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    Impression du texte

    John Cowper Powys

    Écrivain anglais, romancier, essayiste et conférencier dont l'ensemble de l'oeuvre tend à réhabiliter les sens comme moyens d'accéder à la vérité, qui est vie, et à la vie qui est vérité.

    Biographie

    Cet écrivain anglais, romancier, essayiste, conférencier mérite aussi le titre de philosophe, si l'on veut bien admettre dans cette confrérie un auteur qui atteint le coeur des choses soit avec les mots de tous les jours, soit avec des mots qui semblent tirés d'une imagination délirante, comme moi ichthyosaure. Ce mot est peut-être celui qui évoque le mieux l'intuition première de Powys.Le moi ichthyosaure est celui qui a des racines profondes à la fois dans le sub-humain, jusqu'aux poissons primitifs et dans le sur-humain, ce dont témoignent ces extases éphémères, mais nécessaires, qui rappellent le bond des poissons hors de l'eau.

    Personne ne me reprochera de présenter un tel auteur sur le mode subjectif. La raison pour laquelle je l'ai cherché, découvert et aimé, montre bien son originalité. De longs travaux en anthropologie médicale m'avait amené à poser la question suivante: quelle est cette faculté en nous qui nous permet de distinguer spontanément ce qui nous fait du bien? Cette question m'avait été inspiré par ce mot de Nietzsche sur la maladie: «L'homme dégénéré est celui qui ne sait pas distinguer ce qui lui fait du mal.» Il me semblait évident que c'était la question la plus importante à poser à propos de la santé humaine. Le XXe siècle a produit en surabondance des ouvrages théoriques sur la vie saine, les gouvernements publient des chartes de la nourriture. Il n'empêche que dans le pays phare de notre époque, les États-Unis, le taux d'obésité atteint des proportions alarmantes. Ce mal semble gagner les autres pays riches du monde. Cela signifie qu'en dépit de toute la science mise à notre disposition, nous ne savons plus distinguer ce qui nous fait du bien.

    Je n'ai pas trouvé de réponse à ma question dans les nombreux ouvrages de médecine et d'anthropologie médicale que j'ai consultés et aucun des savants à qui j'ai posé ma question n'a pu m'élairer davantage. J'en ai été réduit à formuler l'hypothèse vague qu'un imaginaire riche favorisait le développement de l'aptitude à distinguer ce qui nous fait du bien. Mais qu'est-ce qu'un imaginaire riche, et comment l'enrichir lorsqu'il est pauvre? Je tenais pour acquis que le rapport au monde par les sens était la réponse à cette question. D'où mon vif intérêt pour un livre intitulé L'apologie des sens aperçu dans une vitrine de librairie. Voici le premier commentaire que ce livre m'a inspiré:

    «Dans sa réflexion sur les causes de la perte d'authenticité, et du malheur qui en résulte, John Cowper Powys dénonce le moi grégaire, le moi sensible aux opinions et aux images de la multitude. Il le tient responsable de la rupture de nos liens avec les éléments sub-humains comme avec les éléments super-humains de notre être. Au moi grégaire, il oppose «le moi-ichtyosaure afin de mettre en lumière le lointain arrière-plan, végétal-reptile-saurien, de l'âme humaine.»

    "Si nous semblons de nos jours lamentablement malheureux, tous tant que nous sommes, c'est que les éléments humains grégaires de notre "Je suis moi"ont chassé de celui-ci les éléments sub-humains comme les éléments super-humains. Ce livre se propose donc de battre en brèche certains éléments grégaires de la vie dans le monde contemporain, ainsi que certaines traditions grégaires de l'humanité qui ont force de loi parmi nous, et qui me paraissent en passe d'exterminer à petit feu toute forme de bonheur calme et extatique, le seul qui soit réellement digne d'organismes comme les nôtres, avec derrière eux cette longue histoire et devant eux ces amples espérances."(1)

    La faculté par laquelle, nous distinguons ce qui fait notre bonheur, Powys l'appelle raison imaginative: "une sorte de vision complexe et sublimée de la totalité de la nature individuelle de chacun, y compris ses cinq sens, ses facultés d'intuition et de connaissance, ses réactions imaginatives et émotionnelles, en même temps que ce que les dieux, dans leur bonté, lui ont donné en sus de raison et de logique."(2)

    N'accusons pas trop vite Powys d'en être resté à la pensée naïve. Il avait prévu les objections à sa raison imaginative.

