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Revue Argument: L'état des lieux en éducation au Québec

La revue québécoise Argument vient de publier un tout nouveau numéro qui consacre un dossier complet et percutant sur la réforme scolaire au Québec. En éditorial de ce numéro spécial, le rédacteur en chef de la revue et membre fondateur du CEQ, Éric Bédard, évoque une nouvelle guerre des éteignoirs qui oppose désormais des doyens de faculté, professeurs d’université et fonctionnaires du ministère de l’Éducation, qui ont remplacé les anciens paysans bornés d’autrefois rétifs à l’impôt scolaire, aux défenseurs d’une école encore vouée à la transmission d’un patrimoine culturel commun. Le renouveau pédagogique brandi par les nouveaux « éteignoirs » de l’instruction met en péril la capacité de « transmettre la grammaire de ce que nous sommes », écrit Bédard. Le dossier réunit des contributions des pédagogues bien connus Normand Baillargeon et Gérard Boutin, des politologues Marc Chevrier et François Charbonneau, du journaliste Mathieu-Robert Sauvé, des philosophes Carole Proulx et Aline Giroux et de la sociologue Nicole Gagnon. Comme l’écrit l’historienne Louise Bienvenue, présentatrice de ce dossier spécial : « …l’école ne saurait être qu’une organisation poreuse aux modes pédagogiques et aux exigences fluctuantes du marché. Nul besoin d’être nostalgique du cours classique ou partisans d’un autoritarisme à l’ancienne pour penser que laissé à lui-même, le pédagogisme à la québécoise est allé bien loin. » >>
Dossier
Sigmund Freud
Biographie en résumé
Médecin autrichien. Considéré comme le «père» de la psychanalyse.

    Freud (1938)
    Source: Prints and Photographs Division, Library of Congress
    Pour un agrandissement, cliquez sur la photo


    Extraits vidéos illustrant la vie de Freud

    Le «fameux» divan de Freud

    Vie et œuvre
    "Dans un essai paru en 1925 intitulé : «Présentation de moi-même » (2) Sigmund Freud nous indique expressément que chez lui la vie, l'oeuvre et l'accueil qui leur fut réservé ne doivent jamais être dissociés si on veut comprendre sa découverte de la psychanalyse à la fois comme pratique thérapeutique et comme théorie métapsychologique. Dans cette étroite liaison, un élément pourtant va finir par dominer au point d'en constituer le véritable projet existentiel: la volonté de comprendre la seule chose qui importe à la fin, l'homme. «Ma Présentation de moi-même montre comment la psychanalyse devient le contenu de ma vie, et se conforme ensuite à ce principe justifié que rien de ce qui m'arrive personnellement ne mérite d'intéresser au regard de mes relations avec la science.» (3)

    Dans cette étroite liaison entre existence, projet scientifique et relation au monde, l'élément dominant est donc le projet intellectuel qui aboutit à la découverte de la psychanalyse entendue indissolublement comme thérapeutique et comme modèle hypothétique de compréhension des comportements humains. Quel fut l'itinéraire de Freud?

    Une vie, une oeuvre

    Pour lui être fidèle, le mieux est peut-être encore de suivre son propre récit autobiographique que l'on pourrait intituler, à la manière d'Alain, «l'histoire de mes idées». Autant de découvertes scientifiques majeures, autant d'étapes essentielles sur le chemin de la vie.

    La première grande période correspond aux années d'apprentissage. Né à Freiberg le 6 mai 1856 en Moravie (actuelle République tchèque), Freud dit tenir de ses origines juives trois qualités qui l'ont beaucoup aidé dans ses luttes: la vénération pour la connaissance en général, surtout les sciences; un esprit critique très libre et une grande résistance à l'hostilité. Quant à sa situation de famille, elle apparaît déjà comme exemplaire de l'Oedipe: un père qui se remarie à une toute jeune femme, à peine plus âgée que le fils aîné du premier lit.

