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    Dossier: Revue de presse de l'Agora

    Revue de presse - septembre 2017

    Stéphane Stapinsky

    Derrière le déploiement de la technologie, l’humanité persiste

     

    Recette de grand-mère et hôpital moderne

    Je ne sais si la chose existe encore. Dans bien des familles, autrefois, on se transmettait de mère en fille, de génération en génération, un précieux grimoire dans lequel étaient conservées les meilleures recettes de la famille. C’est toujours avec crainte et tremblement que j’ai consulté ce vieux cahiers composite, formé d’ajouts successifs, parfois collés, parfois brochés, avec, en guise d’innombrables signets, des recettes plus récentes trouvées par la suite. C’est un trésor, qui je l’espère, existe encore dans certaines familles.

    Vous comprendrez aisément que j’ai lu avec le plus grand intérêt une chronique apparaissant sur le site de l’émision Gravel le matin, à Radio-Canada. Intitulée “Populaire, la recette de sauce à spaghetti de l’hôpital Notre-Dame!”, cette chronique évoquait une la fameuse sauce à spaghetti qu’on servait dans l'établissement au cours des années 80. La chose peut paraître banale. Ce qui l’est moins, c’est l’histoire qui suit. Les services de santé de l’hôpital Notre-Dame doivent bientôt être déménagés au nouveau CHUM. Afin de souligner cette transition, le personnel organise une fête. On a décidé de préparer, à cette occasion, cette inoubliable sauce à spaghetti, telle qu’on la faisait à l’époque (car la recette, aujourd’hui, est bien différente). “Pour beaucoup d’employés, la sauce est un grand souvenir. Elle fait partie du patrimoine immatériel de l’hôpital.”

    La fameuse recette... Source: Radio-Canada


    On fouilla donc dans les archives de l’établissement et on finit par mettre la main sur une feuillet manuscrit, décrivant une recette de ladite sauce. Le créateur de la précieuse composition, René Brochu, un employé à la retraite qui avait travaillé 35 ans dans les cuisines, a confirmé qu’il s’agissait bien de son oeuvre. Le chef des activités d’alimentation de l’hôpital Notre-Dame, Jean-Marc Riverain, “assure que le goût de la sauce sera ajusté jusqu’à la toute dernière minute pour qu’elle s’approche le plus possible de la recette originale. ‘Parce que nous, on se rappelle du goût!””

    Ce qui me fascine, c’est que, dans un milieu aussi contrôlé, aussi bureaucratique qu’un hôpital, il y ait encore de la place pour quelque d’aussi profondément humain. Que puisse être conservé, en dépit du roulement du personnel, le souvenir, un beau souvenir, celui d’un plat préparé avec amour, celui d’une saveur qui évoquait pour les gens la bonne cuisine familiale. Cette sauce, dit-on, “avait un aspect plus “comfort food””. Je comprends très bien qu’on cherche à faire revivre, au moment de ce déménagement, ce merveilleux souvenir.

    Source : Populaire, la recette de sauce à spaghetti de l’hôpital Notre-Dame!
    http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/gravel-le-matin/segments/chronique/37155/chronique-hugo-lavoie-sauce-spaghetti-hopital-notre-dame

     

    Les robots intelligents peuvent-ils danser devant l’abîme?

    Extrait d’un beau texte publié sur le site de l’économiste Paul Jorion.

    « Je viens de visionner l’impressionnante vidéo « si vous ne savez pas quoi faire dimanche ».

    Eh bien, même assis très confortablement derrière mon écran c’est une expérience ! Haut-le-coeur (admiratif) garanti. Beauté du geste, prise de risque insensée mais qui résulte tout de même d’un pré-conditionnement spécifique qui n’appartient qu’aux auteurs des ces escalades en milieu hostile, cela ne s’improvise pas ces prouesses ! N’est-elle pas cette vidéo un contrepoint parfait à toutes nos considérations verbales sur l’intelligence artificielle ?

    (...)

    Entre parenthèses, Paul Jorion dans son livre sur les Principes des systèmes intelligents indique bien que les séquences verbales impliquent outre notre cerveau des réponses hormonales du corps en situation … autrement dit il y a un continuum entre langage, mémoire, cerveau, corps, contexte environnemental et social. N’est-ce pas là que pourrait se trouver la limite de la simulation de l’intelligence humaine, et même de l’émergence des singularités quand elle est conçue et se trouve réalisée  hors du corps humain ?

