension, se hâta de regagner sa patrie. En matière religieuse, il va sans dire que les décisions de l’Index et celles de la faculté de théologie sont ponctuellement suivies: c'est pourquoi en 1667 l'éloge de Descartes est interdit, et l'enseignement de sa philosophie reste proscrit en France. Leibniz est exclu, comme protestant, des faveurs royales; entre autres savants, l'édit du 22 oct. 1685 chassa de France Denis Papin et Nic. Lémery; Désaguliers, Dollond, Jean-Henri Lambert sont fils de calvinistes proscrits. Bref, la protection royale est capricieuse, égoïste, intolérante. «Une chose qui juge ce régime, c'est que l'éclat des arts et des lettres se soutienne si peu de temps. Le siècle reste grand tant que Louis XIV est entouré d'hommes dont le talent était déjà né quand il commença à les protéger. Mais il ne naît pas de génies nouveaux. (Rambaud.) La dernière grande œuvre de littérature laïque, Athalie, est de 1691. Sauf les écrivains et orateurs d'église, et Saint-Simon, qui écrit dans l'ombre, «on pourrait dire qu'il ne s'est pas écrit en France à partir de la paix de Ryswick une seule œuvre de haute valeur littéraire. On peut faire la même observation pour les arts.» (Rambaud.) L'esprit, à quelque spécialité qu'il s'applique, ne vit que de liberté. G'est ce que l'on peut constater de la façon la plus précise par les dates des œuvres dans le domaine de la pensée (V.France, t. XVII, pp.1078 et suiv.; pp. 1112 et soiv .). Le despotisme a accompli son office ordinaire, en appauvrissant l'arbre dont il avait récolté les fruits.

    Les Œuvres de Louis XIV présentent toutes un caractère politique; ce sont principalement les Mémoires pour l'instruction du Dauphin, publiées en 1806 par De Gain-Montagnac (Paris, 2 vol. in-8) et en dernier lieu par Ch. Dreyss (Paris, 1859, 2 vol. in-8); les Lettres aux princes de l'Europe, à ses généraux, à ses ministres, etc., recueillies par M. Rose, secrétaire du cabinet, avec des remarques par Morelly (Paris, 1755, 2 vol. in-12); les Lettres au comte de Briord, ambassadeur extraordinaire de S. M. Très Chrétienne auprès des États-Généraux, dans les années 1700-1 (La Haye, 1728, in-12); la Correspondance avec M. Amelot, son ambassadeur en Portugal, 1685-88 (Nantes, 1863, in-8); la Correspondance avec M. Amelot, son ambassadeur en Espagne, 1705-9 (Paris, 1864, 2 vol. in-8); les Lettres de Louis XIV, du Dauphin et d'autres princes, adressées à Mme de Maintenon (Paris, 1822, in-8). Signalons aussi, bien que dépassées par les plus récentes publications, les Œuvres complètes, publiées par Grimoard et Grouvelle (Paris et Strasbourg, 1806, 6 vol, in-8).
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Hippolyte Monin
    Homme de lettres et historien français (1854-?), auteur d'ouvrages sur la Révolution et sur Napoléon.
    Mots-clés
    Louis XIV, Louis XIII, Anne d'Autriche, Marie-Thérèse, royauté, roi, histoire de France, Mazarin, Colbert, Richelieu, Fouquet, Fronde, Versailles, monarchie
    Extrait
    «Mon enfant, dit-il à son arrière-petit-fils, vous allez être bientôt roi d'un grand royaume. Ne m'imitez pas dans le goût que j'ai eu pour les bâtiments, ni dans celui que j'ai eu pour la guerre. Tâchez, au contraire, de conserver la paix avec vos voisins. Rendez à Dieu ce que vous lui devez; reconnaissez les obligations que vous lui avez; faites-le honorer par vos sujets. Suivez les bons conseils. Soulagez vos peuples le plus tôt que vous pourrez, ce que je suis assez malheureux pour n'avoir pu faire.»

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