    La soif de savoir va orienter d'abord le jeune Freud vers la médecine, la botanique, la chimie, la zoologie, l'anatomie pathologique, mais aussi vers la philosophie et l'histoire. Comme l'écrit justement M. Robert: «Matérialiste, positiviste... fermement convaincu que les causes des maladies sont à rechercher dans l'organisme et que l'opinion contraire n'est qu'une illusion ou un préjugé, le Freud d'avant Freud aurait sans doute pu devenir l'un de ces chercheurs éminents qui se font un nom dans le cercle étroit de leur spécialité, plus ou moins loin du grand public.» (4)

    Une expérience médicale nouvelle introduit un changement d'orientation et ouvre une nouvelle période que Freud appelle avec humour la «préhistoire cathartique de la psychanalyse» (5).

    Confronté à des patients injustement qualifiés de «simulateurs» ou de «nerveux», il commence à se consacrer à la délicate question de l'hystérie. Au contact de Charcot à Paris, de Liebault et de Bernheim à Nancy, puis de Janet, il découvre par l'hypnose et la suggestion médicale qu'il pourrait exister «des processus psychiques puissants qui ne s'en dérobent pas moins à la conscience de l'homme» (6) et le poussent à agir à son insu. Très vite, les symptômes hystériques lui apparaissent liés à des expériences antérieures oubliées. La crise cathartique montre que le symptôme naît de la rétention d'un affect et que cet affect est souvent lié à la sexualité. Contrairement à ce que pense Janet, l'hystérique ne souffre pas d'une faiblesse constitutionnelle aboutissant au clivage psychique; il faut parler d'un véritable conflit «psychique inconscient», aussi monstrueuse que cette expression puisse paraître (7). La mésaventure de Breuer avec Anna O. confirme que dans l'expérience cathartique, l'hystérique n'est pas un simulateur, mais un malade qui cherche à exprimer ce à quoi il n'a pas habituellement accès.

    De l'aveu même de Freud, la période historique de la psychanalyse commence avec le constat que l'abréaction ne suffit pas à guérir le malade. Il existe des résistances, des refoulements qu'il convient de mettre au jour afin de les remplacer par «des actes de jugement aboutissant à l'acceptation ou au rejet» (8) de ce qui avait jadis été repoussé. La libre expression du patient empêchera à la longue les rechutes, ce que la simple catharsis ne permettait pas.

    Commence alors la période analytique proprement théorique qu'il faut entendre comme la «tentative pour se représenter l'appareil psychique à partir d'un certain nombre d'instances ou de systèmes et de rendre compte des relations qu'ils entretiennent entre eux.» (9) «Les doctrines de la résistance et du refoulement, de l'inconscient, de la signification étiologique de la vie sexuelle et de l'importance des expériences vécues dans l'enfance sont les principaux éléments de l'édifice théorique de la psychanalyse.» (10)

    À partir de cette époque, Freud n'est plus seul; ses collaborateurs, ses élèves prennent de plus en plus d'importance au risque de déformer, de trahir l'inspiration même de sa recherche. Il paraît inutile ici d'entrer dans les querelles de doctrine qui vont assombrir la vieillesse du père de la psychanalyse. Son travail s'oriente vers l'approfondissement et la généralisation des résultats obtenus à d'autres domaines de la connaissance (topiques, anthropologie, histoire, religion, rêves, mots d'esprit, art, etc.). La gloire touchera Freud en même temps que la peine avec la montée du nazisme en Allemagne: «C'est en 1929 que Thomas Mann, l'un des auteurs qui avait le plus vocation à être le porte-parole du peuple allemand, m'assigna une place dans l'histoire de l'Esprit moderne, en des phrases tout aussi riches de contenu que bienveillantes. Peu de temps après, ma fille Anna fut fêtée à l'Hôtel de ville de Francfort-sur-le Main, lorsqu'elle y apparut à ma place pour y recueillir le prix Goethe qui m'avait été conféré en 1930. Ce fut le point culminant de ma vie sociale; peu de temps après, notre patrie s'était confinée dans l'étroitesse, et la nation ne voulait plus rien savoir de nous.» (11)

    En 1938, un an avant sa mort, Freud quitte Vienne où il avait passé presque toute sa vie, contraint à l'exil par l'arrivée du nazisme."