    «It is often very late in a person's life when he makes the exciting and illuminating discovery that we all have a right to sink down into the depths of our individual being and judge everything from that standpoint. This extreme point of private judgement, this philosophical "solipsism," has been ably and acutely refuted again and again.There can be no doubt that an immense number of cogent trains of logical thinking are capable of exposing this attitude and reduce it to nothing. But all the same I think it is the right attitude. One comes by degrees, as one gets older, to regard learning and logic and all those lower forms of of the mind's activity - such as the older German philosophers used to name the understanding - with more and more suspicion. If you give me a mathematical proof that an objectiv philosophy is superior to a subjectiv one,, your reasoning does not influence me, no not one jot or tittle.
    What I use when I think, or when I come to a tentative and suspended conclusion is what Cardinal Newman (who Carlyle said had no more brain than a rabbit) was accustomed to call the illative sense. By this I fancy Newman meant very much what Mattehew Arnold indicated when he used the expression imaginative reason. (3)

    Bien que je ne connaisse encore qu'une infime partie de l'oeuvre de Powys, j'ai le sentiment d'avoir trouvé chez lui la seule réponse possible à ma question et j'ai acquis la conviction que s'il existe une façon de rétablir ou d'enrichir la faculté de distinguer ce qui nous fait du bien, ce ne peut être qu'en suivant les conseils de Powys sur l'art de vivre et le bonheur.

    «Que pourriez-vous faire de mieux, jeune homme, jeune fille, pour la race humaine aujourd'hui? Simplifier votre vie individuelle, jusqu'à ce qu'elle devienne un épitome microcosmique de ce lointain Age d'Or! Simplifier vos désirs, jusqu'à savourer chaque sensation physique avec une extase sacramentale. Simplifier pour votre bonheur vos exigences auprès de ceux que vous aimez sans exprimer revendications pleurnichardes, attendrissements sur soi, reproches exaspérants envers eux. Ce n'est pas seulement votre propre bonheur qui viendra alors à vous à travers cette attitude solitaire, stoïque, détachée envers l'altérité de ces vies si intimement reliées à la vôtre.
    Tout ce mouvement secret en faveur d'un anarchisme contemplatif, spirituel, n'est pas simple retour à une vie de sensation, opposée à une vie d'action. C'est s'abandonner à la seule chose, en ce bref moment d'Etre entre deux Silences impénétrables, qui possède une grandeur authentique et majestueuse digne des traditions les plus nobles de notre race.
    Se battre pour le pouvoir sur les masses n'est pas une chose noble ou digne, ni une chose digne de réelle noblesse. Il faut faire trop de sacrifices. Personne ne peut conserver son respect de soi et manier les foules. Tous ceux qui gouvernent vraiment—sauf ceux qui ont la chance de pouvoir se cacher—deviennent les esclaves de leurs propres ruses et les victimes de leur propre despotisme.

    (1)John Cowper Powys, Apologie des sens, Jean-Jacques Pauvert, Paris 1975, p.27.
    (2) Ibidem, p.29.
    (3) John Cowper Powys, In defense of Sensuality, The Camelot Press, London, 1930, p.12
    (4)John Cowper Powys, A Philosophy of Solitude (pp.190-1 traduit par Jacqueline Peltier
    Commentaire sur l'autobiographie de John Cowper Powys.

