Vision pythagoricienne du monde

Theodor Gomperz
Voici un texte qui non seulement illustre la façon dont une vision du Monde peut imprégner toute une cité, toute une civilisation même, mais aussi qui nous donne à penser que c'est là une chose normale et nécessaire. L'auteur, Theodor Gomperz, y évoque la façon dont la vision pythagoricienne du Monde animait les temples, les maisons, la cité entière. Nous savons aujourd'hui que la Lune tire sa lumière du Soleil, que nous ne voyons pas la nuit. Pour expliquer la lumière du Soleil lui-même, les pythagoriciens postulaient l'existence d'un astre invisible, au centre du Monde, qui communiquait sa lumière et sa vie à la Lune, au Soleil, et même aux temples et aux maisons.
«Le mouvement circulaire des corps divins dont se compose l'Univers, et dont le nombre avait été élevé à la décade sacrée par la fictive Antiterre, était appelé une "danse". Au rythme de cette danse sidérale s'ajoutait la grande vague sonore et sans cesse ondulante qui en résultait, et qui est si connue et si souvent citée sous le nom d'harmonie des sphères. Le centre du chœur céleste, le feu universel, parmi beaucoup d'autres noms tels que ceux de "Mère des Dieux" et de "Citadelle de Zeus" en portait deux tout à fait significatifs. Il s'appelait "l'Autel" et "le Foyer du Tout". De même que les adorateurs entourent l'autel, les astres circulent autour de la source première et sacrée de toute vie et de tout mouvement. Et de même que le foyer constituait le centre de toute habitation humaine et était objet d'un culte; de même que la flamme qui brillait sans interruption sur le foyer du Prytanée constituait le centre révéré de toute communauté grecque, ainsi le foyer universel était le Centre du Tout ou du Kosmos. De ce point rayonnent la lumière et la chaleur; là le Soleil emprunte les feux qu'il renvoie aux deux Terres et à la Lune; telle, la mère de la fiancée, le jour des noces, allume la flamme qui brillera dans la nouvelle demeure à celle qui brille dans la sienne; telle, la colonie nouvellement fondée emprunte son feu au foyer de la métropole. Tous les éléments de la conception hellénique du Monde convergent ici: la joie exaltée de vivre, le sentiment d'amour et de respect qu'inspire un Univers pénétré des énergies divines, le sens élevé de la beauté, de la symétrie et de l'harmonie, et par-dessus tout l'intime plaisir que procure la paix de l'État et de la famille. Aussi l'Univers, entouré par le cercle de feu de l'Olympe comme d'un rempart, a-t-il été pour ceux qui le considéraient ainsi en même temps une demeure aimée, un sanctuaire et une oeuvre d'art. On ne s'est jamais, et nulle part depuis, fait du Monde une image si élevée et si bienfaisante pour le cœur.»

Autres articles associés à ce dossier

Le désenchantement du monde

Jacques Dufresne


Gaia ou la vision artistique du monde

Jacques Dufresne

La première vision du monde, su sens propre du terme.

À lire également du même auteur




Nos suggestions