    Notes
    2. Traduit en français sous le titre: Sigmund Freud présenté par lui-même, Paris, Gallimard, 1991.
    3. Idem, p. 121-122, Post-scriptum de 1935.
    4. Robert, M. Article « Sigmund Freud » in Encyclopaedia Universalis, Paris, 1980, vol. 7, p. 384.
    5. Sigmund Freud présenté par lui-même, op. cit., p. 93.
    6. Idem, p. 30.
    7. Idem, p. 54.
    8. Idem, p. 51.
    9. Idem, p. 55.
    10. Idem, p. 67.
    11. Idem, p. 124.

    Bernard Jolibert, "Sigmund Freud (1856-1939)", Perspectives: revue trimestrielle d'éducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau international d'éducation), vol. XXIII, n° 3-4, 1993, p. 467-479.
    ©UNESCO : Bureau international d'éducation, 2000. Ce document peut être reproduit librement, à condition d'en mentionner la source (mention apparaissant sur le document original)

    Œuvres de Sigmund Freud
    Textes en ligne:

    Principales oeuvres de Freud en français sur le site Classiques des sciences sociales

    The Interpretation of Dreams (1900) (3rd edition)  (A.A. Brill translation). HTML at Psych Web

    A Young Girl's Diary (Gutenberg)

    Civilization and its Discontents (extraits traduit de l'allemand par Joan Riviere) (The Literature & Culture of the American 1950s)

    La dénégation
    La perte de la réalité dans la névrose obsessionnelle
    La trame de la réalité
    Lettre 52 de Freud à Fliess
    Oublis de noms propres
    Un enfant est battu

    Documentation
    Exemples jugements sur Freud rassemblés par Jean-Jacques Wunenburger dans Freud, Éditions Balland, 1985.

    Jean-Paul Sartre
    Et ces différentes opérations à leur tour impliquent que la censure est consciente (de) soi. Mais de quel type peut être la conscience (de) soi de la censure? Il faut qu'elle soit conscience (d')être conscience de la tendance à refouler, mais précisément pour n'en être pas conscience. Qu'est-ce à dire sinon que la censure doit être de mauvaise foi? La psychanalyse ne nous a rien fait gagner puisque, pour supprimer la mauvaise foi, elle a établi entre l'inconscient et la conscience une conscience autonome et de mauvaise foi.
    L'Être et le Néant,
    Tel, Gallimard, 1981, p. 88.
    Henri Baruk
    La méthode analytique, tout en s'occupant du roman personnel du sujet, est froide et impassible, comme une analyse chimique. Le malade se libère, mais le psychanalyste ne peut le soutenir d'une façon active. Certes cette libération peut le soulager, mais si elle dure trop longtemps, elle peut aussi l'entraîner vers une analyse interminable qui dissout la volonté et est incapable de retendre la personnalité vers un but qui la soulève... Dans certains cas, l'analyse gêne ensuite la synthèse et dissout les forces de l'action. Il manque à la psychanalyse cette chaleur humaine qui joue un si grand rôle dans tous les problèmes de l'homme et qui peut transfigurer des situations en apparence désespérées. D'autre part, la psychanalyse est une méthode individualiste. Seul le sujet malade est en cause et le seul but est de le libérer des censures et des interdits qui l'oppriment... Le point de vue de Freud, étant exclusivement individualiste, ne tient pas compte du point de vue de l'autre et ne peut ainsi permettre le dialogue. Replié sur ses désirs et sur son autosatisfaction, le sujet névrotique ne voit d'issue que dans la suppression des difficultés et donc dans la suppression du point de vue de l'autre. C'est ainsi que pour supprimer les conflits intérieurs la psychanalyse risque de créer des conflits extérieurs familiaux et sociaux qui retentissent ensuite douloureusement sur l'équilibre intérieur que l'on voulait pacifier. L'attitude psychanalytique est de toute évidence, d'après nos observations innombrables, une source de conflits.
    “ De Freud au néo-paganisme ”,
    dans La psychanalyse, La Nef n° 31,
    Tallandier, 1967, pp. 141-143.
    Karl Popper
    Ces deux théories psycho-analytiques (Freud et Adler) étaient d'un genre différent. Il était absolument impossible de les tester, de les rendre falsifiables. Il n'existait aucun comportement humain pouvant les contredire. Cela ne signifie pas que Freud et Adler n'avaient pas raison sur certains points : personnellement, je ne doute pas que beaucoup de leurs énoncés ne soient d'une importance considérable, et pourront bien un jour jouer leur rôle dans une psychologie scientifique falsifiable. Mais cela signifie par contre que ces “ observations cliniques ”, qui sont naïvement considérées par les psychanalystes comme des confirmations de leur théorie, ne sont pas plus probantes que les confirmations quotidiennes que les astrologues trouvent dans leur pratique. Quant à l'épopée freudienne du moi, du surmoi et du ça, elle ne peut pas plus sérieusement prétendre à un statut scientifique que les histoires qu'Homère a collectées sur l'Olympe. Ces théories décrivent certains faits, mais à la façon des mythes. Elles contiennent des énoncés psychologiques des plus intéressants, mais qu'on ne peut soumettre à vérification.
    Conjectures and refutations,
    London-Routledge, 1963, pp. 37-38
    Ludwig Klages
    Cet inconscient ressemble à s'y méprendre à un avocat retors n'ayant pour tout office qu'à faire croire à la conscience, par des artifices et des finasseries de toute espèce, tout ce qu'il est utile qu'elle croie pour soutenir les intérêts manifestes, et encore plus les intérêts cachés, de son sujet; et avant tout de lui enlever toutes les croyances capables de blesser son amour-propre. Les considérations spirituelles et pénétrantes de Nietzsche sur la tactique de l'illusion sont ici traduites dans le langage des intrigues tout à fait vulgaire que l'on peut étudier par exemple dans la vie industrielle contemporaine, y compris les artifices diplomatiques des politiciens : procédé qui par compensation se nomme communément “ psychologie des profondeurs ” (Tiefenpsychologie).
    Les principes de la caractérologie,
    Alcan, 1930, p. 254, note 37.
    Autres jugements rassemblés dans le livre: ceux de Gaston Bachelard, Albert Béguin,Théodore Caplow,Robert Castel, Jean Château, Pierre Debray-Ritzen,,Gilbert Durand, Henri Ey, H. J. Eysenck, Michel Foucault, Pierre-P. Grassé, Arthur Koestler, Stéphane Lupasco, Theodor Roszack, Jacques Van Rillaer, Ludwig Wittgenstein, Clara Zetkin.