    «Les relations de JCP avec les autres sont marquées par un sentiment, une sensibilité humaine particuliers. Leur présence est au plus haut point réelle et physique, quelque important que soit le nombre d’acteurs présents sur la scène.
    Et ils partagent les souffrances de la vie, étant sur le plan existentiel aussi vulnérables que lui. Tous les êtres sont ainsi perçus comme des organismes vivants, avec des capacités différentes pour exercer une activité mentale et rayonner " apportant en quelque sorte une preuve d’existence au milieu de son scepticisme. Cette preuve émerge dans son commentaire sur les mots de Jésus:"Je suis la Vérité":
    Quelles qu’aient pu être Ses erreurs au sujet de Dieu, du Péché et du Jugement, sur ce point essentiel le Christ avait sûrement raison: en ce monde composé de bulles mentales, l’ultime "vérité" réside en un organisme vivant.
    Son incessante défense du droit de jouir et de profiter des perceptions sensorielles dérive de ce principe " sans doute sujet à controverse théologique " que la vérité, au"delà de toutes "les bulles mentales", de toutes les vérités", c’est l’organisme vivant. Mais la dimension religieuse est aussi manifeste, comme lorsque dans un certain contexte, il souhaite changer le fameux aphorisme cher à Carlyle: "travailler c’est prier" en une devise à lui: "endurer, c’est prier" qui à son tour s’élargit en "endurer avec allégresse, c’est voir la face de Dieu."
    Cette preuve fondamentale de l’existence est aussi à la racine de sa conviction égalitaire très marquée qu’il trouve réalisée à une plus vaste échelle dans l’Amérique démocratique que dans son propre pays avec son système de classes; et profondément ancré en lui, du sens d’identité avec toutes les choses vivantes, ce qui le conduit à son empathie avec elles, et à ses tirades contre l’oppression sociale, l’enfance maltraitée et la vivisection " contre toute cette souffrance qui menace les organismes vivants, surtout ceux qui sont les plus opprimés, mis à l’écart, vulnérables. Il prend le parti des gens privés de droits sociaux, défend la cause des animaux. Il est ainsi indéniable qu’une dimension sociale se développe autour de ses cellules nerveuses d’idéaliste, créant l’espace
    d’une dialectique qui va au delà de la tour d’ivoire de "la conscience sensorielle purifiée."
    Le droit sacré d’un organisme vivant d’aller où il veut, de poursuivre son développement intérieur jusqu’aux ultimes limites de ses possibilités sensorielles et mentales semble être la toile de fond et mettre l’accent sur la virtuosité linguistique qui éclate dans Autobiographie. Car cette autobiographie, dans sa langue, représente un exploit incomparable, marqué par son dynamisme, ses paradoxes réitérés, ses conjurations chaotiques. Ceka nous rappelle que Rabelais fut l’un des modèles de JCP comme écrivain. Pour tous deux le vocabulaire doit être extrêmement étendu. Aucune inhibition ne doit limiter cet acte de jonglerie verbale. Des digressions, des répétitions incessantes et voluptueuses de "péchés, vices, faiblesses, manies", des commentaires inépuisables sur le monde et la vie, et contredisant souvent mais qui forment à la fin une large encyclopédie d’idées et de spéculations autres " toutes attrayantes et susceptibles d’une réalisation collective " ou d’une brusque réfutation..

    Ingemar Algulin
    La lettre powysienne, No 5, Printemps 2003



    Powys et Goethe
    «Tandis que pour des causes diverses " parmi elles on pourrait citer l’influence mondiale de la culture américaine, les deux guerres " les Anglais perdaient au XXème siècle tout intérêt pour la culture allemande, il resta au moins un auteur qui en dépit des modes garda toute sa vie une admiration profonde pour Goethe. John Cowper Powys (1872"1963) se sentait parfois être une réincarnation du poète"philosophe allemand. Dans son Autobiographie, chef d’oeuvre bizarre et magnifique, il se définit comme "un Goethe né dans le
    Derbyshire." Jeune homme, Le voyage en Italie de Goethe l’accompagnait, et il se jouait le rôle de "John Powys visitant les Fontaines de Rome." Bien qu’il aimât Goethe et la culture allemande classique, il haïssait la politique allemande. Pendant les deux guerres mondiales, il composa des livres contre l’idéologie impériale et nationale de l’Allemagne. Dans The War and Culture (1914), où il encourage un engagement américain, il oppose la culture allemande, symbolisée par Weimar et Goethe, à l’Allemagne prussienne»

