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    Eugénisme

    L'ancien et le nouvel eugénisme : les leçons de l'Histoire. Conférence de Jacques Battin, professeur émérite de pédiatrie et génétique médicale à l'Université Victor Segalen Bordeaux 2 et membre titulaire de l'Académie nationale de médecine. Donnée à l'Université Victor Segalen Bordeaux 2 dans le cadre du cycle de conférences "L'invité du Mercredi", saison 2004-2005 sur le thème "La mort : Regards croisés". 17 novembre 2004 .

    Le mot eugénisme vient du grec eu (bien) et gennân (engendrer) signifie littéralement bien naître. Il fut employé pour la première fois dans ce sens par un cousin de Charles Darwin, le psychologue et physiologiste anglais Francis Galton (que l'on voit ici).
    Photo prise au cours des années 1850 ou 1860. Reproduite à partir de l'ouvrage suivant : Karl Pearson, The Life, Letters, and Labors of Francis Galton. Source en ligne : Wikimedia Commons

    Définition

    Ce mot qui vient du grec eu (bien) et gennân (engendrer) signifie littéralement bien naître. Il fut employé pour la première fois dans ce sens par un cousin de Charles Darwin, le psychologue et physiologiste anglais Francis Galton. On note avec intérêt qu'avant de forger le mot eugenics Galton utilisait le mot viriculture pour désigner la “science” qu'il avait fondée. La pratique correspondante remonte toutefois aux Spartiates, qui éliminaient les enfants mal conformés. Platon lui-même a élaboré un programme de mariage eugénique. Plus tard, Thomas More et Campanella se préoccuperont du problème. En 1779, un médecin allemand, J. Peter, propose des mariages eugéniques dans son Système complet de police médicale.

    Les origines de l'eugénisme moderne, scientifique, ne sont donc pas allemandes, comme plusieurs sont portés à le croire, en raison de la publicité ayant entouré les pratiques nazies, mais anglo-saxonnes. Dans ce cas, comme dans bien d'autres, les Nazis n'ont fait qu'appliquer, en les déformant jusqu'à l'horreur, des théories forgées ailleurs. C'est dans le monde anglo-saxon, où la tradition démocratique le mettait à l'abri de tout excès, que l'eugénisme a continué de se développer.

    Enjeux

    Collectif l'eugénisme était une horreur, individualisé on dirait qu'il prend du chic.

    Par Francine Mackenzie, présidente du Conseil du statut de la femme du Québec

    "[...] Divers autres facteurs favorisent actuellement le développement d'un nouvel eugénisme, notamment les progrès récents en génétique et un certain retour aux sources du libéralisme. Même si la science-fiction s'est bien vite emparée de ses promesses, nul ne peut nier que la génétique constitue désormais une science sérieuse, par comparaison du moins avec la science de l'hérédité que prétendait avoir fondée Galton. La découverte de la structure de l'ADN à la fin des années cinquante aura été pour cette discipline l'équivalent de la théorie de la gravitation pour la physique. On sait de plus en plus de choses précises sur les mécanismes de transmission de la vie et des caractères héréditaires. On dispose d'autre part de techniques perfectionnées pour mettre ces connaissances en application. Par rapport aux techniciens qui peuvent aujourd'hui produire des embryons in vitro, les médecins et les biologistes du temps d'Hitler font figure de sorciers maladroits.

    Les progrès de la génétique ont permis de relativiser, en en montrant la complexité, la plupart des phénomènes de transmission héréditaire; ils ont aussi permis de démythifier le concept de race; mais ils ont du même coup, paradoxalement, créé de nouvelles conditions favorables à l'eugénisme. Les fous voulant créer une race pure ou saine par la stérilisation des indésirables ne sont plus à craindre. On ne les prendrait plus au sérieux. On peut donc considérer d'un bon oeil les manipulations ponctuelles de gènes et d'embryons: elles apparaissent comme de simples mesures préventives.

    Le libéralisme renaissant apporte sa propre légitimation à cette approche. Puisque les personnes qui choisissent les mères porteuses et les pères donneurs, ou qui décident d'éliminer un foétus infirme, agissent sur une base strictement privée et individuelle, sans visée totalitaire apparente, de quel droit entraver leur liberté? Ne sont-ils pas des adultes consentants? C'est ainsi que l'idéologie néo-libérale pourrait jouer insidieusement le même rôle que l'idéologie nazie il y a cinquante ans. En s'acheminant vers la population parfaite via une accumulation de choix individuels présentés comme innocents, plutôt que sous la férule d'un État totalitaire, on gagne sur tous les tableaux. On évite le génocide et les stérilisations scandaleuses sans s'éloigner du but ultime.

