Roméo sans Juliette

Jean-Philippe Costes


Cher Monsieur Dufresne,

J'ai récemment eu la joie et l'honneur d'assister à une représentation de Roméo et Juliette, au superbe théâtre de la Comédie Française. La pièce, aussi finement jouée que mise en scène, m'a permis de redécouvrir la tragédie de William Shakespeare sous un angle étonnamment comique (mais le comique n'est-il pas l'intuition du tragique de l'existence, comme l'enseignait Eugène Ionesco?). Elle m'a également inspiré une réflexion sur l'Amour, la Raison et la Passion. Je me permets de vous soumettre ce petit essai poétique. J'espère qu'il vous intéressera.

 

 

Ame romantique éprise de Shakespeare, souffre un bref outrage à ton livre de chevet. Des amants de Vérone oublions les soupirs, révolutionnons le royaume de Capulet.         

Juliette à Pâris est donnée par son père. Mais elle est jeune fille et non simple animal. Ce mariage arbitraire la désespère. La belle se rebelle, jusqu'ici rien d'anormal. La promise éplorée au balcon s'épanche. Roméo Montaigu entrevoit sa beauté. Il brûle de poser ses mains sur ses hanches. Son clan le hait? Au Diable la rivalité!

Juliette est sensible au charme de l'inconnu. Elle se voit, à son bras, dans une grande épopée. Au moment néanmoins où elle se met à nu, par sa conscience l'imprudente est rattrapée. Que fais-tu, malheureuse, avec ce versatile? Hier encore, il en vénérait une autre. Il aime avec les yeux, pathétique imbécile. Des amours futiles il est le vain apôtre. Sa famille et la tienne sont à couteaux tirés. Demain sera rouge sang et noire colère. Jusqu'au tombeau ta folle idylle va t'attirer. Songe en cette nuit d'été au linceul polaire. Tiens-tu à mourir avant même d'avoir vécu? Pâris, il est vrai, n'est pas toujours une fête. Il possède moins de verve qu'il n'a d'écus mais sache, enfant, que nulle union n'est parfaite. Il te sera fidèle, tu seras sa reine. Il t'apportera douceur et sécurité. Je t'en supplie, ne cède pas aux sirènes d'un sentiment si soudain et démesuré.

 Juliette sans Roméo ne périt qu'à cent ans. Elle aura été heureuse, que chacun en soit sûr. L'amour passion est un naufrage consentant. La Raison a un coeur qui ignore ses blessures.

 

 


 

 




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