Désinformation

Le mot désinformation est apparu dans le dictionnaire de l'Académie française en 1980. Il y est défini comme «une action particulière ou continue qui consiste, en usant de tout moyen, à induire un adversaire en erreur ou à favoriser chez lui la subversion dans le dessein de l'affaiblir.» Même si à cette époque, le mot désinformation n'était guère utilisé que par les soviétiques, qui reprochaient aux pays capitalistes d'avoir recours à ce procédé contre l'URSS, il existait déjà à Moscou un bureau de la désinformation en 1917.

La désinformation est le mensonge organisé. Comme il faut des moyens puissants pour bien l'organiser, on en parle surtout de désinformation à propos des nations et des grandes organisations. Elle consiste à utiliser en temps de paix et dans des situations normales des stratégies d'information qui ne sont pleinement justitifées qu'en temps de guerre. La désinformation atteint son sommet lorsqu'elle est, comme ce fut le cas en Union Soviétique, pratiquée dans un climat tel que les journalistes étrangers doivent être complices des autorités locales s'ils veulent se maintenir en poste. Voici un aperçu de la situation à Moscou en 1970: « Presque tous les journalistes occidentaux vivent dans le ghetto de la colonie occidentale : isolés, surveillés, ils craignent pour leur sécurité aussi bien que pour la sécurité de leurs informateurs russes, s'ils ont réussi à se lier d'amitié avec des citoyens soviétiques. Ils sont fréquemment et ostensiblement suivis, la police souhaitant leur donner à entendre que la surveillance est constante. Le journaliste étranger sait, sans le moindre doute, que son téléphone est branché sur une table d'écoute ; que son appartement et son bureau sont équipés de microphones et d'appareils d'enregistrement. Aucun fonctionnaire russe ne peut être interviewé, sur aucun sujet, sans autorisation du département de la presse étrangère ; d'autre part, toute conversation non prévue et autorisée, même avec un Russe qui ne travaille pas dans l'administration, présente des dangers pour les deux interlocuteurs, si la discussion porte sur un sujet quelque peu délicat.»
Andreï Amalrik, source et suite.

Il faut éviter de confondre mésinformation et désinformation. La mésinformation est une information innocemment fausse, causée par l'ignorance ou la distraction tandis que la désinformation est intentionnelle.

Essentiel

Dans un tel contexte, le citoyen ne peut jouer pleinement son rôle sans une vigilance constante et éclairée qui n'est à la portée que d'un très petit nombre de personnes. Lourde responsabilité de ce petit nombre!

Peut-être l'esprit critique n'est-il accessible qu'à un petit nombre de personnes lorsque l'usage des statistiques dans des sciences comme l'épidémiologie est en cause, mais il n'en est pas de même pour ce qui est des manipulations plus grossières de l'opinion. Elles ont au contraire provoqué une réaction de méfiance qui suscite quelque inquiétude parmi les observateurs des médias.

«Un soupçon ontologique, écrit Jean-Claude Guillebaud, a eté jeté sur le médiatique en général et la télévision en particulier . Il faut se féliciter de cette exigence informative sans cesse plus aiguë, de ces pinaillages toujours plus minutieux. Ils prouvent qu'en matière d'information audiovisuelle et photographique nous sortons de l'enfance et du premier degré. Plus personne - enfin! - n'accepte de prendre simplement pour argent comptant ce que ses yeux voient et ses oreilles entendent. Nous accédons à plus de complexité. La demande de vérité s'accroît. On a appris à « lire » les images, au lieu de les consommer. Oh, la bonne nouvelle! Une gêne bizarre, cependant, commence très paradoxalement à nous habiter. Il faut la prendre comme un signal. En s'obnubilant sur la critique du reflet, c'est-à-dire la couverture médiatique, ne finira-t-on pas par oublier la chose elle-même ?Autrement dit, une critique médiatique, sans cesse plus élaborée, ne risque-t-elle pas de reléguer au second plan l'événement proprement dit, avec sa rugosité, son poids de sang ?
Un événement qui, comble d'ironie, se trouverait insensiblement déréalisé, transformé en pur artefact journalistique par le fait d'une névrose questionneuse qui basculerait sans s'en rendre compte dans l'hypercriticisme. On éprouva cet indéfinissable malaise en regardant, l'autre dimanche (le 29 octobre) l'excellent « Arrêt sur images » de Schneidermann. A dépiauter systématiquement les photos publiées, à débusquer l'esbroufe, à mettre en question les choix inconscients des reporters, à pointer les prétendues mises en scène deslanceurs de cailloux palestiniens, à mettre en doute la vérité des cadrages, l'émission buta au bout du compte sur un soupir effaré - et assez extraordinaire dans sa simplicité - du photographe Patrick Chauvel: « Mais ces enfants meurent pour de vrai !On n'y pensait plus. »

Enjeux

Est-il encore possible de distinguer l'information de la désinformation, même à l'intérieur des pays réputés pour leur respect de la liberté d'information? Chaque décideur important, dans le secteur public comme dans le secteur privé, est entouré d'experts en communications dont la mission est moins de servir la vérité dans la transparence que de faire passer le message conforme aux intérêts de l'organisation en cause. Les mobiles les plus nobles en apparence, la promotion de la recherche sur le cancer par exemple, peuvent servir à justifier cette manipulation des faits et des idées. Dans le milieu médical, on s'accorde généralement pour reconnaître que le taux de survie après 5 ans s'est accru considérablement dans le cas de la majorité des cancers. On omet cependant de préciser que le diagnostic se fait de plus en plus tôt et qu'il porte souvent, dans le cas du cancer du rein par exemple, sur des cancers non progressifs où la survie après cinq ans est de 100%. «La comparaison, écrit le docteur Gilbert Welch, est encore plus bancale quand il s'agit du cancer de la prostate. Au début des années 90, le taux de survie à 5 ans pour le cancer de la prostate était légèrement supérieur à 40% au Royaume Uni alors qu'il était de 90% aux États-Unis. Avant de conclure à la supériorité de notre système de santé, signalons que la mortalité américaine est un peu plus élevée que la mortalité britannique pour le cancer de la prostate. Notre taux de survie à 5 ans est plus élevé tout simplement parce que nous disons à beaucoup plus de gens qu'ils ont un cancer de la prostate.»


H.Gilbert Welch, Dois-je me faire tester pour le cancer? Peut-être pas et voici pourquoi?, Les Presses de l'Université Laval, Québec, 2005, p.165

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