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Groulx Lionel

13 / 01 / 1878-23 / 05 / 1967

«Lionel Groulx, conservateur ou novateur, élitiste ou démocratique, raciste ou ouvert à la différence? Engagé profondément dans les débats de son temps, les provoquant plus d'une fois, il a suscité de son vivant autant d'oppositions que de ralliements; aujourd'hui encore des controverses se nouent autour de sa conception du monde et autour de la place et du rôle qu'il y a assignés au Canada français1.» L'historienne Lucia Ferretti résume ainsi la complexité de Lionel Groulx, prêtre, éducateur, professeur, homme de lettres, historien, homme d'action, maître à penser du nationalisme canadien-français de la première moitié du 20e siècle. Plusieurs personnalités québécoises qui ont joué un rôle de premier plan jusqu'à nos jours, ont subi, à un moment ou à un autre de leur existence, son ascendant même si, par la suite, elles ont pu évoluer dans un autre sens. On n'a qu'à penser aux André Laurendeau, Guy Frégault, François-Albert Angers, Michel Brunet, Maurice Séguin, Jean Éthier-Blais, Fernand Dumont, Pierre Dansereau et bien d'autres encore. Les mémoires de Groulx, dont la lecture est essentielle à quiconque fait l'étude de l'histoire intellectuelle du Canada français et du Québec contemporains, montre de manière plus qu'éloquente la place centrale occupée par Groulx dans celle-ci.

Né en 1878, à Vaudreuil, en banlieue de Montréal, sa vie active débute avec le siècle et en occupe exactement les deux premiers tiers. C'est en effet à partir de 1900 que Groulx enseigne au Collège de Valleyfield, qu'il quittera en 1915. Il fonde avec l'abbé Émile Chartier, dès les premières années du siècle, un mouvement de jeunesse qu'il implantera à Valleyfield. Groulx relatera cette "croisade d'adolescents" dans un ouvrage, son premier, paru en 1912. Tout au long de sa vie, il multipliera les appels à la jeunesse et favorisera l'éclosion de mouvements organisés, entre autres, les Jeune-Canada, dans les années trente, puis les Jeunesses laurentiennes, au cours de la décennie suivante.

Dès la période campivallensienne, il s'engage dans l'action sociale et intellectuelle, ce qui l'amènera à prononcer, jusqu'aux derniers temps de sa vie, un nombre incalculable de conférences et de causeries en maints endroits du Québec, du Canada, des États-Unis, et même outre-mer. Relevons au passage "L'éducation de la volonté en vue du devoir social", prononcée le 22 février 1906, au Collège de Valleyfield, sa première conférence d'importance; "L'histoire, gardienne des traditions vivantes", lors du deuxième Congrès de la langue française à Québec, le 29 juin 1937; "Pourquoi nous sommes divisés", le 29 novembre 1943, qui faisait écho à la conférence de l'abbé Arthur Maheux, ardent partisan de la "bonne entente", dont le titre était "Pourquoi sommes-nous divisés?".

Une impressionnante production écrite sur des questions d'intérêt national, politique, social ou religieux, tant sous forme d'articles que de brochures et d'ouvrages (dont deux recueils importants, Orientations, paru en 1935, et Directives, deux ans plus tard), résultera de cet engagement dans l'action. De 1920 à 1928, Groulx sera directeur de l'Action française, organe de la Ligue du même nom, puis, à partir de 1933, collaborateur régulier de L'Action nationale qui succède à la première après un intermède de quatre ans.

C'est pour se consacrer plus entièrement à l'histoire que Groulx démissionne, en 1928, de L'Action française. L'enseignement de l'histoire du Canada, il l'avait abordé dès son séjour à Valleyfield, alors qu'"il sollicit[ait] le privilège d'ajouter l'histoire, jusque-là absente des matières enseignées, à sa charge pourtant déjà lourde" et "entrepre[nait] même, en 1905, la rédaction d'un manuel." (Giselle Huot). Sa carrière de professeur d'histoire à l'université avait, quant à elle, débuté en 1915, par une série de cours à l'Université Laval de Montréal portant sur "Nos luttes constitutionnelles"; elle ne devait s'achever qu'en 1949, année de sa retraite. Sa tâche universitaire comporta deux volets principaux : des cours dits "publics" - en fait des conférences qu'il donna, presque annuellement, de 1915 à 1942, devant des auditoires importants, et qui ont constitué l'essentiel de son oeuvre historique; c'est, rappelons-le, à partir de la matière accumulée dans le cadre de ces cours "publics" qu'il rédigera par la suite sa monumentale Histoire du Canada français en quatre tomes, parus de 1950 à 1952 - et des cours "fermés", limités à quelques élèves réguliers.

