Conformisme

«Le conformisme est particulièrement fort chez les enfants. Celui dont la forme est imparfaite, la formation inachevée espère trouver dans la ressemblance aux autres le supplément de forme dont il a besoin pour s’estimer lui-même. Au fur et à mesure que sa formation s’achève, la personne acquiert le style par lequel son caractère unique s’affirme pour constituer un ensemble harmonieux avec les traits communs à tous les membres de la collectivité.

Dans la formation de ces traits communs, il y a une large part de conformisme: Non seulement l'expression des émotions, mais à travers elle les émotions elles-mêmes sont pliées aux coutumes et aux traditions et s'inspirent d'un conformisme à la fois extérieur et interne. Amour, haine, joie, douleur, crainte, colère, ont d'abord été éprouvés et manifestés en commun, sous forme de réactions collectives. C'est dans les groupes dont nous faisons partie que nous avons appris à les exprimer, mais aussi à les ressentir. Même isolés, livrés à nous-mêmes, seuls en présence de nous-mêmes, nous nous comportons à cet égard comme si les autres nous observaient, nous surveillaient. Par là, on peut dire que chaque société, chaque nation, chaque époque aussi met sa marque sur la sensibilité de ses membres. Sans doute il subsiste en ce domaine une large part de spontanéité personnelle. Mais elle ne se manifeste, elle ne se fait jour que dans des formes qui sont communes à tous les membres du groupe, et qui modifient et façonnent leur nature mentale aussi profondément que les cadres du langage et de la pensée collective.»
MAURICE HALBWACHS, L’expression des émotions et la société, 1947


L’écriture au sens de grahie, illustre bien ce processus par lequel les traits communs s'allient au caractère unique de la personne. Chacun acquiert son style tout en respectant les conventions qui permettent à l'écriture de demeurer lisible. Bien des gens hélas!choississent plutôt de devenir illisibles dans l’espoir de faire paraître leur écriture originale, mais il ne parviennent ainsi qu’à la rendre encore plus informe.. C’est le piège de l’anti-conformise des adolescents. «Voyez ces êtres qui essaient de se rendre originaux avec ce qu’ils ont de plus indéterminé.» (Pierre Emmanuel)

Cette façon de voir n’a de sens que dans une conception artistique du monde et de la vie, une conception selon laquelle on se forme soi-même comme l’artiste forme son œuvre. On participe alors à un archétype, à un modèle transcendant, ce qui permet de devenir soi-même tout en demeurant lisible pour les autres.

Cet accomplissement est impossible dans le cadre d’une conception mécaniste. À défaut de pouvoir participer à l’archétype, on reproduit alors le prototype. Avec la complicité des milieux de la mode, telle vedette impose sa manière de paraître à toute une générations d’adolescentes.

Il y a un totalitarisme de la mode, comme il y a un totalitarisme politique. Dans l’un et l’autre cas, le prototype remplace l’archétype.

L’existence de communautés nationales fortes et de divers autres groupes suscitant un sentiment d’appartenance est déterminante dans ce contexte. Un conformisme protège alors contre un autre conformisme et il devient plus facile, pour la personne qui en a la capacité, de remonter jusqu’à l’archétype. À propos de ces milieux de soutien, (Eglises, professions, partis politiques, etc) Gustave Thibon écrivait:
«L'important, c'est que ces milieux sociaux soient relativement nombreux dans un pays et qu'on puisse passer de l'un à l'autre sans être privé de tout appui. Qu'il y ait fractionnement du gros animal et liberté de choix pour l'homme entre ces fractions. Ce qui n'existe pas dans les régimes totalitaires où il n'y a aucune possibilité de subsistance pour l'individu en dehors de l'obéissance à un gros animal unique et indivisible.»(Le voile et le masque)

Essentiel

Le conformisme consiste à croire comme Madame Duperrier, «qu'il vaut mieux être bien vu de sa concierge que de son créateur.»

MARCEL AYMÉ, Le vin de Paris, Gallimard, Paris 1947, p. 24

Essentiel

Le conformisme consiste à croire comme Madame Duperrier, «qu'il vaut mieux être bien vu de sa concierge que de son créateur.»

MARCEL AYMÉ, Le vin de Paris, Gallimard, Paris 1947, p. 24

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