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    Lettres de Synésios à Hypatie (Extraits)

    Synésios

    Synésios ou Synésius (v. 370 - v. 414), philosophe néoplatonicien converti au christianisme qui deviendra évêque de Ptolemaïs (Cyrène), se plaît à écrire des lettres à son frère et à ses amis au sujet de leur «enseignante» commune en mathématiques, mais surtout en philosophie. En tant qu'évêque, il poursuit sa correspondance avec eux et aussi avec Hypatie, «sa Maîtresse bien-aimée». À la fin de sa vie - les lecteurs de ses Lettres s'en rendent compte - il fut triste et pris de désespoir, non seulement parce qu'il était en deuil* de ses trois fils, mais aussi parce qu'il se sentait abandonné par ses amis sinon par tous, même par son enseignante vénérée qui, depuis le conflit politique entre Oreste et Cyrille respectivement préfet et évêque d'Alexandrie, ne lui écrit plus pour des raisons que l'on ignore. Stratégie diplomatique ? Prudence ? Oreste était en relation amicale avec Hypatie et Synésios et ces deux-ci étaient des opposants à Cyrille. Son coeur est amer, mais sa mémoire reste fidèle. Plus de 150 lettres ont été conservées dont voici des extraits de quelques-unes en lien avec la Philosophe sa chère Hypatie*.
    16. À SON FRÈRE

    Mes salutations à la philosophe si chère à Dieu, et que nous ne saurions trop vénérer; mes salutations aussi au chœur de ses heureux auditeurs, qui jouissent de ses divins entretiens, et en particulier au digne et saint Théotecne, et à mon ami Athanase.

    En voyage, 393

    24. À LA PHILOSOPHE (HYPATIE). (à Alexandrie.)

    Nul souvenir ne reste aux morts dans les Enfers,
    Mais je m’y souviendrai pourtant
    de ma chère Hypatie. Je vis au milieu des malheurs de ma patrie; ses désastres me remplissent de douleur : chaque jour je vois les armes ennemies; je vois des hommes égorgés comme de vils troupeaux; je respire un air corrompu par l’infection des cadavres, et je m’attends moi-même à subir le même sort que tant d’autres; car comment garder quelque espoir quand Le ciel est obscurci par des nuées d’oiseaux de proie qui attendent leur pâture? N’importe, je ne quitterai point ces lieux: ne suis-je pas Libyen? C’est ici que je suis né, c’est ici que je vois les tombeaux de mes nobles ancêtres. C’est pour vous seule que je négligerais ma patrie; et si jamais je puis la quitter, ce ne sera que pour aller auprès de vous.

    De Cyrène, 401.

    52. À LA PHILOSOPHE (HYPATIE). (à Alexandrie.)

    Je suis assez malheureux pour avoir besoin d’un hydroscope. Faites-m’en donc faire un, je vous prie. C’est un tube cylindrique, de la forme et de la grandeur d’une flûte. Tout le long de l’instrument, sur une ligne droite, sont des entailles qui servent à indiquer la pesanteur des eaux. L’une des extrémités est formée par un cône, si justement adapté au tube que ce cône et le tube n’ont qu’une seule et même base : l’appareil se trouve de la sorte lesté. Quand on le plonge dans l’eau, il prend donc une position verticale; on peut compter aisément les entailles, et calculer ainsi la pesanteur du liquide.

    De la Cyrénaïque, 402.

    63. À LA PHILOSOPHE (HYPATIE). (à Alexandrie.)

    J’ai composé cette année deux ouvrages, l’un pour obéir à une inspiration divine, l’autre pour répondre aux propos malveillants de certains censeurs. Parmi ces gens qui portent le manteau blanc ou noir, plusieurs allaient répétant que j’étais infidèle à la philosophie; et pourquoi? C’est que je recherchais l’élégance et l’harmonie du style, c’est que je citais Homère* et que je parlais des figures oratoires; à leurs yeux pour être philosophe il faut détester les lettres, et ne jamais s’occuper que des choses divines. Il est à croire qu’ils se sont élevés, eux, à la contemplation de l’intelligible; moi je ne le puis sans doute, attendu que je prends sur mes loisirs quelques heures pour m’exercer à la parole et pour égayer mon esprit. [...] Mais parmi ces critiques quelques-uns, chez qui l’ignorance va de pair avec la présomption, sont toujours prêts à pérorer sur Dieu; vous ne pouvez les rencontrer sans qu’ils dissertent sur les syllogismes illogiques; ils se répandent en un flux de paroles inutiles, mais où ils trouvent, je crois, leur profit. C’est de cette race que sortent tous ces discoureurs publics que l’on voit dans nos villes; ils ont en main la corne d’Amalthée, et ils en usent. Vous reconnaissez, je crois, ces gens au verbiage frivole, disposés à décrier toute étude sérieuse. Ils veulent m’avoir pour disciple; ils prétendent qu’en un rien de temps je pourrai hardiment discourir sur Dieu tout un jour et toute une nuit.