Très conscient des aspects concrets du métier d'historien, Groulx eut le souci constant d'améliorer les conditions d'études et de recherche ainsi qu'en témoigne la présentation, dès 1929, d'un "Mémoire pour le développement des études canadiennes" aux autorités de l'Université de Montréal. Plusieurs années plus tard, soit en 1946, il fondera l'Institut d'histoire de l'Amérique française avec l'idée d'en faire un centre de recherche. L'année suivante, la Revue d'histoire de l'Amérique française sera lancée, dont il dirigera les destinées jusqu'à sa mort.

En guise de "divertissement", selon ses propres termes, Groulx écrivit deux romans, L'Appel de la race (1922) et Au Cap Blomidon (1932), qu'il publia sous le pseudonyme d'Alonié de Lestres. Le premier de ces romans suscita une vive polémique mettant aux prises l'auteur avec, entre autres, le critique bien connu Camille Roy. Quelques années auparavant, en 1916, il avait fait paraître un premier ouvrage de fiction, un recueil de contes paysans, Les rapaillages. Groulx fut aussi, ainsi que nous le verrons plus loin, un épistolier des plus prolifiques. Il pratiqua, tout au long de sa vie, plusieurs genres de la littérature personnelle, du journal intime aux mémoires, en passant par le journal de voyage.

On n'aura garde enfin d'oublier que Groulx fut également prêtre (il fut ordonné le 28 juin 1903) et qu'il accorda toujours à cette dignité la plus grande importance, ainsi que le suggèrent le grand nombre de sermons et d'entretiens à caractère religieux - dont un nombre important de retraites - prononcés au cours de son existence, de même que certaines publications comme Rencontres avec Dieu (1955). Le titre honoraire de chanoine lui fut conféré en 1943.

Groulx vécut, à partir de 1940, au 261 de la rue Bloomfield, à Outremont (Montréal), dans une maison qui fut achetée grâce à une souscription populaire des "Amis de l'abbé Groulx". C'est cette maison qui abrite aujourd'hui la Fondation et le Centre de recherche Lionel-Groulx. Il mourut le 23 mai 1967, à Vaudreuil, où il fut inhumé. (S. S.)

(1) Lucia Ferretti, Lionel Groulx, la voix d'une époque. [Livret d'accompagnement de l']exposition réalisée par l'Agence du Livre, 1983, p. 7.

* * *



BIOCHRONOLOGIE

1878
Naissance à Vaudreuil, le 13 janvier, de Léon Groulx (décédé la même année) et de Philomène Pilon (remariée un an plus tard à Guillaume Émond)

1884-1890
Études élémentaires à l'école des Frères Saint-Viateur, à Vaudreuil

1890-1899
Études classiques au séminaire de Sainte-Thérèse-de-Blainville

1899
Entrée au Grand Séminaire de Montréal

1900-1903
Études théologiques. En même temps, professeur au collège de Valleyfield

1903
Ordination sacerdotale (28 juin)

1903-1906
Professeur de Belles-Lettres et de Rhétorique au Collège de Valleyfield

1905
Fondation à Valleyfield d'un Cercle (Académie Émard) de l'ACJC (Association catholique de la jeunesse canadienne-française fondée en 1904)

1906
Conférence « L'éducation de la volonté en vue du devoir social » (22 février)

1906-1909
Études philosophiques et théologiques à l'Université de la Minerve à Rome. Études de littérature à l'Université de Fribourg (Suisse) (1909)

1907
Docteur en philosophie

1908
Docteur en théologie

1909-1915
Professeur au Collège de Valleyfield

1912
Discours au premier congrès de la Langue française (Québec)

1914
Discours au congrès de l'A.C.J.C. : « Le devoir social au Canada français »

1915-1920
Cours à l'École des Hautes Études commerciales : histoire générale et histoire du commerce et de l'industrie

1915
Professeur d'histoire du Canada à l'Université Laval de Montréal. Inaugure et occupe la première chaire d'enseignement d'histoire du Canada jusqu'en 1949. Voyage en Acadie avec le Père Rodrigue Villeneuve.

