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    L'Encyclopédie sur la mort


    Revenants (Les)

    Michel Ragon

    L'auteur donne des échantillons de convivialité des vivants dans diverses cultures aussi bien en Afrique noire et en Chine qu'en Occident. Le mort n'est pas mort, mais il cohabite avec les vivants. Muni de dons surnaturels, il exerce son pouvoirs sur ses proches. Ou, muni de dettes et n'ayant pas rempli certains engagements, il revient sur terre pour accomplir ses dûs ou réparer ses manquements. Il revient pour achever son oeuvre et son image, une sorte de devoir de restitution: rendre ce qui appartient à l'autre et rétablir son honneur ou sa réputation. L'auteur montre l'importance de l'imaginaire de la maison* comme un lieu de repos (tombeau) pour les morts et comme un lieu d'arrêt ou une halte dans leur errance, un lieu familier ou un chez soi auquel les défunts demeurent toujours liés.
    Le tombeau n'étant qu'un lieu de passage, «le corps y dormait en attendant la résurrection. Mais très vite, les morts chrétiens, comme les autres, se sont mis à se promener, la résurrection de la chair tardant à s'accomplir. Leroy-Ladurie note dans les récits à l'Inquisition des paysans de Montaillou qu'au trafic vertical des âmes s'oppose "l'errance horizontale des revenants" (Montaillou, village occitan, Gallimard, 1975). Ce monde des revenants, étroitement impliqué avec le nôtre, est un monde d'âmes sans maisons. C'est pourquoi ces revenants réapparaissent si souvent dans leur ancienne demeure. Les vieilles histoires bretonnes nous les montrent voulant revenir se chauffer à l'âtre, demandant secours pour abréger leur temps de pénitence, réparant un forfait, s'acquittant d'une dette, donnant des avertissements. Camille Flammarion a publié tout un dossier sur les revenants, avec lettres à l'appui. Il montre ces morts revenus à la suite de serments réciproques, de promesses, d'engagements. Des morts qui payent leurs dettes, qui accomplissent leurs engagements non tenus, qui se vengent. «Nous vivons tous, sans le savoir, ajoute Camille Flammarion, au sein d'un milieu psychique inconnu. L'atmosphère ne contient pas seulement des éléments chimiques, de l'oxygène, de l'azote, de l'acide carbonique, de la vapeur d'eau, etc., mais aussi des éléments psychiques. Tout est plein d'âmes.» (La Mort et son mystère, Tome 3: Après la mort, E. Flammarion, 1922)

    Les Grecs appelaient leurs morts «les plus nombreux». Il leur arriva de dormir sur les tombeaux afin d'avoir des rêves où ils pouvaient s'entretenir avec les morts. «L'humanité se compose de plus de morts que de vivants», écrit Auguste Comte. «La universelle, qu'il proclame, a pour déesse l'Humanité (ou Grand-Être), constituée par «l'ensemble des êtres passés, futurs et présents qui concourent librement à perfectionner l'ordre universel».

    «Les morts aiment être nombreux, disent les Malgaches. Ces morts malgaches entretiennent de bonnes relations avec les vivants, les conseillent et vivent même avec eux. Les Malgaches entrent en contact avec leurs morts par les rêves. comme les anciens Grecs.» ( Raymond Decary, La Mort et les coutumes funéraires à Madagascar, G. P. Maisonneuve, 1962)

    «[...] tout particulièrement en Afrique noire, l'acceptation de la mort s'opère par le culte des ancêtres*. En réalité, la mort y est une sorte de promotion. Devenir ancêtre, c'est devenir un petit dieu. La mort individuelle a peu d'importance en Afrique animiste puisque l'individu survit dans la tribu, dans la caste, dans les ancêtres. Le culte de ancêtres est une négation de la mort. Le mort n'est pas mort. Il est doté de pouvoirs surnaturels. Il cohabite avec les vivants, mais il doit rester à sa place de mort. Aussi l'un des actes importants dans les sociétés primitives est-il le rite de réintégration du mort dans la société. Car il ne faut pas que le le mort devienne errant. Aussi être enterré au village afin de faire «retour à la mère par l'intermédiaire de la terre» (L.V. Thomas, Anthropologie de la mort, 1975), est-il une nécessité absolue pour le négro-africain. Un de mes élèves, l'Ivoirien Messamba Bamba, m'a raconté que dans sa tribu il n'existait pas de différence entre l'espace du vivant et l'espace du mort. À tel point qu'il n'existe pas de cimetière. Chaque famille garde ses mors le plus près possible d'elle, sur la place publique, dans la case, dans la douche, le jardin potager. Ils sont partout présents, mais invisibles. [...]»

    Dans le monde utopique anticipé par Thomas More, «les morts se mêlent librement avec les vivants et observent tout ce que ceux-ci disent et font.» La présence des ancêtres empêchent les vivants de se conduire mal dans leur vie privée. (Thomas More, Utopia, traduit par Paul Turner, Baltimore, Penguin Classics, 1965, p. 121)

    «Depuis l'antiquité chinoise jusqu'au début du XX° siècle, persista l'étrange coutume de marier des morts entre eux, qui ne se connaissaient pas de leur vivant par exemple des jeunes gens des deux sexes, célibataires; ou bien on plaçait une femme morte dans la tombe d'un jeune homme mort avant le mariage. Ces mariages post mortem, en vue de la vie de l'au-delà, existaient aussi chez les Tartares, si l'on en croit Marco Polo. Les Todas du Sud de l'Inde allaient plus loin encore puisqu'ils n'hésitaient pas à marier des cadavres à des personnes vivantes ( James Frazer, La crainte des morts, 1934)».
    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:-1-11-30

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