    O.Deharbe, Freud et Platon.

    Nicholas Rand et Maria Torok, Questions à Freud. Du devenir de la psychanalyse, Les Belles Lettres/Archimbaud, 1995. Vous pouvez en faire la lecture en mode image sur le site iUniverse.com

    Paul Robinson, Freud and His Critics, Berkeley, University of California Press, 1993 (texte intégral, html)

    Freud. La parole vagabonde, par Jean-Paul Dollé (Magazine littéraire, n°159-160, avril 1980)

    Freud, poète de l'inconscient, par Lydia Flem (Alliage, no 37-38, 1998)

    Faut-il enterrer Freud?, par Jean-François Duval; entretien avec Isabelle Stengers à Bruxelles (Construire, année 1999, no 7, 23 novembre 1999)

    Alan A. Stone, Where Will Psychoanalysis Survive?, Harvard Magazine, janvier-février 1997: "What remains of freudianism when its scientific center crumbles?"

    How a fabrication differs from a lie, par Mikkel Borch-Jacobsen (London Review of Books, vol. 22, no 8, 5 April 2000)

    Writing Freud, par Doug Davis, Haverford College

    Oedipus Redivivus. Freud, Jung and Psychoanalysis, par Douglas A. Davis

    Freud under Analysis, par Colin McGinn (The New York Review of Books, 4 novembre 1999)

    Sigmund Freud. L'interprétation des rêves, 1900, par Élisabeth Roudinesco, Université de Paris VII (site des Célébrations nationales, Fr.)

    Mireille Cifali et Francis Imbert, Freud et la pédagogie, PUF, coll. "Pédagogues et pédagogies", 1998, 128 p. Recension de Jeanne Moll (Cahiers pédagogiques)

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      Dernière mise à jour: 05/25/2006
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