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Helvetius Claude Adrien

1715-1771
«Jouissant d’une grande fortune, qui lui permit d’acheter, à vingt-trois ans, une charge de fermier général, il fut, comme d’Holbach, et avec plus d’autorité que lui, un des protecteurs attitrés de la philosophie au XVIIIe siècle. Les 300 000 livres que lui rapportait sa ferme y passaient en majeure partie. Commensal de Montesquieu à La Brède, de Voltaire à Cirey, de Buffon à Montbard, il réunissait à sa table, dont sa femme, la spirituelle Mlle de Ligniville, faisait si noblement les honneurs, d’Alembert, Diderot, l’abbé Galiani, Grimm, etc. Il devint bien vite un des adeptes de la philosophie courante, au point de quitter sa ferme, en 1750, pour pouvoir s’y livrer tout entier. Il s’était essayé d’abord, sans grand succès, aux mathématiques et à la poésie. En 1758, enfin, il publia son œuvre capitale, De l’Esprit (in-4), où en quatre discours il établit, d’après les conversations et les opinions courantes, la nécessité d’appuyer la morale sur l’amour de soi et de faire reposer sur la matérialisme la conception de l’univers. Selon lui, dit M. Alfred Fouillée, "l’égoïsme transformé produit le monde moral, comme la sensation transformée produit le monde matériel. Au fond, il n’y a pas de morale proprement dite, mais simplement une branche supérieure des sciences naturelles, qui enseigne les moyens de procurer le plus grand bonheur possible, soit à l’individu, soit à la société. Tout l’art de la législation est de faire que l’individu trouve plus d’intérêt à suivre la loi qu’à la violer… La vraie morale s’absorbe dans la législation, qui s’absorbe elle-même dans la science de la nature." Aussi Helvétius, par cet ardent désir du progrès dans la législation, est-il amené à réclamer une refonte de la société. Tandis que Montesquieu cherche à faire la logique des mœurs et des lois, Helvétius en veut faire la physique. Le livre De l’Esprit fit scandale. Condamné par le pape, le parlement et la Sorbonne, il fut brûlé par la main du bourreau. Il n’obtint même pas grâce devant Voltaire, qui l’appela «un fatras». Helvétius dut subir l’humiliation d’une rétractation publique. Il voyagea pour se consoler, visita l’Angleterre et l’Allemagne, et écrivit son poème du Bonheur et un nouveau traité, De l’Homme, de ses facultés intellectuelles et de son éducation, qui furent publiés l’année qui suivit sa mort. Écrivain élégant et correct, mais froid, esprit plus logique qu’original, il ne laisse pas cependant que d’avoir contribué dans une assez large au progrès des idées. Sur certains points, en effet, la réforme exécutée dans notre législation par les hommes de la Convention et du Consulat donna satisfaction aux vœux qu’avait formulés Helvétius dans son livre De l’Esprit. Ses œuvres complètes ont été publiées, avec une partie de sa correspondance, en 1796 (14 vol, in-18)."

CHARLES LE GOFFIC, article «Helvétius» de La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Tome dix-neuvième (Gonsalve-Héron). Réalisée par une société de savants et de gens de lettres sous la direction de MM. Berthelot, Hartwig Derenbourg, F.-Camille Dreyfus [et al.]. Réimpression non datée de l'édition de 1885-1902. Paris, H. Lamirault, [191-?], p. 1046.

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