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    Ivrognerie

    Définition

    Habitude de s'enivrer

    Enjeux

    La pensée chrétienne condamne avec virulence l'ivrognerie, qui semble avoir menacé le bon ordre des monastères (voir homélie de Saint Basile). Pourtant dès les Confessions de Saint Augustin, imprégné de pensée grecque et latine, la pensée chrétienne nourrit également le soupçon que l'ivrognerie pourrait être un moyen d'échapper aux maux de ce monde. L'idée sera reprise à l'âge romantique par Baudelaire avec l'idée que le vin constitue un "paradis artificiel".

    Documentation

    Montaigne, "De l'ivrognerie", Essais, II,2
    « Or l'yvrongnerie, entre les autres, me semble un vice grossier et brutal. L'esprit a plus de part ailleurs; et il y a des vices qui ont je ne sçay quoy de genereux, s'il le faut ainsi dire. Il y en a où la science se mesle, la diligence, la vaillance, la prudence, l'adresse et la finesse; cettuy-cy est tout corporel et terrestre. Aussi la plus grossière nation de celles qui sont aujourd'huy, est celle là seule qui le tient en credit. Les autres vices alterent l'entendement: cettuy-cy le renverse, et estonne le corps: cum vinis vis penetravit,
    Consequitur gravitas membrororum, praependiuntur
    Crura vacillanti, tardescit lingua, madet mens,
    Nant oculi; clamor, singultus, jurgia gliscunt
    .
    Le pire estat de l'homme, c'est quand il pert la connoissance et gouvernement de soy.

    [...]

    Les escris mesmes de plusieurs Philosophes en parlent bien mollement; et, jusques aux Stoyciens, il y en a qui conseillent de se dispenser quelque fois à boire d'autant et de s'enyvrer pour relacher l'ame: Hoc quoque virtutum quondam certamine, magnum
    Socratem palmam promeruisse ferunt
    .
    Ce censeur et correcteur des autres, Caton a esté reproché de bien boire,

    Narratur et prisci Catonis
    Saepe mero caluisse virtus
    .
    Cyrus, Roy tant renommé, allegue entre ses autres louanges, pour se preferer à son frere Artaxerxes, qu'il sçavoit beaucoup mieux boire que luy. Et, és nations les mieux reiglées et policées, cet essay de boire d'autant estoit fort en usage. J'ay ouy dire à Silvius, excellant medecin de Paris, que, pour garder que les forces de nostre estomac ne s'apparessent, il est bon, une fois le mois, les esveiller par cet excez, et les picquer pour les garder de s'engourdir. Et escrit-on que les Perses, apres le vin, consultoient de leurs principaux affaires. Mon goust et ma complexion est plus ennemie de ce vice que mon discours. Car, outre ce que je captive aysément mes creances soubs l'authorité des opinions anciennes, je le trouve bien un vice lache et stupide, mais moins malicieux et dommageable que les autres, qui choquent quasi tous de plus droit fil la societé publique. Et si nous ne nous pouvons donner du plaisir, qu'il ne nous couste quelque chose, comme ils tiennent, je trouve que ce vice coute moins à nostre conscience que les autres; outre ce qu'il n'est point de difficile apprest, et malaisé à trouver, considération non mesprisable. »


    ***
    ****



    Voir le commentaire de ce renversement du jugement dans l'Encyclopédie Montaigne :
    « Dans le chapitre II 2, "De l'ivrognerie", tout se passe comme si l'essayiste cherchait à dépasser l'impression initiale qui le pousse à condamner l'ivrognerie par dégoût naturel. Certes, l'ivrognerie est un vice. Mais peut-on se satisfaire d'une réaction instinctive pour le condamner ? La question reste entière de savoir avec quel degré de sévérité il faut condamner. L'essayiste le compare à d'autres vices : si l'homme ne peut pas vivre sans un vice quelconque, ne pourrait-on faire preuve de quelque indulgence à l'égard de celui-ci en particulier ? Il faut se donner le temps de s'informer sur la manière dont le penchant à la boisson est considéré dans diverses cultures : non seulement il n'est pas condamné partout avec la même intensité, mais certains peuples ne le condamnent même pas . En outre, si l'on " confère " ce vice avec d'autres, il n'est pas douteux que l'on doive préférer se gorger de vin plutôt que d'exercer la cruauté, par exemple. Montaigne réussit ainsi à s'arracher à sa réaction première de dégoût, et à définir une attitude plus juste en faisant alterner son jugement. Le lecteur doit alors faire attention à ne pas prendre pour argent comptant la réévaluation positive de ce vice, comme si l'ivrognerie devait maintenant être approuvée. Le jugement alternatif, de quelque nature qu'il soit, doit être ressaisi dans le cadre dynamique de l'essai. L'invention d'un autre jugement modère le sentiment initial, sans que l'essayiste adhère au nouveau "discours". »
    Marc Foglia, "Figures de l'alternance", in La formation du jugement chez Montaigne



    Baudelaire, "Le vin des chiffonniers", dans Les Fleurs du Mal, Spleen et idéal.
    Souvent, à la clarté rouge d'un réverbère
    Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre,
    Au coeur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux
    Où l'humanité grouille en ferments orageux,

    On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête
    Butant, et se cognant aux murs comme un poète,
    Et sans prendre souci des mouchards, ses sujets,
    Épanche tout son coeur en glorieux projets.

