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Malheur

Simone Weil

«Dans le malheur, l'instinct vital survit aux attachements arrachés et s'accroche aveuglément à tout ce qui peut lui servir de support, comme une plante accroche ses vrilles. La reconnaissance (sinon sous une forme basse), la justice ne sont pas concevables dans cet état. Esclavage. Il n'y a plus la quantité supplémentaire d'énergie qui sert de support au libre arbitre, au moyen de laquelle l'homme prend de la distance. Le malheur, sous cet aspect, est hideux comme l'est toujours la vie à nu, comme un moignon, comme le grouillement des insectes. La vie sans forme. Survivre est là l'unique attachement. C'est là que commence l'extrême malheur, quand tous les attachements sont remplacés par celui de survivre. L'attachement apparaît là à nu. Sans autre objet que soi-même. Enfer.
C'est par ce mécanisme que rien ne semble plus doux aux malheureux que la vie, alors même que leur vie n'est en rien préférable à la mort.
Dans cette situation, accepter la mort, c'est le détachement total.

Quasi-enfer sur terre. Le déracinement extrême dans le malheur.
L'injustice humaine fabrique généralement non pas des martyrs, mais des quasi-damnés. Les êtres tombés dans le quasi-enfer sont comme l'homme dépouillé et blessé par des voleurs. Ils ont perdu le vêtement du caractère.
La plus grande souffrance qui laisse subsister des racines est encore à une distance infinie du quasi-enfer.
Quand on rend service à des êtres ainsi déracinés et qu'on reçoit en échange des mauvais procédés, de l'ingratitude, de la trahison, on subit simplement une faible part de leur malheur. On a le devoir de s'y exposer, dans une mesure limitée, comme on a le pouvoir de s'exposer au malheur. Quand cela se produit, on doit le supporter comme on supporte le malheur, sans rattacher cela à des personnes déterminées, car cela ne s'y rattache pas. Il y a quelque chose d'impersonnel dans le malheur quasi infernal comme dans la perfection.»

Source: Simone Weil, La pesanteur et la grâce, Plon, Paris, 1948, p.31 et 32

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