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Transhumanisme

Les définitions qu'on trouvera plus loin dans cette page, remonte à 2008. Le mouvement transhumaniste, si c'est le mot qui convient, a progressé si rapidement que c'est cette définition de Rémi Sussan qui paraît la plus adéquate aujourd'hui :

« Le transhumanisme, moins qu'une philosophie ou un courant idéologique, s'apparente bien plus à une lame de fond culturelle, nourrie au lait de la science-fiction et abreuvée par les sources de la pop-culture et de la contre-culture. Par bien des aspects, le transhumanisme s'apparente à une mythologie, dont les racines peuvent remonter très loin, jusqu'aux gnostiques et hermétistes du premier siècle de notre ère.» Source

Retour à 2008.

Le posthumanisme c'est, dans la perspective de l'évolution, l'étape suivant Homo sapiens, tandis que le transhumanisme désigne la transition vers cette nouvelle espèce :

« Posthumanisme et transhumanisme : les deux courants se rejoignent et se confondent. Selon eux, s'il y a eu quelque chose comme une préhumanité avant homo sapiens, il est maintenant temps d'imaginer la prochaine étape, « après homo sapiens », la posthumanité, et d'accélérer son avènement, puisque ce sera nécessairement un stade « supérieur ». L'humain est le seul animal ayant actuellement la capacité — qui ne cesse d'augmenter — de peser sur le cours de son évolution, voire de la piloter. Les marxistes prétendaient avoir saisi le sens de l'histoire et pouvoir se glisser aux commandes. Les posthumanistes estiment que, grâce à la robotique, à la bio-informatique, aux neurosciences, à la génomique et aux nanotechnologies, nous nous rendrons maîtres et possesseurs d'un processus d'évolution actuellement aveugle, entièrement livré au hasard.

Selon la World Transhumanist Association, le posthumain est donc « un être dont les propriétés fondamentales dépassent tellement celles des humains actuels » qu'il ne fait aucun doute qu'il n'est plus humain « au sens où on l'entend actuellement ». Pour l'instant, tout le monde, à commencer par les posthumanistes, ignore quelles formes ces « surhumains » prendraient exactement. Tout ce qu'on imagine, disent-ils, c'est qu'ils seraient plus forts, plus intelligents, plus résistants et qu'ils auraient une espérance de vie presque infinie. Bref, que leur vie serait « meilleure ». En attendant, nous sommes ce qu'on pourrait appeler des transhumains : toujours des « homo sapiens », mais en transition vers la posthumanité.

Que serait le posthumain? Le spécialiste de la science-fiction trouvera incomplète toute liste de posthumains, mais tentons celle-ci : cyborgs, surhommes, mutants, androïdes, humanoïdes, hommes bioniques, répliquant, etc. Ces êtres ont souvent une part humaine « traditionnelle », quelques tissus, le cerveau, parfois la forme, mais pas toujours. Souvent, ils ont été modifiés génétiquement. Ou alors, ils sont totalement synthétiques. Dans la science-fiction comme dans les utopies posthumanistes, les possibilités semblent illimitées. L'ère posthumaine s'annonce peuplée non seulement d'êtres très dissemblables, mais d'espèces distinctes les unes des autres. La posthumanité sera plurielle...»

Antoine Robitaille, Le Nouvel homme nouveau, Montréal, Boréal, 2007 p.12.

Essentiel

La honte d'être né et par suite le désir d'être fabriqué sont historiquement liés à la montée de l'égalité, dans les idéaux et dans les faits. La nature enfante des êtres vivants inégaux. Pour peu que l'on confonde l'égalité de fait et l'égalité des chances, on sera tenté de préférer l'homme fabriqué en conformité avec un prototype à l'homme né porteur d'un archétype. Anders encore:

«Le rejet de l'« être-né » est un thème qui n'a jamais cessé de réapparaître ─ surtout, bien sûr, dans les religions. Certains fondateurs de religions ont volontiers été lavés de la souillure de l'« être-né » (Moïse). Nous trouvons un ultime écho du rejet religieux de cette souillure dans les réactions à la théorie de l'évolution, dans l'indignation* provoquée par l'affirmation selon laquelle nous, les hommes, nous proviendrions d'autres étants. Le dernier discrédit en date de l'« être-né » vient de la révolution bourgeoise et surtout de la philosophie qui l'a accompagnée. Le « moi s'auto-posant » de Fichte est la transcription spéculative du self-made man, c'est-à-dire de l'homme qui ne veut pas être devenu, qui ne veut pas être né, mais souhaite ne se devoir lui-même qu'à lui-même comme son propre produit. Ce discrédit de l'« être-né » vient de la révolte contre la « haute naissance » comme source de privilèges et contre la naissance roturière, impliquant à l'inverse une totale absence de droits. Dans la philosophie de Fichte, le souhait qu'a l'homme d'être « fabriqué » (c'est-à-dire fabriqué par lui-même) au lieu d'être né, n'a donc pas, en dernière analyse, un sens technique mais un sens moral et politique : l'homme qui s'est fait lui-même est l'homme autonome et le citoyen de l'État souverain. La fameuse absence de philosophie de la nature chez Fichte provient de ce refus de l'« être-né » : « L'obscurité propre de l' homme », a écrit Schelling (Recherches sur la liberté humaine), « se dresse contre l'origine à partir du fondement. » Heidegger est une variante* tardive de Fichte : car son concept d'« être-jeté » ne conteste pas seulement l'« être-créé »par Dieu, c'est-à-dire l'origine surnaturelle, mais aussi l'« être-devenu », c'est-à-dire l'origine naturelle (Cf. l'article de l'auteur intitulé «On the pseudo-concreteness of Heidegger's philosophy » [« Sur le caractère prétendument concret de la philosophie de Heidegger »] dans Philosophy and phenomenological research, vol. VIII, n° 3, mars 1948, pp. 337-370). Ce concept esquive ainsi toutes les difficultés. Le « se faire soi-même » (la métamorphose de « l'être-là » en « existence ») a intégralement perdu son sens politique chez lui. Il reste une pure entreprise individuelle. Mais ce n'est pas par hasard qu'il manque chez lui une philosophie de la nature (en tout cas à l'époque d'Être et Temps), exactement comme chez Fichte : s'il ne l'avait pas laissée à la porte, il n'aurait pas pu contester l'« être-né ». (N.d.A.)»

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