    Pour toutes ces raisons, l'eugénisme négatif a été abandonné mais l'eugénisme positif est en pleine vogue. On ne fait plus d'élimination ni de mutilations, mais on choisit soigneusement ses donneurs et ses porteuses; surtout, on déprogramme allègrement la naissance d'individus qu'on aurait ensuite été tenté d'éliminer si la nature avait suivi son cours. Cet étrange eugénisme positif, qui ne remue aucune des vieilles cendres du nazisme, prend le plus souvent la forme du dépistage. Aux États-Unis et en Angleterre, on situe entre 3 et 5 % la proportion des nouveaux-nés atteints de troubles d'origine génétique. Aux États-Unis, 12% des admissions d'adultes à l'hôpital seraient imputables à des maladies d'origine génétique. Des désordres génétiques seraient aussi à l'origine de 15% des cas de déficience mentale."


    Source: Jacques Dufresne, La reproduction humaine industrialisée.

    Essentiel

    Chesterton rattache l'eugénisme au protestantisme et plus précisément au calvinisme. La croyance en la prédestination, dit-il en substance, a créé un climat favorable à l'eugénisme. Puisque la destinée terrestre et éternelle de l'homme est déterminée à la naissance, tout ce qui précède cette dernière et peut l'améliorer revêt une importance singulière.

    "Or tous les sociologues, eugénistes et autres, ne sont pas tant matérialistes que vaguement calvinistes. Ils sont tous préoccupés d'éduquer l'enfant avant sa naissance. [...] Ces Calvinistes concentrés ont supprimé quelques-unes des parties les plus libérales et universelles du Calvinisme, telle que la croyance en un ordre préconçu ou à une félicité éternelle. Mais bien que Mr Shaw et ses amis considèrent comme une superstition qu'un homme soit jugé après sa mort, ils s'accrochent à leur dogme central: qu'il est jugé avant sa naissance."

    Source: G. K. Chesterton, Ce qui cloche dans le monde, Paris, Gallimard, 1948

    Documentation

    François-Xavier Ajavon, L'eugénisme de Platon, Paris, L'Harmattan, collection "Ouverture Philosophique", 2002.

    André Pichot, La Société pure. De Darwin à Hitler, Paris, Flammarion, 2000, 460 p. Compte rendu de Jean-Marie Moretti, Études, juin 2000
    André Pichot, L'eugénisme ou les généticiens saisis par la philanthropie, Paris, éd. Hatier, "Optiques", 1995

    Jacques Dufresne, La reproduction humaine industrialisée (chap. 4 à 7)
    Jacques Dufresne, Les 16 jumeaux du Wisconsin, La Presse, 18 janvier 1985

    Ruth Hubbard, Eugenics, Reproductive Technologies, and "Choice", GeneWatch, vol. 14, no 1, janvier 2001

    Bioéthique: la tentation de l'enfant parfait (dossier du Courrier de l'Unesco, septembre 1999)

    Uniscope: Stérilisation et troubles mentaux (Uniscope, Université de Lausanne, format PDF)

    Alain Drouard, Introduction à l'histoire de l'eugénisme en Europe. Compte rendu de sa conférence (Génétique et liberté)
    Autres publications d'Alain Drouard
    Laurent Loty, Des utopies eugénistes aux problèmes bioéthiques et biopolitiques contemporains. Compte rendu de sa conférence (Génétique et liberté)

    Patrick Tort, L'Affaire Carrel. Sur la question de l'eugénisme, Le Monde diplomatique, juin 1998. Un texte polémique autour de la figure d'Alexis Carrel

    Daniel J. Kevles, Au nom de l'eugénisme – Génétique et politique dans le monde anglo-saxon, Paris, PUF, 1995

    En Allemagne

    Burleigh, Michael. Death and Deliverance: 'Euthanasia' in Germany 1900-1945, Cambridge University Press, 1994
    Burleigh, Michael. "Psychiatry, German Society and the Nazi 'Euthanasia' Programme", Social History of Medicine, vol. 7, no 2, août 1994, p. 213-228
    Weindling, Paul. Health, Race and German Politics between National Unification and Nazism 1870-1945, Cambridge University Press, 1989


    En Suisse

    L'eugénisme en Suisse (Campus, Université de Genève, format PDF)
    Jacques Gasser et Geneviève Heller (Institut universitaire d'histoire de la médecine et de la santé publique, Lausanne), Les débuts de la stérilisation légale des malades mentaux dans le canton de Vaud, novembre 1997 (Groupe romand d'accueil et d'action psychiatrique)
    La stérilisation des handicapés mentaux (Groupe romand d'accueil et d'action psychiatrique). "En Suisse, Auguste Forel et Eugen Bleuler ont pratiqué des stérilisations forcées et interné des personnes considérées comme «socialement déviantes. Un livre décrit leurs pratiques (Hirnriss, par Willi Wottreng, Ed. Weltwoche-ABC-Verlag, 1999, 310 pages)".
    Emmanuelle Allegra, La propagande néo-malthusienne à Genève à travers son organe:La Vie Intime (1908 - 1914). Mémoire (Université de Genève)

    En Angleterre

    Soloway, Richard A. Demography and Degeneration: Eugenics and the Declining Birthrate in Twentieth-Century Britain, University of North Carolina Press, 1990

