Besoin

"Besoin est un signe double. Il est d'abord signe de pénurie, de manque, comme le montre sa parenté linguistique avec «besogneux». Étymologiquement, d'après Littré, besoin dérive de soin, et de la préposition romane bes, à sens péjoratif; le bes-soin est alors mauvais soin, gêne, disette. Mais il est d'autre part et paradoxalement signe d'abondance. «Avoir de grands besoins» n'est pas le fait de n'importe quel démuni: le besoin non satisfait produit l'inappétence, et donc sa disparition en tant que besoin; la permanence du besoin indique sa satisfaction entretenue, donc une relative abondance. C'est pourquoi ce sont les sociétés riches qui ont en même temps le plus de besoins. Cette ambiguïté se laisse néanmoins réduire si l'on s'aperçoit que c'est précisément sous la pression du besoin-pénurie que se crée l'abondance permettant le rebondissement du besoin-exigence, d'autant plus exigeant qu'il est plus souvent satisfait. Aussi, la dialectique des sociétés économiquement avancées est-elle de tomber dans les besoins pour avoir réussi à vaincre le besoin. La réponse au besoin est: besoin, - et l'on se souviendra ici du Gorgias de PlatonSocrate tente de persuader Callicles que les tonneaux de l'appétit n'ont point de fond et qu'il est vain de s'entêter à les emplir."

Gilbert-Romeyer-Dherbey, «Le besoin et la détermination.»

Essentiel

"Les besoins humains: Leur urgence est inversement proportionnelle à leur qualité. On peut résister plus longtemps à la faim qu'à la nécessité d'évacuer les sous-produits de la digestion; les pulsions sexuelles, bien que surmontables, sont plus impérieuses que la tendresse entre les amants; l'entraide matérielle entre les hommes s'impose plus fortement que la charité, etc. Et que dire de la contemplation et de la prière - valeurs suprêmes qui peuvent attendre indéfiniment sans dommage apparent? Dieu, dernier servi..."

Gustave Thibon, Le voile et le masque

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