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Audubon John James

1785-1851
Goshawk, Stanley Hawk (No. 29). Metropolitan Museum of Art, New York. Domaine public. Licence CC0 1.0 Universelle
John James Audubon, Goshawk, Stanley Hawk (No. 29). Metropolitan Museum of Art. Domaine public

Né aux Cayes, à Saint-Domingue, fils illégitime d'un capitaine de vaisseau de la marine marchande et d'une dominguoise, il est élévé en France, en région nantaise, par sa belle-mère. Il entretint plus tard la légende, qu'aucun document n'atteste, qu'il étudia dans l'atelier du célèbre peintre révolutionnaire, Jacques-Louis David. Fuyant la conscription au sein des armées napoléoniennes, il part pour l'Amérique où son père était propriétaire d'une ferme près de Philadelphie. Montrant peu d'enthousiasme pour l'administration d'une propriété agricole, floué par l'intendant des lieux, Audubon s'abandonne à sa fascination pour les oiseaux. Il entreprend des essais de baguage d'oiseaux, les premiers essais du genre en sol américain, qui lui permettent d'établir la permanence de la nidification de certaines espèces. Il quitte la Pensylvannie pour ouvrir un commerce au Kentucky, mais sans plus de succès. Sa vie devient dès lors une longue série d'aventures, d'échecs commerciaux et d'épreuves.

Suivant les traces des Bartram, père et fils, et compétitionnant avec l'ornithologiste Wilson, il forme le dessein de recenser et de peindre l'ensemble des oiseaux d'Amériques du Nord. De la Louisiane aux Keys de la Floride, jusqu'aux territoires nouvellement ouverts dans le Mid-West, et plus tard jusqu'aux côtes de l'Atlantique, s'ébauche l'oeuvre d'art naturaliste la plus fascinante de tous les temps.

Il entreprend un long séjour en Europe pour trouver le financement pour faire imprimer son oeuvre et trouver les artisans capables de reproduire avec la finesse nécessaire ses aquarelles. Son séjour en Europe fut un énorme succès: l'«American Woodsman», l'homme des bois qui se promenait dans les rues de Paris avec sa pelure d'ours, les cheveux imprégnés d'une odorante graisse d'ours, suscita la plus vive curiosité; il fit la rencontre de Cuvier, de Charles Bonaparte qui se piquait d'ornithologie, de Redouté, le grand peintre floral et de nombreux scientifiques qui contribuèrent financièrement à la cause de son oeuvre.

Les récits légendaires d'une existence mouvementée, tout entière tendue vers la réalisation de son projet d'encyclopédie des oiseaux d'Amérique, ont fait de lui une des figures les plus populaires de l'histoire américaine, popularité attestée par les innombrables musées, de parcs, lieux publics nommés à sa mémoire, sans compter la Société Audubon, la plus importante association vouée à la protection de la faune et de la nature aux États-Unis.

Audubon fut non seulement un observateur de la faune ailée d'une sensibilité inégalée, mais un artiste d'un niveau qui le classe parmi les plus grands. Ses grandes compositions possèdent l'élégance et la finesse de dessin des grands artistes de la Renaissance, Raphaël en particulier.

Ces grands observateurs [Wilson et Audubon] ont une chose qui les met à part. Leur sentiment est si fin, si précis, que nulle généralité n' y satisfait ; ils observent par individu. Dieu ne s' informe pas, je pense, de nos classifications: il crée tel être, s'inquiète peu des lignes imaginaires, dont nous isolons les espèces. De même, Wilson ne connaît pas d'oiseaux en général, mais tel individu, de tel âge, de telle plume, dans telles circonstances. Il le sait, l'a vu, revu, et il vous dira ce qu' il fait, ce qu' il mange, comme il se comporte, telle aventure enfin, telle anecdote de sa vie. «J'ai connu un pivert. J'ai souvent vu un baltimore. Quand il s'exprime ainsi, vous pouvez vous fier à lui; c'est qu' il a été avec eux en relation suivie, dans une sorte d' amitié et d' intimité de famille. Plût au ciel que nous connussions l'homme à qui nous avons affaire, comme il a connu l'oiseau qua, ou le héron des Carolines!

Il est bien entendu et facile à deviner que, quand cet homme-oiseau revint parmi les hommes, il ne trouva personne pour l' entendre. Son originalité toute nouvelle, de précision inouïe; sa faculté unique d' individualiser (seul moyen de refaire, de recréer l'être vivant) fut justement l'obstacle à son succès. Ni les libraires, ni le public, ne voulaient rien que de nobles, hautes et vagues généralités, tous fidèles au précepte du comte de Buffon: généraliser, c' est ennoblir; donc prenez le mot général.

Il a fallu le temps, il a fallu surtout que ce génie fécond après sa mort fît un génie semblable, l'exact, le patient Audubon, dont l'oeuvre colossale a étonné et conquis le public, démontrant que la vraie et vivante représentation de l'individualité est plus noble et plus grandiose que les oeuvres forcées de l'art généralisateur. (Jules Michelet , L'Oiseau)


Ses dernières années furent adoucies par le succès scientifique et commercial de son oeuvre. Il avait entrepris, peu avant sa mort, un grand ouvrage sur les quadrupèdes vivipares d'Amérique du Nord, ainsi que des Biographies ornithologiques, rédigées en collaboration avec l'ornithologiste écossais William MagGillivray. Les deux ouvrages furent achevés et publiés par son gendre après la mort d'Audubon survenue en 1851, sur sa propriété d'Hudson, près de New York, aujourd'hui le Parc National Audubon.

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