    Alors oui, les robots intelligents pourraient simuler à la perfection tous nos gestes dûment répertoriés, mais pourraient-ils trouver les ressources en eux leur permettant de danser devant l’abime ? Danser devant l’abîme, comme ici dans la vidéo, c’est la métaphore de notre condition humaine. Les humains mettent à rude épreuve leur environnement et leurs sociétés, ce qui est la conséquence de leur tendance à jouer avec la mort, celle-ci étant tout aussi bien ce qu’ils craignent que ce qui les stimule, parce que nous n’avons qu’une vie.

    Mimer une partie de go et mettre KO un pauvre humain même sur-entraîné c’est à la portée d’une IA, mais prendre une initiative qui est une réponse adaptative se traduisant par une action dans un champ d’action inédit, ou plus généralement non reconnu socialement, et donc « gratuite », le peut-elle ?»

    Source: Ces humains qu’on croise dans les gares et au sommet des gratte-ciel, par Pierre-Yves Dambrine
    http://www.pauljorion.com/blog/2017/09/17/ces-humains-quon-croise-dans-les-gares-et-au-sommet-des-gratte-ciel-par-pierre-yves-dambrine/

     

    La bibliothèque publique, planche de salut pour les sans-abris new-yorkais

    La bibliothèque publique de la ville de New York présente, sur son compte Twitter, une courte vidéo fort émouvante dans laquelle on donne la parole à Christian, un homme qui a tout perdu et est devenu itinérant. Ceux qui douteraient de la pertinence des bibliothèques publiques, collectives, à l’heure où se répandent les technologies individualistes, du type téléphones “intelligents”, seront confondus. Quand vous venez à la bibliothèque, “You’re not alone anymore”, dit avec beaucoup de sagesse Christian.

    Source : When Christian lost his home, he needed a place where he could find order and opportunity during the day

    https://www.nypl.org/blog/2017/09/07/ep-83-youre-not-alone-anymore-library-stories

     

    Les Américains préfèrent garder le contrôle de leur voiture

    Voilà une nouvelle qui attristera les Elon Musk de ce monde. Selon une étude, 55% des Américains refuseraient d’acquérir un véhicule entièrement autonome, s’il était possible de le faire. Parmi les raisons invoquées, les craintes liées à la conduite des véhicules autonomes, qu’ils ne voient pas encore comme parfaitement sécuritaires, les risques de piratage (hacking) et les problèmes éventuels liés au système informatique. Cette tendance n’est pas nouvelle et est confirmée pas des sondages antérieurs.

    Visiblement, les réticences les plus importantes concernent l’abandon du contrôle de la conduite de la voiture à un système informatique. On ne s’y résout pas. L’être humain, visiblement, ne veut pas “lâcher prise”, ne veut pas abandonner son statut d’agent actif de la conduite. L’humanité, à travers un geste aussi simple que "tenir le volant", persiste à exister. Les entreprises qui veulent nous vendre ces véhicules airont bien du pain sur la planche pour nous convaincre…

    Source: http://www.gartner.com/newsroom/id/3790963

     

    Ce que nous perdons

     

    France - les dernières cabines téléphoniques publiques vont disparaître

    En France, les dernières cabines publiques disparaîtront d’ici la fin de l’année. C’est le succès mis par les entreprises technologiques à nous vendre les téléphones mobiles qui explique cette disparition. «Sur l'ensemble du pays, il reste encore 5450 cabines à démanteler. Il y en avait 300.000 il y a 20 ans. En 2000, ces cabines généraient 516 millions d'euros de chiffre d'affaires. Entre 2012 et 2015, leur fréquentation a baissé de 90%.» Dans la capitale française, inutile de cherche une cabine. « A Paris, où le premier téléphone public est apparu en 1884, on ne voit déjà plus une seule cabine. La dernière, située rue Ordener (XVIIIe arrondissement), a été démontée en juin dans l'indifférence générale.» En France, la début de la fin date de 2015. « Le coup de grâce est venu en 2015, lorsque le Parlement a voté la loi Macron. L'une des mesures concernait la suppression du service universel d'Orange, à savoir l'obligation pour l'opérateur de maintenir les 46 000 cabines devant garantir sur tout le territoire le maintien d'un accès au téléphone.»

