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    Impression du texte

    Mommsen Theodor

    Historien allemand (1817-1903). Un des plus célèbres historiens de l'Antiquité classique au XIXe siècle. Il reçut le prix Nobel de 1902 pour l'ensemble de son oeuvre qui embrasse l'histoire, la philologie, la jurisprudence ainsi que l'archéologie et la numismatique. Son Histoire des Romains (1854-1886, traduite en français et publiée en 8 volumes par M. Alexandre) renouvelle l'étude de l'histoire romaine. Ne s'appuyant que sur les données que l'étude rigoureuse des textes ou des inscriptions permet d'établir, il rejette la part de légendes qui entourait jusque là origines de Rome. Son nom reste également attaché à la publication monumentale par l'Académie de Berlin, dont il fut le directeur, du Corpus inscriptorum latinarum (à partir de 1863) contenant la transcription graphique de près de 100 000 inscriptions latines.

    En dépit de la vive admiration que suscita son oeuvre en France, ses virulentes critiques et ses positions sur la question de l'Alsace lui valurent au lendemain des événements de 1870 l'hostilité des grands historiens français contemporains.

    Biographie

    Jugement sur l'oeuvre de T. Mommsen
    «Ce qui caractérise l'œuvre de M. Mommsen, c'est qu'elle a porté sur toutes les parties de la science des antiquités romaines: droit, histoire, philologie, épigraphie, numismatique; M. Mommsen a tout étudié, tout fouillé; et toutes les fois qu'il a touché une question, il y a apporté quelque élément nouveau, quand il ne l'a pas entièrement renouvelée. Il suffira de considérer la liste de ses principaux ouvrages, qui terminera cet article, pour voir quelle ardeur il a mise dans les recherches les plus variées. Sa thèse inaugurale et ses premiers travaux se rapportent surtout au droit qu'il avait spécialement étudié; il y revint plusieurs fois encore, soit lorsqu'il édita des ouvrages juridiques, comme le Digeste, soit lorsqu'il étudia des textes de lois, comme celles de Salpensa et de Malaga, soit aussi dans son Droit public romain; on peut même dire d'une façon générale que la supériorité qu'il eut sur ses contemporains dans les différentes branches de l'antiquité romaine, il la doit en grande partie à sa profonde connaissance du droit romain. Comme philologue, il s'est placé hors de pair par son étude sur les dialectes itatiotes, par ses éditions des Agronomes de Pline le Jeune, des Chronira minora de Jordanès; comme numismate, il a donné une Histoire de la monnaie romaine qui restera longtemps un monument considérable; cependant, c'est surtout comme épigraphiste et comme historien qu'il s'est fait un renom. Pour comprendre l'œuvre scientifique de M. Mommsen, il faut se rendre compte de l'état de la science au moment où il commença ses études. Sans doute, le nombre des inscriptions latines connues était très grand; mais elles étaient dispersées dans des publications de toutes sortes et de valeur fort inégale; les unes simplement médiocres, les autres dangereuses, car elles contenaient des inscriptions fausses ou interpolées; et l'éparpillement même des documents empêchait de s'orienter au milieu d'une semblable confusion. Aussi avait-on songé depuis longtemps à réunir toutes les inscriptions latines en un seul recueil. En dernier lieu, l'Académie des inscriptions et belles-lettres avait été sur le point de se charger de cet honneur; les événements politiques firent échouer l'entreprise: elle échut à l'Académie de Berlin. M. Mommsen, qui n'était alors qu'un jeune homme, s'offrit à prendre part au travail. Mais il avait en cela, comme en tout, des idées très personnelles; contrairement à ce qu'on pensait jusque-là, il avait compris que, pour aboutir, il fallait ranger les inscriptions par ordre géographique de provenance et non par catégories; il le fit. Une telle innovation effraya quelque peu les savants qui dirigeaient l'entreprise, et, en particulier, Zumpt, alors fort écouté dans les questions épigraphiques; on s'entêta de part et d'autre; et le jeune audacieux, dont la personnalité commençait à porter ombrage à ses aînés, fut tenu à l'écart. Mais il était de ceux qui s'obstinent. Dans un voyage de deux ans, il avait revu et copié toutes les inscriptions du royaume de Naples; il put les publier, grâce à la générosité d'un éditeur de Leipzig, Wigand, qui avait pressenti l'avenir de M. Mommsen. L'apparition du volume fit sensation; la méthode suivie (classement des inscriptions par région, et, dans chaque région, par localité, développement considérable donné aux différentes tables des matières pour faciliter les recherches) parut excellente; si bien que, quelques années après, elle était adoptée par l'Académie de Berlin, et M. Mommsen était chargé de toute la publication.
    [...]
    Si le recueil des inscriptions romaines nous fait surtout connaître le savant, l'écrivain et le penseur se révèlent dans l'Histoire romaine. Quand le livre partit, il fut accueilli avec admiration en Allemagne d'abord, puis dans les différents pays du monde lettré où il fut vite traduit dans toutes les langues. C'est qu'il marquait une évolution très intéressante dans la méthode historique. A cette époque, Niehuhr et son école étaient encore fort en honneur; à ceux qui acceptaient sans discussion les traditions antiques sur l'origine de Rome, telles que nous les ont transmisesTite-Live et ses contemporains, avaient succédé des historiens qui prétendaient interpréterles légendes et démêler la vérité sous la fable. M. Mommsen, moins hardi, mais non moins sceptique, laissa résolument de côté toutes ces traditions et essaya, non point de reconstruire la suite des faits à l'époque royale, mais de se faire une idée des peuplades primitives de l'Italie et des origines de Rome par l'analyse de la religion et l'examen des langages; il substitua donc une méthode scientifique à des conceptions hypothétiques. Ce qui frappa aussi l'attention dans l'œuvre de M. Mommsen, c'est la façon si personnelle dont les faits y étaient présentés. Esprit froid et calculateur, très ennemi de la politique de sentiment, très épris, en histoire, d'autorité, également hostile au régime démocratique qu'il juge dangereux et au parti des patriciens qu'il méprise, entier et exclusif dans ses conceptions, l'auteur prend parti avec feu pour on coutre ceux dont il parle; et, comme il aime à vivifier le passé par des comparaisons avec le présent, il traite sans hésiter Pompée de caporal, Caton de Don Quichotte et Sylla de Cromwell. Les expressions risquées elles-mêmes ne l'effraient point quand il veut parler des joueuses de flûte syriennes à l'époque impériale, il les compare tout naturellement aux «cocottes parisiennes». Ces hardiesses de pensée et d'expression, qui soulignent des conceptions très neuves de l'histoire de Rome, font du travail une œuvre singulièrement attachante, tandis que la sûreté des informations et la précision absolue dans les moindres détails, malgré l'absence presque complète de références, lui assurent une grande valeur documentaire. Le quatrième volume qui doit contenir l'histoire des différents empereurs n'a pas encore paru; M. Mommsen a voulu écrire d'abord le cinquième où il raconte l'histoire du monde romain à l'époque impériale, estimant que ce récit était plus nouveau et plus instructif.»

