 |
 |
|
| Eugène Fromentin |
|
 |
| Biographie en résumé |
| Peintre et écrivain français (1820-1878) |

Dessin de M. A. Mongin, paru dans la Gazette des beaux-arts, 1879 |
| Vie et œuvre |
Paul Souquet à propos de Fromentin (1881)
«Je ne sais si Fromentin a peint tout ce qu'il voulait peindre et comme il l'aurait voulu; j'en doute. Mais il a écrit les quatre volumes qu'il voulait écrire, sinon tels qu'il les rêvait-en la délicatesse scrupuleuse et si éveillée de son goût. Il me semble qu'il a dit avec la plume ce qu'il avait à dire; et il ne l'a pas dit seulement d'une manière très heureuse, sans emphase ni abus de discrétion, il l'a dit aussi avec joie, une joie d'artiste et d'homme.
Dans ses deux premiers volumes : Un Été dans le Sahara, Une Année dans le Sahel, le parti pris de la littérature descriptive et pittoresque est accepté avec une franchise décidée qui tient de la gageure; et la gageure est gagnée sans fatigue, sans monotonie dans un même volume et sans tautologie de l'un à l'autre. Dans le roman intitulé Dominique, le parti pris d'analyse psychologique et morale n'est pas moins déclaré ni soutenu avec moins de bonheur. Dans les Maîtres d'autrefois, le dilettante, critique d'art, note supérieurement ses impressions sur les grands peintres flamands et hollandais visités chez eux.
Ainsi, son œuvre écrite, qui est triple par les sujets et qui est une nous dirons pourquoi, ressemble à un triptyque avec ses trois panneaux. Celui du centre, le roman, raconte le secret d'une vie et les agitations d'un cœur finalement apaisé : les deux autres font vivre pour nos yeux, l'un, les sites, les mœurs et les types de la nature prise dans un cadre exceptionnel ; l'autre, les merveilles d'un art très riche et religieusement étudié. Ce n'est pas pécher contre le tact et la mesure, c'est-à-dire contre Fromentin lui-même, que de voir dans cette disposition de son œuvre écrite un emblème expressif et une figuration philosophique : les troubles de la vie inquiète se reposant dans l'intimité de la nature et dans les nobles joies contemplatives de l'art. Mais la conclusion de Dominique nous avertit que l'âme délicate et virile de Fromentin pénétra plus avant dans le sens profond de l'existence, puisque c'est dans la paix mélancolique du bien obscurément accompli au village que s'abrite, à la fin de ce beau roman, un cœur endolori.
Au moins est-il permis de voir dans la diversité de l'œuvre et dans son ordonnance l'expression fidèle et comme l'image totale de ce que fut Fromentin. Il s'y révèle sous les trois aspects de son organisation fine et complexe : très sensible à la nature, à ses spectacles et aussi à ses influences, l'aimant aussi pleinement qu'il la sentait, sachant admirablement la voir et goûtant avec vivacité le charme de s'établir posément dans sa familiarité ; — très attentif de même à ses propres sensations, à ce mouvement de la vie intérieure qui sollicitait son goût de l'analyse, en y mêlant une sérieuse préoccupation morale ; — enfin amateur studieux et sagace des choses de l'art, heureux de les comprendre, de se rendre compte de leurs mérites et de prolonger ses joies d'artiste en se les commentant à lui-même.