    Il prête des serments, dicte des lois sublimes,
    Terrasse les méchants, relève les victimes,
    Et sous le firmament comme un dais suspendu
    S'enivre des splendeurs de sa propre vertu.

    Oui, ces gens harcelés de chagrins de ménage,
    Moulus par le travail et tourmentés par l'âge,
    Éreintés et pliant sous un tas de débris,
    Vomissement confus de l'énorme Paris,

    Reviennent, parfumés d'une odeur de futailles,
    Suivis de compagnons, blanchis dans les batailles
    Dont la moustache pend comme les vieux drapeaux.
    Les bannières, les fleurs et les arcs triomphaux

    Se dressent devant eux, solennelle magie !
    Et dans l'étourdissante et lumineuse orgie
    Des clairons, du soleil, des cris et du tambour,
    Ils apportent la gloire au peuple ivre d'amour !

    C'est ainsi qu'à travers l'Humanité frivole
    Le vin roule de l'or, éblouissant Pactole ;
    Par le gosier de l'homme il chante ses exploits
    Et règne par ses dons ainsi que les vrais rois.

    Pour noyer la rancoeur et bercer l'indolence
    De tous ces vieux maudits qui meurent en silence,
    Dieu, touché de remords, avait fait le sommeil ;
    L'Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil !


    Baudelaire, "Le vin" (extrait) dans Les Paradis artificiels

    «Profondes joies du vin, qui ne vous a connues ? Quiconque a eu un remords à apaiser, un souvenir à évoquer, une douleur à noyer, un château en Espagne à bâtir, tous enfin vous ont invoqué, dieu mystérieux caché dans les fibres de la vigne. Qu'ils sont grands les spectacles du vin, illuminés par le soleil intérieur ! Qu'elle est vraie et brûlante cette seconde jeunesse que l'homme puise en lui ! Mais combien sont redoutables aussi ses voluptés foudroyantes et ses enchantements énervants. Et cependant dites, en votre âme et conscience, juges, législateurs, hommes du monde, vous tous que le bonheur rend doux, à qui la fortune rend la vertu et la santé faciles, dites, qui de vous aura le courage impitoyable de condamner l'homme qui boit du génie ? »


    .... voir ce poème en prose dans notre dossier Vin ....

    [...]
    « Je tomberai au fond de ta poitrine comme une ambroisie végétale. Je serai le grain qui fertilise le sillon douloureusement creusé. Notre intime réunion créera la poésie. À nous deux nous ferons un Dieu, et nous voltigerons vers l'infini, comme les oiseaux, les papillons, les fils de la Vierge, les parfums et toutes les choses ailées. »

    Voilà ce que chante le vin dans son langage mystérieux. Malheur à celui dont le coeur égoïste et fermé aux douleurs de ses frères n'a jamais entendu cette chanson !



    Bibliographie
    Un thème abordé dans l'Antiquité grecque et romaine, à l'occasion des discussions sur l'ébriété et sur le bonheur:
    Platon, Le Banquet
    Horace, Odes
    Sénèque, De tranquillitate animi
    Lettre à Lucilius, lettre 83
    Augustin d'Hippone, Confessions

    Un vice honni au Moyen Age:
    Basile le Grand, Contre l'ivrognerie

    Un thème à la mode au XVI° siècle :
    Pierre de Messie, Diverses leçons
    Guillaume Bouchet, Sérées I,5
    Montaigne, "De l'ivrognerie", Essais II,2

    Un retour au XIX° siècle:
    Baudelaire, «Le vin des chiffoniers», «Le vin des amants», «Le vin de l'assassin», «Le vin du solitaire», dans Les Fleurs du Mal.
    «Du vin et du haschich, comparés comme moyens multiplicateurs de l'individualité», dans Les Paradis artificiels.
    Emile Zola, L'Assommoir
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    sobriété
    Allemand
    Trunksucht
    Anglais
    habitual drunkenness
    Raccourcis
    Homélie, discours et lettres choisies de S. Basile-le-Grand, traduits par M. l'Abbé Auger, à Lyon, chez F. Guyot, libraire-éditeur, Aux Trois vertus théologales, 1827, numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais, Pâques 2005

    Montaigne, "De l'ivrognerie", Essais (II,2)

    "Le vin chez Baudelaire", par Michel Balmont

    Les Paradis artificiels de Baudelaire, sur litteratura.com

    Dossier Vin dans l'Encyclopédie de l'Agora

    Référence


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