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Cheval


Le cheval d'après Pline l'Ancien
«Alexandre avait un cheval extraordinaire; on l'appelait Bucéphale, soit à cause de son aspect farouche, soit à cause d'une tête de taureau dont il avait l'empreinte sur l'épaule. Le prince, encore enfant, s'était épris de la beauté de cet animal. Bucéphale, couvert de la selle royale, ne recevait qu'Alexandre; autrement, il se laissait monter par le premier venu... Blessé à la prise de Thèbes, il ne permit pas qu'Alexandre montât sur un autre cheval; et beaucoup de traits semblables pour lesquels le roi lui fit des funérailles après sa mort, et bâtit autour de son tombeau une ville à laquelle il donna le nom de son cheval. On rapporte aussi que le cheval du dictateur César ne se laissa jamais monter par un. autre, et qu'il avait les pieds semblables à des pieds humains; c'est ainsi que cet animal est représenté devant le temple de Vénus Génitrix. Juba rapporte que Sémiramis aima un cheval au point d'avoir des rapports sexuels avec lui... Un petit prince ayant péri dans un combat singulier, le vainqueur vint pour le dépouiller; mais le cheval du vaincu le tua à coups de pieds et de dents. Un autre, à qui on découvrit les yeux, ayant reconnu qu'il s'était accouplé avec sa mère, courut à des précipices et se tua. Leur docilité est telle, que toute la cavalerie des Sybarites exécutait, dit-on une espèce de danse au son des instruments. Ils prévoient la bataille; ils s'affligent de la mort de leurs maîtres, et leurs regrets vont quelquefois jusqu'à leur faire verser des larmes.

Dans le Cirque, les chevaux attelés aux chars montrent qu'ils sont sensibles aux exhortations et à la gloire. Lors de la célébration des jeux séculaires dans le Cirque, sous l'empereur Claude, Corax, cocher de la faction blanche, fut jeté par terre au départ: les chevaux prirent le premier rang et le gardèrent, s'opposant, se lançant, et faisant contre leurs rivaux tout ce qu'ils auraient pu.»

PLINE L'ANCIEN, Histoire naturelle, traduit par É. Littré, Paris, Firmin-Didot, 1883




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Le cheval selon Buffon: «La plus noble conquête que l'homme ait faite...»
«La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougeux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats; aussi intrépide que son maître, le cheval voit le péril et l'affronte; il se fait au bruit des armes, il l'aime, il le cherche et s'anime de la même ardeur: il partage aussi ses plaisirs; à la chasse, aux tournois, à la course, il brille, il étincelle. Mais docile autant que courageux, il ne se laisse point emporter à son feu; il sait réprimer ses mouvements. non seulement il fléchit sous la main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désirs, et, obéissant toujours aux impressions qu'il en reçoit, il se précipite, se modère ou s'arrête: c'est une créature qui renonce à son être pour n'exister que par la volonté d'un autre, qui sait môme la prévenir; qui par la promptitude et la précision de ses mouvements, l'exprime et l'exécute; qui sent autant qu'on le désire, et se rend autant qu'on veut; qui, se livrant sans réserve, ne se refuse à rien, sert de toutes ses forces, s'excède, et même meurt pour obéir.

[...]

Le naturel de ces animaux n'est point féroce, ils pont seulement fiers et sauvages. Quoique supérieurs par la force à la plupart des autres animaux, jamais ils ne les attaquent; et s'ils en sont attaqués, il les dédaignent, les écartent, ou les écrasent. Ils vont aussi par troupes, et se réunissent pour le seul plaisir d'être ensemble; car ils n'ont aucune crainte, mais ils prennent de l’attachement les uns pour les autres. Comme l'herbe et les végétaux suffisent à leur nourriture, qu'ils ont abondamment de quoi satisfaire leur appétit, et qu'ils n'ont aucun goût pour la chair des animaux, ils ne leur font point la guerre, ils ne se la font point entre eux, ils ne se disputent pas leur subsistance; ils n'ont jamais occasion de ravir une proie ou de s'arracher un bien, sources ordinaires de querelles et de combats parmi les animaux carnassiers: ils vivent donc en paix, parce que leurs appétits sont simples et modérés, et qu'ils ont assez pour ne rien envier. Tout cela peut se remarquer dans les jeunes chevaux qu'on élève ensemble et qu'on mène en troupeaux; ils ont les mœurs douces et les qualités sociales leur force et leur ardeur ne se marquent ordinairement que par des signes d'émulation; ils cherchent à se devancer à la course, à se faire et même s'animer au péril en se défiant à traverser une rivière, sauter un fossé; et ceux qui dans ces exercices naturels donnent l'exemple, ceux qui d'eux-mêmes vont les premiers, sont les plus généreux, les meilleurs et souvent les plus dociles et les plus souples, lorsqu'ils sont une fois domptés.»