Appliquer à l'œuvre de Fromentin et à sa nature les procédés de l'analyse et de la classification par genres semblera peut-être un solécisme, une sorte d'offense à ce qu'il y a chez lui d'aisance, d'accord harmonieux et d'équilibre sans effort. Nul n'est moins pédant, sans doute, et ne se travaille moins. Mais il est artiste judicieux et averti; en outre, il a gardé des études de l'atelier et de l'habitude de composer un certain respect de l'unité dans l'œuvre d'art et le goût d'en assortir les parties au caractère dominant qui en est la marque. Sa main, d'ailleurs, ne perd rien de sa souplesse et sait admirablement se varier. C'est ainsi qu'il insinue dans ses deux premiers volumes, descriptifs et pittoresques, plus d'une parenthèse sur l'art, mais discrètement et à propos; plus d'une pensée morale aussi et plus d'un retour aux choses de l'âme, mais sans quitter des yeux le pays où il voyage et en s'inspirant de cette nature orientale dont l'influence sur ses nerfs et sur sa volonté lui donne à réfléchir. Dans Dominique, vivante étude du cœur, il fait une large place au paysage, non comme à un décor, mais comme à un personnage muet qui reçoit les confidences d'une âme, l'écoute, la reconnaît et la console par la douceur des lieux anciennement aimés; l'art non plus n'y est pas oublié, ni les rêves de gloire. Enfin, dans les Maîtres d'autrefois, la critique des œuvres de peinture flamandes ou hollandaises et les discussions d'esthétique s'animent de la réalité locale des milieux décrits, des types, des mœurs, des idées et des sentiments saisis en pleine vérité et fixés comme ils sont vus.
[...]
L'Académie française avait, dit-on, les yeux sur lui. Elle l'aurait appelé, si la mort ne l'eût fait avant elle. Son talent libre et délicat, original sous une discipline non de tradition, mais de goût, eût marqué sa place dans le-voisinage de M. Renan et de M. Taine. Non, sans doute, qu'il ressemble en somme à l'un ni à l'autre, mais il a uni et tempéré en lui plus d'une qualité de tous deux. Il eût pu fraterniser avec l'un dans l'idéal, quoique différemment pensé et senti, et aussi dans un amour commun pour ce qui est choisi, mesuré; avec l'autre, dans un sentiment vif de la forme et de la couleur, dans la sympathie pour tout ce qui est l'art ou la vie. À l'Académie, comme devant le public, il eût trouvé encore dans le souvenir de Théophile Gautier, joint à celui de George Sand, le charme d'un patronage qui fut cher à ses débuts et la réminiscence d'une discrète parenté.»
PAUL SOUQUET, "Eugène Fromentin", Nouvelle Revue, Paris, 1881, série 1, tome 8, p. 866
*******
Un voyageur attristé
« "En France, toute toile qui n'a pas son titre et qui, par conséquent, ne contient pas un sujet, risque fort de ne pas être comptée pour œuvre ni conçue, ni sérieuse. Et cela n'est pas d'aujourd'hui; il y a cent ans que cela dure. Depuis le jour où Greuze imagina la peinture sentimentale, et, aux grands applaudissements de Diderot, conçut un tableau comme on conçoit une scène de théâtre, et mit en peinture les drames bourgeois de la famille, à partir de ce jour-là, que voyons-nous? La peinture de genre a-t-elle fait autre chose en France qu'inventer des scènes, compulser l'histoire, illustrer la littérature, peindre le passé, un peu le présent, fort peu la France contemporaine, beaucoup les curiosités des mœurs ou des climats étrangers? "
C'est du Fromentin que nous citons; ces lignes sont d'un artiste qui avait la réputation d'être intelligent et raisonnable ; elles ont, par conséquent, une autorité. Elles valent, en outre, par une sincérité d'autant plus indiscutable que le peintre, en dénonçant ses confrères, ne s'épargne pas lui-même ; le dernier membre de la dernière phrase est un aveu qui n'était point facile à faire. Nature fine, distinguée, clairvoyante, on sait combien Fromentin a solitairement souffert de ses aspirations non comblées, L'originalité lui semblait à la fois une chose si simple et si inaccessible! Son éducation, ses idées, son ingéniosité, le gênaient autant que la crainte de n'être pas compris. N'aimant pas les voies communes, il s'engagea dans une voie de traverse peu ou mal explorée. Son orientalisme, si charmant et si plein de sensibilité qu'il soit, est la découverte d'un voyageur attristé, qui voyage pour se distraire et comme pour oublier un vieux désir irréalisable. Il fut un des meilleurs de son temps ; et combien, pourtant, la place qu'il occupe est petite !»