    Elmar Schenkel,
    La Lettre Powysienne  No. 3  printemps 2002

    Jugements de Henry Miller et George Steiner


    "S'il me fallait définir en peu de mots la magie de cet auteur, je dirais qu'il est “possédé par le souffle des dieux", formule qui ne rend qu'imparfaitement le double aspect ténébreux et lumineux de son œuvre.
         [...] A quoi bon la fraternité des hommes, semble-t-il dire, si elle n'inclut pas tout ce qui vit et respire ?
         [...] Oui, un type tout à fait remarquable. De ce monde-ci et du suivant. Et des mondes à naître. Frère John est son surnom.
         [...] Lui seul était capable de faire décrire un tour complet à sa tête. Lui seul entre tous possédait le langage universel."
         
    Henry Miller, traduction de Roger Giroux dans John Cowper Powys, Granit, 1973.

         John Cowper Powys était un maître de la langue anglaise, peut-être le plus grand de notre temps.
       
    George Steiner (op. cité)


    Oeuvres

    En français, chez José Corti:



             
     L’art d’oublier le déplaisir, 1997.
              
    Petrouchka et la danseuse, 1998.
              
    L’art de vieillir, 1999.
              
    Esprits-frères, 2001.
              
    La Religion d'un sceptique, 2004

    Chez d'autres éditeurs:

    Autobiographie, Gallimard, 1965.
              
    Toits pointus, Mercure de France, 1965.
              
    Wolf Solent, Gallimard, 1967.
              
    Les Enchantements de Glastonbury, 4 vol., Gallimard, 1976.
              
    La Fosse aux Chiens, Le Seuil, 1976.
              
    Morwyn, Veyrier, 1978.
              
    Le Sens de la culture, L’Âge d’Homme, 1982.
              
    Givre et sang, Le Seuil, 1982.
              
    Les Sables de la mer, Bourgois, 1983.
              
    Une Philosophie de la Solitude, La Différence, 1984.
              
    L’Art du Bonheur, L’Âge d’Homme, 1984.
              
    Tout ou rien, Minerve, 1988.
              
    Camp retranché, Grasset, 1988.
              
    Cahier J.-C. Powys, Granit, 1989.
              
    Comme je l’entends, Le Seuil, 1989.
              
    Romer Mowl, P. Desmoulains, 1989.
              
    Les Montagnes de la Lune, Minerve, 1991.
              
    Les Plaisirs de la Littérature, L’Âge d’Homme, 1995.

    Documentation



    Abonnement:
    Jacqueline Peltier
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    J.Peltier@laposte.net

    La lettre powysienne dans un premier temps s'est concentrée sur John Cowper, sans doute le plus connu en France des trois frères écrivains. J'aimerais à l'avenir faire connaître les autres membres importants de la fratrie Powys, dont Theodore et Llewelyn, moins bien connus. La lettre powysienne est à parts presque égales bilingue, français/anglais, car elle nourrit l'ambition d'être européenne; je me propose aussi de publier, si l'occasion se présente, des textes autres que français ou anglais, avec la traduction en regard bien sûr, chaque fois que ce sera possible. La lettre powysienne ne se veut pas académique, savante, mais un lieu de rencontre ouvert à tous, qui rendra compte autant que possible des événements importants, des nouvelles parutions, des conférences autour de Powys, mais permettra aussi l'échange, à travers des articles, la discussion, les découvertes...
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    Données biographiques
    Nationalité
    Angleterre
    Naissance
    8/10/1872, Shirley, Angleterre
    Déces
    17/6/1963
    Raccourcis

    Référence


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