1917
Membre de la Ligue des droits du français

1918
Membre de la Société royale du Canada. Conférence à Boston : « La naissance d'une race »

1919
Discours au Long Sault, à l'occasion du dévoilement du monument Dollard, le 24 mai

1920-1928
Directeur de la revue L'Action française

1922
Professeur titulaire d'histoire du Canada à l'Université de Montréal

1924
Tournée de conférences en Ontario

1926
Conférence à l'occasion du Congrès eucharistique international de Chicago

1928
Séjour aux archives du Manitoba

1931
Conférence à la Sorbonne sur « Le français au Canada »; à l'Institut catholique de Paris, aux universités de Lyon et de Lille. Voyage en Louisiane

1932
Docteur ès lettres de l'Université de Montréal

1933
Médaille Mallet de Bassilan. Médaille de la Société historique de Montréal

1934
Docteur en droit honoris causa de l'Université d'Ottawa.

1937
« L'histoire, gardienne des traditions vivantes » : conférence au Deuxième Congrès de la langue française, à Québec. Docteur ès lettres honoris causa de l'Université Laval

1939
Achat de la maison de la rue Bloomfield grâce à une souscription des « Amis de l'abbé Groulx »

1942
Docteur en droit honoris causa de l'Université de Montréal

1943
Chanoine honoraire du Diocèse de Montréal. «Pourquoi nous sommes divisés»: conférence. Membre de l'Académie canadienne-française.

1945
Cours à la Semaine sociale

1946
Fondation de l'Institut d'histoire de l'Amérique française (novembre)

1947-1967
Directeur de la Revue d'histoire de l'Amérique française

1949
Professeur émérite de l'Université de Montréal, après 34 ans d'enseigne-ment. Retraite : 19 octobre. Cours à l'École normale d'enseignement secondaire. Cours réguliers d'histoire du Canada à partir du 4 décembre, au poste CKAC

1950
Voyage à Rome pour la béatification de Marguerite Bourgeoys

1952
Prix Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (décembre). Démission de la Société royale du Canada

1953
Cours inaugural de la chaire de civilisation canadienne-française à l'Université de Montréal. Insigne de l'Ordre de la Fidélité française

1956
Création de la Fondation Lionel-Groulx. Voyage au fort du Sault Sainte-Marie. Dernier voyage en Europe

1957
Prix Champlain du Conseil de la Vie française en Amérique

1960
Médaille Gonzague de Reynold. Membre-correspondant de l'Académie Berrichonne de Bourges, France. « Dollard est-il un mythe? »

1961
Membre honoraire à vie de la Société historique du Canada

1962
Docteur en droit honoris causa de l'Université de Saint-Jean (Terre-Neuve). Médaille du Conseil des Arts du Canada

1963
Médaille Léo Parizeau (ACFAS). Prix Pfizer et prix du Grand jury des lettres pour l'ensemble de son oeuvre

1967
Décès le 23 mai, le jour même du lancement de Constantes de vie. Obsèques d'état à la basilique Notre-Dame de Montréal. Jour de deuil officiel au Québec. Inhumé à Vaudreuil, le 27

Articles


Est-il permis de lire Lionel Groulx?

Fernand Dumont
Texte d'une communication livrée au colloque sur Lionel Groulx, organisé par la Fondation Lionel-Groulx, le 9 décembre 1991, à la Bibliothèque nationale du Québec, à Montréal. Publié dans Les Cahiers d'histoire du Québec au XXe siècle, no

Lionel Groulx : actualité et relecture

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Texte de présentation du numéro 8 des Cahiers d'histoire du Québec au XXe siècle, paru en 1997.

Une édition critique de «L'Appel de la race»

Stéphane Stapinsky
Bref compte rendu d'une édition critique de L'Appel de la race de Lionel Groulx, réalisée par Yves Saint-Denis. Thèse de Ph. D. en lettres françaises, Université d'Ottawa, 1991.