JULIEN LECLERCQ, "Alfred Sisley", Gazette des beaux-arts, Paris, 1899, 3e série, tome 21, p. 230 |
| Documentation |
Gillet, Louis. "Eugène Fromentin et Dominique", La Revue de Paris, livraison du 1er août 1905, p. 526-558 (Bibliothèque nationale de France, Gallica - mode image, format PDF)
Gaubert, Ernest. "Eugène Fromentin et l'influence de Dominique", Mercure de France, no 199, 1er octobre 1905, p. 321-334 (Bibliothèque nationale de France, Gallica - mode image, format PDF) |
|
|
 |
|
 |
|
 |
 |
 |
|
|
|
 |
 |
|
|
 |
 |
 |  | Textes de Eugène Fromentin |
|  |
|
| Les maîtres d'autrefois: les Van Eyck | | Art flamand, l'art des Van Eyck, le retable de l'Agneau mystique, la Vierge au donateur | | Fromentin termine le périple qui nous valut un des grands textes de la critique d'art, les Maîtres d'autrefois, par la visite de Gand et Bruges où il admire le retable de l'Agneau mystique et la Vierge au donateur van der Paele, peints par les | | Les maîtres d'autrefois: Rubens | | Pierre-Paul Rubens, Rubens politique, l'atelier de Rubens | | «C'était une âme sans orage, sans langueur, ni tourment, ni chimères. Si jamais les mélancolies du travail ont laissé leurs traces quelque part, ce n'est ni sur les traits de Rubens ni dans ses tableaux.» | | Les maîtres d'autrefois: l'influence de la peinture hollandaise en France | | Art hollandais, paysage, Corot, Théodore Rousseau, photographie | | «Ce que je désire montrer, et cela suffit ici, c'est que dès le premier jour l'impulsion donnée par l'école hollandaise et par Ruysdael, l'impulsion directe s'arrêta court ou dériva, et que deux hommes surtout contribuèrent à substituer l'étude » | | Les maîtres d'autrefois: Rembrandt | | Rembrandt, l'homme et le peintre, le peintre et l'idéologue, les eaux-fortes | | L'historien de la critique d'art Lionello Venturi disait que les pages de Fromentin sur Rembrandt et Rubens n'ont jamais été égalées. Rembrandt n'est pas le maître du clair-obscur. Cette gloire revient au Caravage. | | Les maîtres d'autrefois: Ruysdael | | Ruysdael, école hollandaise, paysage, Hobbema, Cuyp, Potter | | «On ne se figure Ruysdael ni très jeune, ni très vieux; on ne voit pas qu'il ait eu une adolescence, on ne sent pas davantage le poids affaiblissant des années.» | | Fromentin, critique de l'Impressionnisme | | Fromentin, l'auteur des Maîtres d'autrefois que l'historien de la critique d'art Lionello Venturi considère l'un des meilleurs ouvrages d'écrivains sur l'art, ouvrage qui eut une audience considérable, fut pris à parti par la nouvelle génération de | | La forme humaine comme idéal dans l'art classique | | Art classique humanisme Renaissance | | Il existait une habitude de penser, hautement, grandement, largement, un art qui consistait à faire choix des choses, à les embellir, à les rectifier, qui vivait dans l'absolu plutôt que dans le relatif, apercevait la nature comme elle est, mais se |
|
 |
|
 |
 |  | À lire également sur ce sujet |
|  |
|
| | Vie personnelle | | La passion n'a aucun scrupule | | Charles-Augustin Sainte-Beuve | | Amour, fatalité, adultère, aveuglement, remords, Eugène Fromentin | | Passage tiré d'un article sur le roman Dominique, de Fromentin. |
|
|