    Au Québec, l’évolution est similaire. Si on a le malheue d'être est en panne de cellulaire, où qu'on se trouve, on découvre qu’il n’y a presque plus de téléphones publics. Il faut alors marcher encore et encore pour en trouver un. Dans certains petits villages isolés, il n’y en a souvent plus qu’un seul. Il est à espérer qu’il ne soit pas en dérangement.

    Il serait  évidemment absurde de nier l’attrait du téléphone mobile. Mais voilà l’exemple parfait d’une technologie qui finit par nous être imposée par les grandes entreprises technologiques, avec la complicité de nos gouvernements. Qui permettent que l'on supprime, une à une, les autres possibilités.

    Certes, les téléphones publics sont de moins en moins utilisés. Mais ils le sont encore par une petite partie de la population, qui, souvent, ne peut se permettre, financièrement, l’achat ou la location d’un mobile. Je connais même quelques personnes, trop pauvres pour avoir un un fixe, qui se rendent régulièrement à une cabine publique pour y faire des appels importants. Les besoins de ces gens sont oubliés. Alors qu’on crie sur tous les toits que nous vivons à l’ère du choix, de la multiplicité des choix, nous venons de perdre un choix et une liberté que nous avions.

    Sources:
    http://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/alsace/telephone-dernieres-cabines-publiques-vont-disparaitre-1323407.html
    http://www.boursorama.com/actualites/telephonie-c-est-la-fin-des-dernieres-cabines-publiques-3c01eba5d1294e63a2fb6d255cfa513c#

     

    Les bruits disparus. Une belle série du journal français La Croix

    «Ils rythmaient notre quotidien par leurs sons, puis ont laissé petit à petit leur place au silence ou à des bruits plus discrets.»

    Le ronronnement rassurant de la machine à coudre
    http://www.la-croix.com/Culture/Art-de-vivre/Le-ronronnement-rassurant-machine-coudre-2017-08-21-1200870915?from_univers=lacroix


    L’éternel « tchou-tchou » des locomotives à vapeur
    http://www.la-croix.com/Culture/Art-de-vivre/DIAPORAMA-Leternel-tchou-tchou-locomotives-vapeur-2017-08-22-1200871123?from_univers=lacroix


    Le « drrriiing » strident du téléphone fixe
    http://www.la-croix.com/Culture/Art-de-vivre/Le-drrriiing-strident-telephone-fixe-2017-08-23-1200871324?from_univers=lacroix


    Les cliquetis envoûtants de la machine à écrire
    http://www.la-croix.com/Culture/Art-de-vivre/cliquetis-envoutants-machine-ecrire-2017-08-24-1200871596?from_univers=lacroix


    Le tic-tac immuable de la pendule
    http://www.la-croix.com/Culture/Art-de-vivre/Le-tic-tac-immuable-pendule-2017-08-25-1200871834?from_univers=lacroix

     

    De la beauté du monde

     

    Clara Haskil - Le mystère de l'interprète

    https://www.arte.tv/fr/videos/063669-000-A/clara-haskil-le-mystere-de-l-interprete

     

    Les plus belles horloges historiques du monde

    Une tendance à la mode sur internet : les listes. Souvent, cette manie sert bien la diffusion de la beauté. Ici, des photographies de quelques unes des plus belles horloges historiques du monde.

    http://www.atlasobscura.com/articles/astronomical-clocks-are-the-most-beautiful-way-to-track-the-hours-the-years-and-the-moon

     

    Quelques images glanées lors de mes ballades dans la twittosphère

     

    Gustave Caillebotte,  Falaises près de la mer à Trouville

     

    La Casa Batlló. De l'architecte Antoni Gaudi

    Source en ligne : Sofar Barcelona‏ @sofarbarcelona
    https://twitter.com/sofarbarcelona

     

    Des mots et des maux…

     

    Macron et la bonne volonté des propriétaires

    J’ai d’abord cru à une plaisanterie. Mais non, il s’agissait bien d’un discours officiel, prononcé devant les préfets réunis à l'Elysée.

