Merci d'encourager L'Agora
Faites un don via Paypal
Le site est en cours de modernisation. Nous vous invitons à utiliser la recherche pour repérer les contenus qui vous intéressent. Merci de votre patience et bonne lecture.

Smith Adam

1723-17 / 07 / 1790

Économiste anglais, né à Kirkcaldy le 5 juin 1723, mort à Londres le 17 juillet 1790. Fils d’un contrôleur des douanes, mort deux mois avant sa naissance, il fut soigneusement élevé par sa mère. Brillant élève de Glasgow, il se passionna pour les mathématiques où il fit des progrès remarquables. Il acheva ses études à Oxford. En 1751, il obtenait la chaire de logique à Glasgow; en 1752, il l’échangeait pour celle de philosophie morale. Son enseignement eut un succès qui retentit jusqu’en Europe : Voltaire lui envoya des élèves. Smith faisait partie des clubs littéraires et politiques où il prêchait le libre-échange; il se lia avec Hume, et avec lui contribua à la formation de la Société d’Édimbourg «pour encourager les arts, les sciences, l’industrie et l’agriculture en Écosse» (1754). Son temps s’écoulait en ces occupations toutes spirituelles, et dans la préparation de travaux philosophiques, comme la Theory of the Moral Sentiments (1759), qui, lors de sa publication, excita une grande admiration et lui valut le préceptorat du jeune duc de Buccleuch, avec qui il entreprit le voyage traditionnel sur le continent. Smith visita ainsi Paris, où il rencontra Hume (1764), Toulouse, Montpellier, Genève, où il visita Voltaire pour qui il avait toujours professé un grand respect et, de nouveau de passage à Paris, s’y lança dans la société des philosophes: d’Alembert, Holbach, Helvétius, Necker, Turgot, Morellet, Quesnay, et se plut dans la discussion des questions économiques les plus ardues avec ces hommes éminents. Cette vie toute intellectuelle le satisfaisait pleinement. On dit bien qu’il tomba amoureux d’une Anglaise qui le méconnut; mais ce fut, si l’anecdote est vraie, un amour tout platonique. Le romanesque n’eut jamais la moindre place dans l’existence de Smith. Au retour de ses voyages, il s’installa paisiblement à Kirkcaldy et se consacra à son grand ouvrage sur La Richesse des Nations (The Wealth of Nations), qui parut le 9 mars 1776. Ce livre eut une influence énorme sur la politique économique de l’Angleterre. Pitt appliqua ses principes dans le traité qu’il signa avec la France en 1786, et s’en servit pour l’élaboration de ses budgets. À vrai dire c’était la première fois qu’on appliquait à l’économie politique les procédés de l’enquête scientifique, ou mieux qu’on tentait d’en faire une science à part. [...] Après un petit voyage à Londres où il recueillit les témoignages les plus flatteurs de l’admiration de ses amis, Smith avait été nommé commissaire des douanes (1777), comme son père. La composition de son grand œuvre semble avoir épuisé son esprit. Il avait eu une enfance souffreteuse; il avait souffert à diverses reprises d’étranges absences qui revinrent plus fréquentes, et il s’absorba dans sa petite besogne administrative. La mort de sa mère, qui pourtant avait quatre-vingt-dix ans, l’affecta si profondément que sa santé déclina brusquement, et qu’il eut une attaque de paralysie en 1786. En 1787, il fut élu recteur de Glasgow, et n’eut pas la force de prononcer son discours d’installation. Il traîna ainsi jusqu’en 1790. Peu de livres ont eu autant de succès et un succès si durable que les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. Ce livre ruina les économistes français qui tenaient le premier rang dans le monde, et son auteur fut, avec quelque exagération, considéré comme le «père de l’économie politique». Pendant près d’un siècle, il régna seul et, après avoir fait faire à la science économique des progrès immenses, il fut cause qu’elle stagna et qu’on s’en tint trop longtemps à l’unique conception de la «division du travail». La Richesse des nations a été traduite en français par Blavet dès 1779. D’autres bonnes éditions françaises sont celles de Roucher et de la marquise de Condorcet (1790), de Garnier (1802), et l’édition abrégée de Courcelle-Seneuil (1888). On peut encore citer du grand économiste : Essays on Philosophical Subjects (1795); Lectures on Justice, Police, Revenue and Arms (1896). Les Œuvres complètes (1812) comprennent 5 vol. in-8.

Source: article «Adam Smith» de La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Tome trentième (Sigillateur-Thermopole). Réalisée par une société de savants et de gens de lettres sous la direction de MM. Berthelot, Hartwig Derenbourg, F.-Camille Dreyfus [et al.]. Réimpression non datée de l'édition de 1885-1902. Paris, Société anonyme de «La grande encyclopédie», [191-?], p. 110.


***


"La pensée libérale (...) s'est nourrie d'une représentation de l'homme plutôt sombre. Ce dernier n'obéirait qu'à ses intérêts particuliers. La théorie de l'économie de marché se fonde sur la fameuse Fable des abeilles, publiée en 1705 par le philosophe anglais Bernard Mandeville. Cette fable prenait l'exemple d'une ruche pour montrer que l'égoïsme de chacun pouvait travailler au bonheur de tous. En s'affairant, chaque abeille obéit à son intérêt particulier, mais la combinaison de ces égoïsmes assure la prospérité de la ruche. Une société humaine serait comparable à une ruche : plus l'homme sera « mauvais » (au sens d'égoïste), mieux l'économie de cette société fonctionnera.

On attribue à Adam Smith, fondateur du libéralisme, la théorisation de cette idée. Dans son « Enquête sur la nature et les causes de la Richesse des nations » (1776), il propose la métaphore de la main invisible pour évoquer cette capacité magique du marché qui, en combinant les intérêts égoïstes de chacun, aboutit au bien être de tous. Grâce à elle le « vice » de l'égoïsme devient une « vertu ». Or, on se rend compte aujourd'hui que cette interprétation de Smith était mensongère. Il avait publié auparavant une « Théorie des sentiments moraux », dans laquelle il insistait sur la notion de sympathie qui, seule, nous permet de « faire société ». Il condamnait par ailleurs le pessimisme abusif de Mandeville."

Source : Jean-Claude Guillebaud, "La bonté : modèle d'insoumission !", Sud Ouest, 6 mai 2012 

Articles