Star Wars Identités

Jacques Dufresne

Après «Indiana Jones et l’Aventure archéologique», la société X3 Productions et le Centre des sciences de Montréal présenteront, en association avec Lucasfilm ltée., l’exposition STAR WARS Identités, du 19 avril au 16 septembre 2012.

Cette exposition, dont la première mondiale sera présentée le 19 avril prochain, explorera de façon novatrice le thème de l’identité humaine par l’entremise des personnages de la saga Star Wars. Plus de 200 objets seront réunis dont des accessoires, des maquettes, des costumes, des croquis et des dessins conceptuels tirés de la production des films et des séries animées couvrant la totalité de la saga Star Wars, de la première (1977-83) et la seconde (1999-2005) trilogies, jusqu’au film d’animation The Clone Wars (2008) et à la série télévisée du même nom.

 

 

Les Québécois et les touristes qui visiteront Montréal l'été prochain auront donc l'occasion de faire un examen de conscience identitaire avec, comme points de comparaison, les personnages trans-humains d'un film de science fiction médicocre, du moins pour ce qui est de la seconde trilogie. À supposer même que le film soit aussi bon que THX 1138, ne faudrait-il pas s'étonner de ce que le psychisme simpliste des hommes machines qui peuplent un tel film soit proposé comme miroir à des êtres humains en quête d'identité? Il me semble qu'on aurait pu trouver dans de nombreuses téléséries québécoises des types humains ayant plus d'identité, plus de couleur universelle et de couleur  locale (les deux sont nécessaires) que ces psychismes stéréotypés, construits dans l'abstrait pour assurer le succès commercial du film dans le monde entier. Ou mieux encore, on aurait pu construire l'exposition autour d'un grand roman, le Matou, par exemple, et du film qu'on en a tiré. J'oubliais que le premier but de l'opération est de susciter l'intérêt des  visiteurs pour la science. La génétique ayant un rapport aussi bien avec l'identité qu'avec la science, on s'attend à ce qu'un transfert  s'opère de l'intérêt narcissiste pour soi-même à l'intérêt objectif pour la génétique. Mais la psychologie qui, dans le contexte, devrait être la fin et le moyen est instrumentalisée au service de la science dure.

Après avoir consulté des experts (était-ce vraiment nécessaire?), on a identifié dix composantes de l'identité réparti en trois zones : la zone Origines — l’espèce, la génétique, les parents et la culture ; la zone Influences — les mentors, les amis et les évènements marquants ; et la zone Choix — les occupations, la personnalité, et les valeurs.

«Ces dix composantes, précise le communiqué, forment ainsi l’épine dorsale de l’exposition, explorant la notion complexe d’identité, à la fois dans la réalité et dans la fiction. Des capsules vidéo — combinant extraits de films et animation — feront la lumière sur chacune des composantes de l’identité, aussi bien celle des personnages fictifs de l’univers de la saga que celle du visiteur. On ne découvrira pas seulement les histoires derrière le développement de plusieurs personnages emblématiques de Star Wars, à savoir comment ils sont devenus ce qu’ils sont, mais également comment différents choix de création auraient peut-être fait d’eux des personnages complètement différents.»

Au contact de ces personnages fabriqués, nos enfants apprendront donc à se fabriquer eux-mêmes, ou mieux encore à se refabriquer s'ils ne sont pas satisfaits de ce qu'ils sont. Ils pourront aussi fabriquer leur propre avatar de l'espace. Le journal Le Devoir du 22 novembre nous apprend en effet que «les visiteurs seront eux-mêmes plongés dans une quête identitaire, grâce à un bracelet informatisé qui permettra d'emmagasiner au cours du parcours les données nécessaires à la création de leur propre avatar de l'espace.» Voilà une innovation majeure: la psychanalyse assistée par ordinateur.

La même quête d'identité prenait jadis la forme de la lecture de grands traité de caractérologie comme ceux de René Le Senne et de Ludwig Klages: la typologie de Le Senne fait encore partie du vocabulaire courant dans certains milieux: nerveux, colérique, passionné, flegmatique, etc. LeSenne associait ces types à des personnages de l'histoire ou de la littérature présumés connus pour atteindre dans certains portraits, celui de Vigny par exemple, le plus haut degré de subtilité.

Autre temps, autre quête d'identité. Pour cent Québécois qui ont vu Star Wars, il y en a peut-être un qui a lu Vigny et deux qui ont lu Yves Beauchemin. On pourrait par contre facilement imaginer un exercice comme celui de Le Senne fait à partir des personnages, réels et fictifs que connaissent bien les Québécois. Jean Charest est-il un flegmatique? René Lévesque était-il un passionné? Félix Leclerc un sentimental? Jacques Parizeau est-il un colérique? Bernard Landry un sanguin? Pauline Marois, une passionnée? Séraphin Poudrier, un flegmatique? Donalda, une sentimentale? Mais comment classer Ratablavasky? Il y a bien une raison pour laquelle nous faisons l'exercice à partir de Star Wars. Elle est de toute évidence d'ordre financier. George Lucas a les moyens de nous imposer sa conception de l'identité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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