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Fleur

Pour le botaniste, la fleur est une branche modifiée et ses parties, (pétales, sépales, etc.) sont des feuilles modifiées. Cette branche modifiée est l'organe de reproduction , lequel détermine l'un des cycles de vie les plus complexes qui soient, comportant, par exemple, une double fécondation. Les plantes furent probablement les premiers organismes à se reproduire sexuellement et à devenir ainsi mortels. Les bactéries et les organismes unicellaires qui se reproduisent asexuellement ne meurent jamais vraiment.

Tout commença dans la mer, voici peut-être 2 milliards d'années, par l'apparition des Cyanobactéries, capables de réaliser la photosynthèse. Il y a environ 1 milliard d'années apparurent les premiers végétaux, les algues. Les algues vertes, plus proches de nos plantes, apparurent il y a environ 500 millions d'années. Leur couleur verte est la conséquence de la photosynthèse, rendue possible par un pigment appelé chlorophylle.

La photosynthèse transforma radicalement les vivants eux-mêmes et le milieu dans lequel ils étaient appelés à évoluer. Il était désormais possible pour un végétal de capter l'énergie solaire et de se nourrir de ce C02 existant en surabondance dans l'atmosphère d'alors. Les plantes rejetaient ensuite de l'oxygène dans l'atmosphère; d'où l'apparition de la couche d'ozone, filtre nécessaire des rayons uiltraviolets. L'oxygène lui-même allait devenir l'une des principales sources d'énergie des vivants supérieurs.

Le passage de la mer à la terre et la reproduction sexuée seront deux autres étapes importances dans l'histoire de la vie. On appelle gymnospermes les premières plantes à reproduction sexuée. Dans leur cas, l'ovule, non protégé, est fécondé directement. La graine qui en résulte est logée, dans le cas des conifères, sous les écailles des cônes.

Dans le cas d'une autre catégorie de plantes, qu'on appelle angiospermes (1)pour cette raison, l'ovule est enfermé dans un ovaire constitutant le carpelle ou organe sexuel. «Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches.» (En grec, fruit se dit karpos.) Leur ovule étant protégé par l'ovaire, et bientôt par le fruit, donnaient aux angiospermes un avantage considérable.

Les fleurs et l’évolution

Il y a encore bien des zones de mystère dans ce que nous savons sur l’origine et l’évolution des plantes à fleurs. «Abominable mystery » disait Darwin. Il est certain que les plantes à fleurs se sont transformées avec le temps dans le sens de la diversité et de la complexité. Il est certain aussi qu’il y eut coévolution entre les fleurs et les insectes pollinisateurs. Attiré et bien nourri par tel nectar de tel fleur, tel insecte pouvait se reproduire plus et mieux que d’autres. Inversement la plante choyée par l’insecte en cause pouvait se reproduire plus vite que celle dont le nectar et les fleurs plaisaient moins. On a étudié avec une particulière attention la coévolution entre l’abeille et les plantes (chou et moutarde...) du genre brassion. occasion de noter qu’on appelle aujourd’hui services écosystémiques l’aide que les abeilles apportent aux plantes avec lesquelles elles sont relation symbiotique. On mesure l’importance d’un tel service, résultant d’un capital naturel, quand on doit le remplacer par un service artificiel équivalent.

Dans le cas des angiospermes comme dans le cas des humains, les chercheurs doivent trouver les chaînons manquants pour assigner avec certitude un ou plusieurs ancêtres communs au quart de millions de plantes à fleurs. Ce travail est loin d’être terminé. Les paléontologistes nous apprennent qu’il y a 65 millions d’années, les fleurs étaient déjà assez répandues. C’est à cette époque que l’on situait l’origine des fleurs. Suite à la découverte récente d’une plante fossile bien conservée, archaefructus, on situe plutôt l’origine désormais à 125 millions d’années.

La beauté, la perfection de tant de fleurs, du point de vue des humains tout au moins, nous oblige à soulever la question de leur forme. Y a-t-il une analogie entre la création artistique et l’évolution de la nature en direction de tel ou telle fleur? En employant un tel vocabulaire , ne présumons-nous pas qu’il y a une finalité dans l’évolution, que la plus haute forme visée préside en quelque sorte à l’organisation de la matière dans sa direction?

Si vous posez une telle question à un biologiste orthodoxe, il y a fort à parier que sa réponse sera qu’il n’y pas d’intention, de progrès dans la nature. Tout s’expliquerait donc par le hasard des mutations et la sélection naturelle, c’est-à-dire par des pressions du milieu extérieur. Certes les travaux récents en génétique montrent que l’hérédité est un phénomène plus complexe qu’on ne le croyait il y a seulement vingt ans. La thèse dominante demeure néanmoins celle qui explique tout par la pression du milieu extérieur.

