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Whitman Walt

1819-1892
"Né à Long Island, dans l’État de New York, cet homme du peuple, menuisier à ses heures, produisit une œuvre novatrice, brillante, exprimant l’esprit démocratique du pays. C’était un autodidacte qui avait abandonné l’école à l’âge de onze ans pour travailler. Il lui manqua donc l’instruction traditionnelle qui faisait de la plupart des auteurs américains des imitateurs respectueux des Anglais. Son recueil, Feuilles d’herbe (1855), qu’il réécrivit et révisa pendant toute sa vie, contient le « Chant de moi-même », poème le plus original qu’ait jamais écrit un Américain. Les éloges enthousiastes d’Emerson et de quelques autres pour ce volume audacieux confirmèrent au poète sa vocation, même si le livre ne connut pas un grand succès auprès du public.

Cette œuvre visionnaire, qui célèbre toute la création, a été largement inspirée par les écrits d’Emerson, en particulier son essai « The Poet » qui annonçait une sorte de barde, robuste, sincère, universel, étrangement proche de Whitman lui-même. La forme novatrice du poème – vers libres et absence de rimes – sa libre célébration de la sexualité, sa vibrante sensibilité démocratique et son affirmation parfaitement romantique de l’identité du poète avec ses vers, avec l’univers et avec son lecteur, changèrent définitivement le cours de la poésie américaine.

Feuilles d’herbe est aussi immense, énergique et naturel que le continent américain; c’était l’épopée que des générations de critiques américains appelaient de leurs vœux, même s’ils ne le comprirent pas. La pulsation du mouvement que l’on perçoit dans le « Chant de moi-même » est comme une incessante musique :
    Mes attaches et mon lest m’abandonnent […]
    Je borde des sierras, mes paumes couvrent des continents
    Je chemine avec ma vision.
Le poème regorge de myriades de spectacles et de sons concrets. Les oiseaux de Whitman ne sont plus les « esprits ailés » de la poésie traditionnelle. On dirait que le poète se projette dans tout ce qu’il voit ou imagine. « Naviguant vers tous les ports pour le trafic et l’aventure. / Me précipitant avec la foule moderne, aussi ardent et versatile que quiconque. » Mais il est aussi l’individu souffrant, « La mère de jadis, condamnée comme sorcière et brûlée sur du bois sec, sous les yeux de ses enfants […]. Je suis l’esclave pourchassé, je flanche sous la morsure des chiens, […] le pompier meurtri à la poitrine défoncée […]. »

Plus que tout autre écrivain, Whitman inventa le mythe de l’Amérique démocratique. « De toutes les nations […], les Américains possèdent probablement la nature poétique la plus complète. Les Etats-Unis sont essentiellement le plus grand des poèmes. » En écrivant ces mots, il avait la hardiesse de prendre le contre-pied de l’opinion généralement admise selon laquelle l’Amérique était trop brutale et trop neuve pour comprendre la poésie. Il inventa une Amérique intemporelle de la liberté de l’imagination, peuplée d’esprits pionniers venus de toutes les nations. Le romancier et poète britannique, D.H. Lawrence, le décrivit comme le poète de « la grand-route ».

On perçoit la grandeur de Whitman dans nombre de ses poèmes, dont « Sur le Bac de Brooklyn », « Exhalé du berceau sans fin balancé » et « Au temps dernier que les lilas fleurirent », élégie émouvante sur la mort d’Abraham Lincoln. Il a signé une autre œuvre importante : Perspectives démocratiques (1871). Il s’agit d’un essai rédigé au cours de l’âge d’or du matérialisme sans frein de l’ère industrielle, où il critique à juste titre son pays pour « la puissance de sa richesse multiforme et de son industrie » qui cachent « un Sahara sec et uniforme » de l’âme. Il préconise une nouvelle sorte de littérature qui insufflerait une vie nouvelle à la population. Pourtant, en fin de compte, le titre de Whitman à l’immortalité est son « Chant de moi-même ». Là, l’être romantique est au centre de la conscience du poème.
    Je me célèbre et me chante,
    Et mes prétentions seront tes tentations,
    Car chaque atome qui m’appartient t’appartient aussi.
La voix de Walt Whitman électrise le lecteur moderne par sa proclamation de l’unité et de la force vitale de toute la création. Il fut incontestablement un extraordinaire novateur. C’est lui qui a créé le poème autobiographique, qui a fait de l’Américain ordinaire un barde, du lecteur un créateur, c’est de lui que vient la découverte toujours actuelle, de la forme « expérimentale » ou organique."

Kathryn VanSpanckeren, Esquisse de la littérature américaine, p. 30-32. Publié par l’Agence d’information des Etats-Unis (document du domaine public).

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