Cornelius Krieghoff - Scène hivernale

Bernard Lebleu

Après avoir fait cent métiers et parcouru une partie de l'Amérique, le peintre hollandais Krieghoff (1815-1872) s'établi vers 1840 à Longueuil, sur la rive du Saint-Laurent, face à l'île de Montréal, avec sa jeune épouse, une canadienne-française rencontrée à New York. Cet emplacement lui fournira d'amples réserves de sujets: les randonnées en traîneau sur les eaux gelées du fleuve, ces humbles masures en rondins ou en pierre des champs dont les toits aux larmiers couverts de neige servent de décors à des scènes de la vie quotidienne. Précieux témoin de la vie populaire au 19e au Bas-Canada (la province de Québec ne sera constituée qu'en 1867)), Krieghoff est fasciné par le mode de vie unique des habitants et des coureurs des bois auxquels se mêlent les Indiens des différentes nations établies le long du fleuve. L'artiste s'efface souvent derrière l'ethnologue, et l’ethnologue s’efface souvent derrière celui que ses amis anglais qualifient de « merrymaker ». Son pinceau s'attarde avec plaisir aux petits événements du grand quotidien: les corvées, les tractations marchandes, les querelles de ménage, les veillées joyeuses et bruyantes. Il est un des premiers peintres à s'enthousiasmer pour le paysage laurentien : l'automne, ses ciels au bleu intense et lumineux, ses grandioses flambées de couleurs, l'hiver et ses forêts délicatement saupoudrées de neige et cette victoire éphémère des hommes sur la nature alors que le fleuve aux eaux gelées se transforme en une vaste route où filent à vive allure les traîneaux juchés sur leurs élégants patins.

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En marge de la Conférence de Glasgow