    Après avoir supprimé les aides pour le logement, et suscité par là bien des critiques, le président jupitérien en a appelé à "tous les propriétaires” afin qu’ils “baiss(ent) les loyers de 5 euros" en guise de compensation. Ils feraient ainsi preuve de bonne volonté, démontreraient par là un grand sens de la "responsabilité collective". Rien de moins. L’Union nationale des propriétaires de France s’est dit, pour sa part, "scandalisé" par l'appel de Macron.

    Ou bien le président français veut vraiment nous faire une blague (peu probable), ou bien il croit vraiment à ce qu’il dit, et là, je l’avoue, j’ai un peu peur. On dirait qu'il arrive tout droit de la planète Jupiter… Car on s’approche, l’agressivité en moins, des petites phrases que distille si souvent Trump sur son compte Twitter ou au détour d’une conférence de presse. Petites phrases qui traduisent une vision simpliste de la réalité.

    Peut-on croire que le président français soit ignorant à ce point du système économique dans lequel nous vivons? De la futilité de ce genre d’appels au volontarisme dans une société atomisée, qui ne voit que l’intérêt individuel? De la cupidité qui habite la plupart des acteurs de ce système? Et que toutes les baisses de taxes au monde ne seront jamais répercutées (volontairement) au niveau du client, ici du locataire? Impossible qu’il ne sache pas ces choses, puisqu’il se trouve, parmi ses soutiens, bien des représentants dudit système économique...

    Sans surprise, les réseaux sociaux s’en sont donnés à coeur joie. De bien des façons, on a repris, critiqué, parodié, recyclé les propos du président pour en montrer l’absurdité. Quelques exemples:

    HdeBonneVolonté‏ @hdebonnevolonte  5 sept.
    #APL : Par solidarité, il serait logique que les français baissent la cote de Monsieur #Macron de 5%

    Eric Naulleau @EricNaulleau  7 sept.
    Plutôt qu'une baisse de 5€ pour compenser celle de l'APL, les propriétaires devraient offrir aux locataires l'équivalent en brioche.
    https://twitter.com/EricNaulleau/status/905706569723195392

    Emmanuel Foulon‏@efoulon1  5 sept.
    Baisse des #APL :Emmanuel #Macron appelle "tous les propriétaires à baisser les loyers de 5 euros"
    Ne cherchez pas la blague, y'en a pas...

    Certains ont aussi tenu à défendre les propriétaires, mis injustement sur la sellette, selon eux, par le président.

    Daniel Fasquelle @DFasquelle  5 sept.
    #APL : #Macron demande aux propriétaires d'assumer à sa place les conséquences de ses erreurs. #cafouillage #irrresponsable

    David van Hemelryck @David_vanH  5 sept.
    Jujupipo s'attaque aux petits propriétaires.
    Bizarrement, il ne demande pas aux banquiers de reverser leurs profits

    Mais ce qui est le plus (involontairement) drôle, c’est sans doute la page entière que consacre France Culture à l’exégèse, à grands renforts d’extraits de Ricoeur et de Hannah Arendt, de ces quelques mots qui ne passeront pas à la postérité.

    “Moqué, cet appel a d'autant plus suscité un tollé que la baisse des APL est, en soi, décriée. Mais une expression se détache de cette annonce : "responsabilité collective". De quoi Emmanuel Macron veut-il parler en convoquant ce terme qui puise chez Paul Ricœur, Max Weber ou Hannah Arendt ?
    (...)
    La "responsabilité " telle que la conçoit Emmanuel Macron renvoie à une philosophie bien précise appelée l’"éthique de la responsabilité".

    Dans son appel aux propriétaires ce début septembre, Emmanuel Macron ne parle pas seulement de responsabilité, il parle de "responsabilité collective". S’il en rappelle la dimension collective, c’est parce que sa requête s’inscrit dans l’individuel et n’est pas coercitive (les patrons n’y sont en réalité pas obligés). En l’intégrant dans une démarche collective, il emploie un moyen symbolique fort de persuasion.”

    Faut-il vraiment à ce point tout intellectualiser? Faut-il voir, dans chaque bruit qui sort de la bouche du président, l’expression de sa pensée “complexe”? France Culture nous propose un exercice certes distrayant, qui nous fait redécouvrir certains penseurs important. Mais elle en fait bien trop. Ces quelques mots n’en méritaient pas tant….
     

