Covid-19

L'extrême médicalisation est-elle l'unique remède à la pandémie ?

Jacques Dufresne

Il faut demeurer vigilant et poser, sur tous les plans, les questions importantes que les grands médias évitent systématiquement.

On ne peut que se réjouir de l’espoir que donnent les nouveaux vaccins à tous les peuples de la terre et, pour renforcer l’effet placebo découlant de cette promesse de guérison, on est tenté de renoncer à un esprit critique qui s’impose pourtant face à la déferlante  de publicité/propagande qui balaie nos écrans. Il faut plutôt dire à tous ces peuples : ne restez pas à genoux, n’attendez pas la délivrance uniquement de cette panacée. Il faut demeurer vigilant et poser, sur tous les plans, les questions importantes que les grands médias évitent systématiquement

Questions techniques

Que faut-il entendre précisément par vaccin efficace à 95%? Nous avons posé cette question à Pierre Biron, auteur de l’Alter dictionnaire médico-pharmaceutique. Voici sa réponse : « Dans un échange réglementaire entre la FDA et Pfizer, on apprend que 36 523 participants, divisés au hasard en deux groupes, soit environ 18 262 témoins et 18 262 vaccinés, furent suivis durant une médiane de 2 mois (8 semaines) après la 2edose du vaccin Pfizer-BioNTech. On observa 162 infections chez les témoins et 8 infections chez les vaccinés. Une différence absolue de 154 (obtenue par soustraction), ce qui permet de dire que 154 volontaires furent protégés dans le groupe vacciné de 18 262, le taux d’efficacité étant donc de 154/18 262 = 0,008 en décimales et 0,8% en pourcentage, et que 1 sur 119 vaccinés furent protégés.

 On est loin du 95% d’efficacité clamé par le fabricant et répété à tout vent dans les organismes professionnels et médiatiques. C’est en divisant 154 par 162 qu’on obtient cette statistique dérivée (obtenue par division) qu’on appelle la réduction relative du risque utile en recherche théorique mais insuffisante pour appuyer une décision en recherche appliquée. Ce stratagème est couramment utilisé pour mieux faire paraître les résultats, presque systématiquement quand le sponsor contrôle l’étude du début à la fin. (Référence : Lettre de Denise Hinton, scientifique en chef, FDA, à Elisa Harkins, Pfizer Inc, datée du 11 décembre 2020 et concernant l’autorisation d’utilisation en urgence.)»

De telles considérations, la courte durée des études et divers autres facteurs d’incertitude nous obligent à conclure qu’aucun vaccin c19 en développement n’a pu démontrer jusqu’ici une réduction de la contagiosité, des symptômes sévères, de l’hospitalisation, des soins intensifs ni de la mort, qui pourtant sont les seuls critères qui justifieraient l’investissement de milliards de dollars et un empressement politique compréhensible mais qui fait fi de la rigueur scientifique.

Et il faudrait évaluer le vaccin chez les aînés fragiles ou très âgés, les malades chroniques, les minorités, les travailleurs sanitaires, en fait dans tous les sous-groupes où une vulnérabilité accrue pointerait vers la priorité dans la vaccination. Et beaucoup plus longtemps qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour en décembre 2020, tant à cause du faible taux d’infections symptomatiques dans la population ambulante que par la possibilité d’effets indésirables rares mais graves.»

Référence : Peter Doshi, professeur et chercheur en soins pharmaceutique à l’Université du Maryland (BMJ 2020;371:m4037)
https://www.bmj.com/content/371/bmj.m4037

Voir la version complète de l'article de Pierre Biron.

Questions fondamentales

Danseurs russesLe vaccin de Pfizer n’était pas encore approuvé par la FDA américaine que déjà les médias célébraient la bonne nouvelle en diffusant en continu des images de la prodigieuse efficacité d’une logistique orchestrée par un général. On retrace mieux les colis surgelés que les personnes infectées. Soit, c’est de bonne guerre et il s’agit d’une guerre, mais d’une guerre bien différente de celle de 1941-45 où le même sens de l’organisation avait été mis à profit dans un tout autre but : exposer des jeunes à la maladie et à la mort pour défendre une valeur placée au-dessus de la vie : la liberté. Peut-être faut-il voir un progrès de la civilisation dans le fait que la même efficacité est déployée pour prolonger la vie des personnes les plus âgées et les plus fragiles. Mais la question suivante se pose : faire ainsi un absolu de la vie humaine, n’est-ce pas mettre toutes les valeurs supérieures en péril, sans même être sûr d’avoir choisi le meilleur moyen de soutenir cette précieuse vie. Tant de milliards de dollars ( qui a pris les risques, à qui iront les profits ? tant de tonnes de carbone pour des résultats limités, alors que la planète agonise, que les sociétés s’émietttent, que les autres espèces disparaissent….et que l’on a négligé la prévention la moins coûteuse et la plus efficace. En déconfinant leurs salles de ballet, les Russes nous ont rappelé que la vie tire son sens de ce qui la dépasse: les transcendantaux, dont le premier, la beauté, est celui qui est le plus accessible aux humains.

Revue Relations

Dans le dernier numéro de la revue Relations,  consacré à la santé, l’équipe éditoriale a pris, en ce contexte hypervaccinal et surmédicalisé, le risque de mettre l’accent sur les approches alternatives, complémentaires et globales. Un germe, une maladie! Tuez le germe et vous guérirez la maladie, tel est, nous rappelle l’anthropologue Gilles Bibeau, le dogme central de la médecine moderne, dogme appelé étiologie spécifique. Mais quid du malade, de l’environnent, de la société? Pasteur lui-même, à qui nous devons le vaccin contre la rage, n’avait-il pas reconnu que le terrain, équivalent de ce que nous appelons le milieu, était aussi déterminant que le germe. Vivement conscient de ce fait et s’inspirant de la sagesse d’Hippocrate, Gilles Bibeau propose une approche écosystémique. Dans le même esprit, deux organisatrices communautaires, Isabelle Audet et Jocelyne Bernier nous rappellent, par des exemples concrets,  à quel point la santé des individus dépend de celle de la communauté. Nouveau paradigme, ajoute Isabelle Mimeault, où les femmes doivent continuer à jouer un rôle de premier plan. Ce que soutient également Catherine Caron, dans un éditorial s’ouvrant sur cet exergue d’Ivan Illich : « J’invite chacun à détourner son regard, ses pensées, de la poursuite de la santé. Et à cultiver l’art de vivre.  Et tout aussi importants aujourd’hui, l’art de souffrir et de mourir. »

J’ai moi-même signé un article où j’affirme que le passage de la hantise du salut à l’obsession de la sa santé a été le plus grand événement des derniers siècles, un événement à l’origine de cet idéal de santé parfaite qui s’avère déjà contreproductifa. Il en est résulté une dépendance excessive à l’endroit de la médecine et une croissance continue de la part des dépenses publiques et privées consacrées aux traitements de tous genres. Cette croissance, il faut lui imposer une limite, car la médecine n’est qu’un des déterminants de la santé, moins important que l’ensemble des autres.

Retour d’Ivan Illich

Ivan Illich est l’auteur de La Némésis médicale, un livre qui continue de secouer une planète médicale trop axée sur l’étiologie spécifique. Ses meilleurs amis encore vivants poursuivent ses recherches et ses réflexions dans le cadre de The International Journal of Illich Studies. Le dernier numéro de cette revue est consacré à la pandémie. Il est de tout premier ordre. Nous vous l’offrons dans la version intégrale en anglais. Suivez le lien suivant :

 



illich-studies-vol-7no-1-2020.pdf

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