    Les autres, plus recherchés dans leurs vêtements, sont des sophistes plus malheureux; ils voudraient se distinguer par la même faconde, mais ils n’ont même pas la chance d’y pouvoir atteindre. Vous en connaissez quelques-uns qui, dépouillés par le fisc ou contraints par quelque nécessité, se font philosophes au midi de leur vie : cela consiste tout simplement, quand ils nient ou quand ils affirment, à prendre, comme Platon*, Dieu à témoin; d’un mort, plutôt que d’eux, on pourrait attendre un sage discours. Mais il faut voir les airs qu’ils se donnent! Oh! quels fiers sourcils! Leur barbe est si épaisse qu’ils doivent la soutenir avec la main; ils se tiennent plus graves dans toute leur personne que les statues de Xénocrate. Ils prétendent nous imposer une loi toute à leur profit: ils ne veulent pas qu’il soit permis de montrer ce que l’on sait; c’est leur faire offense que de passer pour philosophe et de savoir parler. Ils pensent cacher sous cet extérieur austère leur ignorance, et donner à croire qu’au dedans ils sont pleins de sagesse.

    Voilà les deux espèces d’hommes qui vont me décriant, et répètent que je m’occupe de futilités, les uns parce que je n’imite pas leur bavardage, les autres parce que je ne reste pas silencieux, et que je n’ai pas comme eux la langue pesante. C’est contre ces ennemis qu’a été dirigé l’ouvrage où je réponds tout à la fois et à ces parleurs et à ces muets. Quoique ce soit surtout à ces derniers, gens envieux, qu’il s’adresse (et peut-être avec un assez grand bonheur d’expressions), il a pu aussi dire aux autres leur fait: il se pique d’être tout à la fois un éloge et un spécimen des qualités littéraires. Loin de protester contre les critiques dont j’étais l’objet, je me suis fait un point d’honneur de les mériter encore davantage, pour chagriner mes adversaires. Puis mon livre cherche quel est le genre de vie qu’il convient de choisir: il trouve que rien ne vaut mieux que la philosophie. Mais quelle idée faut-il se faire de la philosophie? Vous le verrez en lisant ces pages. Enfin il justifie ma bibliothèque, accusée, elle aussi, parce qu’elle renferme, disent-ils, des exemplaires incorrects: car voilà jusqu’où va leur sotte malveillance. Si dans mon ouvrage chaque chose est à sa place, si la matière est traitée avec élégance, si les diverses parties se relient entre elles par d’heureuses transitions, si la question est considérée sous plusieurs points de vue, comme dans ce livre divin, le Phèdre*, où Platon* parle des différentes espèces du beau, et si cependant tous les développements tendent à un but unique; si les preuves se glissent sous l’apparente négligence de la composition, et si de ces preuves résulte la démonstration, telle que la comporte le sujet, tout cela ne peut être que le fruit de la nature et de l’art réunis. [...]

    Sur tout cela j’attendrai que vous décidiez. Si vous êtes d’avis que je publie mon livre, je l’offrirai aux orateurs et aux philosophes: il plaira aux uns, il sera utile aux autres, j’en réponds, si un aussi bon juge que voue ne le condamne pas. Mais s’il ne vous semble pas digne de l’attention des Hellènes, si, comme Aristote*, vous préférez la vérité à un ami, mon ouvrage va rentrer dans la nuit du néant: personne n’en entendra parler.

    Assez sur ce sujet. Quant à l’autre livre, c’est Dieu lui-même qui m’a fait le composer et l’écrire, et je l’ai offert comme un hommage à l’imagination. Ce sont des recherches sur l’âme et sur les images qu’elle reçoit, et sur quelques points qui n’ont jamais été traités par aucun philosophe grec. Mais pourquoi m’appesantir là-dessus? Ce livre a été composé tout entier dans une seule nuit, ou plutôt dans une fin de nuit, après l’ordre que je venais de recevoir dans une vision. Il y a deux ou trois passages où il me semblait qu’étranger à moi-même j’étais un de mes auditeurs. Et maintenant encore cet ouvrage, quand je le relis, produit sur moi un effet merveilleux: une voix divine, comme celle qu’entendent les poètes, résonne à mes oreilles. Je saurai bientôt par vous si d’autres doivent ressentir les mêmes impressions. C’est vous qui la première après moi connaîtrez cette œuvre.

