Le paradoxe des paysages de notre époque

Benoît Duteurtre
L’élément de la description est très important chez moi. Quand je me suis mis vraiment à lire - Balzac ou Flaubert - j’ai découvert que la description pouvait être un art très vivant, très riche, très drôle. J’essaie à la fois de travailler une façon de décrire et des objets de description qui n’existent pas dans la tradition classique du roman. Les écrivains français ne voient plus l’univers dans lequel ils vivent. A l’opposé, j’aime les comédies italiennes de l’après-guerre ou les dessins de Sempé qui ont beaucoup mieux saisi que que les romanciers l’intérêt très particulier des paysages de notre époque. Ces paysages sont une source d’inspiration et de renouvellement du style d’un artiste plus que les recherches formelles de laboratoire. C’est lié à une curiosité naturelle qui me porte vers les paysages paradoxaux. Certains ont une vertu comique car ils mélangent des choses qui ne vont pas du tout ensemble. On voit en Europe des formes urbaines et marchandes plaquées sur un monde qui n’avait pas grand chose à voir avec cela. Ce frottement entre la pure civilisation marchande et une histoire européenne ancienne, très présente mais déjà morte, crée des paysages singuliers et un comique nouveau. On peut ainsi voir des sanisettes modernes sur un grand boulevard haussmannien, une fête techno sur la piscine Deligny…

Autres articles associés à ce dossier

La figure des paysages

Remy de Gourmont


De visages en paysages

Jacques Dufresne

Le titre, de visages en paysages, indique bien le contenu de cet article, où l'art de remodeler les paysages est comparé à l'art de remodeler les v

À lire également du même auteur

La récupération de la pensée moderne
Extrait d'une entrevue accordée à Christian Authier (Benoît Duteurtre: un romancier hors des sent




Nos suggestions