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Pornographie

Les nouveaux médias, la nouvelle économie mondialisée et le climat moral qui les accompagne ont donné à la pornographie une importance telle que les définitions des dictionnaires apparaissent comme de pâles et lointaines préfigurations du phénomène actuel. (1) La pornographie n'est plus seulement ce qui blesse la pudeur ou la délicatesse, elle est un secteur de l'économie dont l'activité principale est de porter atteinte à la dignité de l'être humain en présentant de lui une image dégradante asssociée à la sexualité. Cette activité conduit généralement à la traite des femmes et des enfants.

On peut distinguer deux dimensions dans ce phénomène: 1) les images elles-mêmes, leurs effets sur l'imaginaire, les modèles qu'elles constituent pour le public, pour les enfants surtout, 2) la vie en représentation à laquelle ces images incitent.

C'est surtout des images qu'on se soucie dans les débats sur la question, de même que dans les lois et règles de vie qui en résultent. La seconde dimension est pourtant aussi importante. La vie en représentation est une atteinte à l'authenticité des personnes et à leur aptitude à entrer en rapport avec autrui et le réel en général. On a l'exemple de ces adolescents japonais, appelés otakus, dont toute la vie affective s'accomplit devant un écran. Les images en cause peuvent être douces, mais en tant qu'incitations à vivre en représentation elles peuvent être aussi efficaces que les images les plus dures.

Pour Ludwig Klages, cette vie en représentation relève de l'hystérie, qui est elle-même une variété du parasitisme biologique. Le pornographe, en bon parasite, s'accapare les résidus d'une vie sexuelle authentique et il invite le voyeur à participer à cette opération. «L'hystérique typique, précise Klages, est incapable de ne pas suivre son penchant à la représentation, mais cela ne signifie nullement qu'il n'ait pas d'empire sur lui-même» (...)Il n'est qu'une chose qu'il ne puisse réprimer: son besoin de mimer. Il n'a aucun intérêt substantiel à lui opposer, et toute l'énergie qui lui est dévolue si largement se déverse indivise et irrésistible dans une seule et même passion. Si l'on voulait le nommer un acteur, on devrait ajouter qu'il est possédé par la passion de jouer la passion, et qu'aucune vraie passion n'est plus irrésistible et plus victorieuse, plus instinctive et conséquente. (...)Il est moins un acteur qu'un porteur de masque chez lequel le masque serait devenu chair, ou plutôt derrière le masque duquel se trouve non pas un être vivant, mais un engrenage prêt à suivre les injonctions du masque.»

Ce besoin de mimer est aussi un besoin de s'exhiber en le faisant, car pourquoi mimer si ce n'est pour tirer du regard de l'auteur une satisfaction que l'on serait incapable de trouver dans l'expérience réelle. D'où, abstraction faite de l'aspect financier, l'attrait qu'exercent sur les pornographes, les médias puissants, comme la télévision et Internet.

«Un trait décisif de l'attitude hystérique c'est sa dépendance du spectateur. Celui qui mime le fait pour un spectateur. Un spectateur réel si possible, et à son défaut, un spectateur imaginaire, ou alors en tout cas, le spectateur qu'il porte en lui-même. »


Note

1-
    Littré nous dit que le mot pornographie désignait au XIXe siècle les écrits sur la prostitution ou les sujets obscènes traités par un peintre. Dans le nouveau petit Robert, la pornographie est définie comme « la représentation (par écrits, dessins, peintures, photos) de choses obscènes destinées à être communiquées au public. »

    Ce qui nous amène à cerner le mot obscène, cette fois encore dans le Littré : « est obscène la chose qui blesse ouvertement la pudeur. Le Robert élabore davantage : « ce qui blesse la délicatesse (notez le glissement de pudeur vers délicatesse) par des représentations ou des manifestations grossières de la sexualité. »

    Et enfin, voici ce qu’on trouve dans Littré sur la pudeur : « honte honnête causée par l’appréhension de ce qui peut blesser la décence, la modestie. » Quant au Robert : « sentiment de honte, de gène qu’une personne éprouve à faire, à envisager ou à être témoin des choses de nature sexuelle, de la nudité. »

Statistiques générales

Ensemble de l'industrie mondiale: 57 milliards U.S

Videos pour adultes: 20 milliards

Téléphone: 4,5 milliards

Internet: 2,5 milliards

Statistiques Internet

Sites pornographiques: 4,2 millions, 12% du total

Visiteurs par année: 72 millions

Détails


Essentiel

Pour prévenir le retour de la barbarie dont l'humanité s'est montrée capable, contre elle-même, la méthode habituellement utilisée consiste à rappeler les horreurs passées, celles de l'holocauste par exemple, accompagnée d'un plus jamais! prononcé sur un ton pathétique.