    Jean-François Lisée à l’ère des réseaux sociaux

    Lorsque j’étais enfant, j’aimais beaucoup lancer dans l’eau des cailloux. J’en projetais un le plus loin possible de moi. Il atterrissait dans la mare, générant une succession des vaguelettes. J’en lançais ensuite un autre, moins loin, et j’observais avec intérêt le motif à chaque fois surprenant résultant de l’interaction des petites vagues.

    L’actualité, telle qu’on peut la voir, la comprendre à l’ère des médias sociaux, ressemble à ces cailloux qu’on jette à l’eau et qui génèrent des schémas de vagues imprévisibles. Une nouvelle est annoncée, les réactions surviennent; une autre nouvelle apparaît, qui remplace la précédente; la controverse survient, la première nouvelle amplifiant l’autre. Et tout cela en une suite sans fin.

    Dans un monde “normal”, les propos de Jean-François Lisée sur les migrants haïtiens -- qui auraient été les “invités de Justin Trudeau” -- auraient retenu l’attention quelques heures, une journée tout au plus, et on serait vite passé à autre chose. Peut-être même n’auraient-ils même pas été relevés, étant donné leur relative banalité dans un monde où circulent des discours tous plus radicaux les uns que les autres.

    Mais dans l’univers des médias sociaux, l’onde de choc du moindre mot se répercute bien plus longtemps. Il en fut donc question pendant des jours et des jours et des jours... Des reportages furent présentés à la télé, des articles et des tribunes libres parurent dans les médias imprimés. Les leaders de Québec solidaire et d’Option nationale accusèrent le chef péquiste de faire reculer la cause de l’indépendance du Québec. Comme si Lisée avait prononcé des paroles aussi tonitruantes, aussi incendiaires que celles de Jacques Parizeau, le soir du référendum de 1995… Une ancienne ministre péquiste, Louise Harel, s’en est aussi pris publiquement à lui. En employant le mot “invités”, Lisée serait coupable de stigmatiser les victimes que sont les migrants, d’accroître l’opprobre qui pèse déjà sur eux. Donc au bout du compte, d’encourager la xénophobie. On en revient toujours à ça.

    Soit. Lisée a fait usage d’un terme malheureux, polémique. Il aurait pu mieux choisir. Mais faut-il pour cela lui imputer tous les péchés d’Israël? Après le début de cette polémique, on s’est finalement intéressé aux propos de Justin Trudeau, révélés dans les tweets du début de la crise des migrants, qui sont à l’origine de cette polémique. Eh bien! oui, on peut tout à fait interpréter les propos du premier ministre canadien comme étant une invitation à venir au Canada… Alors…

    Je le répète, je suis effaré du fait que ces quelques mots, qui auraient dû susciter un débat limité, local, localisé, aient fini par faire plusieurs fois le tour de la planète électronique… Tout cela ne fait que donner des munitions supplémentaires au premier ministre Couillard, qui s’entête à organiser cet automne une commission sur le prétendu racisme systémique qui gangrènerait la société québécoise.

    L’intervention de Louise Harel m’a aussi donné à réfléchir. Constater que des politiciens aguerris comme elle puissent être sous le choc à la suite de propos bénins comme ceux de Lisée me rend assez perplexe. Si l’on espère accéder un jour à l’indépendance, il faudra, lui dirais-je, avoir la couenne un peu plus dure… Des insultes, il faudra en encaisser, encore et encore. En constatant les états d’âme de Louise Harel et d'autres politiciens souverainistes, je ne suis malheureusement pas étonné du fait que le Québec ne soit toujours pas un pays indépendant…
     

    Aung San Suu Kyi : des mots qui ne viennent pas

    Mais les imprécations, oui…

    Aung San Suu Kyi, une des icônes des droits de l’homme au début du 21e siècle, élevée au rang des Mandela, des Havel et des Gandhi, par les élites libérales du monde occidental.

    Après avoir été la victime de la répression de la junte militaire dans son pays, le Myanmar (ancienne Birmanie), après avoir été assignée à résidence durant de nombreuses années, l’impensable arrive… L’étau du régime militaire se resserre et elle accède finalement aux plus hautes fonctions dans son pays.

