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Scheler Max

22 / 8 / 1874-1928
Jacques Duifresne

Après la critique radicale, et fondée à bien des égards, des maîtres du soupçon, Nietzsche, Freud et Marx, les philosophes occidentaux se sont répartis en trois groupes: ceux qui ont vu dans la critique une condamnation sans appel de la tradition et qui, par suite, ont voulu refonder la pensée humaniste sur des bases nouvelles. Klages, Heidegger et Sartre, par exemple, appartiennent à ce groupe. À l'autre extrême on trouve ceux qui se sont portés à la défense de la tradition en lui apportant parfois, comme le fit Jacques Maritain, de légères modifications. Le troisième groupe est constitué de ceux qui ont vu dans la critique une occasion pour la grande tradition de se régénérer et ont voulu être eux-mêmes des artisans de cette régénérescence. Max Scheler fut l'un d'entre eux, de même que Carl Jaspers, Gabriel Marcel, Gustave Thibon et Simone Weil.

Avec une souveraine ouverture d'esprit, Max Scheler s'est imprégné des nouveaux courants de pensée, de l'oeuvre de Nietzsche et de celle de Klages en particulier, et avec une souveraine liberté, il en a retenu ce qui allait lui permettre de faire revivre la tradition sous des couleurs nouvelles. L'esprit, démasqué par Niezsche, et réduit par Klages au rang de principe négatif, d'ennemi de la vie, redevient dans la synthèse de Scheler l'une des manifestations de cette réalité fondamentale dont une autre manifestation est la vie, une vie plus riche que celle d'une certaine tradition chrétienne qui, au grand regret de Scheler, ne voyait dans le séjour terrestre qu'une vallée de larmes.

«Le nouveau principe qui fait de l'homme l'homme n'a rien de commun avec tout ce que nous pouvons nommer vie au sens le plus vaste du mot, psychisme interne ou vitalité externe. Ce qui constitue l'homme comme tel est un principe opposé à toute vie en général, et qui pris en lui-même n'est pas réductible à « l'évolution naturelle de la vie » ; s'il se ramène à quelque chose c'est seulementau fondement ultime du monde — donc à la même réalité fondamentale dont « la vie » est aussi une manifestation partielle. Les Grecs déjà ont affirmé l'existence d'un tel principe et l'ont nommé «Raison». Nous préférons utiliser, pour désigner cet X, un mot dont le sens est plus étendu: ce mot est l'esprit (Geist). Le centre d'actes dans lequel l'esprit se manifeste dans les sphères finies de l'être, nous le désignerons comme la personne; il est en effet bien différent de tous les centres vitaux fonctionnels qui, considérés du point de vue interne, sont nommés aussi centres « psychiques ».1

S'il rejette ainsi la métaphysique de Nietzsche et de Klages, Scheler reste profondément marqué par leur psychologie, comme en font foi les subtiles analyses de L'homme du ressentiment. Si bien que ses idéaux peuvent trouver grâce aux yeux du lecteur contemporain le plus critique. Ils ont subi l'épreuve de Nietzsche et en sont sortis plus vivants et plus authentiques. En diagnostiquant le ressentiment qui s'y mêle trop souvent, Scheler a réhabilité la vertu.

1. Max Scheler, La situation de l'homme dans le monde, (Chap. II) Aubier, Éditions Montaigne, Paris 1951.

 

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Edith Stein rencontra Max Scheler à l'Université de Göttingen :

«Un jour, Edith Stein découvre l'existence d'un nouveau maître de la philosophie allemande, Husserl, le fondateur du courant phénoménologique: elle achète et parvient à lire les Recherches logiques. Enthousiasmée, elle décide aussitôt de rejoindre ce maître, dont le mot d'ordre est «revenir aux choses elles-mêmes».

C'est donc auprès de Husserl, à l'université de Göttingen, qu'Edith entreprend la suite de ses études. Sur place, elle se familiarise avec la pensée d'un autre phénoménologue, Max Scheler, un divorcé remarié d'origine juive converti entre temps au catholicisme. «Il donnait alors des cours du soir sur des questions religieuses, par exemple l'essence de la sainteté, racontera-t-elle plus tard à Renata Posselt, en lui confiant que ce fut pour elle une première impulsion sur la voie de la conversion». D'autres élèves de Scheler seront amenés par lui à la foi catholique, comme Dietrich von Hildebrand, le futur auteur du Cheval de Troie dans la cité de Dieu. En outre, on sait que le futur Jean-Paul II a été influencé par la lecture de Max Scheler.»

Denis Lensel, "Edith Stein", France catholique, n° 2660, 2 octobre 1998.

 

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Le pseudo «bien universel»

Max Scheler
Remplaçons le mot Angleterre par États-Unis et les termes «beatus possidens» par «pax americana» et on verra le parallèle à faire avec la politique américaine de nos jours!