Rôle des sentiments moraux

Gabriel Compayré

Les sentiments moraux jouent et doivent jouer un grand rôle dans les actions humaines. L'idéal de la moralité, c'est peut-être, en même temps qu'on fait le bien, de trouver plaisir à le faire. Et nous ne partageons guère l'opinion des moralistes qui, à la suite de Kant, excluent la sensibilité de la vertu parfaite. A entendre ces philosophes austères, la vertu chagrine et farouche, la vertu qui est le prix d'une lutte pénible, est seule digne de notre admiration. Qu'on ne leur parle pas du devoir accompli avec aisance, avec bonheur, par des hommes qui ont su réaliser en eux l'harmonie de l'intelligence et de la sensibilité, et chez qui le coeur s'empresse d'obéir aux ordres de la raison. La vertu perd son caractère à leurs yeux, quand elle n'est autre chose que l'obéissance impassible à la loi et pour peu que le sentiment s'y mêle. 

Il est certain pourtant que l'homme atteint un degré plus haut de moralité, quand il n'est pas seulement l'esclave du devoir, quand il a réussi, par une longue habitude de moralité, à être le serviteur volontaire de la loi morale, lui obéissant avec joie, avec entrain. Qu'on ne dise pas que la vertu en ce cas est moins méritoire, parce qu'elle est plus facile. Elle suppose au contraire de grands efforts antérieurs; elle suppose qu'on est parvenu à faire régner la paix dans l'âme, qu'on a conquis peu à peu toutes les forces intérieures qui collaborent à l'action.

S'il y a une vertu inférieure, c'est celle au contraire qui n'accomplit le devoir qu'avec répugnance, comme par force, sans que le coeur y consente, en se pliant au joug inexorable de la loi.
 

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