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Agriculture urbaine


Essentiel

L'agriculture urbaine ou les paysages nourriciers de la ville (Marc Chevrier)
«Où que la ville s'étende, l'agriculture est-elle condamnée à disparaître au profit des avancées des grues et de l'asphalte? La ville et l'agriculture sont-elles des réalités qui s'excluent mutuellement, sans que chacune n'entre dans la composition de l'autre?

Il est pourtant des villes où l'agriculture se marie avec la trame urbaine. Dans la banlieue de Vienne, environ 250 vignerons exploitent de petits domaines dont les vignes recouvrent les coteaux surplombant le Danube. Ces vignobles sont propices à la promenade; un voyageur affamé peut s'arrêter, en passant, dans un Heuriger, genre de maison privée transformée en restaurant à vin. Même à Paris, la très urbaine, la vigne se cultive encore sur les flancs de Montmartre. En fait, il n'est de villes, même de très grandes, qui n'aient, en leur centre ou en leur périphérie, des activités agricoles. Ce qu'on appelle aujourd'hui l'agriculture urbaine et périurbaine est une réalité universellement répandue. Selon les estimations de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), environ 800 millions de personnes dépendent de l'agriculture urbaine. Dans certaines villes, jusqu'à deux tiers des ménages la pratiquent. Il est reconnu que l'agriculture horticole et animale des zones périurbaines peut s'avérer très productive. Par exemple, l'élevage commercial dans ces zones produit 34 % de la production totale de viande et environ 70 % de la production d'œufs. Pour une même surface cultivée, les agriculteurs urbains peuvent atteindre une productivité jusqu'à quinze fois plus grande que celle qu'obtiennent les agriculteurs en région rurale. Ces premiers sont particulièrement bien placés pour tirer avantage des ressources sous-exploitées de la ville; songeons aux terrains vagues, aux déchets, aux eaux résiduaires traitées, ainsi qu'à la main-d'œuvre mal employée.

L'agriculture urbaine et périurbaine revêt des significations très différentes selon qu'on se place dans les pays du Tiers-monde ou dans les pays développés. Dans les premiers prime son rôle économique et alimentaire; pour les citadins démunis, elle devient un moyen vital de subsistance. De plus, elle contribue à l’élimination des déchets urbains. Dans plusieurs des villes d'Afrique tropicale, les moindres espaces libres se transforment en jardins ou en champs; y poussent légumes, maïs, manioc, oseille et gombo. Dans les villes d'Afrique centrale telles que Libreville au Gabon ou Brazzaville au Congo, les femmes, en grande majorité, s'occupent d'agriculture(1). Depuis le début des années 1970, les agences internationales d'aide au développement ont reconnu l’apport utile de l'agriculture urbaine à la sécurité alimentaire des populations.

Les citadins des pays développés s'adonnent aussi à l'agriculture. Les uns sarclent leur potager ou leur lopin dans un jardin communautaire, les autres la pratiquent professionnellement sur des fermes en bordure des villes. Le citadin récolte ses légumes non tant pas nécessité que par plaisir, pour sympathiser avec ses voisins ou pour se garantir des aliments sains et sans intrants chimiques. La pauvreté n'étant pas absente des villes des pays du Nord, la culture potagère vient suppléer à l'alimentation des foyers démunis. Pour plusieurs, l'agriculture, plus qu'un simple loisir, devient un mode de vie. Ainsi de nombreux florentins ont racheté les olivettes et les vignobles de la campagne environnante pour y produire, dans un cadre traditionnel, leur huile et leur vin propres.

L'agriculture urbaine est une réalité aussi ancienne que la ville elle-même. Tant et aussi longtemps que l'humanité était dépourvue de transports rapides et efficaces, les produits frais, végétaux et animaux, se cultivaient aux abords des villes. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, Paris était entourée d'une ceinture maraîchère et d'un vignoble qui était le plus étendu de France. Outre qu'elle nourrissait la ville, l’agriculture des pourtours récupérait les déchets et les eaux usées pour l'entretien des sols. Avec l'essor des transports rapides, l'agriculture s'est éloignée de ses débouchés et s'est industrialisée, souvent dans régions rurales vouées à la monoculture. L'agriculture et la ville ont continué néanmoins à se jouxter, notamment dans les zones où l'une et l'autre se disputent les mêmes terres, comme par exemple dans la région de Montréal construite dans la vallée fertile du Saint-Laurent. Sans cesse grugée par la spéculation et l'urbanisation, l'agriculture périurbaine a un statut précaire; les terres que la ville a enclavées ou sectionnées paraissent des loques en sursis. " Je vous construirai une ville avec des loques, moi! " s'écriait le poète Henri Michaux.»

MARC CHEVRIER, «L'agriculture urbaine ou les paysages nourriciers de la ville», L'Agora, vol. 8, no 3, juin-juillet 2001

Articles


L'agriculture urbaine ou les paysages nourriciers de la ville

Marc Chevrier
Paru dans L’Agora, vol. 8, no 3, juin-juillet 2001, p. 37-39.

Résumé du rapport d'information sur la gestion des espaces périurbains

Commission des Affaires économiques du Sénat franç
Les grandes lignes du Rapport d'informations sur la gestion des espaces périurbains (1998), remis par le sénateur Gérard Larcher devant la Commission des Affaires économiques et du Plan.