    Malheureusement, la persécution des Rohingyas, minorité musulmane du Myanmar, qui sont massacrés et doivent fuir en masse le pays, atteint aujourd’hui de nouveaux sommets. Selon les Nations Unies, 1000 d’entre eux auraient été tués au cours des derniers mois. En toute objectivité, il faut dire aussi que certains, parmi les Rohingyas, s’en prennent avec violence aux forces militaires du gouvernement.

    Et, face à ces violences, le silence de Aung San Suu Kyi fut assourdissant. Puis, elle s’exprima le 6 septembre, discrètement, mais d’une manière parfaitement inconvenante. Elle soutint que toute cette affaire de persécution n’était que de la désinformation, des “fake new” relayés par les terroristes Rohingyas. Et c’est alors que ce qu’on présenta comme de l’aveuglement et de la complaisance, comme une passivité coupable, sa volonté de ne pas intervenir; et sa solidarité avec les militaires du pays, choqua l’opinion publique internationale. En fait, les choses sont peut-être plus complexes qu’on le raconte. Il se pourrait bien qu’elle soit prise entre l’arbre et l’écorce, entre, d’un côté, les militaires, qui ont toujours un immense pouvoir dans le pays, et les dirigeants de sa propre formation politique, qui n’ont guère de sympathie pour la minorité persécutée.

    Aujourd’hui, de par le monde, des voix s’élèvent pour exiger qu’on lui retire son Prix Nobel et les autres décorations et distinctions qui lui ont été conférées au cours de ses années de lutte contre la junte. Ce qui, me semble-t-il, serait une injustice. Mais ce ne serait pas la première fois qu’on finirait par brûler ce qu’on adoré...

    Par son silence, Aung San Suu Kyi est devenue l’Infâme. On la crucifie, on veut la descendre du piédestal sur lequel on l’avait placée, sans lui en demander la permission, et parce que ça faisait bien notre affaire. Comme on le voit, il n’y a pas que les statues de soldats confédérés qu’on déboulonne aujourd’hui. On dépouillera sans doute Aung San Suu Kyi de son Prix Nobel…

    P. S. Aujourd'hui, 19 septembre, première véritable allocution publique de Aung San Suu Kyi au sujet de cette crise. Qui ne satisfait pas pleinement l'opinion publique internationale. L'étoile continue à pâlir...

    Sources:
    https://www.nytimes.com/2017/09/07/opinion/strip-aung-san-suu-kyi-of-her-nobel-prize.html
    http://www.slate.com/blogs/the_slatest/2017/09/07/the_rohingya_tragedy_and_aung_san_suu_kyi.html

     

    Guy-A. Lepage. Des mots dans la tempête -- ou l’ouragan

    Certains personnes, en dilettante, aiment partager leurs opinions sur tout et sur rien. Lorsqu’elles sont connues, on leur propose de devenir chroniqueur. Le fait que leurs propos soient largement diffusés ne les rend pas plus subtils.

    L’humoriste et animateur Guy A. Lepage en est un bon exemple. Lors de l’émission Médium large du 7 septembre, ce dernier, avec son ton grinçant habituel, a pourfendu les Floridiens qui choisissaient de demeurer chez eux pour affronter lrma. Ce ne seraient ni plus ni moins que des idiots. Ces gens seraient-ils à ce point attachés à leurs biens matériels qu’ils seraient prêts à risquer leur vie et celle de leurs proches en restant sur place, demande la vedette? La question n’est pas dépourvue de sens, bien sûr. Si j’habitais cet État américain, je partirais moi aussi. Mais la manière dont Lepage l’exprime est à ce point condescendante qu’elle en devient  insupportable. Il adopte un point de vue tranchant, comme toujours, et il n’est nullement prêt à essayer de comprendre celui d’autres personnes.

    Est-il possible que les Floridiens ne soient pas tous riches comme  lui et qu’ils puissent être très affectés face à l’éventualité de perdre leur maison, leur décor, leurs souvenirs, qu’ils ont parfois mis une vie à avoir? Peut-on concevoir qu’ils veuillent peut-être être là pour sauver ce qui pourra l’être, plutôt que d’être à 1000 km de chez eux?