Est-ce la meilleure méthode? Pour qu'une telle innovation dans la cruauté devienne possible dans les faits, il a bien fallu qu'elle soit préparée de longue date dans les esprits. L'être humain est certes assez proche encore de l'animal pour qu'on puisse comprendre qu'il se jette sur son voisin, pour l'assassiner, à coup de machettes, à défaut d'avoir d'assez bonnes griffes pour le faire sans l'aide d'une arme. Rien toutefois dans cette nature animale ne le prédisposait à planifier savamment, longtemps à l'avance et jusque dans ses moindres détails, la cruauté qu'il allait infliger à des peuples entiers. L'extermination des paysans ukrainiens par Staline et celle des Juifs européens par Hitler n'ont été possibles que parce que les esprits y avaient été bien préparés.

Comment? Réponse de George Steiner: par l'inscription dans l'imaginaire de nouvelles méthodes de cruauté jouissant de l'immunité de la fiction. «C’est chez Sade, écrit George Steiner, et aussi chez Hogarth, que le corps humain, pour la première fois, est soumis méthodiquement aux opérations de l’industrie. Les tortures, les postures grotesques imposées aux victimes de Justine et les Cent vingt journées établissent, avec une logique consommée, un modèle de rapports humains, fondé sur la chaîne de montage et le travail aux pièces. Chaque membre, chaque nerf est déchiré ou tordu avec la frénésie impartiale et glacée du piston, du marteau pneumatique et de la foreuse. Le corps n’est plus qu’un assemblage de parties, toutes remplaçables par des "pièces détachées". La multiplicité, la simultanéité des outrages sexuels offrent une image minutieuse de la division du travail à l’intérieur de l’usine» (George Steiner, Dans le château de Barbe-Bleue, Seuil, Coll. Folio-essais, Paris 1986, p. 152, p. 91).

Ayant compris que tout se tient dans une culture, Steiner nous rappelle que la dérive vers la barbarie prend d'abord la forme d’un glissement dans les mentalités, glissement dont on peut apercevoir les premiers signes dans la littérature et les autres formes d'art.

La vie de l'imaginaire est la chose la plus difficile à imaginer. C'est pourquoi la part de l'imaginaire dans la genèse de la cruauté est généralement négligée. Quelles représentations avons-nous en effet de l'imaginaire et de la façon dont les nourritures symboliques agissent sur lui et en lui? C'est pourtant, - et quelles raisons aurions-nous d'en douter -, à la tendresse et à la compassion présentes dans des statues comme celles de Donatello et dans toutes celles, de même inspiration, qui ornent les églises romanes, c'est à cette mince pellicule posée sur la violence de ses instincts, que l’Homme européen a pu imposer une limite à sa barbarie. Une limite trop faible, certes, pour contenir tous les accès de fureur, mais assez forte pour susciter des oasis de civilisation en de nombreux lieux et sur de longues périodes? Quant aux oeuvres qui exaltent la violence des instincts, le seul fait que nous n’ayons pas le réflexe de les détruire ou de les interdire, indique que nous n'attachons aucune importance à l'imaginaire.

Les oeuvres de Sade n’indignent plus personne aujourd’hui, tant on a l’habitude d’en retrouver l’inspiration à la télévision, dans les vidéos, dans la musique et maintenant sur Internet. Pour proliférer, elles tirent parti des progrès techniques, comme les parasites profitent de la croissance de leur hôte pour se multiplier. La pornographie, la violence, la réduction de l’être humain à l’état de chose et de machine, toutes les images avilissantes de l’Homme sont à ce point associées dans les faits et les esprits aux nouvelles techniques de communication que nous accueillons contenus et contenants avec le même sentiment de fatalité: on n’arrête pas le progrès!

Phénomène encore marginal au moment où Steiner y voyait un signe annonciateur des horreurs des camps de concentration, la célébration du sadisme est désormais un phénomène quotidien et universel. À quelles horreurs faut-il donc s’attendre?

Articles


Autopsie de la pornographie

Hélène Laberge
L'article qui suit est une protestation contre le double code des médias où, d'un côté, sous prétexte de libérer le bon peuple, on donne de plus en plus fréquemment dans la pornographie et où, de l'autre, on s'indigne devant le harcèlement s

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