    Pauline M. H. Mazumdar, Eugenics, Human Genetics and Human Failings: The Eugenics Society, its Sources and its Critics in Britain, London, Routledge, 1992. Cet ouvrage "retrace l'évolution du mouvement eugénique depuis ses origines, à l'époque des réformes sociales de l'Angleterre victorienne, jusqu'à son heure de gloire, lorsqu'il est devenu le fondement d'une théorie scientifique de la génétique humaine. L'auteur y présente une analyse historique des méthodes mathématiques et statistiques utilisées dans la science naissante de la génétique humaine, sorte d'entrée en matière pour l'étude des problèmes que posent aujourd'hui les ambitieux projets internationaux de cartographie du génome humain et la renaissance possible, dans leur sillage, d'un intérêt général pour l'eugénisme." (Société royale du Canada)

    "Sir Francis Galton" (The Science Show, 25 novembre 2000 - Radio National, Australian Broadcasting Corporation): Writer and performer Brian Lipson talks about his interest in the contentious 19th century scientist, Francis Galton."

    En Australie

    Wyndham, Diana Hardwick. Striving for National Fitness: Eugenics in Australia 1910s to 1930s. Thèse. University of Sydney, History. 1996: "Eugenics movements developed early this century in more than 20 countries, including Australia. However, for many years the vast literature on eugenics focused almost exclusively on the history of eugenics in Britain and America. While some aspects of eugenics in Australia are now being documented, the history of this movement largely remained to be written. Australians experienced both fears and hopes at the time of Federation in 1901. Some feared that the white population was declining and degenerating but they also hoped to create a new utopian society which would outstrip the achievements, and avoid the poverty and industrial unrest, of Britain and America. Some responded to these mixed emotions by combining notions of efficiency and progress with eugenic ideas about maximising the growth of a white population and filling the "empty spaces". It was hoped that by taking these actions Australia would avoid "racial suicide" or Asian invasion and would improve national fitness, thus avoiding "racial decay" and starting to create a "paradise of physical perfection". This thesis considers the impact of eugenics in Australia by examining three related propositions: 1. that from the 1910s to the 1930s, eugenic ideas in Australia were readily accepted because of concerns about declining birth rate; 2. that, while mainly derivative, Australian eugenics had several distinctive Australian qualities; 3. that eugenics has a legacy in many disciplines, particularly family planning and public health. (...)" (Australian Theses Digital Program - texte intégral en format PDF)
    Wyndham, Diana. Eugenics in Australia: striving for national fitness. London, The Galton Institute, 2003, xv, 406 p. Recension de Niki Ellis, Medical History, vo. 49, no 3, 1er juillet 2005, p. 383–384 .

    Aux États-Unis

    Dowbiggin, Ian. Keeping America Sane: Psychiatry and Eugenics in the United States and Canada, Cornell University Press, 1997
    Dowbiggin, Ian. A merciful end: the euthanasia movement in modern America, New York, Oxford University Press, 2003, xix, 250 p. Recension de John Welshman, Medical History, vol. 48, no 4, 1er octobre 2004, p. 523-524
    Pernick, Martin S. The Black Stork: Eugenics and the Death of 'Defective' Babies in American Medicine, Oxford University Press, 1996

    Image Archive on the American Eugenics Movement (Dolan DNA Learning Center, Cold Spring Harbor Laboratory, New York)
    Eugenics Materials in the CSHL Archives

    Au Canada

    Angus McLaren, Our Own Master Race: Eugenics in Canada, 1885-1945, Toronto, Ontario, McClelland & Stewart, 1990. "L'auteur y analyse à quel point la notion d''amélioration de la race' était répandue au Canada et démontre que les Canadiens étaient alors nombreux à penser qu'il fallait prendre des moyens radicaux pour protéger la collectivité contre les 'dégénérés'. En expliquant pourquoi on cherchait à résoudre les problèmes sociaux grâce à des solutions biologiques, Monsieur McLaren ne se contente pas de présenter sous un éclairage radicalement différent les idées et les activités de toute une génération de féministes, de politiciens progressistes et de promoteurs de l'hygiène publique, il explore également les sources de certaines de nos tendances racistes souvent mal dissimulées." (Société royale du Canada)
    Dowbiggin, Ian. Keeping America Sane: Psychiatry and Eugenics in the United States and Canada, Cornell University Press, 1997
    Cairney, Richard."'Democracy was never intended for degenerates': Alberta's Flirtation with Eugenics Comes back to Haunt it", Canadian Medical Association Journal, vol. 155, no 6, 15 septembre 1996, p. 789-792. Résumé


    Au Québec

    Martin Pâquet, «Santé publique et eugénisme au Canada français: le rôle du docteur Antoine-Hector Desloges, 1918-1941. Éléments préliminaires». Communication, Groupe d'étude et de recherche sur le changement social en santé (Santé et société: histoire des traitements et des soins). Moncton, Nouveau-Brunswick, 24 août 2001

    Document sonore: La montée de l'eugénisme depuis la fin du XIXe siècle. Vous pouvez écouter en Real Audio cette chronique de l'historien des sciences Yves Gingras (chronique sur l'histoire des sciences, "Les Années lumière", Radio-Canada, 15 avril 2001)

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2014-01-27
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