    RENÉ-LOUIS-VICTOR CAGNAT, article «Théodore Mommsen», La Grande Encyclopédie, Paris, 1898, tome vingt-quatrième. Voir ce texte.

    Oeuvres

    Publications originales
    Bibliographie établie par R. Cagnat (voir op.cit)

    Thèse inaugurale, Ad legem de scribis et viatoribus et de auctoritate (1843)
    De collegiis et sodaliciis Romanorum (1843)
    Die röm. Tribus in administratives Beziehung (1844)
    Epigraphische Analekten (1849; se continuent dans les années suivantes)
    Die unteritalischen Dialekte (9850); Ueber den Chronographen vonm Jahre 354 (1850)
    Römische Urkunden (1850)
    Das Edit. Diokletian (1851; publié à nouveau en 1893)
    Inscriptiones regni Neapoletani (1852)
    Die röm. Feldmesser (1802)
    Römische Geschichte (1854; se continue dans les années suivantes et a eu huit éditions)
    Inscriptione Confæderationis helvetica (1854)
    Die Stadtrechte der latinischen Gemeinden Salpensa and Malaca (1855)
    Die Rechtsfrage zwischen Cæsar und dem Senat (1857)
    Volusii Macciani distribulio paritum (1857)
    Die röm. Chronologie bis auf Cæsar (1858)
    Geschichte das röm. Munzwesens (1860)
    Juris antejustiniani fragmenta (1861)
    Verzeichniss der röm. Provinzen aufgesetz und 297 (1862)
    Corpus inscr. lat. (t. I, 1863)
    Röm. Forschungen (1863)
    Res Gestæ Divi Augusti (1865, republié en 1883)
    Digesta Justiniani Augusti (1868)
    Plinii epistulæ et panegyricus (1870)
    Röm. Staatsrecht (1871; se continue dans les années suivantes)
    Corp. inscr. lat. (t. V, 1872)
    Observationes epigraphicæ (dans L'Ephem. epigr., 1872; se continuent dans les volumes suivants)
    Corp. inscr. lat. (t. III, 1873)
    De militär System Cæsars (1877)
    Corp. inscr. lat. (t. VIII, 1881)
    Jordanis Romana et Gatica (1882)
    Corp. inscr. lat. (t. IX, X, 1883)
    Die Conscriptionsordnung der Röm. Kaiserzeit (1884)
    Röm. Geschichte (t. V, 1885)
    Das röm. Militarwesen seit Diokletian, (1889)
    Chronica minora sœculi IV, V, VI, VII (1891).


    Traductions françaises en ligne
    Histoire romaine, tomes I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII (sur Gallica-BNF)

    Histoire de la monnaie romaine, tomes I, II, III, IV (sur Gallica-BNF)

    Le droit public romain, tomes I, II, III, IV, V, VI, VII (sur Gallica-BNF)

    Documentation

    Taillandier, Saint-René. "L'histoire en Allemagne - Nouvelles écoles : M. H. Fichte et M. Th. Mommsen", Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 17, 15 octobre 1858, p. 721-755 (Bibliothèque nationale de France, Gallica - mode image, format PDF)
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    Données biographiques
    Nationalité
    Allemagne
    Naissance
    1817, Garding
    Déces
    1903
    Documents Associés
    Gaston Boissier
    Histoire de l'antiquité, rivalité France-Allemagne, César, césarisme
    René-Louis-Victor Cagnat
    Histoire de l'antiquité, méthode scientifique, épigraphie
    Numa-Denys Fustel de Coulanges
    Alsace, revendications territoriales, principe de nationalité
    Raccourcis
    Mommsen et la nunismatique (ArchivesMonetaires.org)

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