Les faiblesses de la recherche française, selon l’endocrinologue Philippe Froguel

Stéphane Barge

Philippe Froguel est médecin, chercheur en endocrinologie, biologie moléculaire et génétique, professeur à l’Imperial College de Londres et à l’université de Lille-II. Ses recherches portent sur les prédispositions génétiques au diabète et à l’obésité. Il a établi les premières cartes génétiques du diabète de type 2 et de l’obésité sévère. C’est, au dire d’un de ses collègues, « un fonceur et un as de la provocation, qu’il manie avec dextérité et humour ». Les critiques qu’il émet sur la recherche en France confirment ce propos.

« En Angleterre (…), les universités sont dirigées par des scientifiques qui ont une vision et une stratégie entrepreneuriale. Leur objectif, c’est d’être les meilleurs. Rien à voir avec ces présidents d’université français qui souvent n’ont jamais fait de science et gèrent des budgets à la petite semaine. »

Une diagnostic tout aussi impitoyable sur le niveau de la recherche française : « Nos scientifiques ne se remettent pas assez en question. Une fois sortis d’une grande école, quand ils sont nommés directeurs de recherche ou professeurs, ils pensent qu’ils n’ont plus rien à prouver. Alors qu’aux États-Unis, comme le dit un dicton, la valeur d’un chercheur ne dépasse pas celle de sa future publication. » Tout cela expliquerait selon lui la supériorité anglo-saxonne. « En Angleterre, l’impact des publications est deux fois supérieur. Bien sûr qu’en France nous avons d’excellents professionnels. Néanmoins près d’un tiers d’entre eux ne resteraient pas deux ans en Angleterre, car ils ne sont pas bons. »

Philippe Froguel déplore aussi un manque d’ouverture à l’international : « Nous sommes trop recroquevillés sur nos vieilles gloires. Aux dernières Assises de la recherche, nous sommes restés entre nous. J’avais demandé que l’on invite des scientifiques de stature internationale, mais mon courier est resté lettre morte. »

Stéphane Barge, « Portrait d’un endocrinologue. Philippe Froguel : ''La recherche française reste trop recroquevillée sur ses vieilles gloires''», La Recherche, no 474, avril 2013, p. 64.
 




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