BUFFON, Histoire du cheval, Limoges, M. Barbou, 1885, p. 8. (Voir extrait)




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Le cheval, locomoteur universel dans l'ancienne France (J.-J. Jusserand)
«[Dans l'ancienne France], le "locomoteur" universel était le cheval: hommes ou femmes, religieux ou soldats, clercs ou paysans étaient tenus de savoir s'en servir, plus encore que de l'arc ou de l'épée. Car il ne faut pas croire que l'on demeurât en place: les procès, les pèlerinages, la visite de ses terres ou de ses parents, les achats, le commerce, les intérêts à surveiller à la cour, à la ville, auprès du seigneur voisin, pour ne rien dire de la curiosité et du goût des aventures, étaient causes de nombreux déplacements, pour tous et pour les princes mêmes. Les rois étaient bien loin de demeurer comme des idoles en leurs palais; les "itinéraires" de leurs mouvements qui ont été publiés les montrent toujours en route. Or il fallait jadis, et jusqu'à notre siècle, faire plus d'exercice pour aller à Pontoise qu'aujourd'hui pour aller à Constantinople. Rien de surprenant, par suite, de trouver à Paris, en 1292, le chiffre énorme de cinquante et un selliers payant la taille. Les femmes, les reines, les abbesses de couvent étaient dans l'obligation de savoir chevaucher et, au besoin, enfourcher leur monture. C'est ce qui advint à l'impératrice Mathilde, femme de Geoffroy d'Anjou Plantagenet. Dans une rude expédition militaire, en danger d'être prise, elle s'en allait assise sur son cheval "comme font les femmes"; Jean le Maréchal, voyant le péril, lui enjoignit peu cérémonieusement de moins songer au décorum: "Les jambes vous convient disjoindre," lui dit-il; on ne saurait éperonner proprement un cheval en gardant cette posture. Elle dut obéir, "la chose lui plût-elle ou non." Froissart le chroniqueur, Pétrarque le poète, notre Des Champs et maints autres passaient des semaines et des mois à chevaucher; et sur quelles routes, par quelles fondrières! Il faut en voir la description dans Des Champs, l'entendre conter son retour de Bohême, perché sur une rosse qui "des genoux s'assied":
Par ma foi mon cheval se lasse
Et ne veut plus aller à pied;
Cent fois le jour choppe et puis chiet (choit);
De laisser aux champs me menace,
Trop souvent des genoux s'assied.
Par ma foi, mon cheval se lasse.
Aux plaintes du cavalier mécontent de son cheval, Froissart, toujours de bonne humeur, oppose les plaintes du cheval mécontent de son cavalier; et si l'on veut connaître les épreuves qui attendaient l'un et l'autre, au quatorzième siècle, dans les marais de Bohême ou par les monts d'Écosse, il faut, après la ballade de Des Champs, lire, dans lesœuvres du chroniqueur, le Débat du Cheval et du Lévrier.

Chaque paysan possesseur d'une monture s'en servait à toute fin. Pybrac, au seizième siècle, représente un rustre allant à la messe un jour de fête:
Pour donques n'y faillir, va tirer vitement,
D'un coin de son étable, un cheval ou jument,
Le bride et fait servir son paletot de housse,
Monte léger dessus et prend sa femme en trousse;
Le cheval talonné commence à galoper.
Des penseurs comme Érasme étaient obligés de savoir se tenir en selle, et ce méditatif qu'on se représente volontiers, comme on le voit au Louvre, tel que nous l'a peint Holbein, les yeux incessamment baissés sur la page noircie, se flatte, à un moment de sa vie, de faire convenable figure en route et à la chasse: «bonus propemodum venator, eques non pessimus.» Montaigne, non moins méditatif, préférait, même malade, le cheval à tout autre moyen de locomotion: «Je ne démonte pas volontiers quand je suis à cheval, car c'est l'assiette en laquelle je me trouve le mieux, et sain et malade.» Plus près de nous, les illustres lettrés du temps de Louis XIV étaient, par nécessité, cavaliers. La Fontaine était des meilleurs; Racine et Boileau suivaient les armées du roi, «à pied, à cheval, dans la boue jusqu'aux oreilles, couchant poétiquement aux rayons de la belle maîtresse d'Endymion,» écrit malicieusement Mme de Sévigné à Bussy. Les courtisans ne leur épargnaient pas quelques sourires, parce que nos poètes manquaient un peu d'élégance à cheval; mais ils ne manquaient pas de solidité, et on ne dit pas qu'ils aient prêté à la raillerie par aucune chute.»

JEAN-JULES JUSSERAND, Le sport et les jeux d'exercice dans l'ancienne France, Plon, 1901

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