Les Maisons de la Culture, malgré leur échec historique, sont sorties de leurs murs leur esprit imprègne de plus en plus les lieux voués à la
culture. Dès les années trente, au sein de la Ligue des intellectuels contre le fascisme, Gaétan Picon et
André Malraux parlaient de « maisons de la culture ». Quatre mois après sa nomination comme ministre d’Etat chargé des affaires culturelles, avant même la constitution officielle du ministère, Malraux annonçait qu’avant trois ans, chaque département aurait sa maison de la culture. Sept seulement avaient été créés lors de son départ en 1969.
Pour lancer le premier plan quinquennal pour la culture, en 1961, Pierre Moinot, du cabinet d’André Malraux, écrit que la "maison de la culture" a pour mission d’offrir à chacun, quel qu’il soit, où qu’il soit, la tentation de la culture ; elle est là pour organiser une rencontre. « De cette rencontre peut naître une familiarité, un choc, une passion, une autre façon pour chacun d’envisager sa propre condition. Les œuvres de la culture étant, par essence, le bien de tous, et notre miroir, il importe que chacun y puisse mesurer sa richesse, et s’y contempler. »
« Elle exclut la spécialisation [...] et abrite toutes les formes de culture sous tous leurs aspects. [...] Elle n’a pas souci d’organiser l'enseignement même des arts, et donne toujours le pas à l’œuvre. La confrontation qu’elle suscite est directe, évite l’écueil et l’appauvrissement de la vulgarisation simplificatrice, et se fait évidemment aux risques réciproques des parties mises en présence.
[...] La première forme de ce qu’on appelle d’ordinaire, par un mot d’ailleurs magique, « l’initiation » aux arts, est une rencontre intime. »
Gaétan Picon précise à son tour : « Comme les universités sont les lieux où se transmet l’image achevée des cultures passées, les maisons de la culture seront les lieux où l’image inachevée de la culture présente sera montrée à ceux qui participent d’elle sans toujours le savoir, par ceux-là mêmes qui la façonnent. »
Texte des
ROUMICS 2006
L’Education Populaire est un courant d’idées qui milite pour une diffusion de la connaissance au plus grand nombre, afin de permettre à chacun de s’épanouir, et de trouver la place de citoyen qui lui revient.
Il s’agit d’une éducation qui se définit généralement en complément des actions de l’enseignement formel. Elle n’est pas cadrée dans les structures traditionnelles de la famille, de l’école ou de l’université. Elle agit pour permettre l’éveil des consciences, favoriser la prise de responsabilités et pour donner une seconde chance à ceux qui ont quitté l’école sans diplôme.
L’Education Populaire reconnaît à chacun la volonté et la capacité de progresser et de s’épanouir, à tous les âges de la vie. Il s’agit de reconnaître à chacun le droit de progresser dans sa connaissance du monde.
L’Education Populaire ne se limite pas à la « culture élitiste » mais elle cherche la culture au sens large. Tous les apprentissages (activités culturelles, scientifiques, techniques, sportives, de loisirs accessibles à tous) sont l’occasion de développer ses capacités à vivre en société : confronter ses idées, partager une vie de groupe, s’exprimer en public, écouter, etc.
C’est l’apprentissage de la citoyenneté, par une pratique active : art de parler en public, de savoir écouter, de gérer un groupe, de s’intégrer à la société, etc. C’est une éducation par la pratique volontaire de la vie de groupe, la confrontation, le partage.
L’Education Populaire est l’éducation de chacun par chacun : elle ne vient pas seulement d’en haut (des classes dominantes), elle accorde au contraire une égale dignité à toutes les classes de la société.
Au vu des éléments de définitions donnés, il apparaît que les TIC font référence à des pratiques traditionnelles de l’Education Populaire, et qu’elles peuvent être des moyens pour développer les dynamiques enclenchées.
Focus sur un centre d'éducation populaire par les nouvelles technologies : la
M@ison de la Formation à Grigny (région Rhône-Alpes)
La M@ISON de la formation est un équipement de la communauté de communes Rhône Sud (Givors, Grigny) dédié à la formation et au développement des usages des Technologies de l’Information et la Communication.
Ses missions sont :
- L’hébergement et l’accueil d’organismes de formation et/ou de développement social, ainsi que d’entreprises liées aux T.I.C. ;
- La coordination et le développement du plan de développement des TIC sur le territoire. (voir
http://www.tic-rhonesud.com) ;
- Être pôle ressource pour les usages de l’Internet et du multimédia, dans le cadre du Contrat de Développement de Pays Rhône Alpes animé par le syndicat mixte Rhône P.L.U.R.I.E.L.
- Le soutien, la promotion et l’usage des logiciels libres.
La M.@.I.S.O.N est un sigle qui signifie : « Mutualiser l’Information et le Savoir pour l’Ouverture au Numérique », l’@ remplaçant le “ a ” de maison et symbolisant la dimension numérique du projet.