    France Inter a rencontré des résidents, ceux-là plus fortunés, qui refusent néanmoins de partir. Nous accédons à une vue bien plus nuancée des choses, bien plus en prise avec la réalité que celle que nous livre l’humoriste. Voici ce que ces résidents ont à dire:

    “Beaucoup de gens sont partis, s'ils arrivent à trouver de l’essence. Mais d'autres choisissent de rester, en pensant qu'il est plus dangereux de partir. Un pari.

    C'est le cas de ces deux époux, qui nous confient qu'ils ont hésité, pendant plusieurs jours. Même avec un plein, ça ne suffit pas pour sortir de Floride. Ce couple craignait de se retrouver coincé au milieu de nulle part, sans essence, sans abri, obligé de se protéger dans la voiture avec leur fille en attendant que l'ouragan passe. Ils se sont dits qu'ils étaient plus en sécurité chez eux. Ils habitent au bord de la marina de Miami, dans une tour construite après le dernier grand ouragan dévastateur, Andrew, il y a vingt-cinq ans. Avec des normes très strictes, aussi dures que les normes anti-sismiques en Californie.

    Le pire ? "Que les baies vitrées exlosent"

    Ils nous ont dit que le pire qui puisse leur arriver, au quarante-cinquième étage, face à la mer, c'est que les baies vitrées explosent, même s'ils les ont protégées. Ils ont prévu de s'enfermer dans la salle de bain, et ont déménagé toutes les affaires de valeur dans un garde-meuble.

    Ils ont stocké une trentaine de litres d'eau et de la nourriture pour une semaine. Ce qui pourrait se passer, c'est que l'eau monte, peut-être de 6 mètres, sans compter la pluie. Donc ils ne pourraient pas sortir de leur immeuble.”

    Ainsi qu’on est à même de le voir, certains peuvent très bien choisir de demeurer au coeur de la tempête pour des raisons parfaitement rationnelles. Il faut bien sûr que certaines conditions soient réunies. Et ils ne perdent pas de vue que, étant donné le caractère exeptionnel d’Irma, ça demeure un pari.

    Sources:
    Irma : Guy A. Lepage dénonce le matérialisme des Floridiens
    http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/medium-large/segments/chronique/37350/guy-a-lepage-denonce-materialisme-floride
    Ouragan Irma : à Miami, des habitants font le pari de rester
    http://www.rtl.fr/actu/international/ouragan-irma-a-miami-des-habitants-font-le-pari-de-rester-7790009343

     

    Brèves

    Anne Hidalgo: n’oubliez pas le patrimoine

    La Tribune de l'Art‏
    Compte Twitter @ltdla  5 sept. -- https://twitter.com/ltdla

    C'est incroyable que le seul débat sur Anne Hidalgo soit celui sur la circulation, alors que son abandon du patrimoine est bien plus grave !

     

    Une image qui en dit beaucoup sur les États-Unis d’aujourd’hui


    Source en ligne :

    David Simon‏
    Compte Twitter certifié @AoDespair  7 sept. -- https://twitter.com/AoDespair
    In the pantheon of visual metaphors for America today, this is the money shot.
     

    375e anniversaire: un autre projet controversé du maire Coderre…

    Source : Marie Bernatchez‏
    Compte Twitter @mariebernatchez

    https://twitter.com/mariebernatchez

     

    Des statistiques stupéfiantes

    Des statistiques stupéfiantes. “Tous les deux jours, l’humanité produit autant d’information que ce qu’elle a généré depuis l’aube de la civilisation jusqu’en 2003. Plus de 90% des données disponibles aujourd’hui ont été produites ces 2 dernières années. Et ce volume d’information numérique double tous les deux ans.”

    Source : Big data : des chiffres et des chiffres (La Méthode scientifique, France Culture, 6 septembre)
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/big-data-des-chiffres-et-des-chiffres

    Date de création : 2017-09-18 | Date de modification : 2017-10-06
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    L'auteur

    Stéphane Stapinsky
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    Martyre, dualisme, pouvoir, mal, manichéisme, démiurge
    Jacques Grand'Maison
    Léo-Paul Hébert
    Collèges classiques, Séminaire de Joliette, Clercs de Saint-Viateur
    Léon Bloy
    Stéphane Stapinsky

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