    Ces deux livres que je vous envoie sont inédits. Pour que le nombre soit parfait, j’y joins mon discours sur le don d’un astrolabe: il y a longtemps (c’était à l’époque de mon ambassade) que je l’ai composé pour un des grands de la cour impériale. Le discours et le don ne furent pas sans utilité pour la Pentapole.

    D’Alexandrie, 404.

    154. À LA PHILOSOPHE (HYPATIE). (à Alexandrie.)

    Si la fortune ne peut tout m’enlever, elle m’enlève du moins tout ce qu’elle peut, elle qui m’a ravi des fils excellents et nombreux.

    Mais ce qu’elle ne m’ôtera point, c’est l’amour de la justice et le désir de venir en aide aux opprimés. À Dieu ne plaise qu’elle puisse jamais changer mon cœur! Je déteste l’iniquité, cela est toujours en mon pouvoir; je voudrais l’empêcher, mais j’ai perdu tout mon crédit, même avant de perdre mes enfants.

    Jadis il fut puissant l’habitant de Milet.

    Il y a eu un temps où je pouvais être utile à mes amis; vous m’appeliez même le bien d’autrui; j’usais, pour rendre service, de la faveur que m’accordaient les grands; ils étaient en quelque sorte mes bras. Mais aujourd’hui je n’ai plus aucune influence, aucune, excepté la vôtre; je vous compte comme l’unique bien qui me reste, avec la vertu. Vous pouvez beaucoup, et vous ferez bon emploi de ce pouvoir. Je vous recommande Nicée et Philolaüs, jeunes gens excellents et unis par des liens de parenté: ils cherchent à rentrer dans leur patrimoine. Procurez-leur l’appui de tous vos amis, simples particuliers ou magistrats.

    De Ptolémaïs, 413.

    156. À LA PHILOSOPHE (HYPATIE). (à Alexandrie.)

    Je vous salue et je vous prie de saluer de ma part vos bienheureux compagnons, ô vénérable maîtresse ! Depuis longtemps je vous reprochais de ne pas m’écrire; mais aujourd’hui je vois que tous vous me délaissez. Ce n’est point que j’aie des torts envers vous; mais je suis malheureux, aussi malheureux qu’on peut l’être. Si du moins j’avais pu recevoir des lettres de vous, savoir comment vous allez tous, apprendre que vous n’avez pas de chagrins et que le sort vous sourit plus qu’à moi, je ne me trouverais plus qu’une demi-infortune, puisque je jouirais de votre bonheur. Mais votre silence ajoute encore à tous mes maux. J’ai perdu mes enfants, mes amis, l’affection de tous ; je regrette surtout la vôtre, qui m’était si précieuse. J’avais espéré cependant qu’elle me resterait fidèle, et qu’elle résisterait aux injures de la fortune et aux coups de la destinée.

    De Ptolémaïs, 413.

    157. À LA PHILOSOPHE (HYPATIE). (à Alexandrie.)

    C’est du lit où me retient la maladie que j’ai dicté pour vous cette lettre; et puisse-t-elle vous trouver en bonne santé, ô ma mère, ma sœur, ma maîtresse, vous à qui je dois tant de bienfaits et qui méritez de ma part tous les titres d’honneur! Pour moi les chagrins m’ont amené à leur suite la maladie. La pensée de mes enfants morts m’accable de douleur. Synésius aurait dû prolonger son existence jusqu’au jour seulement où il a connu l’affliction. Comme un torrent longtemps contenu, le malheur est venu tout d’un coup fondre sur moi; ma félicité s’est évanouie. Plaise à Dieu que je cesse ou de vivre ou de me rappeler la perte de mes enfants! Pour vous, portez-vous bien, et saluez de ma part vos bienheureux compagnons, [...]. Me portez-vous encore quelque intérêt? je vous en suis reconnaissant; m’avez-vous oublié? je ne vous oublierai pas cependant.

    De Ptolémaïs, 413.

    Synésius, Lettres, Oeuvre numérisée et mise en page par Marc Szwajcer

    http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/synesius/lettres.htm

    IMAGE
    Rupert Evans en Synesius dans le film Agora(Hypatia)*
    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:-1-11-30

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