Le projet se décline sous plusieurs catégories d’activités :
- Les modules de sensibilisations (premiers pas informatique, internet, bureautique, photo numérique...)
- Les soirées thématiques (par ex : sécurité , protection parentale, logiciels éducatifs,logiciels libres...)
- Les modules spécifiques en lien avec les associations et autres acteurs du territoire (atelier spip, création d’un portail et de son contenu...)
- Les Groupes usagers autonomes (bureautique, spip..)
- Les animations en appartements (chez les habitants) avec notre unité mobile et notre antenne, dans le cadre, par exemple, du projet de démocratie participative mené actuellement sur le territoire.
- Les animations en extérieur avec les différentes structures de loisirs du territoire.
Ont participé en décembre 2005 au colloque "Accès pour tous aux TIC, entre illusion et réalité", dans le cadre des Entretiens du Centre Jacques Cartier, à Lyon, six personnalités venues du Québec :
Pauline QUILAN, mairesse de Bromont. Bromont est une ville dynamique située à 80 kilomètres à l’est de Montréal. Elle a engagé un projet de développement local, dans lequel l’outil TIC a été conçu comme un véritable outil au service des habitants, des acteurs sociaux et économiques.
Lien : http://www.bromont.com/
Norman ROY, consultant, ex-directeur du CEFRIO. Le CEFRIO est un centre de liaison et transfert qui regroupe plus de 150 membres universitaires, industriels et gouvernementaux ainsi que 46 chercheurs associés. Sa mission : aider les organisations québécoises à utiliser les technologies de l'information de manière à être plus performantes, plus productives, plus innovatrices. En partenariat, le CEFRIO réalise partout au Québec des projets de recherche et de veille stratégique sur l'appropriation des TI. Ces projets touchent l'ensemble des secteurs de l'économie québécoise tant privé que public. Les activités du CEFRIO sont financées en majeure partie par ses membres et par le gouvernement du Québec, son principal partenaire financier.
Lien : http://www.cefrio.qc.ca/cefrio.cfm
Yvon GAGNON de l’@venue : Pour résumer, l’@venue est une association chargée de développement social sur des quartiers de Montréal. L’@venue porte un site communautaire dans lequel chaque habitant peut-être contributeur.
Liens : http://www.lavenue.qc.ca/ http://www.arrondissement.com
Bernard SEVIGNY, chercheur à l’université de Sherbrooke, qui a rendu un travail très intéressant sur les communautés apprenantes. Il travaille également avec la ville de Bromont.
Lien : http://www.cefrio.qc.ca/projets/Chercheurs/Sevigny_Bernard.cfm
Agnès BEAULIEU, directrice d’INSERTECH. Insertech est une entreprise d’insertion qui travaille à aider les décrocheurs à remettre un pied à l’étrier du travail via une activité de recyclage de matériel informatique.
Lien : http://www.insertech.qc.ca/
Rénald MARCHAND, directeur du service production multimédia de TELUC. TéléUniversité du Québec développe un savoir reconnu en terme de formation à distance. Cette université a su probablement bien avant de nombreux organismes anticiper le virage multimédia.
Lien : http://www.teluq.uquebec.ca/
Texte de
Michel Onfray, "Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire"
La rentrée scolaire 2002 est finalement la première que je n'ai pas faite depuis mon entrée en classe de CP ! Dix-huit ans sur le banc des salles de classes comme étudiant puis vingt ans sur l'estrade en tant qu'enseignant, en fait je n'ai jamais quitté l'école .. Quand j'y pense, il y a matière à frissons et à confidences sur le divan ! Rompre avec ce schéma et cette logique ne s'est évidemment pas fait sans de longues réflexions solitaires en amont. Finalement j'ai quitté mes élèves avec tristesse, mais l'éducation nationale avec un réel plaisir...
Désormais libre je n'avais pas envie de thésauriser mon savoir et ma culture en me contentant de gérer ma petite entreprise égotique d'écriture, de publications et de rencontres avec un public soit sur le mode VRP des conférences en librairie, soit sur le principe médiatique du consentement à deux ou trois émissions sur dix qui me sont proposées. Mon option libertaire me conduit à envisager mes acquis non pas comme un bénéfice à capitaliser en vue de rentes juteuses, mais comme une chance à dépenser de manière ludique et joyeuse."
Lire la
suite de la déclaration >>
Voir aussi, contrastant avec l'athéisme de Michel Onfray, "
Le génie pédagogique de Jean-Baptiste de La Salle", texte de Jean-Paul II. L'idée d'éducation populaire suscite des vocations indépendamment de toute appartenance religieuse, institutionnelle ou sociale, et c'est aussi ce qui fait sa force aujourd'hui.
Bibliographie
Philippe Urfalino,
L'Invention de la politique culturelle, éd. par le Comité d'histoire du ministère de la Culture, Paris, La Documentation française, 1996.
dossier réalisé par Marc Foglia, mai 2006