Mais peut-on expliquer ainsi l’évolution des formes? De nombreux savants en doutent, et notamment Rupert Sheldrake. Pour expliquer la genèse des formes, il fait appel à une notion nouvelle: les champs morphogénétiques, qui sont analogues au champ magnétique. Cette notion a été reprise récemment par deux savants anglais N. J Berril et B.C. Goodwin dans un article intitulé : The Life of Form : Emerging Patterns of Morphological Transformation. Après avoir évoqué la difficulté d’une explication de la génèse des formes en conformité avec la tendance dominante en biologie, ils se tournent vers une approche alternative consistant à montrer comment la dynamique complexe des réseaux génétiques agit à l’intérieur des champs morphogénétiques.

Le champ morphogénétique nous ramène à Goethe et à l'intuition qu’il eut lors d’un voyage en Italie à une époque de sa vie où il se passionnait pour la botanique. « Devant tellement de formes nouvelles et renouvelées, mon esprit fut saisi par une ancienne chimère : dans ce foisonnement, ne me serait-il pas donné de découvrir la plante originelle ? Une telle plante doit bien exister ! Car sinon, comment pourrais-je reconnaître que telle formation est une plante, si toutes n’étaient pas formées sur le même modèle »(La métamorphose des plantes) Hugo aura une intuition semblable à propos de la poésie : «Comme la mer, la poésie dit chaque jour tout ce qu'elle a à dire, puis elle recommence avec cette variété inépuisable qui n'appartient qu'à l'unité.»

Cette plante originelle, Goethe la cherchait-il au commencement de ce développement organique dont il a fait l’hypothèse longtemps avant Darwin ou était-elle pour lui un archétype, l’équivalent d’une Idée platonicienne. N’a-t-il pas écrit :

«Des membres, partout, la croissance obéit à des lois éternelles
Et la plus rare des formes contient en secret l'archétype».

Il semble bien que la plante originelle était à ses yeux à la fois la première dans le temps et le modèle dans l’éternel. Un spécialiste hongrois de ces questions Zemplen Gabor précise que la plante originelle a d’abord été l’ancêtre historique, pour devenir plus tard une idée formatrice, la plantéité de la plante.»

Dans un remarquable article, intitulé Goethe : the sensuous imagination, Theodor Roszak résume bien la question. «À côté des facteurs environnementaux, Goethe fait intervenir les facteurs intérieurs : la vie luttant contre le hazard pour réaliser sa forme archétypale, son phénomène primordial. (Urphanomen). La conception goethéenne de l’évolution, combinant la poussée intérieure et la pression extérieure, était plus sophistiquée que celle de Darwin, mais (apparemment) moins objective puisqu’elle contenait la notion d’une tendance intérieur orientée vers une fin.

Notes

1-«Angiosperme (n. f.) Plante supérieure dont les ovules sont contenus dans le(s)
carpelle(s) constituant le(s) ovaire(s) qui se transforme(nt) après fécondation en fruit(s). Désigne la division ou l'embranchement des plantes à fleurs. Syn. : Magnoliophyta. Voir : Gymnospermes.

Gymnosperme (n. f.) Plante supérieure à ovule(s) non contenu(s) dans un (des) carpelle(s) et ne possédant donc pas de fruit. Syn. : Pinophyta. Voir : angiospermes.» Selon Botanique.org

Essentiel

Echo à Goethe

«A quoi bon les loupes et les microscopes? Les véritables verres grossissants, ce sont les fleurs elles-mêmes. Il nous faut les contempler jusqu'au moment où elles deviennent transparentes, comme des lentilles, et nous verrons alors, derrière elles, au foyer de la gerbe des rayons, une lumière: la splendeur de la semence spirituelle, qui n'a aucune étendue. Telle est la véritable plante originaire. Quand le monde nous semble vaciller sur ses bases, un regard jeté sur une fleur peut rétablir l'ordre».

ERNST JÜNGER
*******


Des avalanches d'or du vieil azur, au jour
Premier et de la neige éternelle des astres
Jadis tu détachas les grand calices pour
La terre jeune encore et vierge de désastres,

Le glaïeul fauve, avec les cygnes au col fin,
Et ce divin laurier des âmes exilées
Vermeil comme le pur orteil du séraphin
Que rougit la pudeur des aurores foulées,

L'hyacinthe, le myrte à l'adorable éclair
Et, pareille à la chair de la femme, la rose
Cruelle, Hérodiade en fleur du jardin clair,
Celle qu'un sang farouche et radieux arrose!

Et tu fis la blancheur sanglotante des lys
Qui roulant sur des mers de soupirs qu'elle effleure
À travers l'encens bleu des horizons pâlis
Monte rêveusement vers la lune qui pleure!

Hosannah sur le cistre et dans les encensoirs,
Notre Dame, hosannah du jardin de nos limbes!
Et finisse l'écho par les célestes soirs,
Extase des regards, scintillements des nimbes!

Ô Mère qui créas en ton sein juste et fort,
Calice balançant la future fiole,
De grandes fleurs avec la balsamique Mort
Pour le poëte las que la vie étiole.

Mallarmé

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