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Ostracisme

Au sens ancien, ce mot désigne le bannissement, à Athènes ou dans une autre cité grecque, d'un personnage public, sans autre prétexte que sa trop grande influence sur les citoyens.

Pour bien comprendre le sens de ce mot, il faut le situer dans le contexte où il est apparu. Au début de la démocratie athienne, établie sur ses bases définitives par Clisthène à la fin du VIe siècle, on craignait toujours un coup de force de la part d'un personnage influent qui aurait ainsi rétabli la tyrannie. C'est pour prévenir un tel retour au passé que Clisthène introduisit la loi sur l'ostracisme dans la Constitution athénienne.

Ce mot vient de ostrakon, «coquille d'huître» puis «tesson». Quand un citoyen estimait que tel ou tel grand personnage avait, une influence démesurée dans la cité, il pouvait exiger qu'il soit exilé pour dix ans. Il lui suffisait pour obtenir gain de cause, de convoquer une assemblée et de soumettre son accusation au vote, lequel consistait à inscrire le nom de l'accusé sur un tesson.

Cette mesure pouvait frapper un héros comme Thémistocle ou un sage comme Aristide. Rien n'illustre mieux la nature de cette loi que cette anecdote racontée par Plutarque dans la vie d'Aristide. Un paysan illettré, ignorant à qui il s'adressait, tendit son tesson à Aristide en le priant d'y écrire le nom d'Aristide à sa place. «Avez-vous un reproche à faire à cet homme demanda Aristide? - Aucun, répondit le paysan, et je ne connais même pas cet homme ; mais je suis agacé de l'entendre partout appeler le Juste. A ces mots, Aristide ne répondit rien ; il inscrivit son propre nom sur le tesson et le lui rendit».

Au sens moderne, le mot ostracisme désigne l'exclusion d'une personne ou d'un groupe par la collectivité, par exemple Henry Miller aux États-Unis, les gais et les lesbiennes, sans oublier tous les ghettos juifs à travers l'histoire de l'Occident.

Essentiel

La loi athénienne sur l'ostracisme soulève le problème des chefs naturels, de l'élite politique. La démocratie athénienne réussit à les tenir en respect pendant la plus grande partie du Ve siècle, mais elle eut la sagesse de ne pas se priver de leur apport: Périclès appartenait à une grande famille aristocratique. Au XXe siècle, dans son grand ouvrage sur le pouvoir, Bertrand de Jouvenelle mettra en relief le problème inverse de celui que l'ostracisme voulait régler. Il montrera comment un chef naturel, s'il est exclu des responsabilités correspondant à ses talents, se transforme en agent de désordre.
«Une vaine métaphysique peut nier leur existence (des chefs naturels) et les traiter comme des citoyens ordinaires: leur pouvoir et leur influence ne sont pas pour cela supprimés, mais seulement déchargés des servitudes honorables qui les approprieraient au bien commun. L'intérêt devient le seul principe de leurs actions, le désordre est propagé par ceux-mêmes qui doivent procurer l'ordre. Le trouble des images de comportement se répand de haut en bas, et les individus perdent dans toutes les situations et dans toutes les fonctions cette conception précise et détaillée de leurs devoirs qui fait d'eux des coopérateurs efficaces.» Bertrand de Jouvenel, Du Pouvoir, Histoire naturelle de sa croissance, Genève, Constant Bourquin, Éditeur, 1947.

Articles


La loi sur l'ostracisme

Jacques Dufresne
La loi sur l'ostracisme, d'abord destinée à bannir les riches de la cité, fut bientôt le moyen pour les pauvres de s'enrichir, ce qui ne pouvait qu'entraîner la corruption du peuple.

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