Liszt Franz

1811-1886
«Liszt a résumé en sa personne, lui aussi, les idées et les attitudes des hommes de son temps. Un livre d'Alexandre Dumas père, qui fut un romantique échevelé au début de sa carrière, s'intitulait Désordre et Génie. Il semble que Liszt ait voulu être la vivante image de ce roman, car son existence fut à la fois géniale et désordonnée.

Enfant prodige, il est pianiste virtuose à l'âge où l'on commence à user ses culottes sur les bancs de l'école. Il parcourt l'Europe en jouant devant des salles combles et enthousiastes. Il gagne à chaque concert des sommes considérables qu'il dissipe avec une magnificence de prince. Ses amours de hasard font le scandale et l'admiration des différentes sociétés où il passe. Avec cela ou malgré cela, il est religieux et mystique et celui qui deviendra l'abbé Liszt est d'un idéalisme profond. Il avait d'ailleurs voulu entrer dans les ordres dès sa jeunesse, mais son confesseur, un prêtre psychologue et musicien, l'en avait dissuadé. Et Rossini, un autre fin psychologue, disait de lui qu'il composait des messes pour s'habituer à les dire...

Liszt pianiste n'a pu être comparé à aucun autre de son temps. Selon Clara Wieck, il provoquait l'effroi et l'étonnement. Son art était sa vie même. Il ne connaissait ni règles, ni formes, ni style, mais il créait tout cela d'une façon prodigieuse. Chez lui, écrivait le poète Saphir, « le bizarre devient génial, l'étrange se fait nécessaire, le sublime et le baroque voisinent, le plus élevé et le plus puéril se mêlent comme la puissance la plus formidable et la plus douce intimité ».

Mais Liszt ne se contente pas d'être le virtuose fêté. Considérant qu'il vaut mieux que cela, il veut affronter jusqu'à l'impopularité en produisant ses oeuvres les plus personnelles. Il est d'ailleurs sifflé. Mais il s'en console et il finit par être applaudi. C'est lui qui invente la musique à programme. C'est lui qui crée le poème symphonique dans sa forme la plus complète. En alliant la musique à la littérature, par exemple dans sa Dante Symphonie ou tragédie de l'âme, il est l'inventeur d'une esthétique qui a donné naissance à Wagner. C'est ce qu'on ignore trop ,généralement pour ne faire de Liszt qu'un génial croquenotes, ou l'auteur de la rapsodie, la seconde, évidemment.

Toute la musique des cinquante dernières années procède en quelque sorte de l'écriture de Liszt. Que ce soit chez les Russes, les Allemands, les Français ou les Espagnols, Liszt avec sa patte magistrale, est passé par là. Mais il serait trop long de faire le partage jusqu'à ce jour des diverses influences heureuses de Liszt. Le plus beau, le plus substantiel, le plus généreux, n'est-ce pas ce qu'il a donné à Wagner?...

Ce que Liszt a donné à Wagner, mais c'est immense, immense comme Wagner lui-même. Et j'éprouve quelque embarras à devoir faire le tour d'un tel génie en quelques phrases. Je dois d'ailleurs m'y résigner, ayant déjà touché des sujets vastes comme l'histoire de la musique elle-même et dont plusieurs d'entre eux eussent dû mériter au moins une conférence. »

Léo-Pol Morin, Musique, Montréal, Beauchemin, 1946

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Liszt et le romantisme

Hélène Laberge



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