Grandma Moses - Scène d'hiver

Bernard Lebleu

Le portrait que Norman Rockwell a fait de Grandma Moses, alias Anna Robertston, résume le caractère sans prétention, la force intérieure qu'une vie de labeur exigeant n'est pas parvenue à courber et la bienveillance de cette humble fermière, devenue, à un âge où plusieurs commencent à s'éteindre, une des artistes préférées du public américain. Elle prend le pinceau vers l'âge de 78 ans lorsque l’arthrite l’empêche de continuer de prendre part aux corvées domestiques. Elle peindra près de 1500 tableaux au cours des années qui suivront, jusqu'à son décès à l'âge de 101 ans. Son imagination généreuse amplifie les charmes bucoliques des paysages en damiers du nord de l'état de New-York et du sud du Vermont. Son art est tout entier voué au plaisir de raconter les grands et petits événements de la vie rurale dans la Nouvelle-Angleterre. À l'instar de Picasso qui disait: "Je ne cherche pas, je trouve", Grandma Moses aurait pu dire: "Je ne peins pas, je raconte", car elle a peint avec une facilité et un bonheur d'invention extraordinaire. Avec une insouciance rieuse, elle fait fi des difficultés que surmontent avec peine la plupart des artistes formés dans les académies. Ses compositions recèlent des raccourcis prodigieux, des mises-en-scène originales et brillantes, le tout servi par des palettes chromatiques riches et justes, qui varient au gré des saisons. Fait rare qui témoigne du parcours unique de cette grande dame de l’art naïf, c’est au MoMA à New York qu’a lieu sa première exposition individuelle, en même temps que celle consacrée au Guernica de Picasso. Une de ses toiles orne encore aujourd’hui le salon ovale de la Maison Blanche à Washington.

< Précédent Suivant >



En marge de la Conférence de Glasgow